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Du 24 au 25 septembre 2026

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Du vendredi 4 au samedi 5 septembre 2026

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Le Pr Yann Neuzillet, Vice-Président de l'AFU et responsable du Registre TVNIM-AFU, est convaincu que les urologues français disposent d'une mine de données qu'ils n'exploitent pas. Le registre TVNIM est l'outil pour y remédier, à condition que tous jouent le jeu. C’est qu’il rappelle à l’occasion du mois de la vessie.

 

À l'origine du registre TVNIM de l’AFU, il y a une alerte venue d'une autre spécialité. Racontez-nous.

C’est de l’exemple de la chirurgie thoracique et de son registre EPITHOR qu’est né le projet de registre TVNIM-AFU. EPITHOR a créé un précédent qui a alerté l'AFU autour de 2010 : les chirurgiens thoraciques avaient vu leur exercice conditionné par la HAS à la participation au registre, ce qui avait suscité des inquiétudes chez les urologues. Cela a conduit l'AFU à prendre les devants en mettant en place son propre registre pour ne se voir imposer un registre pour pratiquer une activité oncologique.

 

Pourquoi avoir choisi les tumeurs de vessie non infiltrant le muscle pour lancer le premier registre de données de l’AFU ? Vous auriez pu partir de la prostate ou du rein, par exemple.

Nous avons fait le choix des tumeurs de vessie non infiltrant le muscle car elles constituent une pathologie purement urologique, sans intervention d'autres spécialités : pas de radiothérapeute comme pour le cancer de la prostate, pas de radiologue pour les biopsies. Les TVNIM sont notre domaine exclusif, il n'y a pas de multidisciplinarité. C’était donc le terrain idéal pour mettre en place un registre. De plus, la fréquence des TVNIM en pratique urologique permettait d’envisager l’inclusion d’un nombre important de patients et la constitution rapide d’une base de données de soins courants, au bénéfice des urologues qui les produisent, de la recherche française et de l’urologie.

À partir de 2019-2020, nous avons fait un long chemin réglementaire pour mettre en place le registre et ouvrir les premiers centres en 2022 ; on en compte aujourd’hui une centaine. Il y a une vraie dynamique ; l'énergie est là.

 

Le registre a été créé pour évaluer des biomarqueurs urinaires en vue de réduire les fibroscopies vésicales. Est-ce son seul intérêt ?

Le registre ne se résume pas aux biomarqueurs, même si c'est par là que nous avons démarré. Il nous fallait un financement pour payer le temps des techniciens d'études cliniques qui aident au remplissage du registre. Ce financement a permis, indirectement, d'enregistrer toutes les données de soins courants : comment le diagnostic a été posé, quels traitements ont été reçus, quelle est leur efficacité. Ces données fournissent des informations précieuses sur l’ensemble du parcours de soins. Elles reflètent aussi la pluralité des prises en charge sur l’ensemble du territoire, pas seulement dans les grands centres, mais partout, par tous les urologues. Leur exploitation doit toutefois s’inscrire dans une méthodologie clinique rigoureuse : ce n’est qu’à cette condition qu’elles peuvent produire des résultats interprétables et utiles à la pratique. C’est ce qui leur donne une valeur considérable pour la recherche, la formation et l’auto-évaluation de chaque praticien.

 

Vous dites que les urologues sont assis sur une mine de données qu'ils n'exploitent pas. Qu'entendez-vous par là ?

À chaque opération, chaque compte-rendu de cystoscopie, chaque examen d'anatomopathologie, nous produisons des informations précieuses sur les traitements administrés et leur efficacité. Ces données de soins courants intéressent les chercheurs, l'industrie, la médecine française. Pensez à ce que coûte un sondage d'opinion à 12 mois des présidentielles: des centaines de milliers d'euros pour savoir ce que pensent les Français. Le nombre de tumeurs réséquées, les résultats anatomopathologiques, les traitements administrés... ce que nous produisons chaque jour en travaillant vaut de l'or pour notre spécialité, la recherche et les patients, et nous ne l'exploitons pas, faute de systèmes adaptés. Le registre TVNIM est précisément l'outil qui permet de valoriser ces données, sans travail supplémentaire quand les comptes-rendus sont bien rédigés conformément aux recommandations de l'AFU. C'est d'ailleurs un cercle vertueux : le registre encourage à bien rédiger les comptes-rendus, ce qui améliore la prise en charge, et ces comptes-rendus alimentent en retour la base de données.

 

Pourtant, les inclusions restent insuffisantes. Quels sont les freins ?

Il y en a de légitimes et de moins légitimes. Le plus légitime, c'est le manque de techniciens d'études cliniques. Tous les centres n'en disposent pas à plein temps, et quand le TEC est partagé entre plusieurs études, les collègues limitent leurs inclusions pour ne pas le surcharger. C'est compréhensible, mais dommageable, car le registre doit être le plus exhaustif possible. Le deuxième frein, moins légitime, tient aux directions d'établissements qui refusent de contractualiser avec plusieurs laboratoires pour les biomarqueurs, limitant de fait les possibilités d'inclusion. Il faut rappeler aux directions financières que la contractualisation n'engendre aucun surcoût pour l’hôpital ; chaque biomarqueur prescrit est remboursé selon son tarif. Et puis il y a ceux qui invoquent le manque de temps. Mais si on donne les outils et que les gens ne veulent pas les utiliser, on reste à l'âge de pierre.

 

Que répondez-vous à ceux qui hésitent encore ?

Que l'AFU leur offre une chance que d’autres spécialités n'ont pas : le financement du temps TEC pour alimenter un registre de soins courants. Aucune autre société savante ne fait ça pour ses membres. Ce n'est pas une étude financée par un industriel avec un intérêt commercial derrière, c'est de l'évaluation au service des urologues et de leurs patients. L'urologie française est aujourd'hui leader sur ce terrain : les autres spécialités regardent ce que nous faisons avec intérêt. Ne pas en profiter, c'est risquer de perdre l'avance que nous avons prise. Il n'est jamais trop tard pour rejoindre le registre.

 

Qu'est-ce qui pourrait contribuer à simplifier encore plus la participation au registre, et lever les réticences des urologues qui n'y participent pas encore ?

L'un des grands objectifs est d'utiliser l'intelligence artificielle, notamment la lecture automatisée de documents, pour éviter la saisie manuelle des données. À partir du compte-rendu de chirurgie ou du compte-rendu de RTUV, le remplissage de la base de données serait généré automatiquement, le TEC n'ayant plus qu'à en vérifier l'exactitude. D'ici cinq à dix ans – peut-être avant –, le temps TEC ne sera probablement plus nécessaire pour la saisie. C'est l'ambition du séminaire de juin de l’AFU : choisir la solution d'IA adaptée, et définir des comptes-rendus types que l'AFU mettra à disposition des urologues pour faciliter l'extraction automatisée des données. Sur ce plan, l'urologie française est en avance. C'est une opportunité à saisir collectivement, et c'est précisément l'ambition de ce séminaire. Il faut être fier de notre leadership, mais surtout ne pas se reposer dessus.

Propos recueillis par Pierre Derrouch

 

Pour rejoindre le Registre TVNIM-AFU ou en savoir plus : https://www.urofrance.org/recherche-2/registre-tvnim-afu

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L’AFU a mis en place tout au long du mois de mai une campagne de sensibilisation visant à informer le public sur le cancer de la vessie, et un symptôme d’alerte, la présence de sang dans les urines.

 

Découvrir la campagne

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Plus qu’une course, la Novemb’Run est un élan collectif au service d’une cause essentielle : la santé des hommes. Dans une ambiance sportive, conviviale et engagée, cet événement phare de Novembre au Masculin, porté par l’Association Française d’Urologie, mobilise le grand public pour briser les tabous et mieux faire connaître les pathologies urologiques.

La Novemb’Run est aussi un événement 100 % caritatif : en participant, chacun contribue directement à soutenir la recherche en urologie. Les fonds collectés permettront de financer des projets innovants et de faire avancer l’innovation thérapeutique, au bénéfice des patients.

Parce que chaque pas compte, cette course est une occasion unique de s’engager concrètement pour la santé masculine.

Lire la suite

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EAU 2026 | Le Congrès Européen d'Urologie s'est déroulé le week-end dernier à Londres.

Découvrez le résumé des principaux messages partagés durant ces 3 jours. ⬇️

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L’AFU poursuit son engagement avec la 5e édition de l’ascension cycliste du Mont Ventoux, destinée à sensibiliser sur la santé de l’homme par la pratique d’une activité physique adaptée.
Nous vous donnons rendez-vous le samedi 19 septembre 2026 à Bédoin, pour relever une nouvelle fois le défi en vélo musculaire ou électrique.

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À la suite de la publication dans Uronews n° 134 d'un résumé de la revue Cochrane sur le traitement substitutif par testostérone dans la dysfonction sexuelle masculine, nous avons sollicité Charlotte Methorst pour un éclairage clinique. Cette méta-analyse souligne l'absence de bénéfice du traitement en l'absence d'hypogonadisme biologique. L'urologue précise ici la place du bilan hormonal en pratique courante et discute les indications actuelles du traitement substitutif, tant dans le champ sexuel qu'en dehors.

 

En l'absence de déficit androgénique biologique, quelle place donner à l'évaluation hormonale dans la dysfonction sexuelle masculine ?

La dysfonction sexuelle masculine constitue un ensemble complexe de troubles affectant la qualité de vie des patients et de leurs partenaires. Parmi ces troubles, la dysfonction érectile (DE) occupe une place prépondérante. Elle se définit comme l'incapacité persistante et récurrente à obtenir ou maintenir une érection suffisamment rigide pour permettre un rapport sexuel satisfaisant. Cette définition, bien qu'apparemment simple, recouvre une réalité clinique multidimensionnelle nécessitant une approche diagnostique rigoureuse et nuancée.

La nature multifactorielle de la dysfonction érectile en fait un véritable défi diagnostique.

L'évaluation initiale de tout patient consultant pour une dysfonction érectile doit reposer sur une approche systématique et complète. L'interrogatoire constitue le pilier de cette démarche diagnostique, permettant de préciser les caractéristiques de la dysfonction, son ancienneté, son caractère situationnel ou généralisé, ainsi que son retentissement sur la qualité de vie. L'examen clinique, bien que souvent peu contributif, demeure indispensable pour rechercher des signes d'hypogonadisme, évaluer l'état vasculaire périphérique et identifier d'éventuelles anomalies anatomiques.

La recherche systématique des facteurs de risque cardiovasculaires et métaboliques s'avère cruciale. Le diabète, l'obésité, la dyslipidémie, le tabagisme et la sédentarité constituent des déterminants majeurs de la dysfonction érectile. Cette exploration permet non seulement d'orienter le diagnostic étiologique mais également d'identifier des patients à risque cardiovasculaire global nécessitant une prise en charge préventive spécifique.

 

Comment intégrer l'évaluation hormonale dans un bilan étiologique multifactoriel ?

Dans ce contexte diagnostique complexe, la question du bilan hormonal se pose naturellement. L'absence de déficit androgénique biologique, définie par des taux de testostérone totale et libre situés dans les valeurs de référence, soulève une interrogation fondamentale : jusqu'où faut-il pousser l'exploration hormonale ? Cette situation, fréquente en pratique clinique, questionne la pertinence d'un bilan hormonal approfondi et invite à une réflexion sur les indications réelles de ces investigations complémentaires.

Les recommandations internationales, notamment celles de l'Association Européenne d'Urologie (EAU) et de l'Association Française d'Urologie (AFU), ont établi un cadre précis pour l'évaluation hormonale dans la dysfonction sexuelle masculine. Ces guidelines insistent sur l'importance de la mesure de la testostéronémie totale matinale, réalisée à jeun, idéalement entre 7 et 11 heures du matin, période correspondant au pic circadien de sécrétion androgénique. Cette recommandation repose sur des arguments physiologiques solides et vise à optimiser la fiabilité du dosage.

En cas de valeur limite ou basse, les recommandations préconisent la réalisation d'un second dosage de confirmation, associé le cas échéant à un dosage de testostérone libre ou biodisponible. Cette approche en deux temps permet de limiter les faux positifs liés à la variabilité biologique intra-individuelle et aux conditions de prélèvement. Cependant, lorsque les valeurs initiales de testostérone s'avèrent franchement normales (supérieures à 12 nmol/L), la question de la poursuite du bilan hormonal se pose.

Les données scientifiques récentes, notamment la revue systématique Cochrane publiée en 2024, apportent un éclairage décisif sur cette problématique. Cette méta-analyse, considérée comme le plus haut niveau de preuve en médecine factuelle, démontre que la supplémentation en testostérone chez les hommes présentant une dysfonction érectile sans déficit androgénique biologique n'apporte aucun bénéfice significatif sur la fonction érectile. Plus encore, l'impact sur la qualité de vie sexuelle globale et la satisfaction des patients s'avère minime voire absent.

Cette conclusion appelle toutefois une nuance clinique importante : chez les patients non-répondeurs aux IPDE5 (inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5), le traitement par testostérone peut restaurer leur sensibilité à ces molécules via ses effets directs sur le tissu caverneux. Les IPDE5 demeurent néanmoins le gold standard de la prise en charge de la dysfonction érectile.

 

Le traitement substitutif par la testostérone a-t-il encore une indication ?

Cette méta-analyse Cochrane ne montre pas non plus d'efficacité sur l'amélioration de la santé cardiovasculaire de l'homme. Il convient toutefois de préciser que la population étudiée est celle des hommes présentant une dysfonction érectile, alors que l'étude TRAVERSE, qui a spécifiquement évalué la sécurité cardiovasculaire du traitement substitutif, démontre l'innocuité du traitement substitutif sur le plan cardiovasculaire.

D'autre part, on sait aujourd'hui que l'hypogonadisme entraîne chez l'homme une problématique de troubles métaboliques et d'ostéoporose. Chez ces populations cibles, en particulier les patients présentant un syndrome métabolique, un traitement substitutif peut être particulièrement pertinent pour améliorer la sensibilité à l'insuline, augmenter la masse maigre et osseuse, ainsi que pour améliorer le profil lipidique.

En synthèse, au-delà des conclusions sur la dysfonction érectile, cette nouvelle revue Cochrane confirme surtout l'innocuité, déjà établie, des traitements substitutifs chez les populations d'hommes hypogonadiques.

Concernant la dysfonction érectile, la prise en charge de la dysfonction sexuelle masculine doit s'inscrire dans une démarche résolument multidisciplinaire. Celle-ci intègre les dimensions vasculaires, neurologiques, psychologiques, relationnelles et médicamenteuses. Dans ce cadre global, l'évaluation hormonale trouve sa place lorsque le contexte clinique l'indique, mais ne saurait constituer un automatisme systématique en l'absence d'arguments biologiques ou cliniques.

Propos recueillis par Pierre Derrouch

 

Lien vers l’article dans Uronews n° 134 (réservé aux membres de l’AFU): https://www.urofrance.org/newsletter/uro-news-134/

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l’AFU se mobilise pour sensibiliser, libérer la parole et faire bouger les lignes. Chaque année, la Semaine de la Continence mobilise médecins, associations et grand public autour d’un message fort : L’incontinence n’est pas une fatalité.

[post_title] => Semaine de la continence 2026 : Du 16 au 22 mars 2026 [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => semaine-de-la-continence-2026-du-16-au-22-mars-2026-2 [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2026-04-24 14:33:33 [post_modified_gmt] => 2026-04-24 12:33:33 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.urofrance.org/?p=116053 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw ) [9] => WP_Post Object ( [ID] => 115223 [post_author] => 6357 [post_date] => 2025-12-12 11:09:44 [post_date_gmt] => 2025-12-12 10:09:44 [post_content] =>

Les derniers résultats de l’ERSPC, vaste essai européen lancé en 1993 pour évaluer l’intérêt du dépistage par PSA, confirment après plus de vingt ans de suivi son impact sur la mortalité spécifique du cancer de la prostate. Les données actualisées et publiées le 29 octobre 2025 dans le The New England Journal of medecine montrent un gain clinique qui se renforce avec le temps et un rapport bénéfices-risques plus favorable. Le surdiagnostic demeure central et oriente vers des approches ajustées au niveau de risque. L’ensemble consolide la place d’un dépistage ciblé. Entretien avec Arnauld Villers, co-auteur de l’étude et membre de l’AFU.

 

L’étude européenne randomisée sur le dépistage du cancer de la prostate (ERSPC) montre une augmentation progressive du bénéfice absolu du dépistage, avec un excès d’incidence qui diminue au fil du temps. Après 23 ans, un décès est évité pour 456 hommes invités au dépistage. Cette évolution du rapport bénéfices-risques justifie-t-elle la mise en place d’un dépistage organisé en France, et comment l’intégrer dans l’élaboration d’un tel programme ?

Après un suivi moyen de 23 ans, le dépistage par PSA a conduit à une réduction relative de 13 % du risque de décès par cancer de la prostate. Un tel effet est largement en ligne avec ceux du dépistage du cancer du sein (réduction relative du risque de 13 %) et du côlon (réduction relative du risque de 10 à 25 % selon les tests).

Ces résultats sont là pour améliorer la santé des hommes. Nous devons faire mieux que de se défausser de la responsabilité de la prise de décision en matière de dosage de PSA envers les hommes individuellement. Pour cela, il faut débuter sans attendre des politiques d’information organisées sur les facteurs de risque et sur le dépistage par PSA qui maximisent les avantages et minimisent les inconvénients.

 

Au-delà de la réduction de 13 % de la mortalité spécifique, l’étude montre une baisse de 34 % des formes avancées (RR 0,66). Cet impact sur les stades métastatiques constitue-t-il un argument décisif pour le dépistage, et comment peut-il intervenir dans le dialogue avec les autorités de santé ?

Un quart des décès spécifiques liés à ce cancer en France surviennent avant 75 ans. La période difficile de maladie au stade métastatique est mise en avant par les patients. Lors d’un séminaire de l’INCa pour le lancement du Programme d’Actions Intégrées de Recherche (PAIR) sur le dépistage du cancer de la prostate en décembre 2024, une table ronde a réuni experts et représentants des patients. Les attentes des patients ont été clairement exprimées par leurs associations représentatives (ANAMACaP, Cerhom, Europa Uomo) : « Plus un cancer de la prostate est diagnostiqué à un stade avancé, plus les effets du traitement sur la qualité de vie sont délétères. Par conséquent, diagnostiquer la maladie à un stade précoce est d’une importance capitale. De plus, le diagnostic précoce suivi d’une surveillance active doit être considéré comme traitement de première intention lorsqu’il peut être appliqué en toute sécurité. »

 

L’ERSPC démontre le bénéfice du dépistage, mais révèle un doublement des cancers à faible risque (RR 2,14). Les nouveaux essais de dépistage fondé sur le risque, tels que ProScreen et STHLM3-MRI, qui intègrent IRM et biomarqueurs, visent à réduire ce surdiagnostic. Que nous apprennent les premières données disponibles ? Ces stratégies de triage permettent-elles d’envisager un dépistage organisé plus efficient ?

D’autres études récentes ont effectivement montré que l’on pouvait être plus efficient. Par exemple, l’étude Stockholm-3MRI a montré que le surdiagnostic pouvait être abaissé de 48 % pour l’étude ERSPC à 17 %.

Le dépistage du cancer de la prostate doit être personnalisé en fonction de ces facteurs de risque individuels. En cas de PSA anormal supérieur à 3 ng/ml, l’utilisation de l’IRM comme test réflexe après le PSA a donc permis de réduire le surdiagnostic. En cas de cancer à faible risque évolutif – ce qui est les cas dans un cas sur 5 –, une surveillance par PSA suffit. Cela a permis de diminuer le surtraitement.

La Commission européenne a approuvé en 2022 cette méthode personnalisée de dépistage du cancer de la prostate stratifiée selon le risque, avec pour objectif une mise en œuvre dans tous les pays européens d'ici 2026-2027.

Tout cela implique que le dialogue avec les autorités de santé doit être intensifié.

 

Propos recueillis par Pierre Derrouch.

 

Référence :

Roobol MJ, de Vos II, Månsson M, et al. European study of prostate cancer screening – 23-year follow-up. N Engl J Med. 2025;393(17):1669-1680. doi:10.1056/NEJMoa2503223

[post_title] => Dépistage du cancer de la prostate : plus de vingt ans de données qui relancent le débat sur une stratégie organisée en France [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => depistage-du-cancer-de-la-prostate-plus-de-vingt-ans-de-donnees-qui-relancent-le-debat-sur-une-strategie-organisee-en-france [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-12-12 11:09:44 [post_modified_gmt] => 2025-12-12 10:09:44 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.urofrance.org/?p=115223 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw ) [10] => WP_Post Object ( [ID] => 114951 [post_author] => 6357 [post_date] => 2025-11-27 10:27:39 [post_date_gmt] => 2025-11-27 09:27:39 [post_content] =>

Les urologues français multiplient les études pour évaluer et diminuer l'impact écologique de leurs pratiques, avec à la clef des solutions pour privilégier l’intervention la plus sobre, à indication et performance égales pour le patient.

 

L'impact environnemental des activités médicales représente près de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en France – soit 49 millions de tonnes de CO₂. La moitié provient des médicaments et des dispositifs médicaux.

Face à ces chiffres, l'urologie n'échappe pas à la prise de conscience. Pierre Merlin  a documenté l'évolution de l'intérêt scientifique pour le sujet : « Quand on recherche dans les domaines “développement durable” et “chirurgie”, on voit que l'essor est vraiment croissant, jusqu'à 6 000 publications l'année dernière. »

 

Les déplacements, principal poste d'émissions

Plusieurs études présentées lors de la session convergent vers un même constat : les trajets des patients et des soignants constituent le principal levier d'amélioration.

 Arthur Peyrottes, qui a comparé trois modes de drainage vésical dans le cadre de l'hypertrophie bénigne de la prostate, a souligné ce point. Les résultats de son analyse indiquent que l’autonomisation du patient, en supprimant les passages infirmiers quotidiens liés à une sonde urinaire à demeure, réduit fortement l’empreinte carbone. Comparée à la sonde à demeure, l’option des autosondages propres intermittents diminue d’environ 60 % les émissions de CO₂, tandis que le stent urétral temporaire permet une réduction de l’ordre de 80 %. Le fait d’autonomiser le patient modifie le point de comparaison entre les dispositifs, « parce que vous vous êtes séparé du passage infirmier quotidien. »

Les analyses de sensibilité révèlent aussi que l'utilisation de cathéters d'autosondage sans poche collectrice améliore encore le bilan, et que les sondes réutilisables, bien que non commercialisées en France, représentent l'option la plus favorable sur l'ensemble des catégories d'impact environnemental . L'idéal serait de réaliser des autosondages avec si possible des sondes réutilisables et sans poche de recueil d'urine. À défaut, si les autosondages ne sont pas possibles, il faut mettre en place une sonde vésicale sans passage infirmier avec autonomisation du patient, indique Richard Mallet, responsable de la Commission développement durable de l’AFU.

Ces observations trouvent un écho dans le domaine de la radiothérapie. Jennifer Le Guevelou, radiothérapeute à Tours, a détaillé les sources d'émissions dans sa spécialité et les fortes disparités géographiques. Elle souligne que le coût carbone d’un traitement curatif varie fortement d’un pays à l’autre, avec des valeurs allant d’environ 0,1 tonne à plus de 4,3 tonnes de CO₂ selon les systèmes de soins. « En France, ce qui coûte le plus en termes de bilan carbone, c'est le transport des patients.» La spécialiste a également pointé les disparités géographiques : « En Mayenne, il n’y a qu’un seul centre de radiothérapie. Nécessairement, nos patients vont faire des trajets qui sont beaucoup plus longs que ceux vivant à Paris qui ont une offre de soins bien plus importante. »

Pour réduire ces trajets, plusieurs stratégies sont avancées. La stéréotaxie permet de diviser par quatre le nombre de séances. Jennifer Le Guevelou a chiffré l'impact : « Si pour un service de radiothérapie, on passe de 20 à 5 fractions pour tous les cancers génito-urinaires, on réduit de 77 % nos émissions carbone. »

Elle a précisé qu'une augmentation de 10 % de l'utilisation de la stéréotaxie à l'échelle d'un service permettrait de réduire de 39 % les émissions carbone. Cette approche s'appuie notamment sur les résultats de l'étude PACE-B, qui a montré un contrôle biochimique à 5 ans de 95,7 % pour les cancers de prostate à risque intermédiaire favorable. Toutefois, la spécialiste a rappelé les limites : les toxicités urinaires cumulatives de grade 2 ou plus atteignent 32,3 % et les toxicités digestives 12,5 % à deux ans. Cependant, a-t-elle fait remarquer : « Au moment où l’étude PACE-B a été écrite et réalisée, les stratégies pour diminuer ces toxicités n'étaient pas mises en place. Je pense qu'on sera mieux à l'avenir [en termes de résultats - ndlr]. »

Elle a aussi souligné les bénéfices cliniques du télémonitoring : amélioration de la satisfaction des patients, réduction de la fréquence et de la sévérité des effets indésirables, diminution du nombre d'hospitalisations et, pour certaines pathologies, amélioration de la survie globale.

Une autre stratégie consiste à supprimer le scanner de planification avant le traitement, en utilisant des workflows sans simulation qui s'appuient sur des images déjà réalisées. La radiothérapeute a expliqué que cette approche permet de réduire le nombre de trajets des patients, en évitant un déplacement dédié au scanner de planification.

De son côté, Jaap Legemate, membre de la Commission développement durable de l’Association hollandaise d’urologie, a fait part d’une mesure adoptée dans son établissement. Si un patient doit revenir pour une tentative de sevrage de la sonde vésicale, nous le laissons couper le cathéter à la maison. Il n’a donc pas à se déplacer à l’hôpital pour l’ablation : la sonde s’enlève, et le matin il se rend à l’hôpital pour vérifier s’il reste des résidus, a-t-il expliqué.

 

Dispositifs médicaux : consommables et liquides en ligne de mire

Au-delà des déplacements, les dispositifs médicaux représentent un enjeu significatif. Clément Klein a analysé l'énucléation laser de la prostate (HoLEP) et identifié les postes dont la contribution est la plus élevée. Le spécialiste a particulièrement ciblé les bidons de 10 L pour la récupération des liquides d'irrigation : « Dans notre étude, ce sont ceux qui avaient le plus gros impact environnemental, soit 50 % de l'ensemble des dispositifs qu'on utilise. »

L'utilisation d'un système d’aspiration permettant d’éviter l’usage de bidons permet de réduire de 21 % le score environnemental PEF (passant de 122 à 108 points) et de 45 % la génération de déchets solides (de 4,1 kg à 2,2 kg par procédure).

Si l'HoLEP reste une technique relativement sobre en carbone, notamment grâce à l'absence de dispositifs jetables complexes, contrairement à d'autres techniques chirurgicales comme la résection endoscopique ou les interventions mini-invasives qui génèrent davantage de déchets, il a toutefois rappelé les limites de son analyse. N’ont pas été évalués le transport des dispositifs depuis le fabricant, la consommation électrique du laser au bloc, l'énergie des bâtiments ou encore l'anesthésie, des postes qui peuvent représenter une part significative de l'impact total.

Pierre Merlin, qui a étudié l'urétéroscopie souple sur quatre centres différents, a identifié quatre étapes représentant 76 % de la production de CO₂. L'installation du matériel concentre 37 % de l'impact (avec notamment les packs de champs stériles, compresses et tubulures jetables), la tenue des équipes 26 % (jetable versus tissu réutilisable, casaques stériles), l'urétéroscope 11 % et la tenue et l’environnement du patient 2 % (jetable versus tissu réutilisable, serviettes absorbantes). L’urologue a souligné que certaines étapes considérées comme secondaires peuvent en réalité peser lourd dans l’impact global, indiquant qu’il s’agissait de « choses qui nous semblent parfois anodines comme les champs stériles par exemple. »

Le spécialiste a également comparé les protocoles de désinfection des urétéroscopes réutilisables entre différents centres, mettant en évidence des écarts significatifs de consommation d'eau et d'électricité selon les équipements utilisés. L'impact environnemental par procédure variait de 20,2 kg équivalent CO₂ pour le centre le moins polluant à 29,7 kg pour le plus impactant, soit une différence de 32 %. Le centre le plus polluant utilisait des enceintes de stockage pour endoscopes thermosensibles (ESET), particulièrement énergivores, tandis que le centre le plus performant recourait au peroxyde d'hydrogène à basse température. L'analyse a également révélé que l'utilisation de champs stériles et d'eau stérile génère plus d'impact environnemental que les désinfectants eux-mêmes. Pour les hypothèses de durée de vie, l'étude a attribué 500 utilisations pour une boîte de chirurgie basique et 180 utilisations pour un urétéroscope réutilisable, avec une réparation toutes les 20 utilisations.

Jaap Legemate a décrit d’autres changements mis en œuvre dans son pays, notamment pour la cystoscopie : « On ne fait pas de stérilisation, pas de désinfectant, pas de drapage, et maintenant 100 % des hôpitaux aux Pays-Bas sont complètement non stériles pour la cystoscopie, et nous monitorons les résultats, c’est complètement sûr. »

 

Nécessité d'harmoniser les méthodologies

Les études se multiplient, mais un écueil demeure. Les travaux présentés révèlent une diversité méthodologique qui complique les comparaisons. Pierre Merlin a soulevé cette problématique : « En regardant les critères d’étude qu’on retrouve dans la littérature, ils sont vraiment variés, avec des résultats également variés. (…) On n’a pas de réelles tendances qui se dégagent.»

Le spécialiste a plaidé pour une standardisation : « Il est important d’avoir les mêmes méthodologies et les mêmes critères d’analyse pour pouvoir comparer nos études, comme ce qui est fait en cancérologie. »

Arthur Peyrottes a également mis en garde sur les limites intrinsèques des analyses de cycle de vie (ACV), basées sur des modélisations et des simulations avec intervalles de confiance à 95 % : « Ce n'est pas vraiment de la vraie vie. » Il faudrait pour bien faire suivre les patients et analyser précisément le matériel utilisé. En pratique, les ACV consistent à évaluer l’impact environnemental d’un dispositif depuis la production des matériaux jusqu’à la gestion des déchets, en passant par son transport, son utilisation et sa maintenance.

Malgré ces limites, il a défendu l'approche : « Cela reste à l'heure actuelle la méthodologie principale pour les analyses éco-responsables. »

L'importance des analyses de sensibilité a été soulignée par Arthur Peyrottes, qui a testé différentes hypothèses : passage d'une infirmière quotidienne à domicile avec un trajet de 5 km en voiture électrique, fréquence d'autosondage variant de 4 à 8 fois par jour, sondes avec ou sans poche collectrice.

L'urologue explique : « Ce qui est vraiment important, c'est d'aller un peu plus dans le détail et de chercher comment on peut s'améliorer. Ces analyses de sensibilité, ces analyses secondaires sont nécessaires. »

Pour Clément Klein, l’analyse de cycle de vie est appelée à devenir un critère à part entière dans le choix des techniques thérapeutiques, en plus de la morbidité et du coût.

L’urologie montre aujourd’hui qu’il est possible d’allier qualité des soins et responsabilité environnementale. « Les études présentées confirment que les déplacements, les consommables et certaines pratiques au bloc représentent les principaux leviers d’amélioration. Malgré des méthodologies encore hétérogènes, l’ACV s’impose comme un outil essentiel pour guider des choix plus sobres. L’engagement collectif des équipes place désormais l’urologie française parmi les spécialités pionnières d’une médecine plus durable », conclut Richard Mallet.

Les critères régulièrement étudiés dans les analyses de cycle de vie

Les études présentées lors de la session utilisent plusieurs critères pour évaluer l'impact environnemental des pratiques urologiques. Ces indicateurs permettent d'avoir une vision globale des conséquences écologiques. Ils s’inscrivent dans la méthodologie PEF (Product Environmental Footprint), cadre européen d’analyse multicritère de l’empreinte environnementale.

Principaux critères d'évaluation :

  • Émissions de gaz à effet de serre (équivalent CO₂)
  • Consommation d'eau
  • Utilisation de ressources minérales et d'énergies fossiles
  • Diminution de la couche d'ozone
  • Toxicité humaine (cancérigène et non cancérigène)
  • Eutrophisation aquatique et terrestre (pollution nutritive)
  • Acidification des sols
  • Formation de particules fines

Article rédigé par Pierre Derrouch à partir de la session de la Commission de développement durable, samedi 21/11/2025, au 119ᵉ Congrès français d’urologie, modérée par Richard Mallet, responsable de la Commission développement durable de l’AFU. 

[post_title] => Urologie : la réduction de l'empreinte environnementale comme enjeu [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => urologie-la-reduction-de-lempreinte-environnementale-comme-enjeu [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-11-27 10:30:45 [post_modified_gmt] => 2025-11-27 09:30:45 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.urofrance.org/?p=114951 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw ) [11] => WP_Post Object ( [ID] => 113921 [post_author] => 6357 [post_date] => 2025-10-28 16:11:50 [post_date_gmt] => 2025-10-28 15:11:50 [post_content] =>

L’usage des outils d’aide au diagnostic et de rédaction médicale se banalise. Mais cette délégation croissante comporte des dérives possibles. Accorder une confiance excessive à ces systèmes peut modifier la façon dont les médecins observent, décident, apprennent et raisonnent. L’évolution ne se limite pas à une transformation organisationnelle ; elle touche le rapport même au savoir médical. Deux phénomènes sont aujourd’hui décrits : le deskilling, soit la perte progressive de compétences, et le neverskilling, l’absence d’acquisition de ces compétences chez les jeunes praticiens formés avec l’intelligence artificielle (IA).

 

Ce questionnement sur une déqualification du savoir n’est pas nouveau. La philosophe américaine Shannon Vallor alertait en 2015, dans Moral deskilling and upskilling in a new machine age: reflections on the ambiguous future of character, sur les effets de l’automatisation et des technologies sur les compétences humaines et le jugement moral. Elle y voyait déjà le risque d’un affaiblissement du discernement au profit de comportements orientés par la machine.

Quelles formes cette évolution peut-elle prendre dans le champ médical ? Dans AI-induced deskilling in medicine (août 2025), Chiara Natali et al. décrivent une possible atrophie du raisonnement clinique : le médecin n’élabore plus un diagnostic, il valide une proposition algorithmique. Ce déplacement du geste intellectuel fragiliserait la capacité d’analyse autonome.

Selon les auteurs, cette perte de maîtrise ne se limite pas au processus décisionnel: elle s’étend aux dimensions techniques, sociales, morales et cognitives de la pratique médicale. Ils distinguent ainsi le technical deskilling (affaiblissement des gestes et procédures), le decision-making deskilling (altération du discernement), le social deskilling (érosion de la relation au patient), le moral deskilling (fragilisation du jugement éthique) et, plus largement, le semiotic deskilling (perte de la capacité interprétative permettant de relier les signes cliniques au sens médical global).

Ce recul de l’initiative influe aussi sur la manière dont les compétences se transmettent. Parmi les professionnels de santé interrogés pour son étude The AI Competence Paradox (août 2025), Christina Nilsson note que les cliniciens expérimentés ne perçoivent pas encore de perte directe de compétence avec les IA actuelles, mais disent craindre une rupture générationnelle. Ils estiment que les futurs professionnels, formés dans un environnement saturé d’IA, risquent de ne jamais développer certains automatismes d’analyse. La chercheuse décrit une phase d’équilibre provisoire avant un transfert durable des savoirs vers la machine.

Elle mentionne notamment la disparition des foundational knowledge-building opportunities - ces apprentissages issus de la répétition de gestes et de la confrontation directe au doute - remplacés par des vérifications algorithmiques.

Cette analyse rejoint celle de Chiara Natali et al. pour qui la raréfaction des cas simples confiés aux outils automatisés prive les jeunes cliniciens de situations d’apprentissage fondamentales. Ils citent notamment la pathologie. « Si l’IA trie et gère automatiquement tous les cas les plus simples, dans ce scénario, les pathologistes risquent de perdre leur familiarité avec les cas courants, ce qui entraînera l’apparition de futures générations de pathologistes qui ne maîtrisent plus la majorité des lésions. »

 

Un apprentissage sous assistance

L’effet se manifeste déjà dans la formation. Mattia Savardi et al., dans Upskilling or deskilling ? (janvier 2025), ont montré que si l’usage d’outils d’aide à la lecture d’images améliore la précision, il tend aussi à réduire l’initiative diagnostique des internes. Les auteurs soulignent la nécessité d’évaluer à la fois les effets d’apprentissage et de désapprentissage, et rappellent qu’une vigilance critique reste possible lorsque le praticien conserve une distance réflexive vis-à-vis du système.

Publiée en avril 2024 dans le Journal of Medical Internet Research, l’étude Large language models and user trust d’Avishek Choudhury décrit un risque plus global : les modèles d’IA s’entraînent désormais sur leurs propres productions, créant une boucle auto-référentielle qui dégrade la diversité des données et, par effet miroir, celle du jugement humain. Le praticien, rassuré par des résultats cohérents mais opaques, perd peu à peu le réflexe de questionner le cheminement intellectuel.

Ces évolutions posent aussi la question de la responsabilité. Si une erreur découle d’un conseil algorithmique, qui en répond ? Natali et al. plaident pour une observation longitudinale de l’effet de l’IA sur la compétence médicale et pour la mise en place de cadres destinés à préserver l’autonomie de jugement. De son côté, Nilsson appelle les institutions de santé à identifier sans tarder les gestes et la démarche réflexive essentiels à l’exercice médical, avant qu’ils ne disparaissent des pratiques.

 

Préserver le raisonnement clinique

Ce phénomène de désapprentissage ne s’arrête pas aux praticiens en exercice : il se prolonge chez ceux qui se forment déjà dans un environnement assisté. C’est là qu’émerge le neverskilling, forme nouvelle de dépendance cognitive. Le neverskilling désigne la situation d’un praticien qui n’a jamais appris à décider sans assistance. « Tout comme les navigateurs perdent leur “carte mentale” du terrain lorsqu’ils s’en remettent trop au GPS, les médecins risquent de perdre leur “carte clinique” - ce réseau complexe de connaissances et d’intuitions construit au fil d’années de diagnostic, d’observation et de synthèse », remarque Nilsson. Moins confrontés à l’incertitude, les jeunes cliniciens acquièrent plus difficilement les réflexes de vérification et de doute qui fondent la démarche de diagnostic.

Les données recueillies par Nilsson montrent que cette tendance touche déjà certaines spécialités à forte intégration numérique, comme la radiologie et la pathologie numérique, où l’observation manuelle directe devient marginale.

Plusieurs pistes sont avancées dans son étude pour parer à ces dérives potentielles : adapter la formation afin de préserver les compétences cliniques fondamentales, maintenir des apprentissages pratiques et un raisonnement autonome, même lorsque certaines tâches sont automatisées. Elle insiste également sur le rôle des organisations, appelées à identifier les compétences essentielles et à mettre en place des garde-fous pour prévenir leur érosion. L’enjeu est de concevoir l’usage de l’IA de manière à renforcer la pratique médicale sans en amoindrir la maîtrise critique.

Ce questionnement trouve un prolongement empirique dans les travaux de Savardi et al., qui apportent un éclairage complémentaire sur les mécanismes favorisant la préservation des compétences. Huit internes ont évalué 150 radiographies thoraciques de patients COVID-19 selon trois scénarios : sans IA, avec IA à la demande et avec IA intégrée. Le système BS-Net, déployé sur l’interface RIS/PACS de l’hôpital, présentait graphiquement les niveaux de confiance pour chaque score attribué par l’IA dans les différentes régions pulmonaires, accompagnés d’une carte d’explicabilité offrant un aperçu du fonctionnement de l’algorithme. Dans leurs réponses au questionnaire, les internes ont rapporté que ces cartes explicatives contribuaient à construire leur confiance envers l’IA (score moyen de 5/7 sur l’échelle de Likert). Cette forme de transparence pourrait favoriser un usage de l’IA comme outil d’apprentissage plutôt que comme simple substitut au jugement médical.

 

De la dépendance à l’alliance cognitive

La valeur de la médecine ne réside pas seulement dans l’exactitude du résultat, mais dans la compréhension du chemin qui y conduit, observent en substance Chiara Natali et al. Entre efficacité technique et maintien du savoir clinique, la ligne de partage devient étroite : c’est sur ce terrain que se joue la place réelle de l’intelligence artificielle dans la pratique médicale.

Dans son livre The AI mirror: How to reclaim our humanity in an age of machine thinking, paru en 2024, Shannon Vallor met de nouveau en garde contre un appauvrissement des compétences humaines qui dépasse le simple recours à la technique et interroge la façon dont l’humain conserve la maîtrise de son jugement face aux systèmes automatisés.

Mais l’IA ne condamne pas le jugement humain à tout effacement. Si elle est utilisée comme un « partenaire » d’analyse, elle peut devenir un levier de discernement et de formation continue.

Pour Nilsson, l’IA utilisée de façon critique peut contribuer à préserver les compétences existantes plutôt qu’à les affaiblir.

L’enjeu n’est donc pas de s’opposer à la machine, mais de protéger la capacité de réflexion qui permet d’en tirer le meilleur.

Pierre Derrouch

 

Références :

Vallor S. Moral deskilling and upskilling in a new machine age: reflections on the ambiguous future of character. Philosophy & Technology. 2015;28(1):107-124. DOI: 10.1007/s13347-014-0156-9

Shannon Vallor. The AI Mirror: how to reclaim our humanity in an age of machine thinking. Oxford University Press, 2024.

Natali C, Marconi L. et al. AI-induced deskilling in medicine: risks, mechanisms, and safeguards. Artificial Intelligence Review. 2025 ; DOI: 10.1007/s10462-025-11352-1

Nilsson C. The artificial intelligence (ai) competence paradox: how ai reshapes clinical expertise. Transforming Government: People, Process and Policy. 2025; DOI: 10.1108/TG-02-2025-0048

Savardi M, Signoroni A, Benini S, Vaccher F, Alberti M, Ciolli P, et al. Upskilling or deskilling? measurable role of an ai-supported training for radiology residents: a lesson from the pandemic. Insights into Imaging. 2025;16:23. DOI: 10.1186/s13244-024-01893-4

Choudhury A, Chaudhry Z. Large language models and user trust: consequence of self-referential learning loop and the deskilling of healthcare professionals. J Med Internet Res. 2024;26:e56764. DOI: 10.2196/56764

 

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La Haute Autorité de Santé vient de publier ses principes d’évaluation pour encadrer l’accès au remboursement des dispositifs médicaux numériques. Des orientations attendues, susceptibles de favoriser leur diffusion, mais qui soulèvent aussi des questions pratiques pour les spécialités concernées, urologie comprise.

 

De nombreux dispositifs numériques sont déjà utilisés au quotidien, du suivi post-chirurgical à l’accompagnement des maladies chroniques, mais leur évaluation reste hétérogène et leur intégration dans le parcours de soins limitée. C’est ce vide que la Haute Autorité de Santé (HAS) cherche à combler en définissant des règles précises pour déterminer quels outils pourront être remboursés, sur quelles preuves s’appuyer et selon quels critères apprécier leur intérêt médical et organisationnel.

Ces principes s’inscrivent dans un contexte d’explosion des technologies en santé. Les initiatives se multiplient, mais leur diffusion reste souvent cantonnée à des expérimentations locales ou à des projets isolés. La question du remboursement conditionne leur adoption. Sans reconnaissance officielle ni financement dédié, la plupart peinent à franchir le cap de la pratique courante. La démarche de la HAS pourrait transformer le paysage, en distinguant les solutions capables d’apporter une véritable valeur ajoutée de celles qui resteront au stade de gadget.

 

Deux voies d’accès au remboursement

La HAS établit deux modalités d’accès à une prise en charge par l’Assurance maladie.

La première concerne la télésurveillance médicale. Les dispositifs numériques qui relèvent de ce champ peuvent être inscrits sur la liste des activités de télésurveillance médicale (LATM), créée en 2022. Cette liste constitue un répertoire officiel des actes de télésurveillance remboursés. L’inscription repose sur un avis scientifique de la CNEDiMTS (Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé) et porte à la fois sur le dispositif et sur l’organisation médicale associée (collecte des données, analyse, gestion des alertes, accompagnement du patient). Concrètement, un outil numérique de suivi post-opératoire ou de surveillance de pathologie chronique ne pourra être remboursé que s’il figure sur cette liste, dans une indication précise.

La seconde modalité est la prise en charge anticipée (PECAN). Ce dispositif, instauré par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2022 et entré en vigueur en 2023, permet à un outil numérique innovant d’être pris en charge de manière dérogatoire pendant douze mois, avant même la finalisation complète de son évaluation clinique. L’objectif est de favoriser un accès plus rapide aux technologies prometteuses, en particulier lorsqu’elles concernent des patients chroniques ou des situations où l’organisation des soins peut être améliorée.

Quelle que soit la voie d’accès, les attentes de la HAS sont élevées. Les promoteurs devront démontrer un bénéfice clinique, apporter des preuves de sécurité et de fiabilité, et montrer la valeur organisationnelle et l’intégration du dispositif dans les pratiques de soins.

 

Pierre Derrouch

En savoir plus : HAS – Dispositifs médicaux numériques : principes d’évaluation – 10 septembre 2025

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