Prélèvement rénal sur donneur décédé par arrêt cardiaque (DDAC) : organisation dans un centre hospitalier non universitaire

25 janvier 2014

Auteurs : V. Arnoux, D. Dorez, M. Muller, A. Gignoux, C. Valignat, A. Faucher, E. Dechamboux, A.-S. Gour, D. Jakkel, L. Saint Marcel, N. Terrier, O. Skowron
Référence : Prog Urol, 2014, 1, 24, 13-21
Introduction

En 2011 en France, l’ensemble des reins prélevés chez les patients en mort encéphalique et chez les donneurs vivants ne permet pas de répondre à la demande de transplants rénaux. Depuis 2006, les protocoles de prélèvements rénaux sur donneurs décédés par arrêt cardiaque (DDAC) se développent pour augmenter le nombre de transplants rénaux. L’objectif a été de décrire l’organisation d’un protocole DDAC dans un centre hospitalier non universitaire.

Patients et méthodes

Les patients ayant les critères d’inclusion stricts du protocole DDAC de l’Agence de biomédecine ont été inclus de manière prospective entre le 1er juillet 2011 et le 31 décembre 2012. Les données du protocole étaient comparables aux données nationales. La canulation vasculaire pour mise en place de la circulation régionale normothermique (CRN) a été effectuée par les urologues d’astreinte. Les données épidémiologiques, cliniques et biologiques des patients inclus, les différentes heures et délais du protocole, et les données de la transplantation rénale ont été recueillies et analysées.

Résultats

Sur la période de 18 mois, 16 patients ont été inclus dans le protocole DDAC, d’un âge médian de 42ans, et de sexe masculin dans 87,5 % des cas ; 93,8 % des patients inclus ont fait un ACR en dehors de l’hôpital préleveur. La durée médiane de no-flow a été de 4,3minutes (0 ; 23), la durée médiane entre l’ACR et l’admission au déchocage a été de 90minutes (0 ; 116), la durée médiane entre l’ACR et la mise en route de la CRN a été de 139minutes (40 ; 150), et la durée médiane de CRN a été de 212minutes (186 ; 240). La durée médiane de mobilisation de l’urologue a été de 178minutes dont 97minutes après 20heures. Vingt-quatre reins ont été prélevés (75 %) et 22 reins ont été transplantés (91,7 %). La durée médiane d’ischémie froide a été de neuf heures et 12 minutes (5h25 ; 18h02). Aucune non-fonction primaire du transplant n’a été notée. Cinquante pour cent des reins transplantés ont eu une reprise retardée de fonction avec un nombre médian de deux jours de dialyse (0 ; 19) et la créatininémie médiane à un mois était de 150 (72 ; 237). Après 12 mois d’inclusion, notre centre représentait 8 % des recensements nationaux et 16 % des reins DDAC transplantés.

Conclusion

L’implication des équipes de secours extra-hospitalier, de coordination des prélèvements d’organes, d’anesthésie-réanimation et d’urologie ainsi que la concentration des tâches dans notre centre ont permis de réduire au minimum les délais d’intervention dans le protocole DDAC pour obtenir une qualité maximale des reins prélevés, avec des taux de transplantations et des résultats très encourageants.




 




Introduction


Selon les données de l'Agence de biomédecine en 2011, 48,7 donneurs en état de mort encéphalique (DDME) par million d'habitants ont été recensés. Parmi ces donneurs effectifs, 94,3 % ont eu un prélèvement rénal (1572 en 2011) [1, 2].


Le taux national de nouvelles inscriptions sur la liste des patients en attente de greffe rénale a été de 59 malades par million d'habitants (en légère diminution pour la première fois depuis 2006). En parallèle, en 2011, le taux de transplantation rénale à partir des DDME augmente et a été de 45,1 malades par million d'habitants. De la même manière, le taux de transplantation rénale à partir d'un donneur vivant augmente constamment mais la durée médiane d'attente avant greffe rénale en France était en 2011 de 20,7 mois et en 2011, l'offre de greffe ne permettait pas de satisfaire la demande en tranplants rénaux [1, 2].


Pour augmenter l'offre de transplants rénaux, les différentes possibilités évoquées sont l'augmentation des prélèvements à partir de DDME, augmenter le nombre de donneurs vivants, limiter les lésion infligées au transplant entre donneur et receveur avec les machines à perfusion et développer la transplantation à partir des donneurs décédés par arrêt cardiaque (DDAC, 58 prélèvements en 2011) [3, 4, 5].


Afin de préserver la qualité des organes prélevés, le prélèvement rénal à partir d'un DDAC doit répondre à des critères stricts d'inclusion, d'organisation, de délais et de préservation des organes (Figure 1). Notre centre fait partie du protocole français de transplantation rénale à partir de DDAC [6, 7].


Figure 1
Figure 1. 

Organisation et délais du prélèvement d'organes sur donneurs décédés par arrêt cardiaque (ACR : arrêt cardiorespiratoire ; RCP : réanimation cardiopulmonaire ; MCE : massage cardiaque externe ; CRN : circulation régionale normothermique).




Notre objectif a été de décrire les modalités organisationnelles dans notre centre du protocole DDAC, les délais engagés, l'implication des équipes pré-hospitalières, de coordination, de réanimation et d'urologie et les résultats obtenus sur la transplantation rénale.


Patients et méthodes


Patients et méthodes


Sur la période du 1er juillet 2011 au 31 décembre 2012, 16 patients ont été inclus de manière prospective dans le protocole DDAC [6].


Les critères d'inclusion dans le protocole DDAC étaient les suivant : donneurs Maastricht I et II (occasionnellement IV en réanimation), d'un âge entre 18 et 54ans inclus, avec l'heure de l'arrêt cardiorespiratoire (ACR) connue de façon précise, avec une durée maximale d'ACR sans réanimation cardiopulmonaire (RCP) de 30minutes (no-flow , durée d'ischémie chaude), avec un délai entre l'ACR et l'arrivée au déchocage de 90minutes maximum en l'absence de planche à masser ou de 120minutes si une planche à masser est utilisée, et patient pris en charge sur le bassin annécien ou par l'équipe héliportée de la base de Meythet (au-delà du bassin).


Les critères d'exclusion pouvaient être, d'une part, liés aux circonstances : ACR intra-hospitalier, hémorragie massive, prouvée ou suspectée, polytraumatisé à forte cinétique, délai entre l'ACR et l'arrivée possible au déchocage supérieur à 90minutes (si pas de planche à masser) ou supérieur à 120minutes (avec planche à masser), indication d'assistance circulatoire thérapeutique ou de RCP prolongée ; et, d'autre part, liés au donneur : maladie rénale, HTA traitée ou non, diabète traité ou non, artériopathie-coronaropathie, cancer, toxicomanie par voie intraveineuse récente ou ancienne, sepsis grave en cours.


Pour chacun des donneurs inclus ont été recueillies les données suivantes : date, âge, sexe, poids, taille, IMC, cause du décès, antécédents, créatininémie (avec calcul de la clairance MDRD), heure d'ACR, heure de début de RCP efficace, heure de début d'un massage cardiaque externe (MCE) avec planche, heures de départ des lieux de prise en charge et d'arrivée au déchocage, heure de décès, heures de début de pose de la circulation régionale normothermique (CRN) et de début de mise en route de la CRN, heures d'arrivée au bloc opératoire, de clampage vasculaire, de prélèvement rénal et de sortie de bloc opératoire. Pour chacun des reins prélevés ont été recueillies les données suivantes : heure de prélèvement, heure de mise en route de la machine de perfusion rénale, résistances vasculaires à la quatrième heure, date de transplantation rénale et heure de déclampage rénal, créatininémie du receveur à un mois et durée de dialyse post-transplantation. La non-fonction primaire du transplant a été définie par une absence durable et définitive de fonction du transplant. La reprise retardée de fonction a été définie par la nécessité d'au moins une séance de dialyse dans la première semaine de la greffe.


Organisation et délais du protocole DDAC


L'organisation et les délais à respecter de la procédure DDAC sont résumés sur la Figure 1.


En pré-hospitalier, l'équipe Smur prenant en charge une personne en ACR depuis moins de 30minutes, et qui avait les critères d'inclusion et ne relevait pas des critères d'exclusion, préalertait la régulation du samu dès que possible (avant la fin de la RCP spécialisée) de l'éventuelle inclusion d'un patient dans le protocole DDAC, confirmait l'inclusion potentielle du patient et le régulateur confirmait l'accord du réanimateur pour l'inclusion.


Avant l'arrivée au déchocage, le réanimateur prévenait l'urologue d'astreinte, l'infirmière de la coordination des prélèvements d'organes et de tissus et l'équipe du bloc opératoire. Le déroulement et le rôle du réanimateur (et de l'équipe de déchocage), de l'infirmière de coordination et des urologues sont résumés dans le Tableau 1. La canulation vasculaire (pour la CRN) pour préservation des organes a été assurée par le chirurgien urologue d'astreinte. Entre le 1er juillet 2011 et le 4 novembre 2012, trois urologues assuraient une astreinte opérationnelle d'urologie. Depuis le 5 novembre 2012, quatre urologues assurent cette astreinte. Le kit de CRN utilisé a été le kit Medtronic® avec mise en place d'une canulation veineuse 24 Fr et artérielle 18 Fr dans les vaisseaux fémoraux par abord du triangle de Scarpa droit, et mise en place d'une sonde de Fogarty dans l'aorte thoracique par abord du Scarpa gauche (Figure 2). Aucune héparinisation du système n'a été effectuée contrairement au protocole national du DDAC.


Figure 2
Figure 2. 

Mise en place de la circulation régionale normothermique (CRN). À droite : canulation artérielle et veineuse par abord du Scarpa, à gauche : sonde de Fogarthy occlusive au niveau de l'aorte sus-cÅ“liaque.




Après transfert au bloc opératoire, la prise en charge d'un donneur sous CRN a été identique à celle d'un DDME sans canulation vasculaire déjà mise en place au niveau des vaisseaux fémoraux. La réfrigération des organes a été réalisée par un rinçage au liquide de conservation IGL-1. Les reins ont été mis séparément sur machine de perfusion rénale (Lifeport®) après explantation et préparation (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Rein droit sur machine de perfusion rénale Lifeport®.




Ultérieurement, les transplants rénaux ont été évalués sur une machine de perfusion à 4°C par une mesure des résistances vasculaires à 4H, des biopsies rénales ont été réalisées à l'issue de l'évaluation sur machine de perfusion et la greffe rénale a dû être réalisée en urgence pour obtenir une durée d'ischémie froide inférieure à 18heures. Les greffes rénales ont été réalisées au CHU de Grenoble et de Lyon, avec la priorité régionale donnée aux reins prélevés pour limiter les durées d'ischémie froide.


Résultats


Entre le 1er juillet 2011 et le 31 décembre 2012, 16 procédures de prélèvement rénal de DDAC ont été initiées. Après 12 mois d'inclusion, notre centre représentait 8 % des recensements nationaux et 16 % des reins DDAC transplantés.


L'analyse de la population des patients inclus est rapportée dans le Tableau 2. L'âge médian des patients inclus était de 42ans (19 ; 52) et les patients étaient de sexe masculin dans 87,5 % des cas. L'IMC médian était de 26kg/m2 (20,5 ; 43,2). La clairance médiane de la créatinine des patients était de 59,5mL/min (34 ; 124) Dans un cas, l'ACR a eu lieu dans le centre hospitalier préleveur. Parmi les antécédents, cinq patients étaient fumeurs, deux avaient une dyslipidémie, un patient était éthylique et un patient avait une tachycardie de Bouveret.


Parmi les patients inclus, 12 ont été prélevés. Parmi les quatre arrêts de procédure, deux étaient des refus de la famille, un était un refus du patient de son vivant et une procédure a été arrêtée car aucune famille n'a pu être contactée. Toutes les canulations pour la CRN ont eu lieu en fémoral par abord du Scarpa droit avec le kit Medtronic®. Seules deux hémorragies contrôlables du Scarpa ont compliqué les 12 canulations (16,7 %). Il n'y a pas eu d'échec de canulation ou de maintien du débit de CRN supérieur à 1,7L/min.


Le Tableau 3 expose les principales heures et durées de la procédure DDAC. Cent pour cent des ACR inclus ont eu lieu entre 8h et 20h. La durée médiane du no-flow a été de 4,3minutes (0 ; 23) (délai impérativement moins de 30minutes). La durée médiane entre l'ACR et l'admission au déchocage a été de 90minutes (0 ; 116) (délai impérativement inférieur à 120minutes). La durée médiane entre l'ACR et la mise en route de la CRN a été de 139minutes (40 ; 150) (délai impérativement inférieur à 150minutes). La durée médiane de la CRN a été de 212minutes (186 ; 240) (délai impérativement inférieur à 240minutes).


Pour l'urologue d'astreinte, l'heure médiane de mise en place de la canulation a été 16h07 (entre 10h12 et 21h20). Un quart des prélèvements ont été terminés entre 20h et minuit et un tiers entre minuit et 3h du matin. Quarante-deux pour cent des prélèvements ont eu lieu avant 18h. La durée médiane de mise en place de la canulation pour CRN par l'urologue a été de 24minutes (15 ; 55). La durée médiane du prélèvement a été de 154minutes (127 ; 270) (Tableau 3 et Figure 4). La durée totale médiane de mobilisation de l'urologue a été de 178minutes (150 ; 315) dont en moyenne 97minutes après 20h. Soixante-quinze pour cent des prélèvements ont eu lieu un jour ouvrable de la semaine (lundi au samedi midi inclus).


Figure 4
Figure 4. 

Répartitions horaires des 12 prélèvements sur donneurs décédés par arrêt cardiaque (DDAC) réalisés.




Les résultats sont présentés dans le Tableau 4. Parmi les 24 reins prélevés, 22 ont été transplantés (91,7 %). Les deux reins non transplantés ont été récusés pour des malformations vasculaires. La durée médiane d'ischémie froide a été de neuf heures et 12minutes (5h25 ; 18h02). La médiane des résistances vasculaires des reins sur machine de perfusion à 4H était de 0,15 (0,08 ; 0,35). Aucune non-fonction primaire (ou absence durable et définitive de fonction du transplant) n'a été notée dans notre série. Cinquante pour cent des 22 reins transplantés ont eu une reprise retardée de fonction (nécessité d'au moins une séance de dialyse dans la première semaine de la greffe). Le nombre médian de jours de dialyse post-transplantation a été de deux (0 ; 19). La créatininémie médiane à un mois postopératoire a été de 150μmol/L (72 ; 237).


Discussion


Nous rapportons ici une expérience unicentrique sur 18 mois de prélèvement rénaux sur DDAC. Notre centre fait partie du protocole national des prélèvements DDAC depuis le 1er juillet 2011 [6]. Il s'agit du seul centre non universitaire incluant des patients dans ce protocole. La littérature nationale et internationale est vaste et très variée concernant les aspects techniques (protocoles hétérogènes) et les résultats mais ne présente que peu d'éléments sur l'organisation des prélèvements rénaux DDAC.


Depuis le début des années 1990, une augmentation croissante des prélèvements d'organes à partir de DDME est observée en France, mais cela reste cependant insuffisant pour couvrir les besoins en transplants rénaux de la population. Les premiers résultats marginaux de transplantations rénales à partir de DDAC ont montré des résultats moins bons que les transplantations de donneurs DDME avec plus de non-fonction primaire du transplant, un taux très élevé de retard de reprise de fonction du transplant, une incidence sur le taux de rejet aigu et sur la survenue d'une néphropathie chronique du transplant, et aussi une technique coûteuse, consommatrice de matériel et de personnel, du fait de l'infrastructure nécessaire en réanimation et au bloc et du surcoût des séances d'hémodialyse supplémentaires [7]. L'amélioration des résultats des transplantations rénales DDAC a été permise par une sélection meilleure des donneurs et des receveurs, le respect strict des délais d'ischémie et les innovations thérapeutiques pour la préservation des organes. Le très grand potentiel en termes d'organes prélevés a été montré par les résultats aux Pays-Bas avec une part des prélèvements DDAC passée de 5 % en 1994 à 47 % en 2005 [8]. De même, l'expérience espagnole de Madrid rapportée par Sanchez-Fructuoso a montré, en 2006, 65 % de transplantation DDAC dans son centre représentant plus de la moitié des DDAC réalisés en Espagne [9].


Le protocole national DDAC de l'Agence de biomédecine a été mis en place en France en 2006 [6]. Neuf centres français dont le nôtre incluent des patients dans ce protocole. Après 12 mois d'inclusion, notre activité représentait 8 % des prélèvements rénaux DDAC en France. Dans notre série, le respect des critères d'inclusion a été strict.


Concernant la sélection des donneurs, l'âge médian de 42ans dans notre série était comparable à la littérature avec un âge moyen de 47ans pour la série française d'Abdoud et des âges moyens variant de 37 à 47ans dans la littérature internationale [9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16]. Le rôle des équipes de Smur et samu prenant en charge les patients décédés d'un arrêt cardiaque en pré-hospitalier est majeur dans la sélection et l'inclusion des patients pour le protocole DDAC [17, 18, 19]. Seul un patient dans notre étude a été inclus après ACR intra-hospitalier. Aucun patient n'avait d'antécédent cardiovasculaire majeur conformément aux critères d'inclusion. Le groupe sanguin A+ représentait plus de 80 % des donneurs recensés, ce qui posait le problème dans notre région du pool de receveurs.


Le respect strict des délais d'ischémie est indispensable pour obtenir le meilleur fonctionnement des transplants DDAC [20]. Dans notre série, aucun des délais des patients inclus n'a dépassé les délais d'inclusion du protocole DDAC, avec notamment un no-flow médian de moins de cinq minutes et un délai médian d'admission au déchocage de moins de 90minutes. L'équipe française d'Adnet a rapporté pour 28 donneurs des durées moyennes de no-flow de six minutes et d'admission en centre préleveur de 100minutes [19]. Dans la littérature internationale comparative, la durée moyenne de no-flow varie de 14 à 29minutes (moyenne de 20,06minutes) [9, 11, 12, 13, 14, 15, 16]. Dans cet aspect aussi, le rôle des équipes pré-hospitalières et hospitalières a été majeur. Le but de notre organisation a été de limiter au maximum le nombre d'intervenants dans la chaîne des acteurs du DDAC. L'organisation a été supervisée par la coordination des prélèvements d'organes et le réanimateur admettant le patient au déchocage (Tableau 1). La canulation pour la mise en place de la circulation normothermique régionale (CRN) a été effectuée par l'urologue d'astreinte opérationnelle, appelé avant l'admission du patient au déchocage, et qui effectuera ensuite le prélèvement rénal. Le réanimateur a effectué le suivi de l'admission au déchocage à la mise des reins sur machine de perfusion rénale. Ainsi, seuls quatre équipes interviennent directement dans l'enchaînement des différentes étapes conduisant au prélèvement DDAC entre l'effondrement (ACR) et la mise en place du rein sur machine de perfusion rénale.


Concernant les aspects techniques, la CRN considérée comme la meilleure technique actuelle de perfusion des organes a été utilisée pour chaque patient inclus [21]. La mise en place effectuée par l'urologue au déchocage a nécessité moins de 30minutes dans plus de la moitié des cas et n'a jamais dépassé 55minutes. Aucune complication majeure n'a été observée lors de la canulation. Il n'y a pas eu d'échec de canulation ou de maintien du débit de CRN supérieur à 1,7L/min. Le circuit de CRN n'a pas été hépariné dans notre série. De même, aucune complication majeure n'a été observée lors du prélèvement rénal. Pour l'urologue d'astreinte, un tiers des prélèvements ont débuté après 20h (60 % après 18h) et un tiers se sont finis après minuit. En plus d'une nécessité de disponibilité quasi immédiate pour la canulation, cette activité constitue une surcharge de travail non négligeable dans l'astreinte d'une équipe d'urologie malgré le faible effectif de notre série (durée médiane de mobilisation de 178minutes). Les conséquences horaires sont semblables pour l'équipe du bloc opératoire mais la durée d'occupation d'une salle de bloc opératoire restait notablement inférieure à celle d'un prélèvement sur DDME avec une médiane à 154minutes (127 ; 270). L'activité limitée à une seule équipe chirurgicale ainsi que la canulation vasculaire préopératoire ont permis de limiter les temps d'occupation d'une salle opératoire et de mobilisation d'une équipe de bloc opératoire.


Dans notre série, sur les 16 donneurs potentiels inclus, quatre refus ont été observés (25 %). Ce taux semblait légèrement inférieur aux données nationales des refus sur les prélèvements DDME (32,4 % en 2011) [1, 2]. Dans notre série, 91,7 % des reins prélevés ont été transplantés (deux reins non transplantés pour cause de malformations vasculaires, aucun des reins mis sur machine de perfusion rénale n'a ensuite été exclu). Selon l'Agence de biomédecine, en 2011, 122 donneurs ont été recensés, 58 prélevés (47,5 %) et 56,9 % des reins ont été transplantés (chiffres en baisse depuis 2009) [1, 2].


Dans notre série, l'ischémie froide médiane a été de neuf heures et 12minutes (5h25 ; 18h02), liée à la réactivité des équipes de transplantation et la réalisation des greffes à toute heure du jour et de la nuit en urgence. Le seul patient avec un rein transplanté avec plus de 18heures d'ischémie froide a eu cinq jours de dialyse post-transplantation et la créatininémie à un mois était de 165μmol/L. Dans la littérature internationale comparant les prélèvements DDAC et DDME, l'ischémie froide moyenne a été décrite entre 16 et 28,9heures (moyenne 21,54heures) [9, 11, 12, 13, 14, 15, 16]. La médiane des résistances vasculaires à la quatrième heure a été de 0,15 (0,08 ; 0,35), liées selon Matsuno, au taux de non-fonction primaire, mais aussi au taux de reprise immédiate de fonction des transplants [22]. Concernant les reins transplantés dans notre série, le taux de reprise retardée de fonction du transplant a été de 50 % et un nombre médian de deux jours de dialyse post-transplantation. Dans la série française d'Abboud, 95 % des reins transplantés ont eu une reprise retardée de fonction [10]. Dans la littérature internationale, le taux de non-fonction primaire du transplant varie de 1 à 8,7 % et le taux de reprise retardée de fonction de 27,5 % à 95 % (moyenne 57,5 %) [9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 23]. Ces chiffres internationaux sont à modérer avec l'inclusion des patients en ACR Maastricht III dans certaines séries anglaises et néerlandaises alors que les séries françaises et la majorité des séries espagnoles ne concernent jusqu'alors que les patients en ACR Maastricht I et II.


Notre série reste limitée par son faible effectif au vu de la littérature nationale et internationale. Les données concernant nos résultats sont peu comparables à celles de la littérature dans le contexte. Par ailleurs, nous n'avons pu à ce jour fournir des résultats à long terme de notre activité étant donné le faible recul de notre étude. Cependant, nous rapportons ici une expérience unicentrique d'organisation des prélèvements DDAC à l'échelle de notre structure avec des délais inférieurs à ceux de la littérature, notamment en termes d'ischémie chaude et froide. La littérature a permis de décrire un lien fort entre ces durées d'ischémie et la survie des transplants à cinq ans [20]. Malgré l'absence d'éléments de comparaison, l'implication et la limitation du nombre d'intervenants nous ont paru être à l'origine des résultats à court terme très satisfaisants rapportés dans cette série.


Conclusion


L'implication des équipes de secours extra-hospitaliers, de coordination des prélèvements d'organes, d'anesthésie-réanimation et d'urologie ainsi que la concentration des tâches dans notre centre ont permis de réduire au minimum les délais d'intervention dans le protocole DDAC pour obtenir une qualité maximale des reins prélevés, avec des taux de transplantations et des résultats très encourageants pour la poursuite et le développement de cette activité.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



☆  Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Rôles du réanimateur, de l'équipe de coordination des prélèvements d'organes et de tissus et des urologues après admission du malade au déchocage.
Réanimateur  Coordination de prélèvement  Urologues 
Déchocage      
Appel de l'urologue d'astreinte  Vérification du respect du timing pré-hospitalier et les critères d'inclusion/exclusion
Interroge le Registre national des refus 
Appelé avant arrivée au déchocage par le réanimateur
Préparation canulation vasculaire pour CRN 
Installation du donneur avec une planche à masser 
Vérification du respect du timing pré-hospitalier et les critères d'inclusion/exclusion 
Diagnostic de décès (ECG plat 5min consécutives) 
Procès-verbal de constat de mort en vue de prélèvement 
 
Mise en place avec le chirurgien urologue de la méthode de préservation des organes  Recherche de renseignements médicaux et d'éventuelles contre-indications
Recherche d'une opposition au don exprimée du vivant du défunt 
Pose méthode préservation des organes par canulation vasculaire (CRN) 
 
Si poursuite de la procédure     
Extubation et arrêt de la surveillance ECG du donneur pour permettre le transport au bloc  Envoie le HLA
Envoie les bilans sanguins et sérologiques
Renseigne le dossier donneur dans cristal Biomédecine
Prépare les deux machines de perfusion rénale 
Coordonne avec le bloc opératoire la mise au bloc du donneur 
Assure l'entretien de la préservation des organes 
 
Bloc opératoire      
Installe et entretien la CRN jusqu'à l'explantation des reins  Organise le transfert des transplants  Prélèvement rénal et mise en place des reins sur machine de perfusion rénale 



Légende :
CRN : circulation régionale normothermique.



Tableau 2 - Caractéristiques de la population (les données continues sont exprimées par leurs médianes avec les extrêmes et les données catégorielles en pourcentages).
n =16   
Âge médian (an)  42 (19 ; 52) 
Sexe masculin  14 (87,5 %) 
Poids médian (kg)  80 (55 ; 140) 
Taille médiane (m)  1,76 (1,59 ; 1,85) 
IMC médian (kg/m2 26 (20,5 ; 43,2) 
Clairance de la créatinine médiane (mL/min)  59,5 (34 ; 124) 
Groupe sanguin A+  13 (81,3 %) 
ACR extra-hospitalier  15 (93,75 %) 



Légende :
ACR : arrêt cardiorespiratoire.



Tableau 3 - Heures et durées des procédures du prélèvement rénal sur donneurs décédés par arrêt cardiaque (DDAC) (les durées sont des médianes exprimées en minutes avec leurs extrêmes).
n =12   
Heure médiane d'ACR  14h24 (8h17 ; 19h00) 
Jour de semaine ouvrable  9 (75 %) 
Durée médiane du no-flow (minutes)  4,3 (0 ; 23) 
Durée médiane de transport (minutes)  24,3 (0 ; 42) 
Délai médian ACR-admission au déchocage (minutes)  90 (0 ; 116) 
Durée médiane du low-flow (minutes)  102,3 (10 ; 140) 
Heure médiane de début de canulation  16h07 (10h12 ; 21h20) 
Durée médiane ACR-CRN (minutes)  139 (40 ; 150) 
Heure médiane d'installation au bloc opératoire  19h00 (13h53 ; 23h50) 
Durée médiane de CRN (minutes)  212 (186 ; 240) 
Durée médiane du prélèvement (minutes)  154 (127 ; 270) 
Durée médiane de mobilisation de l'urologue (minutes)  178 (150 ; 315) 
Durée médiane d'ischémie froide  9h12 (5h25 ; 18h02) 



Légende :
ACR : arrêt cardiorespiratoire ; CRN : circulation régionale normothermique.



Tableau 4 - Résultats des transplantations des reins prélevés dans le cadre du protocole DDAC (les durées sont des médianes exprimées en minutes avec leurs extrêmes).
n =16 patients (32 reins)   
Nombre de reins prélevés  24 (75 % des procédures DDAC) 
Nombre de reins transplantés  22 (91,7 % des reins prélevés) 
Résistance vasculaire médiane à la 4eheure des reins sur machine de perfusion  0,15 (0,08 ; 0,35) 
Durée médiane d'ischémie froide (heures)  9h12 (5h25 ; 18h02) 
Non-fonction primaire du transplant 
Reprise retardée de fonction du transplant  11 (50 %) 
Nombre médian de jours de dialyse post-transplantation  2 (0 ; 19) 
Créatininémie médiane à 1mois (μmol/L)  150 (72 ; 237) 



Légende :
DDAC : donneurs décédés par arrêt cardiaque.


Références



Agence de biomédecine. Rapport annuel 2011. agence-biomedecine.fr.
Agence de biomédecine. Rapport d'activité 2011 des coordinations hospitalières de prélèvement. agence-biomedecine.fr.
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