L'urologie dans les planches anatomiques d'André Vésale (1514-1564)

16 septembre 2005

Mots clés : Vésale, anatomiste, urologie
Auteurs : ANDROUTSOS G
Référence : Prog Urol, 2005, 15, 544-550
Clairvoyant et méthodique autant que génial, Vésale fut le plus grand anatomiste de tous les temps. C'est lui qui a créé la nomenclature anatomique des organes que l'on utilise même aujourd'hui. Grâce à son ingéniosité, Vésale put créer plus de 300 remarquables illustrations anatomiques, dont une partie est consacrée à l'appareil urogénital mâle, fournissant ainsi des informations précieuses sur l'état des connaissances en matière d'urologie de son temps.



L'oeuvre de Vésale fait partie de ces chefs-d'oeuvre de la culture occidentale qui, de siècle en siècle, attirent les lecteurs.

A l'origine, la Fabrica, oeuvre maïtresse de Vésale, fut déterminée par un phénomène spécifiquement italien : la passion de connaïtre le corps humain, commune aux artistes et aux anatomistes (nous n'osons dire les médecins) puisque, dans un mouvement d'humeur, Vésale écrit qu'il n'a jamais vu un de ses collègues italiens disséquer [11]. Depuis Antonio Benci (1433-1498) dit Pollaiolo parce qu'il était le fils d'un vendeur de poulets (pollo=poulet en italien), les artistes obtenaient aussi facilement des cadavres que les professeurs de médecine, et avaient acquis ainsi une connaissance très poussée des structures cadavériques. Comme les anatomistes, les artistes partageaient les risques de la dissection et on en verra mourir de piqûres anatomiques - tel Ludovico Cardi (1559-1613) dit le Cigoli (Cigoli, Ludovico ou plus exactement Cardi da Cigoli). Toutefois, si la représentation de ces structures, figées dans l'immobilité de la mort, satisfaisait pleinement le regard des anatomistes, pourvu qu'elle fût exacte, elle ne correspondait pas à un autre regard, celui jeté par les artistes sur le cadavre pour l'intégrer dans leurs compositions.[6]

Ce climat culturel est bien antérieur aux premiers travaux de Vésale. En effet, pour Gabriel Fallope (1523-1562), l'anatomie a son pionnier en la personne de Iacopo Berengario da Carpi (1470-1550) [2], et Vésale n'en est que le restaurateur [Huard, op. cit, p. 5]. Dans ce sens, il n'y a pas eu de rupture épistémologique avec le passé et pas de miracle vésalien. Un Codex (découvert en 1680 par Constantin Huygens, secrétaire de Guillaume III d'Orange), daté d'environ 1570, contient de nombreux dessins anatomiques dont 32 sont copiés sur Léonard de Vinci. Contrairement à une opinion courante, une partie de l'oeuvre de Léonard a donc été connue et elle a préparé, avec d'autres, le terrain où a échoué Charles Estienne (1504-1564) [4] mais où a triomphé Vésale avec sa géniale Fabrica.

Actuellement, les planches de la Fabrica pèsent bien peu dans la pédagogie des Beaux-Arts et elles intéressent beaucoup plus l'historien de la médecine que celui de la gravure. A savoir que, du vivant même de Vésale, ses planches ont été plagiées, sans cesse, dans toute l'Europe, mais que son texte a eu beaucoup moins de succès, de telle sorte que les deux éléments de la Fabrica qui devaient être théoriquement indissociables ont été très rapidement réduits à un seul. Les mésaventures du texte tiennent à ce qu'il n'ajoute rien à celui de Galien (131-201) en ce qui concerne la physiologie. Celle-ci était déjà parfaitement exposée dès 1542, par Jean Fernel (1497-1558) [20], qui avait de nouveau introduit le terme physiologia dans son ouvrage Medicina, grand traité de médecine qui eut 32 éditions de 1554 à 1680. Fernel y avait bien fixé les limites de l'anatomie : elle ne peut que montrer le siège des maladies mais non leur nature, problème qui a peu préoccupé Vésale, encore qu'il ait voulu être un médecin complet. Sur le plan anatomique la Fabrica nous révèle un Vésale qui, d'une part, tente de s'affranchir de la méthode traditionnelle d'enseignement de l'anatomie à son époque : la simple lecture de Galien, au mieux assortie d'un commentaire fidèle et d'autre part, introduit de nombreuses acquisitions des anatomistes modernes. Mais, pour ce qui est de la première démarche, on voit sur des questions capitales, Berengario da Carpi et Nicolo Massa (1499-1569) être beaucoup plus nets que Vésale. Pour ce qui est de la seconde, on peut voir dans les Anatomicarum Gabrielis Fallopi observationum examen, écrits en 1564, que Vésale y traite en égal Fallope et prend la peine de vérifier chaque détail sur le cadavre avant d'accepter ou de rejeter les observations de Fallope.

Figure 1 : Sur cette figure on peut remarquer, entre autres, les reins qui ont une disposition simienne et les branches génito-urinaires de l'aorte abdominale. L'uretère, surcroisé par le déférent et la vessie, est bien reconnaissable, ainsi que le scrotum dont l'enveloppe cutanée incisée laisse voir le sac dartoïque. Il n'y a pas de capsules surrénales.
Figure 2 : Sur cette planche sont affichés les organes génito-urinaires mâles après l'ablation des organes intra-péritoneaux.

Vésale attachait beaucoup d'importance à la nomenclature anatomique et il a essayé d'uniformiser les appellations, en précisant les différents termes qui désignaient une même réalité anatomique. Un peu comme de nos jours, alors que nous sommes invités à employer la nomenclature internationale nous aimons à citer parallèlement les termes classiques. Cette nomenclature a malheureusement vieilli très vite et la Fabrica en a subi les conséquences. Pour ce qui est du vocabulaire de l'ouvrage, Vésale fait usage de celui du latin de son temps ainsi la préface de la Fabrica s'ouvre-t-elle sur Quantumuis, équivalent au classique quamuis. Pour ce qui est de la grammaire et de la syntaxe, c'est à peine si on y relève quelques constructions irrégulières telle ce "hic ossium mudandi modus" (=cette façon de nettoyer les os ; Fabrica, livre I, chap. 39) où le gérondif interpelle le philologue. Ce n'est qu'un amalgame entre deux constructions classiques "ossa mudandi" et "ossium mudandorum". On rencontre certaines constructions calquées sur le flamand, la langue maternelle de Vésale, ou sur le français : ainsi dans la phrase "rectos musculos illorum quattuor, qui tertiam cartilaginem secundae nectunt" (Fabrica, livre II, chap. 21), au moins deux traducteurs fautifs ont lu : "les quatre muscles droits de ceux qui attachent le troisième cartilage au second" là où il faut lire un calque du français "des quatre qui" : illorum=des, quattuor=quatre, qui=qui ; ce qui revient à dire "les muscles droits des quatre qui attachent le troisième cartilage au second". Le latin de Vésale renoue avec les "périodes" latines chères à Ciceron. C'est probablement en raison par son caractère "littéraire" que ce long et beau texte a déplu à ceux qui n'étaient plus capables de lire. La Fabrica n'a été traduit que très partiellement en anglais, en allemand et en français, mais intégralement en russe [22].

Figure 3 : Cette figure comprend seulement l'appareil urogénital. L'uretère droit a été sectionné pour permettre la bascule à gauche de la vessie (B) afin de montrer le sphincter et le col vésical et le vagin, les artères et leurs branches cervico-vaginales et cervico-vésicales.

BIOGRAPHIE

Vésale est issu d'une famille de savants : son arrière-arrière-grand-père Pierre Witting van Wesel était le médecin de Frédéric III (1415-1493) ; son grand-père, médecin également et astrologue de Maximilien d'Autriche enseignait à l'université de Bruxelles ; enfin, son père Andréas était apothicaire de Marguerite D'Autriche, tante de Charles Quint. Né Witting, d'une famille originaire du Wesel, van Wesel, (Vesalius en latin, il adopte ce pseudonyme qu'il latinisera en Vesalius suivant un usage courant à l'époque). Il débute ses études au Collegium trilingue de Louvain, où il apprend le grec, l'arabe et l'hébreu (il semble bien que sa connaissance de l'arabe et de l'hébreux soit restée rudimentaire, comme en témoignent les erreurs grossières qui subsistent dans les éléments de nomenclature anatomique arabes orthographiés avec des caractères hébraiques dans les Tabulae Anatomicae Sex). En 1533, il séjourne trois ans à Paris afin d'étudier la médecine : il est l'élève de Joannes Guinter (Günther von Andernach) (1505-1574), de Guidi Guido (1508-1569), et de Jacques Dubois (Sylvius) (1478-1555), à la faculté de médecine. Il poursuit ses études de médecine à la faculté de Montpellier, en compagnie de Michel SERVET, Charles Estienne, Laurent Joubert et Jean Fernel [7]. En 1537 arrive à Padoue où il est nommé docteur en médecine. Le 5 décembre de la même année, il succède à Paolo Colombo, père de Realdo Colombo (1510-1569), à la chaire d'anatomie et de chirurgie [16].

Entre le 6 et le 24 décembre 1537, se déroula à Padoue la première leçon d'anatomie de Vésale [10]. Cette dissection (demonstration anatomique) s'effectua sur le cadavre d'un garçon de 18 ans. Malheuresement, la dissection ne put être menée à terme, pour cause de putréfaction [14]. La publication en 1538 à Venise des Tabulae anatomicae sex et à Bâle De secanda vena (le titre exact est : Epistola docens venam axillarem dextri cubiti in dolore laterali secandam) en 1539, le fit connaïtre en dehors du cercle enthousiaste de ses élèves. En 1538, prépare la réédition à Venise des Institutiones anatomicarum libri quatuor de Guinter. Il va ensuite à Bologne et à Pise. En 1540, il devient chirurgien dans les armées de Charles Quint. Nommé à Bologne, il publie à Bâle, en 1543, la De humani corporis fabrica libri septem, son livre le plus fameux. Cette même année est imprimé son Epitome. Les notions anatomiques proviennent directement des nombreuses dissections de cadavres qu'il a faites, d'abord en décrochant subrepticement les cadavres des suppliciés des gibets de Louvain ou de celui de Montfaucon à Paris, ou encore en les volant dans les cimetières, et, par la suite, avec l'autorisation opportune de l'Eglise qui a fait le choix d'autoriser, mais sous son stricte contrôle, les dissections [Dupont M. op. cit., p. 564]. Ce ne sont plus les énièmes répétitions du discours des Anciens et de Galien qu'il conteste d'ailleurs, ce qui lui sera reproché en particulier par son ancien maïtre Sylvius, qui le traite de vaesanus (=insensé). Contesté aussi par Bartolomeo Eustachi (1503-1574) et par Fallope, il s'oppose à Realdo Colombo, qui est nommé en 1542 à la seconde chaire d'anatomie créée à Padoue, et qui lui reproche d'avoir omis le canal qui réunit l'estomac à la rate. Vésale confond son détracteur au cours d'une séance publique [5].

Imprimé à Bâle par Jean Herbst, dit Oporinus, son ouvrage De humani corporis fabrica libri septem comprend plus de trois cents superbes illustrations, la plupart probablement réalisées par des peintres professionnels de l'école de Titien (quelques unes sont de Calcar, élève de Titien ; d'autres sont de Titien lui-même tandis que Véronèse a dessiné les frontispices des sept livres du traité) [9]. Vésale dirigea personnelement tout le travail des illustrations [Dupont M. op. cit., p.565.]. Le premier livre présente un tableau détaillé des os et des articulations. Le deuxième propose une conception fonctionnelle de la musculature, mise en évidence par la position dynamique des figures, saisissantes de vie et intégrées de façon dramatique dans le paysage. Le troisième livre est consacré aux systèmes artériel et veineux, le quatrième à la moelle épinière et au système nerveux périphérique. Le cinquième traite du tube digestif, de l'appareil urogénital et des organes de la reproduction, et se termine par une description détaillée des modalités à suivre lors d'une dissection. Le sixième livre étudie les organes endothoraciques (coeur et organes voisins), tandis que le septième, après une description sans précédent du cerveau et des organes des sens, rappelle les règles à respecter lors de la vivisection animale [GRMEK M. op. cit., pp. 12-13.].

Vésale fait un séjour à Florence en 1544 à la demande de Cosme Ier De Médicis et réalise une autopsie ; son renom est si grand que l'empereur Charles Quint se l'attache comme médecin la même année. Il rejoint l'empereur à Bruxelles, abandonne ses recherches -ce qu'il regretta ultérieurement- et l'accompagne lors de ses voyages et de ses campagnes. En 1544, il se marie avec Anne Van Hamme, et publie à Bâle chez Oporinius le De radicis chinae usu. En 1546-55 reprend sa charge à la cour impériale et il opère Don Carlos d'Aragon d'une pleurésie purulente. En 1556 est fait comte palatin. En 1559, il s'associe à Ambroise Paré (1509-1510) pour tenter en vain de sauver Henri II ; grièvement blessé à la tête par une lance lors d'une joute avec le comte de Montgomery, lors d'un tournoi organisé en l'honneur du mariage de la soeur du roi Henri II avec Emmanuel Philibert, duc de Savoie. Vésale dépéché par Philippe II d'Espagne (en compagnie de qui il est à ce moment à Bruxelles), arrive à Paris le 3 juillet. Avant son arrivé, on a procédé à des reconstitutions du mécanisme de la blessure sur quatre têtes de condamnés à mort décapités. Le Connétable de Montmorency désireux d'en savoir plus personnellement sur la blessure du roi, probablement pour des raisons politiques, donne des ordres pour que l'on garde le corps d'une personne assassinée jusqu'à l'arrivée de Vésale afin de se faire démontrer la plaie. Cette même année Vésale s'installe à Madrid ; il conseille de trépaner l'infant Don Carlos d'Aragon, qui est opéré par Dionisio Daza Chacon. En 1561, accusé d'avoir (semble-t-il à tort) disséqué un individu encore en vie, il est condamné au bûcher par l'Inquisition. Philippe II, qui en avait fait également son médecin, obtient que la peine soit commuée en pèlerinage à Jerusalem. Malgré la lettre du roi d'Espagne lui permettant de revenir sur un bâtiment vénitien, Vésale préféra, par économie, embarquer sur un navire de pèlerins où la tempête et les carences alimentaires, principalement vitaminiques, pendant ce long voyage en mer, furent la cause de plusieurs décès. Vésale malade, serait mort le 2 octobre 1564 en arrivant, dans une ïle ionienne, à Zante et aurait été enterré dans une église, Santa Maria delle Cruzie, démolie en 1893, non loin de la tombe supposée de Ciceron. C'était déjà la conviction de l'évêque croate Andréas Dudith, ancien élève de Fallope, qui dans une lettre précise la mort de Vésale à Zante, à la suite d'une fièvre hectique [Huard P., Imbaut-Huart Marie-José, op. cit., p. 20]. En fait, il est fort difficile à établir les circonstances exactes de la mort solitaire de Vésale, à l'ïle de Zante, loin de tous ses amis et dans le plus complet dénuement.

Abandonné par son épouse volage, Vésale aurait dû reprendre sa chaire d'anatomie à Padoue, que le sénat de Venise lui proposait à la mort de son élève Fallope, qui lui avait auparavant déjà succédé [Dupont M. op. cit, p. 565].

ANATOMIE GALENIQUE. PRECURSEURS ET MAITRES DE VESALE

Le plus haut niveau de l'anatomie antique est atteint avec Galien de Pergame qui réalisa la somme des connaissances de l'époque classique, enrichie de ses recherches effectuées sur des animaux [18]. La synthèse galénique joua un rôle prépondérant durant tout le Moyen Age, qu'elle traversa presque intacte, à cause du peu d'enthousiasme manifesté par les cultures chrétiennes et musulmanes pour les dissections de cadavres humains. Mais à partir du XIVe s. dans quelques universités on commence à ouvrir les cadavres à des fins médicales. Mondino de Luzzi (1270-1326) écrivit le premier manuel consacré aux dissections. Alessandro Benedetti (1450-1525) considère que les autopsies sont indispensables à la formation médicale ; il propose de les pratiquer dans un amphithéàtre démontable prévu à cet effet, qui permette aux étudiants d'observer dans de meilleures conditions [12].

Les nouvelles observations vont de pair avec la lecture des textes classiques et médiévaux. Au début, elles n'entrent pas en conflit avec l'anatomie galénique, dont la forteresse la plus solide se trouve à Paris. Les représentants les plus connus de cette école sont Jacques Dubois, Joannes Guinter et Guidi Guido, tous trois maïtres de Vésale.

Avec la publication du De humani corporis fabrica, tout ce que Vésale avait mis en pratique à Padoue connut une rapide et universelle diffusion. Le principal mérite de l'anatomiste, artisan de la ''révolution'' de l'anatomie, peut se résumer dans la volonté de connaïtre par saisie directe la structure du corps humain. Une telle pratique supposait le dépassement de tout principe d'autorité pour ouvrir la voie à une nouvelle médecine, fondée précisement sur une profonde connaissance de l'anatomie.

L'accueil réservé à l'ouvrage montre que la nécessité d'un tel changement didactique et doctrinal était clairement ressenti dans de nombreuses universités européennes [3].

ELEMENTS UROLOGIQUES DANS LES PLANCHES ANATOMIQUES DE VESALE

Afin de démontrer cette erreur incroyable, je voudrais que vous teniez un rein canin, un rein maigre, sans graisse ... En fait, après y avoir pratiquer quelques coupes -si la première n'est pas suffisante- vous trouverez deux sinus dans les reins, ce qui montre une structure bien différente de celle que les médecins lui attribuent".

Plus loin, Vésale fait les remarques suivantes sur les diagrammes des reins : "La vingt-et-unième figure du cinquième livre montre trois sections successives du rein. On peut y voir les sinus et les origines des canaux urinaires. La première figure représente une coupe longitudinale à travers la surface convexe du rein, assez profonde pour arriver au second sinus du rein, sans pour autant détacher aucune partie du rein. Ainsi, on voit : a la partie antérieure du rein droit ; b. la partie postérieure ; gg. les orifices des branches du premier sinus du rein, c'est-à-dire de la substance membraneuse, là où ces branches se rejoignent successivement. Ici, en fait, ces branches sont nécessairement divisées par la section au point de leur jonction; dd. la substance du premier sinus, c'est-à-dire la substance membraneuse, dans laquelle aboutissent la veine et l'artère rénales ; e. cette petite ouverture constitue l'orifice du canal urinaire ; l. une partie du canal urinaire. Au-dessus de cette substance membraneuse marquée d et d, se trouve le second sinus du rein, dont seul l'aspect intérieur, celui qui est plus proche de la substance membraneuse, apparaît dans la coupe.En fait, ses parties qui s'étendent sur les deux côtés de la cloison formée par la substance du rein et montrent que le sinus est divisé en deux, peuvent être examinées à la seule aide d'un cathéter passé à la manière de d et c. Car cette cloison est vue dans cette section, divisée en deux moitiés, une antérieure et une postérieure, et c indique la partie antérieure de cette cloison, c la partie postérieure.

Tous les éléments indiqués ci-dessus sur le second diagramme correspondent, bien que presque toute la substance du rein formant cette cloison ait été enlevée sur sa circonférence au moyen du bistouri, et on ne peut pas démontrer convenablement la forme de ce septum d'une manière différente. Ainsi, on voit ici le second sinus du rein, mais pas comment il est divisé, parce que j'ai enlevé cette seconde cloison sur son côté intérieur. abg et l indiquent sur ce diagramme les mêmes parties que sur la première figure.

Mais le canal circulaire entre a et b indique le second sinus du rein et q la partie antérieure du premier sinus, c'est-à-dire de la substance membraneuse, là où elle se divise en deux branches ; i. la partie postérieure de la substance membraneuse ; de telle façon que q et i marquent, tous les deux, la substance membraneuse, c'est-à-dire le premier sinus du rein ; et c indique l'origine du canal urinaire.

La troisième figure montre toutes les branches du premier sinus, c'est-à-dire de la substance membraneuse. En fait, la substance du rein, qui provient des branches supérieures de ce sinus, a été enlevée en profondeur. Ces parties sont visibles sans avoir recours à des caractères pour les indiquer.

Figure 4 : Sur cette planche trois figures sont consacrées aux reins. Vésale a travaillé sur le rein canin unipapillaire et non sur le rein humain pluripapillaire. C'est bien grâce à lui que le rein antique allait officielement perdre son "filtre béni", sa membrane perforée qui n'avait jamais existé [16]. Vésale, pour expliquer la fonction du rein, la formation des urines, invoquait-il une de ces fonctions naturelles, qui gouvernent notre corps, une vertu atractive, attentive, rétentive, expultrice, assimilatrice, frénatrice.

Dans un autre passage, Vésale remarqua :

"Telle est la structure des reins, montrant que le sang séreux est aspiré dans la substance membraneuse et dans ses branches par l'action de la substance du rein et l'aide des fibres striées de sa substance ; ainsi, le sang est convenablement libéré de son humeur séreuse, de la même façon qu'il est recueilli et transporté par les branches de la veine cave dans les ramifications de la veine porte. Car les reins ne l'aspirent pas entièrement" (Figures 5 à 7).

Figure 5 : Schéma du rein pour montrer une hypothétique membrane filtrante. A. Veine et artère transportant le sang séreux du rein. B, B. Sinus dans lequel les médecins enseignent que la veine et l'artère mentionnées ci-dessus déversent le sang séreux. C, C. Sinus dans lequel l'urine est excrétée du sinus supérieur. D. Substance du rein entourant la circonférence de ces sinus. E. Le fameux et hypothétique filtre du rein, ayant la forme d'une membrane filtrante qui permet à l'urine de couler du sinus B dans le sinus C. F. Canal transportant l'urine du rein vers la vessie.
Figure 6 : Sur cette planche, des schémas antérieurs et postérieurs montrent des variations dans la situation des reins, tantôt au même niveau, tantôt décalés (et dans ce cas le rein gauche est anormalement placé, plus bas que le rein droit). Dans le schéma de droite, l'artère spermatique droite vient de l'artère rénale et la veine spermatique gauche se jette dans la veine cave et non dans la veine rénale. On aperçoit la prostate, le sphincter urétral et le canal déférent. Le mot ductus deferens, traduction du grec spermatikoi poroi, est employé par Vésale [24]. A signaler que la pathologie du carrefour prostato-vésiculaire était pratiquement inconnue jusqu'au début du XIXe siècle. Néanmoins, la région avait cependant été bien décrite par Vésale et mieux encore par Verheyen. On attribue habituellement à Fallope l'honneur d'avoir découvert les vésicules séminales. Cependant O. Guelliot (thèse médicale, Faculté de Paris, 1883) démontra que la primeur revient incontestablement à Berengario da Carpi qui les a décrites en 1523 et les a considérées comme des réservoirs de sperme. La description de Fallope ne survint qu'en 1562 et suscita une vive polémique entre lui et Vésale L'artère caverneuse du pénis n'est pas figurée. Le sphincter vésical est décrit au livre II (chap. 50) et au livre V de l Fabrica. La structure macroscopique du testicule est représentée par des coupes et la morphologie épididymo-testiculaire est vue sous plusieurs angles [19]. Les tuniques scrotales sont énumérées, mais la cloison des bourses n'est pas figurée. La verge comporte deux corps caverneux, constitués par des plexus vasculaires.
Figure 7 : La Lettrine A, qui orne un chapitre de l'edition de 1543 de la Fabrica, nous offre une scène d'urologie. Le patient est solidement maintenu par des aides tandis que l'opérateur le sonde et qu'un autre personnage se tient prêt à recueillir l'urine dans un vase. Le ventre bombé du patient indique que la rétention d'urine importante rend l'opération urgente [13]. Vésale a exercé la chirurgie quelque temps et ne la dédaigne pas en montrant ces scènes de la vie chirurgicale d'alors. A noter que les calculs urinaires provoquaient de terribles souffrances auxquels la chirurgie de l'epoque s'effforçait de remédier par de sanglantes, douloureuses et aléatoires interventions [1].

Nous présentons ci-dessus cinq schémas, contenus dans l'Epitome, destinés à préciser certains détails difficilement visibles sur les grandes planches (Figures 8 à 12) :

Figure 8 : Le croisement des uretères par les vaisseaux spermatiques, puis plus bas, dans le petit bassin par les canaux déférents, réunis sur la ligne médiane. On voit leur origine épididymaire et la structure tubulaire des testicules.
Figure 9, 10, 11. Ces trois figures sont consacrées à l'appareil génito-urinaire masculin (vue antérieure et vue postérieure). L'appareil érectile comprend le corps spongieux, les deux corps caverneux, et le gland. Un seul canal urétral et un seul méat évacuent à l'extérieur sperme et urine. La prostate, appelée corpus glandulosus, est représentée mais non les vésicules séminales, considérées probablement comme des diverticules des déférents [15].
Figure 12 : Les deux grandes figures de cette planche, contenue dans les Tabulae anatomicae sex, représentent les organes de la génération dans les deux sexes avec les vaisseaux sanguins et spermatiques.

Les appareils génitaux féminin et masculin sont figurés dans un sens analogique : vessie - utérus ; pénis - vagin ; testicule - ovaire ; épididyme - pavillon tubaire ; canal déférent - trompe utérine ; vaisseaux spermatiques - vaisseaux utéro - ovariens. La vessie féminine n'est pas représentée. De la partie inférieure de l'utérus partent deux cornes qui sont peut-être les ligaments ronds. La prostate est représentée pour la première fois, aussi bien dans les grandes figures que dans la petite, qui montre, en vue postérieure, prostate, canaux déférents et uretère. Le croisement canal déférent-uretère est noté. Les vésicules séminales paraissent confondus avec la prostate [8]. La prostate est placée à la jonction de la vessie et de l'urètre comme les trompes le sont à la jonction de l'utérus et du vagin. Trompes et prostate étaient considérées comme homologues par certains. Le réservoir urinaire est contrôlé par un sphincter (Y) placé beaucoup trop bas entre le bec de la prostate et le cul-de-sac de l'urètre bulbaire, sur une vue postérieure. Sur une vue antérieure, sa topographie paraït plus exacte. Dans la première hypothèse, il se présente comme un muscle périnéal mais on ne sait pas lequel et ce n'est certainement pas le bulbo-caverneux. On peut donc se demander si Vésale l'a réellement disséqué chez l'homme et s'il ne l'a pas remplacé par un sphincter canin qu'il a réellement vu. Le col vésical (X) est tantôt sus-jacent, tantôt sous-jacent au sphincter. Les mots uretère et urètre ayant la même racine grecque (oureo, uriner) sont ambigus.

Références

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