Pourquoi et comment je relie les articles soumis à Progrès en urologie  : avis du meilleur relecteur 2014

25 mars 2015

Auteurs : Y. Neuzillet
Référence : Prog Urol, 2015, 3, 25, 175-176




 



L'impératif catégorique énoncé par Emmanuelle Kant dans Grundlegung zur Metaphysik der Stitten [1] a la réputation d'être inapplicable [2], c'est pourquoi je m'efforce de l'appliquer. Ainsi, la sollicitation de relecture émanant du Comité de rédaction de Progrès en urologie n'est pas vécue comme une tâche ingrate qu'une quelconque pression psychologique obligerait à accomplir, mais comme une chance de pouvoir faire exercice de bienveillance. En outre, la relecture d'article permet au plus jeune de progresser rapidement en rédaction médicale. En effet, elle mène à maîtriser la méthodologie qui permet de rédiger des articles de telle sorte qu'ils prêteront un flanc minimal à la critique du relecteur. Pour les moins jeunes, la relecture permet d'exercer leurs talents de pédagogues et, parfois, à l'occasion d'un manuscrit de grande qualité, d'avoir la primeur d'idées et d'informations nouvelle.


Conscient des attentes de l'éditeur, qui souhaite s'assurer de la qualité scientifique des articles qu'il publie, et de celles des auteurs, qui espèrent voir leur travail rapidement publié, la relecture d'un manuscrit se doit d'être exigeante tant sur le fond que sur la forme, constructive, les remarques devant guider les auteurs vers une amélioration et non être une simple formulation de critiques, et promptement menée.


Le résumé est le premier élément passé au crible : la structure « But, Matériel, Résultat et Conclusion » a pour intérêt d'informer sur la question posée par les auteurs, les moyens mis en Å“uvre pour y répondre, la réponse à la question et l'interprétation qu'en font les auteurs. Lorsque la pertinence de la question n'est pas évidente, la lecture de l'introduction du manuscrit doit convaincre. Ainsi, un fastidieux rappel des connaissances est bien moins efficace qu'un énoncé pragmatique de la problématique, même s'il donne moins lieu à exposer ses connaissances bibliographiques.


Le chapitre « Matériel et méthodes » est le plus déterminant : la méthodologie est le principal critère de jugement de la qualité d'un manuscrit, qui font notamment qu'un article a des chances d'être récité ultérieurement, notamment à l'heure des systematic reviews [3]. La lecture de ce chapitre est celle qui sollicite le plus les connaissances du relecteur. Les relecteurs les plus expérimentés, ceux qui ont déjà dirigé des recherches, apprécieront ce jeu d'analyse critique de la méthodologie. Le schéma de l'étude, l'analyse statistique réalisée, et leur adéquation pour répondre à la question posée doit être rigoureusement pris en compte. Ce sont les critères déterminants pour le refus d'un manuscrit. Un manuscrit dont la méthodologie est correcte justifie d'être publié et le travail de relecture va alors s'associer à celui de conseil pour que le manuscrit réponde aux exigences de l'éditeur.


Passé cette étape, la présentation des résultats est analysée : elle doit exprimer la réponse à la question posée et rapporter les éléments contextuels qui pourraient constituer des biais. Tableaux et figures permettent de simplifier la lecture, d'accéder plus simplement à l'information et facilite en cela le travail du relecteur. La lecture d'un fastidieux rapport des résultats incite donc à conseiller aux auteurs d'avoir recours à des tableaux et figures en leur suggérant leur titre afin de guider leur rédaction.


Espace de liberté, le chapitre « Discussion » doit permettre aux auteurs de mettre en relief leurs résultats en les comparant à ceux d'études similaires et de valoriser leur travail en exposant ce qu'il apporte de nouveau. Là encore, dans un « article original », une revue large de la littérature apporte moins de valeur au manuscrit qu'une analyse bibliographique ciblée autour de la question posée. Enfin, les qualités et défauts de la méthodologie doivent être discutés par les auteurs et pris en compte dans la conclusion. Lorsque la relecture amène à révéler des défauts ou des qualités supplémentaires, le rôle de conseil du relecteur incite à suggérer leur ajout dans la discussion.


Enfin, comme il n'est de jeu sans règles, la relecture vérifie que les instructions aux auteurs données par la rédaction de Progrès en urologie sont bien respectées.


Ce sont, au final, ces éléments qui définissent ma façon de relire un manuscrit pour Progrès en urologie : exigeante tant sur le fond que sur la forme, bienveillante en formulant des remarques constructive... et promptement menée. En pratiquant de la façon présentée ci-dessus, la relecture ne me prend guère plus que 45minutes en moyenne entre le moment de l'acceptation et le renvoi de la réponse à l'éditeur. Loin de l'ère des envois postaux, du fax et des disquettes, la dématérialisation de la procédure permet de l'effectuer presque partout, là où nos téléphones et tablettes connectés fonctionnent. J'espère ainsi permettre aux collègues qui ont soumis leur manuscrit d'avoir rapidement communication du verdict car, en tant qu'auteur, j'apprécie de recevoir une réponse rapide de l'éditeur.

« Agit uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle ».


Déclaration d'intérêts


L'auteur déclare ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Kant E., Delbos V. Fondements de la métaphysique des mÅ“urs  : Le livre de poche (1993). 
Péguy C. Pensées  : Gallimard (1934). 
Higgins J.P.T., Green S. Cochrane handbook for systematic reviews of interventions version 5.1.0[editors].
  : The Cochrane Collaboration (2011). [updated March 2011].






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