Les plans cancer appliqués au traitement chirurgical du cancer de prostate : le bilan d’un centre isolé géographiquement

25 mai 2017

Auteurs : F. Mondet, J.-C. Alimi, C. Boyer
Référence : Prog Urol, 2017, 6, 27, 337-344
Introduction

Depuis 2003, trois plans nationaux ont structuré la lutte contre le cancer. L’objectif de ce travail est d’évaluer l’application de leurs mesures dans le cas particulier du cancer de prostate (CaP) traité chirurgicalement dans un centre isolé géographiquement.

Matériel

Étude rétrospective monocentrique réalisée dans un établissement de 100 lits situé à 2h du canceropôle régional. Elle a concerné tous les patients traités par prostatectomie totale laparoscopique (PTL) entre août 2009 et décembre 2014, soit 251 cas. Cinquante-sept patients (22,7 %) ont reçu secondairement un autre traitement du CaP. Sont étudiés : le délai entre les biopsies prostatiques et la PTL, la traçabilité des éléments du dispositif d’annonce (DA), le retour à l’emploi des patients actifs, l’inclusion aux essais cliniques (GETUG 17, GETUG 20 et GETUG 22). Les données ont été recueillies en septembre 2016. Le suivi, défini par le délai entre la date de la dernière consultation et les biopsies prostatiques, permet d’établir un suivi médian de 43,1 mois (2,4–80,5).

Résultats

Le délai moyen entre les BP et la PTL était de 120,4jours (σ =65,4 j). Les éléments du DA étaient tracés en totalité chez 45 % des patients (113/251). Cent cinquante et un patients (60,1 %) s’étaient présentés à la consultation d’annonce infirmière (CAI) avant la PTL. Trente-quatre patients (13,5 %) étaient actifs lors de l’intervention. Trente et un (91,2 %) ont repris leur activité à l’identique après un arrêt de travail médian de 1,7 mois (0,25–6). Quatorze pour cent (35/251) des patients étaient éligibles à un essai clinique. Six sur 35 (17,1 %) d’entre eux se sont vus proposer la participation à l’un des essais après réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) et 5,7 % des patients (2/35) sont finalement inclus dans un essai.

Conclusions

Les plans cancers balisent un parcours de soin de qualité. Une plus grande transparence dans le financement des mesures opposables et la considération des spécificités locales faciliterait leur application. La PTL traite le CaP avec la perspective raisonnable d’une reprise à l’identique de l’activité professionnelle. La RCP ne garantit pas la participation aux essais cliniques, qui dépend surtout de l’éloignement des cancéropôles et de la vigilance de l’urologue.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


À partir de 2003, sous l'impulsion du président de la République, la lutte contre le cancer s'est structurée en France au travers de 3 Plans Cancers successifs [1, 2, 3, 4]. La spécificité française de ces programmes réside dans une approche intégrée de la lutte contre la maladie. Les plans cancer couvrent les fronts de la recherche, de la prévention, du dépistage, de l'organisation des soins, de la vie pendant et après le cancer.


L'objectif du 1er plan cancer [1] a été de structurer le paysage de la cancérologie française et de garantir un seuil de sécurité minimale des soins prodigués aux malades [5]. Ces actions structurantes ont consisté en la création de l'Institut national du cancer (INCa), des réseaux régionaux de cancérologie (RRC), des centres de coordination en cancérologie (3C) et des sept canceropôles. Ce 1er plan est également à l'origine de l'obligation pour tout établissement qui traite les malades atteints de cancer, de répondre à des critères spécifiques établis par l'INCa [création de seuil minimum d'activité par équipe, discussion de tout nouveau cas en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), mise en place du dispositif d'annonce (DA)]. Il revient aux Agences régionales de santé (ARS) de vérifier sur le terrain l'application de ces mesures opposables. Parmi ces mesures, le DA avec ses quatre temps (temps médical d'annonce du diagnostic et du traitement avec remise d'un programme personnalisé de soin (PPS), temps d'accompagnement soignant, temps de soutien et temps d'articulation avec la médecine de ville) a certainement été la mesure la plus emblématique de ce 1er plan. Le temps d'accompagnement soignant du DA, formalisé au travers de la Consultation d'annonce infirmière (CAI) est un temps clé qui comprend des axes multiples mais qui convergent vers un objectif ambitieux : une meilleure qualité de vie pendant et après le traitement. Son volet information permet au patient une meilleure compréhension des tenants et aboutissant du traitement, une meilleure appréhension des soins à venir et de leurs complications possibles. Le volet écoute permet un repérage des fragilités psychologiques et sociales inductrices de difficultés pouvant être aggravées par l'entrée dans la maladie. Le volet information sur les droits et les aides possibles permet de diminuer, voire d'éviter l'impact des conséquences induites par le cancer et ses traitements, des fragilités identifiées.


Avec le 2e plan [2] présenté en 2009, la notion de personnalisation est devenue incontournable dans la prise en charge. Chaque patient doit être informé de son parcours de soins par la remise d'un programme personnalisé de soins (PPS) déjà annoncé dans le 1er plan. L'accès aux soins de support est garanti par la nécessité de prendre en compte la qualité de vie des patients. Ce plan prévoit de renforcer le rôle central du médecin traitant dans le parcours du patient sans pour autant cibler des mesures précises.


Enfin le 3e plan cancer [3] lancé en février 2014 a resserré les objectifs autour de 3 axes principaux qui sont : la diminution de l'incidence des cancers, la baisse de la mortalité et l'amélioration de la qualité de vie. Toutes les mesures qui permettent aux patients actifs de reprendre après le traitement leur activité professionnelle au plus vite et au mieux, s'intègrent pleinement dans ce 3e axe du 3e plan cancer.


De toutes les mesures des 3 plans cancer, la RCP est certainement celle dont l'intérêt a été le plus évalué en onco-urologie [6, 7, 8, 9]. Depuis 2010, la qualité de la RCP est d'ailleurs sous le contrôle de la Haute Autorité de santé (HAS), en lien avec l'INCa, à travers l'un des indicateurs pour l'amélioration de la qualité et de sécurité des soins (IPAQSS). En effet, chaque année, l'HAS oblige les établissements de santé, titulaires de l'autorisation pour l'activité de cancérologie à lui transmettre un ensemble de données, collecté à partir de 60 dossiers. Ces données lui permettent de calculer un indicateur de qualité et de sécurité des soins (l'indicateur « Réunion de concertation pluridisciplinaire » [indicateur RCP]) et de suivre son évolution dans le temps.


Mais à notre connaissance, aucun travail n'a cherché à évaluer l'exhaustivité de la mise en application sur le terrain, de l'ensemble des mesures des 3 plans cancer, dans le cadre d'un parcours de soin ciblé.


L'objectif de ce travail est donc d'évaluer, dans un centre isolé géographiquement de son cancéropôle régional, l'exhaustivité de l'application de l'ensemble des mesures phares des 3 plans cancers, dans le cas particulier de patients atteints d'un CaP traités par prostatectomie totale laparoscopique (PTL).


Matériel et méthode


Étude rétrospective monocentrique réalisée entre août 2009 et décembre 2014, dans un établissement privé de 100 lits situé à 2h00 de route de son canceropôle régional. L'établissement se situe dans le territoire de santé « PACA Alpes-nord ». Ce territoire couvre une population d'environ 150 000ha et comprend 3 établissements de médecine chirurgie obstétrique avec 2 centres hospitaliers généraux et un établissement privé. Les 3 établissements du territoire ont organisé un 3C et une RCP commune. Le 3C « PACA Alpes-nord » est le niveau territorial du réseau de cancérologie qui en comprend deux ; c'est la cellule qualité opérationnelle qui veille à la mise en place des recommandations sur le territoire. Le second niveau étant le Réseau régional de cancérologie (RRC), qui dans notre cas se trouve être le réseau « ONCOPACA-CORSE ». Les référentiels utilisés par la RCP sont les recommandations du CCAFU [10] et celles de EAU [11]. La RCP est constituée d'oncologues médicaux, d'un oncogériatre, de radiothérapeutes, d'urologues, et de pathologistes. Durant la période de l'étude, les membres de la RCP se sont réunis sans visioconférence avec un centre expert. Depuis décembre 2007, l'établissement dispose d'une consultation d'annonce infirmière (CAI). Cette consultation est exclusivement constituée de patients relevant de l'onco-urologie chirurgicale. Elle est animée par deux IDE des services de soins de chirurgie et du service de surveillance post-interventionnel. Elles ont reçu une formation spécifique par le cancéropôle régional. La CAI est tracée dans le dossier informatique du patient via un compte rendu standardisé. L'infirmière y renseigne les éléments clés des différents axes de sa consultation (situation sociale, familiale et professionnelle, informations délivrées, écoute, dépistage de fragilités, éducation thérapeutique). Un PPS standardisé, également intégré au dossier informatique du patient, a été élaboré par les urologues du service (Annexe 1). L'étude a concerné tous les patients traités par prostatectomie totale laparoscopique (PTL) entre août 2009 et décembre 2014, soit 251 cas. Les caractéristiques des 251 patients figurent dans les Tableau 1, Tableau 2. Le suivi des patients est défini par le délai entre la date de la dernière consultation et la date de la PTL. Les 251 patients ont été évalués en septembre 2016 avec un suivi médian de 43,1 mois (2,4-80,5). Quatre patients sont décédés des suites de pathologies indépendantes du CaP, après un suivi respectif de 39,2, 29,3, 17,6 et 2,4 mois post-PTL.


Ont été étudiées : la traçabilité du compte rendu de RCP préopératoire et des comptes rendus de RCP postopératoires en cas de traitement secondaire à la PTL, la traçabilité de la consultation d'annonce médicale avec remise d'un PPS, la présentation des patients à la CAI, l'identification lors de la CAI de soins de support psychologiques ou sociaux. Ont également été étudiés le délai entre les biopsies de prostate (BP) et la PTL ainsi que la proposition faite aux patients de participer à un essai clinique. Le cadre des essais cliniques retenus était : des essais consultables sur le site d'Urofrance [12], ouverts dans la région PACA à la date d'intervention et s'adressant aux patients traités chirurgicalement en 1re intention. Ce cadre ainsi défini, les essais retenus s'adressaient aux patients présentant sur des critères pré- ou postopératoires, des facteurs de risque de mauvais pronostic. Les essais retenus sont : GETUG 17, GETUG 20 et GETUG 22.


Excepté pour la durée des AT, toutes les données ont été collectées rétrospectivement par l'urologue, exclusivement par l'étude des seuls documents informatiques, tracés dans le dossier des patients. Le recueil des données a été effectué dans le courant du mois de septembre 2016. Concernant la durée d'AT des patients actifs, lorsqu'elle n'était pas précisée dans le dossier informatique, l'information a été recueillie téléphoniquement par le secrétariat d'urologie.


Résultats


Tous les patients ont été vus en consultation par l'urologue pour l'annonce des résultats des BP avec un délai moyen de 17,8jours (σ =14 j). Au total, 91,2 % (n =229) des patients ont été présentés en RCP avant l'intervention. Un exemplaire du compte rendu de la RCP a été adressé au médecin traitant dans 100 % des cas (n =229). La remise au patient d'un PPS lors de la consultation de programmation de la PTL a été tracée dans 75 % des cas (n =188).


Cent cinquante et un (60,1 %) patients s'étaient présentés à la CAI avant la PTL. Ils s'étaient présentés seuls dans 40,4 % des cas (n =65). Dans 12 % des cas (n =30), l'établissement n'a pas été en mesure de dégager les IDE de leur temps de soins pour accueillir les patients à la CAI. Dans 27,9 % des cas (n =70), les patients ne se sont pas rendus à la CAI par choix personnel. Douze sur 34 (35,3 %) des patients actifs s'étaient présentés à la CAI. La nécessité d'un soin de support social et psychologique a été identifiée dans respectivement 6,6 % (n =10) et 15,9 % (n =24) des patients vus en CAI. Deux patients vus en CAI (1,3 %) étaient détenteurs de la CMU. Onze patients vus en CAI (7,3 %) avaient une personne à charge.


Dans 45 % des cas (113/251), les 4 temps du DA (consultation d'annonce médicale, remise d'un PPS, RCP partagée avec le médecin traitant, CAI) étaient tracés dans le dossier (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Évolution dans le temps et en pourcentage de patient, de la traçabilité des éléments du dispositif d'annonce (n =251). RCP : Réunion de concertation pluridisciplinaire ; CAI : consultation d'annonce infirmière ; PPS : programme personnalisé de soin.




Trente et un sur 34 (91,2 %) des patients actifs ont repris leur activité professionnelle à l'identique après un arrêt de travail médian de 1,7 mois (0,25-6).


Le délai moyen entre les BP et la PTL était de 120,4jours (σ =65,4 j). Il était de 101jours (σ =45,1 j) pour les patients à risque évolutif élevé selon D'Amico contre 122,6 j (σ =67 j) pour les autres. D'autre part, ce délai était en moyenne de 114,5 j (σ =55,7 j) pour le groupe de patients qui n'avaient pas eu de CAI (n =100), contre 124,3 j (σ =71 j) pour le groupe de ceux qui avaient bénéficié d'une CAI (n =151).


De plus, 94,6 % des patients qui ont reçu un traitement complémentaire à la PTL (53/56) avaient été préalablement présentés en RCP. L'analyse rétrospective des patients qui ont reçu un traitement complémentaire à la PTL (n =56) a montré que 62,5 % d'entre eux (35/56) étaient éligibles à l'un des 3 essais cliniques retenus : n =21 (60 %) pour GETUG 17, n =6 (17,2 %) pour GETUG 20 et n =8 (22,8 %) pour GETUG 22. La participation à un essai a été effectivement discutée en RCP dans 17,1 % des cas (6/35) : n =1 pour GETUG 17 et n =5 pour GETUG 20. Deux patients (5,7 %) ont accepté de participer au GETUG 20.


Discussion


Ce travail rend compte de la mise en application des principales mesures des 3 Plans Cancer dans le cas particulier du CaP traité chirurgicalement dans un centre privé de taille modeste, isolé géographiquement de son cancéropôle régional. À notre connaissance, il s'agit du premier travail portant sur l'étude de l'application de l'ensemble des dispositions des 3 plans cancer dans le cas d'un parcours de soins chirurgical. De fait, il ne nous a pas été permis de comparer nos résultats avec ceux d'autres centres.


Plusieurs réserves sont pointées dans ce travail. Concernant les mesures du DA, dont les principes généraux ont déjà fait l'objet de mise au point [13, 14], la première difficulté à été l'élaboration d'un PPS « standardisé », informatisé (Annexe 1) inclus et tracé dans le dossier du patient. Ce PPS « maison » intègre les éléments qui ont semblé importants aux auteurs de porter à la connaissance des patients avant l'intervention. Dans le cas d'interventions réglées comme la PTL, on pourrait suggérer l'élaboration de PPS standardisés par le CCAFU, sur le mode des « fiche AFU info patient », disponibles en ligne afin d'homogénéiser les pratiques. Cela avait d'ailleurs été évoqué en 2004 [15]. Il est important de signaler que la remise de tous documents en rapport avec le DA, par le médecin ou par tout membre de l'équipe de soin, doit être tracée dans le dossier des patients. Cela permet de répondre aux exigences de l'HAS lors des évaluations annuelles qu'elle mène dans le cadre des IPAQSS, pour le calcul de l'indicateur RCP. Concernant la CAI, il nous a fallu élaborer un document de liaison, également informatisé inclus et tracé dans le dossier du patient. Ce document permet aux IDE de consultation d'annonce de connaître les informations importantes délivrées lors de la consultation d'annonce médicale, pour l'entretien qu'elles doivent avoir avec le patient (risque évolutif du cancer, nombre de bandelettes qu'il est prévu de conserver...). Nous avons choisi de former des infirmières ayant une bonne connaissance de la chirurgie urologique en général et de la PTL en particulier pour une meilleure information aux patients sur les soins postopératoires. En effet, les patients sortent à j+3 avec la sonde vésicale, qui est retirée en consultation à j+10. Le volet « éducation thérapeutique » de la CAI nous a donc semblé important à considérer, sans pour autant négliger ses autres aspects (vérification de l'ouverture des droits, identification des soins de support, reformulation, réassurance, etc.). Le choix de garder les IDE de CAI ancrées dans le soin complique l'organisation d'un roulement compatible avec leur double mission de soin et d'annonce. La taille critique de notre effectif d'IDE de consultation d'annonce peut rendre encore plus difficile le maintient régulier d'une CAI réglée, surtout en cas d'AT prolongé comme cela s'est produit dans notre équipe. La conjonction de ces éléments explique les cassures de la courbe de la CAI de la Figure 1. Depuis la fin de l'étude, nous avons doublé notre effectif d'infirmières de CAI permettant ainsi d'améliorer notre taux de patients se rendant à la CAI.


Ces difficultés de gestion du personnel infirmier dédié à la consultation d'annonce tiennent également au fait que les tutelles entretiennent les établissements dans une grande opacité concernant le financement du DA. Il est impossible pour un établissement de connaître la base de calcul du financement de son DA. Un établissement n'a aucun moyen de connaître la somme qui lui sera allouée d'une année à l'autre. Cela rend difficile le recrutement de professionnels, pourtant nécessaire, par les établissements, en particulier pour les soins de support (assistante sociale, psychologue).


Ce travail montre qu'avec une proportion de 13,5 %, les patients actifs représentent une part significative des patients opérés d'un CaP. Il apparaît que la PTL traite le CaP avec la perspective d'une reprise à l'identique de l'activité professionnelle, au prix d'un arrêt de travail raisonnable. Cela, associé à une forte proportion de patients retraités explique vraisemblablement la nécessité d'un soin de support social dans seulement 6,6 %. La proportion de 91,2 % de patients actifs avant traitement, qui reprennent une activité professionnelle à l'identique après un AT médian de 1,7 mois, est à mettre en perspective avec le fait que d'une façon générale, une personne sur trois perd ou quitte son emploi dans les deux ans après un diagnostic de cancer [16]. Pour autant la durée d'AT après les autres traitements du CaP n'est à notre connaissance pas connue. L'intérêt que semble revêtir la PTL en termes de reprise d'une activité professionnelle est pondéré par le caractère manifestement anxiogène de ce traitement. Cela se traduit par un pourcentage significatif de 15,9 % des patients identifiés comme ayant besoin d'un soin de support psychologique. Pour la population des actifs, l'interruption d'une activité professionnelle est un élément de fragilité sociale, plus particulièrement pour les travailleurs indépendants, les commerçants, les saisonniers ou les professions libérales. Il est donc particulièrement important de lui faciliter l'accès à la CAI et de regrouper le plus possible les consultations et des rendez-vous (anesthésie, CAI, IRM...). Pour cela, le secrétariat d'urologie est largement mis à contribution. C'est véritablement le centre opérationnel du DA : aménagement du programme de consultation de l'urologue en tenant compte des consultations d'annonce avec une durée de consultation doublée, inscription des patients au programme de la RCP, inscription des patients au programme de la CAI, regroupement des différentes consultations pour les patient isolés. On peut remarquer que cette charge de travail n'est pas valorisée par les tutelles. Seul est financé le temps de secrétariat des 3C et de la RCP.


Pour la population active, la CAI nous paraît être un élément fondamental dans la perspective d'une récupération améliorée après chirurgie. Cet élément est en parfait accord avec l'objectif 9 du plan cancer 3, dans son volet d'accorder une priorité au maintien et au retour dans l'emploi [3].


Dans cette série, 14 % des patients (35/251) étaient rétrospectivement éligibles à l'un des 3 essais GETUG retenus. Malgré l'existence d'un registre des essais facilement consultable sur le site d'Urofrance [12], la participation à un essai clinique n'a été discutée en RCP que dans seulement 17,1 % des cas (6/25). Dans tous les cas, cela s'est fait sur proposition de l'urologue responsable du patient. Finalement, seul 5,7 % des patients potentiellement éligibles (2/35) sont inclus dans un essai. Même s'il apparaît que la présentation des dossiers en RCP avant le traitement chirurgical de 1re ligne comme en cas de traitement de 2e ligne est devenue une habitude acquise, la présentation en RCP n'est pas un gage d'inclusion des patients dans les essais cliniques. Plusieurs raisons peuvent être évoquées : le manque de vigilance de la RCP et de systématisation dans la proposition à la participation aux essais, l'absence de visioconférence avec les centres experts, l'éloignement des centres experts (en raison de l'éloignement, le fait que plusieurs patients aient décliné leur participation à un essai, n'incite pas l'urologue à proposer l'essai à de nouveau candidats potentiels), les freins à l'ouverture de centres distants des centres experts. Dans le cas du GETUG 17 et du GETUG 22, le design des études, rendant impossible la réalisation de la radiothérapie en dehors du centre expert, alors qu'elle était réalisable à GAP, a été un frein certain à l'inclusion des patients. À cela s'ajoute la réticence de plus en plus grande, que mettent les caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) à rembourser les frais de transport, pour des séances de radiothérapie délivrées en dehors du territoire, puisque pouvant être effectuées à Gap, même dans le cadre d'essais cliniques académiques. Ces éléments ne sont pas de nature à permettre aux établissements excentrés des cancéropôles de contribuer à atteindre l'objectif 5 du Plan Cancer 3, qui est d'inclure 50 000 patients dans des essais cliniques en 2019. Depuis cette étude, notre 3C organise de façon régulière une RCP de recours en visioconférence avec un centre expert.


Concernant le délai moyen de 120,4jours (σ=65,4 j) entre les BP et la PTL, on remarque que seul 10,4 % des patients sont classés à haut risque selon A V D'Amico. On constate d'ailleurs une différence entre les patients à haut risque avec un délai moyen de 101jours (σ =45,1 j) contre 122,6jours (σ =67 j) pour les autres. Ce délai n'apparaît pas être de nature à entraîner une perte de chance pour les patients. Le délai entre les BP et la PTL peut trouver plusieurs causes : la nécessité d'attendre 6 à 8 semaines après l'examen, pour réaliser une IRM informative après les BP, le fait qu'un nombre significatif de patients se donne le temps de la réflexion, avec souvent un 2e avis, comme cela leur est proposé dans le DA. Avec un rallongement moyen de 10jours entre le groupe de patients ayant eu une CAI (124,3 j) et ceux ne l'ayant pas eu (114,5 j), la CAI ne semble pas être un facteur majeur de rallongement du délai entre les BP et le traitement.


Conclusion


Après plus de 10 ans d'existence pour les plus anciennes, les mesures des Plans Cancer ont balisé un parcours de soin de qualité pour les patients traités chirurgicalement d'un CaP. Le volet éducation thérapeutique de la CAI est un élément important qui participe à l'amélioration de la récupération après la PTL. Compte tenu des essais cliniques disponibles dans notre région, de notre situation géographique et de la précision des référentiels actuels (AFU et EAU), l'apport de la RCP avant la PTL apparaît modeste même si cette mesure est acquise. La RCP prend toute sa valeur pour la discussion à la participation d'essais cliniques après l'intervention. Cela nécessite toutefois des urologues motivés et des centres ouverts à proximité.


Chez les patients actifs, la PTL traite le CaP avec la perspective d'une reprise à l'identique de l'activité professionnelle au prix d'un arrêt de travail raisonnable. En cela la PTL répond pleinement aux objectifs des Plans Cancer. Dans notre expérience, le déploiement du DA reste malgré tout difficile en raison d'un mode de financement opaque qui freine l'investissement par les établissements dans des moyens pérennes mais pourtant nécessaires.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Remerciements


Les auteurs remercient mesdames Alice Paumont et Emmanuelle Reynier infirmières de consultation d'annonce à la polyclinique des Alpes du Sud de Gap (Hautes-alpes).



Annexe 1. Programme personnalisé de soins (PPS) remis aux patients avant prostatectomie totale





PROGRAMME PERSONNALISE DE SOIN 
Remis le : (date)   à Monsieur : (nom prénom date de naissance)  
 
Ce programme de soins relève d'une décision collégiale, basée sur des référentiels nationaux et/ou internationaux. Il a été établi à l'issu d'une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire regroupant plusieurs spécialistes des cancers urologiques, qui s'est tenue à Gap le : (date) 
 
Caractéristiques du cancer de prostate :    
Classification TNM :  (T clinique, N et M d'imagerie)  
PSA :  (valeur) ng/ml 
Score de Gleason biopsique :  (Grade 1) +(Grade 2
Nombre de Biopsies positive :  (nombre)  
Longueur cumulée en millimètre de cancer sur les biopsies positives :  (longueur)  
Volume estimé de la prostate :  (volume)  
 
Groupe à risque de récidive après traitement :  (groupe à risque D'Amico)  
 
LE TRAITEMENT RETENU EST LA PROSTATECTOMIE TOTALE 
(Les modalités ainsi que les risques et complications possibles vous ont été expliqués par votre urologue. N'hésitez pas à le recontacter avant l'intervention pour toute précision. Vous pouvez également vous référer à la brochure de la Ligue contre le cancer « Les traitements du cancer de la prostate » et la fiche de l'Association Française d'Urologie qui vous ont été remises) 
 
Feuille de route de l'intervention (Attention, cette feuille de route est prévisionnelle. Elle peut être modifiée en fonction d'événements impondérables qui pourraient survenir avant ou durant l'intervention)  
Date de l'intervention :  (date)  
Nom du (ou des) chirurgien(s) qui effectuera l'intervention :  (nom)  
Voie d'abord retenue :  (laparoscopie sous péritonéale ou trans péritonéale)  
Type de curage ganglionnaire prévu :  (type de curage ganglionnaire)  
Bandelette(s) neuro-vasculaire(s) qu'il est prévu de conserver :  (conservation des bandelettes)  






Tableau 1 - Caractéristiques des patients de la série (n =251 patients).
Nombre total de patients   251 
Suivi médian en mois   43,1 (2,4-80,5) 
Suivi < 365 jours   n =
État au moment de la PTL   Âge moyen (an)  66,3 (σ =5,72) 
PSA moyen (ng/mL)  12,2 (σ =10,14) 
Situation professionnelle  Patients actifs  n =34 (13,5 %) 
Patients retraités  n =217 (86,5 %) 
Patient en surveillance active avant la prostatectomie  n =18 (7,2 %) 
A V D'Amico  Risque faible  n =110 (43,8 %) 
Risque intermédiaire  n =115 (45,8 %) 
Risque élevé  n =26 (10,4 %) 
État à l'évaluation   En rémission au moment de l'évaluation, sans récidive ni traitement complémentaire durant la période de suivi  n =173 (68,9 %) 
En rémission au moment de l'évaluation (avec ou sans traitement complémentaire)  n =229 (91,2 %) 
En récidive au moment de l'évaluation  n =22 (8,8 %) 
En récidive sans traitement au moment de l'évaluation  n =10 (4 %) 
En rémission au moment de l'évaluation (avec ou sans traitement complémentaire)  n =38 (15,1 %) 
Evènement durant le suivi   À récidivé durant la période de suivi  570jours (119-2007) 
Médiane de survenue de la récidive (n =38)  n=229 (91,2%) 
A reçu un autre traitement du CaP depuis la PTL  n =56 (23,3 %)  En situation de traitement complémentaire à la PRL  n =28 (50 %)  RHl : n =22 (78,7 %) 
RTE : n =2 (7 %) 
RTE puis H : n =1 (3,5 %) 
H : n =3 (10,8 %) 
En situation de récidive après une période de rémission  n =28 (50 %)  RTE : n =15 (54 %) 
RHc : n =2 (7 %) 
RHl : n =11 (39 %) 
RTE : n =15 (54 %) 
Patients décédés  n = Du fait du CaP : n =



Légende :
PTL : prostatectomie totale laparoscopique ; CaP : cancer de prostate ; RHl : radio-hormonothérapie longue ; RTE : radiothérapie externe ; H : hormonothérapie ; RHc : radio-hormonothérapie courte.



Tableau 2 - Rapprochement des caractéristiques histo-pathologiques des pièces de prostatectomie totales et de l'éligibilité aux essais cliniques GETUG 17, GETUG 20 et GETUG 22 (n =251).
  Score Gleason> Score Gleason= Score Gleason< Total  R0  R1  Rx 
pT3b  n =9*
(3,6 %) 
n =**
(7,6 %) 
n = n =28
(11,2 %) 
n =6
(21,4 %) 
n =19
(67,9 %) 
n =3
(10,7 %) 
pT3a  n =6*
(2,4 %) 
n =31
(12,3 %) 
n =2
(0,8 %) 
n =39
(15,5 %) 
n =20
(51,3 %) 
n =13
(33,3 %) 
n =6
(15,4 %) 
pT2  n =17*
(6,8 %) 
n =105
(41,8 %) 
n =62
(24,7 %) 
n =184
(73,3 %) 
n =128
(69,6 %) 
n =55
(29,9 %) 
n =1
(0,5 %) 
Total  n =32
(12,7 %) 
n =155
(61,7 %) 
n =64
(25,6 %) 
n =251
(100 %) 
n =154
(61,4 %) 
n =87 (34,6 %)  n =10 (4 %) 
R0  n =11
(34,4 %) 
n =98
(63,2 %) 
n =46
(71,9 %) 
n =154
(61,4 %) 
Éligibles GETUG 17  n =21 
R1  n =21
(65,6 %) 
n =48
(31 %) 
n =18
(28,1 %) 
n =87
(34,6 %) 
Éligibles GETUG 20  n =
Rx  n = n =9 (5,8 %)  n = n =10
(4 %) 
Éligibles GETUG 22  n =
          Total éligibles GETUG  n =35 



Légende :
Chaque (*) correspond à un patient pN1. Total des patients pN1 : n =5.



PROGRAMME PERSONNALISE DE SOIN 
Remis le : (date)   à Monsieur : (nom prénom date de naissance)  
 
Ce programme de soins relève d'une décision collégiale, basée sur des référentiels nationaux et/ou internationaux. Il a été établi à l'issu d'une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire regroupant plusieurs spécialistes des cancers urologiques, qui s'est tenue à Gap le : (date) 
 
Caractéristiques du cancer de prostate :    
Classification TNM :  (T clinique, N et M d'imagerie)  
PSA :  (valeur) ng/ml 
Score de Gleason biopsique :  (Grade 1) +(Grade 2
Nombre de Biopsies positive :  (nombre)  
Longueur cumulée en millimètre de cancer sur les biopsies positives :  (longueur)  
Volume estimé de la prostate :  (volume)  
 
Groupe à risque de récidive après traitement :  (groupe à risque D'Amico)  
 
LE TRAITEMENT RETENU EST LA PROSTATECTOMIE TOTALE 
(Les modalités ainsi que les risques et complications possibles vous ont été expliqués par votre urologue. N'hésitez pas à le recontacter avant l'intervention pour toute précision. Vous pouvez également vous référer à la brochure de la Ligue contre le cancer « Les traitements du cancer de la prostate » et la fiche de l'Association Française d'Urologie qui vous ont été remises) 
 
Feuille de route de l'intervention (Attention, cette feuille de route est prévisionnelle. Elle peut être modifiée en fonction d'événements impondérables qui pourraient survenir avant ou durant l'intervention)  
Date de l'intervention :  (date)  
Nom du (ou des) chirurgien(s) qui effectuera l'intervention :  (nom)  
Voie d'abord retenue :  (laparoscopie sous péritonéale ou trans péritonéale)  
Type de curage ganglionnaire prévu :  (type de curage ganglionnaire)  
Bandelette(s) neuro-vasculaire(s) qu'il est prévu de conserver :  (conservation des bandelettes)  




Références



Plan Cancer 2003-2007 ;.
Le-Plan-cancer-2003-2007
Plan Cancer 2009-2013 ;.
Le-Plan-cancer-2009-2013
Circulaire DHOS/SDO no 2005-101 du 22 février 2005 (relative à l'organisation des soins en cancérologie) NOR : SANH0530076C.
Buzyn A. Les apports des plans cancer à la cancérologie Oncologie 2014 ;  16 : HS4-HS6 [cross-ref]
Descotes J.-L., Guillem P., Bondil P., Colombel M., Chabloz C. Évaluation des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) en cancérologie dans la région Rhône-Alpes : une enquête de terrain Prog Urol 2010 ;  20 (9) : 651-656 [inter-ref]
Audenet F., Lejay V., Mejean A., De La Taille A., Abbou C.-C., Lebret T., et al. Les décisions sont-elles homogènes en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) en onco-urologie ? Comparaison des choix thérapeutiques dans quatre RCP parisiennes Prog Urol 2012 ;  22 (7) : 433-437 [inter-ref]
Boissier R., Descotes J.-L., Oudard S., Cormier L., Krakowski I., Houédé N., et al. Cancer de prostate et optimisation de la prise en charge multidisciplinaire : le point sur le RCP, et la prise en charge du cancer de prostate résistant à la castration » Prog Urol 2013 ;  23 (HS4) : 7-12 [inter-ref]
Fadli S., Rébillard X. La réunion de concertation pluridisciplinaire en onco-urologie (RCP) Prog Urol - FMC 2013 ;  22 (2) : F52-F55
Mottet N., Berne-Gardette N., Leloup L. La consultation d'annonce : règles et application Prog Urol - FMC 2011 ;  21 (4) : F111-F113
Rebillard X., Davin J.-L., Moreau J.-L., Soulié M. L'organisation des soins en onco-urologie dans le cadre du plan cancer Prog Urol 2007 ;  17 : 1019-1021 [cross-ref]
Rébillard X., Davin J.-L. Consultation d'annonce et programme personnalisé de soins Prog Urol 2004 ;  14 (4, Suppl. 1) : 883
Enquête VICAN2, La vie deux ans après un diagnostic de cancer  : INCa, Inserm (producteurs), ADISP-CMH (diffuseur) (2012). 






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