L'incontinence urinaire chez la femme

25 avril 2009

Auteurs : C. Saussine
Référence : Prog Urol, 2009, 4, 19, 279-284




 




Définition


L'incontinence urinaire désigne la perte d'urine involontaire par l'urètre en dehors de la miction. De cette définition sont exclues les écoulements urinaires résultant de fistules, c'est-à-dire d'orifices mettant directement en relation la voie urinaire (uretère, vessie, urètre) avec l'extérieur (le plus souvent le vagin).


Prévalence


Les enquêtes dans la population générale ont révélé que 30 à 40 % des femmes présentent des fuites urinaires. Cette prévalence augmente considérablement si on ne considère que les femmes de plus de 75 ans où celles placées en institution. Environ 10 % des femmes de moins de 25 ans ont présenté une incontinence.


La pathogénie


L'incontinence urinaire relève de trois mécanismes bien différents : une incontinence dite à l'effort, une incontinence par dysfonctionnement vésical et une incontinence par regorgement.


L'incontinence urinaire à l'effort


Les théories permettant d'expliquer l'incontinence à l'effort ont évolué. De la théorie d'Enhorning dite de l'enceinte abdominale, on est passé à la théorie de De Lancey dite du hamac sous-urétral.

La théorie d'Enhorning voulait que la continence soit assurée à partir du moment où les pressions abdominales à l'effort étaient intégralement transmises à la région périsphinctérienne. Cela supposait que cette région reste dans l'enceinte abdominale, ce qui n'est plus théoriquement le cas lors d'un prolapsus urétrovésical.

La théorie de De Lancey veut que la continence soit assurée à partir du moment où les moyens de fixité de l'urètre et du col vésical, appelés hamac sous-urétral, sont intacts. Ces moyens assurent un soutien de la région vésico-urétrale permettant d'exercer un effet antifuite lorsque la pression vient à augmenter dans la cavité abdominale à la suite d'un effort.

Lorsque ce soutien urétrovésical est déficient, cela se traduit par une hypermobilité de la région urétrovésicale à l'examen clinique.

Le soutien de la région urétrovésicale joue donc un rôle primordial pour assurer une continence urinaire à l'effort chez la femme mais un autre facteur joue également un rôle accessoire : il s'agit de la tonicité sphinctérienne.

Ainsi le plus souvent, les femmes seront incontinentes à l'effort en raison d'une hypermobilité urétrovésicale ou d'un défaut de soutien de cette région, mais certaines pourront l'être uniquement à cause d'une hypotonie sphinctérienne. Ces facteurs peuvent bien sûr se combiner.

La mise au point récente d'une nouvelle technique chirurgicale appelée bandelette vaginale sans tension ou en anglais tension free vaginal tape (TVT) a été basée sur la restauration d'un soutien de l'urètre dans sa portion moyenne permettant ainsi d'agir sur l'hypermobilité urétrovésicale.


L'incontinence urinaire par dysfonctionnement vésical


Dans cette forme d'incontinence urinaire, les fuites urinaires vont se produire parce que la pression intravésicale va dépasser la pression sphinctérienne.

Lorsque la vessie a un fonctionnement normal, ses propriétés viscoélastiques font que son remplissage se fait en maintenant une pression très basse en général inférieure à 20 à 25cm d'eau et donc inférieur à la pression exercée passivement par le sphincter urétral au repos. Le rapport entre la variation de volume vésical et la variation de pression (ΔV/ΔP) désigne la compliance vésicale qui est normalement comprise entre 30 et 100. Lorsque la capacité vésicale fonctionnelle est atteinte (250–300cm3) et après avoir inhibé deux besoins mictionnels fugaces, un besoin mictionnel plus pressant nous conduit à nous rendre aux toilettes pour y déclencher volontairement une miction. À ce moment là se produit une contraction vésicale qui va augmenter la pression intravésicale et qui associée à un relâchement sphinctérien va permettre la miction.

En cas de dysfonctionnement vésical, une augmentation de la pression intravésicale va apparaître spontanément en dehors de tout déclenchement volontaire de miction. Cette augmentation de la pression intravésicale peut résulter soit d'une contraction involontaire de la vessie soit d'un défaut de compliance vésicale, anomalies que l'on pourra mettre en évidence lors de la cystomanométrie de l'examen urodynamique.

L'apparition involontaire lors du remplissage vésical d'une contraction de la vessie est appelée hyperactivité du détrusor. Sur le plan clinique cette contraction involontaire de la vessie se manifestera par un besoin mictionnel urgent appelé urgenturie associé le plus souvent à une pollakiurie. Dans la situation de patientes se plaignant de pollakiurie et d'incontinence sur urgenturie mais chez lesquels l'examen urodynamique n'a pas été fait ou n'a pas montré de contraction involontaire lors de la cystomanométrie, il a été décidé par l'International Continence Society (ICS) de parler d'hyperactivité vésicale.

L'hyperactivité du détrusor relève de plusieurs causes :

une atteinte neurologique perturbant la régulation neurologique de l'automatisme vésicosphinctérien. Les causes sont nombreuses et il peut s'agir par exemple des sections complètes ou partielles de la moelle, de la sclérose en plaque, des atteintes médullaires diverses ou des atteintes cérébrales (accident vasculaire, maladie de Parkinson) ;
une épine irritative vésicale : infection urinaire, calcul vésical, tumeur de la vessie, compression vésicale par une tumeur de voisinage, etc. ;
une obstruction infravésicale avec hyperactivité du détrusor réactionnelle ;
idiopathique, c'est-à-dire sans cause identifiable.

Une augmentation anormale involontaire de la pression intravésicale peut aussi résulter d'un défaut de la compliance vésicale et être source d'une incontinence urinaire. Ce défaut de compliance signifie que les propriétés viscoélastiques vésicales sont altérées et ne permettent pas un remplissage à basse pression.

Le défaut de compliance vésicale peut être secondaire à une atteinte neurologique, à une sclérose ou fibrose de la paroi musculaire de la vessie suite à une irradiation ou à des interventions chirurgicales multiples, voire des instillations endovésicales répétées.

Ces deux premiers mécanismes, incontinence à l'effort et incontinence par dysfonctionnement vésical peuvent être associés définissant ainsi une incontinence urinaire mixte.


L'incontinence urinaire par regorgement


Ce troisième mécanisme de l'incontinence urinaire occupe une place à part car il suppose qu'une autre condition pathologique soit présente. Cette condition pathologique est la rétention urinaire chronique qui est moins fréquente chez la femme que chez l'homme. Les causes de ces rétentions peuvent être variées (mécaniques, neurologiques ou idiopathiques) et l'incontinence disparaîtra à partir du moment où la vidange vésicale sera restaurée par suppression de la cause ou supplée par des auto- ou hétérosondages.


La clinique


L'interrogatoire


Peut-être encore plus que dans d'autres pathologies, l'interrogatoire d'une femme incontinente est un moment capital. Il sera souvent dirigé car les femmes n'avouent pas volontiers leur incontinence et la décrivent très mal. On s'attachera à préciser les caractéristiques suivantes.


Les antécédents médicochirurgicaux


Les comorbidités aggravantes sont les interventions chirurgicales antérieures pour incontinence, l'irradiation pelvienne, le diabète, l'obésité, le tabagisme, la bronchite chronique mais aussi la ménopause ou la précarité sociale. La pratique du sport, surtout lorsqu'elle s'accompagne de brutales augmentations de la pression abdominale, est souvent un facteur révélateur de l'incontinence plus qu'un facteur aggravant.


Fuites mictionnelles


Les fuites mictionnelles en insistant sur :

leur date d'apparition ;
leur mode d'évolution, rapide ou progressive ;
les circonstances de survenue, la nuit, le jour, intermittente, en permanence, spontanée, au rire, à l'effort (toux, éternuements, effort de soulèvement, marche, course, pratique d'un sport) ou sur urgenturies que celles-ci soient spontanées ou secondaires à l'écoulement de l'eau, au froid, à un rapport sexuel, etc. Chez les personnes âgées les fuites sont souvent décrites comme insensibles ;
leur importance. Pour cela, on s'aidera du nombre de protections nécessaires utilisées pour se protéger en précisant la taille de ces protections. Un meilleur moyen pour quantifier l'incontinence est le pad test qui consiste à mettre en place une protection dont on connaît le poids exact, à faire faire à la patiente dont la vessie aura été remplie avec 200cm3 de sérum physiologique, un certain nombre d'exercices bien précis (marcher, monter les escaliers, s'accroupir, sauter, mais aussi tremper ses mains sous l'eau du robinet, etc.) et à peser à nouveau la protection. La différence de poids obtenue reflète les pertes d'urines. La durée courante des pad test est d'une heure ou de 24heures.


L'importance des boissons


En cas d'incontinence, les fuites seront proportionnelles à l'importance des boissons et il faut attirer l'attention des patients sur ce sujet pour leur conseiller de réduire des boissons anormalement importantes.


Le statut obstétrical


Le facteur le plus important qui représente un risque d'incontinence est le premier accouchement avec ses circonstances (forceps, épisiotomie, déchirure...) et le gros poids de l'enfant.


Ménopause ou non


Il y a ou non ménopause et dans ce cas si un traitement hormonal substitutif est en cours.


Les traitements


Les traitements déjà entrepris pour cette incontinence, rééducation, traitement médical ou chirurgical.

À la fin de l'interrogatoire, il est fréquent que le praticien ait déjà une opinion sur le mécanisme incriminé dans l'incontinence décrite par la patiente. D'autres éléments vont être utilisés pour préciser la situation.


Les autoquestionnaires administrés à la patiente


Certains autoquestionnaires vont préciser les symptômes urinaires que présentent la patiente d'autres vont s'attacher à définir la gêne procurée par ces fuites d'urine dans la vie de tous les jours et leur répercussion sur la qualité de vie. Dans la mesure du possible, on utilise des questionnaires validés.


Le catalogue ou calendrier mictionnel


Il s'agit pour la patiente de reporter par écrit tous les évènements concernant la miction sur trois jours consécutifs en précisant leurs horaires. Un catalogue mictionnel bien rempli permet de connaître le nombre de mictions nocturne et diurne, la diurèse, le volume mictionnel moyen, le nombre d'urgenturie, le nombre de fuites, le nombre de protections utilisées et la quantité de boissons ingérées. Le catalogue mictionnel est très informatif en cas d'incontinence par dysfonctionnement vésical mais il est moins utile en cas d'incontinence à l'effort isolée.


Examen des urines à la bandelette


L'examen des urines à la bandelette est nécessaire pour écarter une infection urinaire et avant d'envisager un examen. S'il est positif, un ECBU sera réalisé pour préciser le germe en cause et permettre un antibiogramme.


L'examen clinique


Autre temps fort, il doit se dérouler dans des conditions bien précises :

les femmes seront examinées à vessie pleine et à vessie vide, en position couchée et au besoin en position debout ;
l'aspect de la vulve sera noté en insistant sur la trophicité des tissus ;
la vessie sera remplie d'environ 300cm3 d'une solution aqueuse mélangée à du bleu de méthylène pour mieux voir les fuites. Ce remplissage par une petite sonde offre l'avantage de dépister un résidu postmictionnel méconnu et de pouvoir examiner les patientes rapidement dans une situation homogène. En effet, l'examen d'une femme après lui avoir demandé de garder sa vessie pleine demande souvent du temps et ne garanti pas que la vessie soit réellement pleine de façon homogène. Lors du remplissage de la vessie, il est possible d'observer des fuites spontanées ou sur urgenturies se produisant autour de la sonde. Cette constatation orientera vers une incontinence par dysfonctionnement vésical. Une fois la vessie remplie et la sonde retirée, on demande à la patiente de tousser ou mieux de pousser en continu. On note alors l'existence ou non de fuites qui seront qualifiées de fuites à l'effort ;
on note également la présence spontanée ou à l'effort d'un prolapsus vaginal ainsi que son importance. Selon l'organe intéressé par le prolapsus, on distinguera les urétrocystocèles par déroulement (urètre et vessie), des cystocèles postérieures (vessie uniquement), des hystérocèles (utérus), des rectocèles (rectum) et des élytrocèles (cul-de-sac de Douglas en général rempli de graisse, d'épiploon appelé épiplocèle, voire d'intestin grêle appelé entérocèle). Pour l'utérus, il est préférable de saisir le col à l'aide d'une pince et de noter sa mobilité. Pour le rectum, c'est un toucher rectal qui appréciera au mieux le déroulement de la paroi rectale en distinguant les rectocèles hautes des rectocèles basses.
Lorsqu'un prolapsus vaginal important est constaté, il est indispensable de rechercher à nouveau des fuites à l'effort après avoir refoulé le ou les prolapsus avec des valves vaginales. L'apparition de fuites uniquement à prolapsus refoulé traduit un effet pelote du prolapsus sur l'incontinence ;
si et seulement si, on a constaté des fuites à l'effort que l'on ait dû ou pas refouler un éventuel prolapsus, il faudra ensuite réaliser des manœuvres de corrections de l'incontinence. Ces manœuvres cherchent à faire disparaître les fuites constatées à l'effort en reproduisant plus ou moins ce que fera une intervention chirurgicale de correction de l'incontinence urinaire d'effort. Ces manœuvres ont donc évoluées avec la physiopathologie de l'incontinence urinaire à l'effort. De la manœuvre de Bonney qui réintégrait à l'aide de deux doigts ou des deux mords d'une pince les culs-de-sacs vaginaux dans l'enceinte abdominale, entraînant avec eux le col vésical et qui reproduisait ce que faisait la colposuspension de Burch, on est passé à la manœuvre du soutien du tiers moyen de l'urètre. Cette manœuvre, appelée aussi manœuvre d'Ulmsten, manœuvre suédoise ou manœuvre TVT, vise à reproduire ce que vont faire les bandelettes sous-urétrales quel que soit leur mode d'implantation, à savoir la restauration d'un soutien du tiers moyen de l'urètre. Si cela fait disparaître la fuite, la manœuvre est dite positive ;
enfin, on termine par tester la valeur des muscles élévateurs de l'anus en introduisant deux doigts dans le vagin, plaqués sur chaque releveur et en demandant à la patiente de faire un effort de retenue ou de contracter ses sphincters. Selon la réponse musculaire constatée une cotation en cinq niveaux est attribuée.


Les examens complémentaires


À l'issue de cette démarche diagnostique, un certain nombre de situations vont se distinguer avant d'envisager éventuellement d'autres examens complémentaires :

(A)
la patiente est en rétention urinaire chronique et présente une incontinence par regorgement. Il faudra s'attacher à rechercher une cause organique à cette rétention et la traiter si possible, comme par exemple une sténose serrée de l'urètre ou un volumineux prolapsus. Parfois la cause de la rétention sera fonctionnelle par atteinte neurologique ou bien idiopathique. Un bilan neurologique est indispensable. En dehors des cas peu fréquents répondant à la neuromodulation des racines sacrées, le plus souvent des auto- ou hétérosondages seront proposés ;
(B)
la patiente a une incontinence urinaire à l'effort légère ou modérée isolée. De la rééducation fonctionnelle périnéale sera proposée sans faire d'autres investigations ;
(C)
la patiente a une incontinence à l'effort qui persiste après la rééducation fonctionnelle périnéale ou qui est d'emblée sévère. Une intervention chirurgicale sera envisagée et un examen urodynamique est alors recommandé ;
(D)
la patiente a une incontinence urinaire par dysfonctionnement vésical ou une incontinence urinaire mixte ou encore une incontinence urinaire complexe et un examen urodynamique est recommandé.

L'examen urodynamique ne va pas faire le diagnostic d'incontinence qui est un diagnostic clinique. En revanche, il va expertiser l'équilibre vésicosphinctérien et ses résultats aideront à poser les indications thérapeutiques.

L'examen urodynamique comprend trois mesures différentes :

la mesure du débit urinaire ou débitmétrie. Le débit urinaire maximum peut être diminué en raison d'un obstacle infravésical ou d'une hypotonie vésicale ;
la mesure des pressions vésicales lors des phases de remplissage et de miction ou cystomanométrie. Lors de cette mesure on identifiera les volumes auxquels surviennent les besoins mictionnels, on précisera la survenue de contractions vésicales involontaires, on détectera les défauts de compliance vésicale et enfin on mesurera la pression vésicale lors de la miction. Cette dernière mesure permet lorsqu'elle est couplée avec la mesure du débit urinaire de définir à partir d'abaques s'il existe ou non une obstruction infravésicale ;
la mesure de la pression sphinctérienne ou urétromanométrie ou mesure du profil urétral. Cette mesure renseignera sur différents paramètres, comme la pression urétrale de clôture maximum ou la longueur fonctionnelle de l'urètre qui permettront de définir la valeur fonctionnelle de la région sphinctérienne. Certains auteurs contestent la reproductibilité de telles mesures et préfèrent définir la valeur fonctionnelle sphinctérienne en déterminant, sur une vessie remplie avec 200cm3, à partir de quelle augmentation de pression intravésicale obtenue par un effort de toux ou de poussée, se produit une fuite urinaire. Cette mesure s'appelle la mesure du point de pression à partir duquel se produit une fuite suite à une manœuvre d'augmentation de la pression abdominale appelée manœuvre de Valsalva (en anglais, Valsalva Leak Point Pressure ou Abdominal Leak Point Pressure).

À l'issue de cet examen urodynamique réalisé uniquement pour les patientes des catégories C et D définies ci-dessus, il sera possible de dire si la patiente présente une incontinence urinaire d'effort isolée ou par dysfonctionnement vésical isolé ou une incontinence urinaire mixte et définir ainsi la stratégie thérapeutique.

Dans certains cas particuliers, d'autres examens complémentaires viendront compléter le bilan comme un examen électromyographique du périnée ou une urétrocystoscopie.


Les traitements


Il est nécessaire de distinguer les traitements de l'incontinence urinaire d'effort de ceux de l'incontinence urinaire par dysfonctionnement vésical. Selon les cas ces traitements devront être combinés notamment dans les incontinences urinaires mixtes. Les traitements de l'incontinence urinaire par regorgement ont été abordés ci-dessus.


L'incontinence urinaire d'effort


Les méthodes



Les règles hygiénodiététiques

Elles comprennent entre autres la régulation des boissons, la réduction d'une surcharge pondérale, l'arrêt du tabagisme.

Le traitement médical

Il n'y a pas de traitement médical efficace disponible en France. Les travaux menés avec la duloxetine n'ont pour l'instant pas convaincu nos autorités pour autoriser sa mise sur le marché.

La rééducation fonctionnelle

Elle consiste à redonner conscience aux patientes de l'existence d'un périnée dont elles peuvent contrôler les muscles et à renforcer cette musculature en la faisant intervenir à bon escient. On effectuera du biofeedback, du renforcement manuel et du renforcement par électrostimulation. Il est inutile de prolonger cette kinésithérapie au-delà d'une quinzaine de séances si elle est inefficace.

Les traitements chirurgicaux

De très nombreux traitements chirurgicaux ont été décrits et leur connaissance n'a qu'une valeur historique comme pour les colposuspensions ou les frondes sous-cervicales. Depuis une dizaine d'année et l'apparition des bandelettes sous-urétrales, les choses se sont simplifiées et on distingue les traitements suivants.


Les bandelettes sous-urétrales (BSU)

Les BSU sont des bandelettes qui vont être placées sous le tiers moyen de l'urètre pour redonner un soutien à cette zone sans exercer de compression sur l'urètre. L'intervention peut se faire sous toute forme d'anesthésie. Pour la nature de ces bandelettes, un consensus existe en faveur du polypropylène monofilament tricoté, matériau qui présente la meilleure efficacité avec la moindre morbidité. Leur mise en place se fait de manière mini-invasive par voie vaginale pure ou combinée avec un abord rétropubien ou transobturateur. De nombreux modèles existent sur le marché et le premier modèle décrit par voie rétropubienne a pour nom commercial TVTâ„¢ acronyme de tension free vaginal tape et son efficacité à dix ans est désormais démontrée avec près de 80 % de femmes guéries de leur incontinence. Les complications de ces bandelettes sont peu nombreuses et le plus souvent mineures à type de douleurs, d'hématomes, d'érosion ou de troubles mictionnels en cas de placement inadéquat de la bandelette.


Le sphincter artificiel urinaire (SAU)

Le SAU est un dispositif hydraulique en silicone qui comprend trois éléments. Une manchette que l'on placera autour du col vésical et qui remplie va assurer la continence. Cette manchette sera reliée à une pompe placée dans une des grandes lèvres et dont la mise en action à la suite d'un besoin mictionnel va transférer le liquide contenu dans la manchette vers le troisième élément appelé ballon de régulation des pressions, qui est placé en position latérovésicale dans la cavité pelvienne. La miction sera ainsi possible puis une fois la vessie vide, le liquide placé en surplus dans le ballon va revenir automatiquement vers la manchette via la pompe par un simple jeu d'équilibration des pressions, en deux à trois minutes, grâce à un système de résistance qui freine le retour du liquide. Une fois la manchette pleine, la continence est rétablie. Après implantation, le SAU est laissé désactivé pendant quatre à six semaines grâce à un dispositif de blocage que l'on peut actionner au niveau de la pompe. Cela permet une meilleure cicatrisation. Les révisions pour problèmes techniques concernent 10 à 15 % des patientes. La complication la plus sérieuse est l'érosion-infection au contact du matériel qui oblige à explanter le SAU et intéresse 8 à 12 % des patientes. Un second SAU peut à nouveau être implanté après un délai de six mois. Les résultats sont excellents avec plus de 90 % de femmes entièrement sèches.


Les ballons périurétraux

Ce dispositif appelé ACTâ„¢ est encore en évaluation et non remboursé par la sécurité sociale. Il consiste en l'implantation sous toute forme d'anesthésie, par voie percutanée de deux ballons de silicone en position para-urétrale sous le col vésical. Ces ballons en silicone sont reliés par une tubulure à un port qui sera placé sous la peau de la grande lèvre et qui permettra un remplissage ou dégonflage de ces ballons par une simple ponction percutanée. Ces regonflages seront faits à intervalle régulier jusqu'à obtention d'un résultat suffisant sur la continence. Aucune manœuvre particulière n'est demandée à la patiente pour uriner.


Les dérivations urinaires

Ce sont des techniques chirurgicales qui conduisent à aboucher les uretères à la peau soit directement soit par l'intermédiaire d'une anse grêle afin de court-circuiter la vessie laissée en place.


Chirurgie des prolapsus

La chirurgie des prolapsus est souvent associée aux techniques de correction de l'incontinence. Certaines sont actuellement réalisées couramment sous cœlioscopie.


Les indications


Les règles hygiénodiététiques sont toujours nécessaires.

Les prolapsus importants et gênants seront corrigés chirurgicalement, si possible dans un temps distinct du traitement de l'incontinence lorsqu'il s'agit des bandelettes sous-urétrales.

Si l'incontinence est modérée une rééducation périnéale est souvent suffisante.

En cas d'échec de la rééducation ou en cas d'incontinence importante avec une hypermobilité urétrovésicale, les bandelettes sous-urétrales sont la technique de choix. Les choix du modèle de bandelette et de la voie d'abord rétropubienne ou transobturatrice ne sont pas codifiés de façon stricte et seront laissés à l'initiative du chirurgien. En cas d'hypotonie sphinctérienne, il semble cependant établi que la bandelette rétropubienne TVTâ„¢ donne de meilleurs résultats à long terme que les bandelettes transobturatrices.

En cas d'échec de ces bandelettes sous-urétrales ou pour les patientes dont l'examen clinique révèle une manœuvre de soutien urétrale négative, le sphincter artificiel urinaire est indiqué.

Enfin dans les cas désespérés il est possible de recourir à une dérivation urinaire.


L'incontinence par hyperactivité du détrusor


Les méthodes



Le traitement médical

Le traitement médical de l'incontinence urinaire par hyperactivité est basé essentiellement sur les anticholinergiques. Les molécules remboursées en France sont l'oxybutinine et le chlorure de trospium. La solifénacine et la toltérodine ne sont pas remboursées. Les effets secondaires sont ceux des anticholinergiques, sécheresse buccale ou oculaire, troubles digestifs. Une infection urinaire sera traitée par antibiothérapie. En cas de ménopause un traitement hormonal substitutif sera le bienvenu, complété éventuellement par l'application vulvaire de crèmes hormonales.

Rééducation fonctionnelle

La rééducation fonctionnelle périnéale avec une kinésithérapie comportementale.

La neuromodulation sacrée (NMS)

La NMS consiste en une stimulation électrique des racines sacrées. Un test percutané sera d'abord effectué. S'il est positif, un stimulateur sera implanté définitivement et raccordé à une électrode sacrée, elle aussi implantée définitivement. Ces traitements donnent de bons résultats à condition d'une réponse favorable aux tests percutanés. La NMS n'est pas indiquée en cas de sections médullaires complètes.

L'injection intradétrusorienne de toxine botulique

L'utilisation de la toxine botulique comme traitement de l'hyperactivité du détrusor est récente. Elle consiste à injecter dans le muscle détrusor, par voie endoscopique, sans anesthésie ou sous anesthésie légère de la toxine botulique. Son utilisation est validée pour le patient neurologique mais reste en évaluation pour le patient non neurologique. Son efficacité est bonne mais transitoire (quelques mois) et cela oblige à des réinjections régulières. Le risque principal de l'injection de toxine botulique est la constitution d'une rétention urinaire chronique obligeant à la pratique d'autosondage. Le patient neurologique est souvent moins ennuyé par ce risque car sa pathologie l'oblige souvent déjà à s'autosonder.

L'entérocystoplastie d'agrandissement

Ce traitement chirurgical consiste à interposer entre les deux moitiés de la vessie, un segment intestinal détubulé. On empêchera ainsi la vessie d'avoir des contractions efficaces tout en augmentant sa capacité fonctionnelle. Un risque de recours aux autosondages est aussi possible.

La dérivation urinaire

Cette partie a été discutée ci-dessus (cf. traitement incontinence d'effort).

Les traitements en évaluation

L'instillation intravésicale de capsaïcine ou de résinéfératoxine ont fait l'objet de quelques publications chez le patient neurologiques mais leur diffusion n'est pas encore d'actualité.


Les indications


Le traitement médical sera toujours proposé en première intention associée lorsque c'est possible à de la rééducation fonctionnelle du périnée. En cas d'échec ou d'intolérance au traitement sera proposé de la NMS ou des injections de toxine botulique. L'entérocystoplastie sera réservée aux situations d'échec de ces deux dernières méthodes. La dérivation urinaire sera envisagée dès que l'autonomie de la patiente ne permet plus une gestion simple des mictions spontanées ou par autosondages.


L'incontinence urinaire par défaut de compliance vésicale


Il n'y a pas de véritable traitement médical des hypocompliances vésicales. Les anticholinergiques auront des effets très limités et les injections de toxine botulique sont en évaluation dans cette indication. Le seul recours efficace est l'entérocystoplastie d'agrandissement.


Conclusion


L'incontinence urinaire de la femme n'est pas une fatalité. Les traitements sont très nombreux et nécessitent une évaluation initiale de bonne qualité pour être utilisés à bon escient. Le risque est surtout de méconnaître certaines incontinences urinaires par dysfonctionnement vésical ou mixte et de ne traiter que l'incontinence urinaire d'effort. En respectant ces précautions, les résultats sont souvent très bons redonnant une bonne qualité de vie à nos patientes.






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