Recommandations pour l'utilisation du calendrier mictionnel et des questionnaires de symptômes ou de qualité de vie dans l'évaluation d'une incontinence urinaire féminine non neurologique

06 janvier 2008

Mots clés : incontinence urinaire de la femme, questionnaires symptômes, calendrier mictionnel
Auteurs : Loïc LE NORMAND
Référence : Prog Urol, 2007, 1252

L'utilisation d'un calendrier mictionnel est recommandée pour l'évaluation d'une incontinence urinaire.

 

Pour standardiser l'interrogatoire et pour préciser le type d'incontinence urinaire, l'utilisation d'un questionnaire de symptômes validé en français est recommandée.

 

L'évaluation du retentissement de cette incontinence par un questionnaire de qualité de vie est recommandée.

 

L'utilisation des questionnaires en pratique courante nécessite de limiter les questions afin qu'ils soient rapidements remplis par la patiente et interprétés facilement par le thérapeute. En pratique quotidienne il est recommandé d'utiliser le questionnaire auto-administré UPS® ou à défaut le questionnaire MHU auquel il faut ajouter l'évaluation sur le retentissement de l'incontinence sur la qualité de vie en utilisant l'échelle visuelle de la question 5 de l'ICIQ.

 

Dans le domaine de la recherche, il est possible d'utiliser des questionnaires plus longs et ciblés sur les symptômes évalués sans oublier les symptômes susceptibles d'être induits par le traitement

 

PS : Les annexes sont accessibles sur le document PDF

Les objectifs de l'utilisation des questionnaires de symptômes et de qualité de vie pour l'évaluation d'une incontinence urinaire féminine, en pratique clinique quotidienne, sont :

D'aider au diagnostic de l'incontinence (effort, impériosité, mixte)

D'apprécier la sévérité des symptômes

D'évaluer le retentissement de cette incontinence

De permettre, par une analyse de leur évolution, une évaluation de l'efficacité voire de la morbidité des traitements.

Cette évaluation clinique de l'incontinence et de son retentissement figure dans les recommandations de l'ANAES (1, 2) mais n'est pas toujours facile à préciser par un simple interrogatoire. De nombreux outils basés sur des questionnaires soit auto-administrés, soit établis à partir d'un interrogatoire effectué par le médecin, tentent de pallier à cette difficulté (voir tableaux 1).

 

Les questionnaires doivent être validés (ils mesurent bien les domaines qu'ils ciblent, les questions sont compréhensibles par la population étudiée, sans ambiguïté), la reproductibilité des réponses est vérifiée et une variation significative du score en rapport à un traitement doit correspondre à une signification clinique. Lorsque tous ces objectifs ont été vérifiés, le questionnaire peut être considéré de grade A selon le comité de la consultation sur l'incontinence, il est de grade B si seulement les deux premières conditions sont vérifiées (24).

Les questionnaires de symptômes permettent de standardiser et d'améliorer la compréhension des questions permettant de préciser le diagnostic d'incontinence :

Le score MHU (mesure du handicap urinaire) fut le premier score établit en Français mais n'a jamais été validé.

Le score USP© (Urinary Symptom Profile) développé récemment par l'AFU est contrairement au précédent validé sur le plan psychométrique et permet son auto-administration. Il permet, en 10 questions, l'évaluation de la dysurie et des troubles irritatifs en plus de celle de l'incontinence urinaire.

Le score ICIQ© associe les symptômes et la qualité de vie en 4 questions mais ne donne aucune autre précision sur les symptômes urinaires associées.

Le questionnaire de l'évaluation de la qualité de vie doit être adapté à l'incontinence urinaire car il mesure le retentissement des symptômes sur le « bien être », physique, émotionnel et social (25). Une évaluation globale sur une échelle visuelle analogique du retentissement de l'incontinence sur la qualité de vie n'est pas suffisante et faiblement corrélée à un score obtenu par un questionnaire validé (26).

Le questionnaire Contilife a été développé en Français et est très complet, explorant le retentissement de l'incontinence d'effort, par impériosité ou mixte mais du fait de sa longueur (28 items) est peu utilisable en pratique quotidienne mais est largement utilisé pour les études cliniques (tableau 2).

 

Pour être applicable, le questionnaire doit être facile à utiliser. Le questionnaire peut être long et spécifique d'une population étudiée s'il s'agit de l'utiliser dans le cadre de la recherche mais il doit être court et rempli par le patient lui-même dans le cadre de la pratique urologique quotidienne.(24)

Pour répondre à cette applicabilité, il est préférable d'utiliser un questionnaire simple qui évalue à la fois les symptômes et le retentissement sur la qualité de vie.

Cependant, les questionnaires de symptômes et de qualité de vie ne peuvent se substituer à l'utilisation de calendriers mictionnels qui seuls, permettent objectivement de quantifier la pollakiurie, les épisodes d'incontinence, de dépister une polyurie.

Le calendrier mictionnel

C'est un outil essentiel de l'évaluation des symptômes. Il faut sensibiliser non seulement la population des urologues à son utilisation mais également celle des médecins généralistes afin que les patients référés à l'urologue viennent en consultation avec ce document. Ce document doit comporter le plus de renseignements possible. Le calendrier mictionnel édité par l'AFU et disponible sur le site www.urofrance.org est un support appréciable qui comporte les explications et conseils nécessaires à sa réalisation en incitant la patiente à donner le plus de détails possible  (annexe 1):

• Heure des mictions et fuites

• Volume des mictions

• Changements de protection

• Évènements : fuites, impériosités, dysurie, heure du coucher et du lever...

Une période de 2 jours est suffisante en pratique quotidienne pour évaluer des troubles mictionnels fréquents (27). Il peut être prolongé davantage en cas de variabilité importante des troubles ou si ceux-ci sont peu fréquents. Cependant, l'acceptabilité diminue d'autant que la durée du recueil augmente (28).

Les valeurs normales du calendrier mictionnel établies chez des femmes sans trouble mictionnel montrent les valeurs suivantes : volume mictionnel moyen : 230-250ml, Fréquence mictionnelle moyenne de 5.7 à 7.3 et une diurèse des 24h en moyenne de 1272 à 1350ml. (29, 30)

Références

1. Amarenco G. A propos des RPC de l'ANAES : prise en en charge de l'incontinence urinaire de la femme en medecine generale (mai 2003). Gynecol Obstet Fertil. 2004;32:1082-1090.

2. ANAES. Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en Santé. Prise en charge de l'incontinence urinaire de la femme en médecine générale. In: Paris2003.

3. Amarenco G, Kerdraon J, Perrigot M. Echelle d'évaluation du handicap pelvien : mesure du handicap urinaire (MHU). In: Pélissier J, Coster P, Lopez S, Marés P, editor. Rééducation vésico-sphinctérienne et ano-rectale. Paris: Masson; 1992. p. 498-504.

4. Shumaker life measures for women with urinary incontinence: the Incontinence Impact Questionnaire and the Urogenital Distress Inventory. Continence Program in Women SA, Wyman JF, Uebersax JS, McClish D, Fantl JA. Health-related quality of (CPW) Research Group. Qual Life Res. 1994;3:291-306.

5. Uebersax JS, Wyman JF, Shumaker SA, McClish DK, Fantl JA. Short forms to assess life quality and symptom distress for urinary incontinence in women: the Incontinence Impact Questionnaire and the Urogenital Distress Inventory. Continence Program for Women Research Group. Neurourol Urodyn. 1995;14:131-139.

6. Lee PS, Reid DW, Saltmarche A, Linton L. Measuring the psychosocial impact of urinary incontinence: the York Incontinence Perceptions Scale (YIPS). J Am Geriatr Soc. 1995;43:1275-1278.

7. Jackson S, Donovan J, Brookes S, Eckford S, Swithinbank L, Abrams P. The Bristol Female Lower Urinary Tract Symptoms questionnaire: development and psychometric testing. Br J Urol. 1996;77:805-812.

8. Black N, Griffiths J, Pope C. Development of a symptom severity index and a symptom impact index for stress incontinence in women. Neurourol Urodyn. 1996;15:630-640.

9. Kelleher CJ, Cardozo LD, Khullar V, Salvatore S. A new questionnaire to assess the quality of life of urinary incontinent women. Br J Obstet Gynaecol. 1997;104:1374-1379.

10. Marquis P, Amarenco G, Sapede C, et al. Elaboration et validation d'un questionnaire qualité de vie spécifique

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11. Patrick DL, Martin ML, Bushnell DM, Yalcin I, Wagner TH, Buesching DP. Quality of life of women with urinary incontinence: further development of the incontinence quality of life instrument (I-QOL). Urology. 1999;53:71-76.

12. Brown JS, Posner SF, Stewart AL. Urge incontinence: new health-related quality of life measures. J Am Geriatr Soc. 1999;47:980-988.

13. Lubeck DP, Prebil LA, Peeples P, Brown JS. A health related quality of life measure for use in patients with urge urinary incontinence: a validation study. Qual Life Res. 1999;8:337-344.

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24. Abrams P, Cardozo LD, Khoury S, Wein A. Incontinence. 2005

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26. Abdel-Fattah M, Ramsay I, Barrington JW. A simple visual analogue scale to assess the quality of life in women with urinary incontinence. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2006

27. Nygaard I, Holcomb R. Reproducibility of the seven-day voiding diary in women with stress urinary incontinence. Int Urogynecol J Pelvic Floor Dysfunct S. 2000;11:15-17.

28. Homma Y, Ando T, Yoshida M, et al. Voiding and incontinence frequencies: variability of diary data and required diary length. Neurourol Urodyn S. 2002;21:204-209.

29. Kassis A, Schick E. Frequency-volume chart pattern in a healthy female population. Br J Urol S. 1993;72:708-710.

30. Kondo A. Frequency-volume chart pattern in a healthy female population. Br J Urol S. 1994;74:264-265.