Plaie rectovaginale suite à un rapport sexuel consenti chez une femme jeune

25 décembre 2014

Auteurs : M. Vincienne, A.L. Rivain, S. Ferretti, T. Thubert, X. Deffieux
Référence : Prog Urol, 2014, 17, 24, 1141-1143




 



Nous rapportons le cas d'une jeune femme non vierge âgée de 20ans qui a eu une plaie rectovaginale suite à un rapport sexuel (vaginal et anal) consenti. Les plaies post-coïtales graves sont rares et habituellement, elles surviennent après une agression sexuelle ou un viol. Une jeune femme nulligeste s'est présentée aux urgences suite à l'apparition soudaine de douleurs vaginales aiguës accompagnées par un saignement vaginal, survenant lors d'un rapport sexuel. Elle avait déjà eu de nombreuses expériences sexuelles depuis plusieurs années (incluant des rapports anaux). Concernant le rapport ayant entraîné la plaie, il s'agissait d'un rapport consenti, vaginal et anal, sans l'utilisation d'instrument (pas de jouets sexuels). Du fait d'un saignement très abondant d'emblée, la patiente a été examinée sous anesthésie générale d'emblée. L'examen a révélé une déchirure vaginale médiane (longueur de 4cm), débutant à 15mm de l'introïtus, étendue à la muqueuse rectale, réalisant une déchirure périnéale du quatrième degré. Le sphincter anal interne était rompu, comme des fibres du sphincter anal externe, tandis que la peau du périnée entre le vagin et l'anus était intacte (Figure 1a). Une transfusion a été nécessaire (hémoglobinémie ayant chuté de 10,3g/dL à 7,3g/dL). Le rectum était vide, mais nous avons abondamment lavé à la BETADINE© et au sérum physiologique. La chirurgie a consisté en une suture successive de la muqueuse rectale par un surjet résorbable VICRYL© 4.0, puis de la musculeuse rectale et du sphincter anal interne par un surjet de VICRYL© 4.0. Une suture par des points séparés en U de VICRYL© a été réalisée niveau du sphincter anal externe. Enfin, un surjet a été réalisé pour suturer la muqueuse vaginale (VICRYL© 2.0) (Figure 1b). Un toucher rectal et vaginal a vérifié qu'il n'y avait pas d'autre plaie ou de corps étranger. En postopératoire, un régime pauvre en résidus et un laxatif lubrifiant ont été prescrits pendant 15jours afin d'obtenir un transit régulier sans avoir besoin de forcer lors de la défécation.


Figure 1
Figure 1. 

Plaie rectovaginale post-coïtale : a : communication entre le rectum et le vagin. La peau est intacte ; b : première étape de la chirurgie : suture de la muqueuse rectale par un surjet résorbable.




La patiente est sortie cinq jours après la chirurgie. Une antibiothérapie (amoxicilline et acide clavulanique) a été donnée pendant 10jours après l'opération. Les suites opératoires ont été simples. Les rapports sexuels ont été interdits pendant 2mois. Dix-huit mois après l'intervention, la patiente ne se plaignait d'aucune douleur pendant les rapports sexuels et d'aucun symptôme ano-rectal (pas d'urgence défécatoire, pas d'incontinence aux gaz ou aux selles).


Il s'agit là d'un cas particulièrement exceptionnel. Des plaies vaginales simples, notamment du cul-de-sac postérieur, peuvent survenir après un rapport sexuel non traumatique. Elles peuvent causer une hémorragie abondante pouvant nécessiter une exploration et une hémostase en urgence. Certains facteurs de risque de plaie per-coïtale sont rapportés. La virginité est l'un d'eux : de 49 % à 100 % des plaies per-coïtales sont rapportées chez des femmes vierges (lors de la première relation sexuelle) [1]. Une période d'abstinence sexuelle (de 3 à 6mois) semble également être un facteur de risque [2]. La position consistant en un décubitus dorsal avec hyperflexion et relèvement des membres inférieurs a également été décrite comme étant un facteur de risque de plaie vaginale, ainsi que la disproportion péno-vaginale et l'utilisation des produits « aphrodisiaques » qui peuvent être délétères pour la muqueuse vaginale. Un âge « jeune » (<25ans) ainsi que la nulliparité ou la pauciparité pourraient aussi être des facteurs de risque. Dans le cas présenté ici, la patiente était âgée de 20ans, nulligeste, non vierge. Elle n'a pas signalé d'abstinence sexuelle pendant une longue période, mais il s'agissait d'un premier rapport avec un nouveau partenaire et elle était à la fin de la deuxième phase du cycle menstruel.


Une plaie rectovaginale suite à un rapport sexuel consenti est un événement très rare. Ijayia et al. ont décrit le cas d'une nullipare de 24ans sans antécédents, qui a eu une fistule rectovaginale apparue une semaine après sa deuxième expérience sexuelle. La communication rectovaginale mesurait 1cm de diamètre et elle était située 2cm au-dessus de l'introïtus tandis que le sphincter anal était intact [3]. Un cas de plaie post-coïtale du quatrième degré a été rapporté en 2012 par Cawich et al., mais elle avait eu lieu lors d'un rapport anal forcé avec un partenaire masculin sous l'effet de drogues et d'alcool [4].


Nous avons choisi de réparer en un temps cette plaie rectovaginale car la prise en charge a été très rapide, les berges n'étaient pas contuses et il n'y avait pas de sepsis, ni de collection. Si les berges avaient été très contuses, la prise en charge aurait peut-être été différente. L'autre option aurait consisté en une suture avec colostomie transitoire, mais nous avons choisi de prendre en charge cette patiente comme nous le faisons pour les plaies rectovaginales obstétricales, en un temps, sans colostomie.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Jones J.S., Rossman L., Hartman M., Alexander C.C. Anogenital injuries in adolescents after consensual sexual intercourse Acad Emerg Med 2003 ;  10 (12) : 1378-1383 [cross-ref]
Dao B., Diouf A., Bambara M., Bah M.D., Diadhiou F. Vaginal injuries during coitus: 98 cases Contracept Fertil Sex 1995 ;  23 (6) : 420-422
Ijayia M.A., Mai A.M., Aboyeji A.P., Kumanda V., Abiodun M.O., Raji H.O. Rectovaginal fistula following sexual intercourse: a case report Ann Afr Med 2009 ;  8 (1) : 59-60
Cawich S.O., Samuels L., Bambury I., Cherian C.J., Christie L., Kulkarni S. Complete anal sphincter complex disruption from intercourse: a case report and literature review Int J Surg Case Rep 2012 ;  3 (11) : 565-568 [cross-ref]






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