Le phimosis de Louis XVI (1754-1793) aurait-il été à l'origine de ses difficultés sexuelles et de sa fécondité retardée?

25 juin 2002

Mots clés : Sexualité retardée, fécondité difficile, phimosis, anorgasmie.
Auteurs : ANDROUTSOS G.
Référence : Prog Urol, 2002, 12, 132-137
Les historiens s'accordent à dire que le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette fut parfaitement consommé sept années après la célébration officielle. L'origine de ce retard aurait été une malformation génitale (phimosis) de Louis XVI, une éducation religieuse sévère, une enfance difficile et l'âge précoce des deux époux, tous facteurs inhibiteurs de la sexualité. Nous tentons d'aborder la question de savoir si Louis XVI surmonta ses difficultés sexuelles suite à une opération (circoncision) ou grâce à une guérison spontanée.



Louis-Auguste, dauphin de France, et Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche, se marièrent le 16 mai 1770 : deux adolescents à peu près du même âge. Louis, très vite enveloppé par le malheur d'exister, fut confronté à une malchance : son incapacité à consommer son mariage. Il faudra attendre le 19 décembre 1778, jour où la reine donna naissance à une fille, pour mettre un terme à des suppositions malveillantes et confirmer la fécondité du couple royal. Que s'était-il passé - ou plutôt que ne s'était-il pas passé - au cours de ces huit années de mariage infructueux ?

LA CHRONIQUE DU MARIAGE ROYAL

Durant le festin des noces le dauphin se serait empiffré. 'Ne vous chargez pas trop l'estomac pour cette nuit', lui conseilla alors Louis XV. Et le dauphin répondit : 'Pourquoi donc? Je dors toujours mieux quand j'ai bien soupé!' Curieuse réponse pour un jeune marié! Le repas terminé, le couple fut conduit à la chambre nuptiale en présence des princes. Louis XV chuchota quelques plaisanteries gaillardes à l'oreille de son petit fils. L'assistance éclipsée, la porte refermée, les jeunes époux passèrent la nuit dans le même lit. Et rien n'en est résulté : pour Louis, sa nuit de noces fut une nuit blanche, comme le présuma la duchesse de Northumberland le lendemain : 'Le dauphin bâillait très souvent, alors qu'on disait qu'il avait très bien dormi'. Louis XV apprit que son petit-fils avait quitté la couche conjugale de fort bonne heure pour se rendre à la chasse. Dans son journal, ce dernier nota pour la nuit de noces : 'Rien'. Dès le soir du 17 mai, Louis retournera coucher dans son appartement [8]. De temps en temps, il venait retrouver Marie-Antoinette dans sa chambre et tentait laborieusement d'en faire sa femme. Entreprise exténuante qui se terminait par un pitoyable échec. Louis s'essaya-t-il à des caresses maladroites, mais trop inhibé et peu encouragé par sa partenaire, s'arrêta-t-il en chemin? D'ailleurs, Marie-Antoinette, à peine sortie de l'enfance, ne possédait guère d'appas pour dégeler son glacial époux. Après les conseils de ses tantes, elle répondait quand même aux 'agaceries' de son époux et même elle les provoquait! Un mois et demi après l'arrivée de Marie-Antoinette à Versailles, le dauphin continuait à traiter son épouse avec beaucoup de froideur. Le comte de Fuentès, ambassadeur d'Espagne, écrit que le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche, ainsi que le duc de Choiseul, ministre des Affaires Étrangères, l'avaient assuré que le mariage royal n'était pas encore consommé et que ce n'était pas à cause de quelque obstacle physique, mais par suite d'une sorte de frigidité morale pour laquelle l'on invoquait les conseils de son précepteur, ce dont ils étaient certains [3].

Le 8 juillet, Marie-Antoinette poussa son mari à lui faire des confidences. Celui-ci l'assura qu'il n'ignorait rien de ce qui concernait l'état de mariage, qu'il s'était imposé une règle de conduite, que le terme qu'il s'était fixé était arrivé et qu'à Compiègne il vivrait avec elle dans la plus grande intimité. Mais Compiègne n'apporta pas le moindre changement à la situation. Le dauphin s'accorda de nouveaux 'délais de réflexion' et les semaines s'écoulèrent de la même façon. Le roi se résigna à intervenir, mais le dauphin demanda encore quelque temps 'pour vaincre sa timidité'. Alarmée, Marie-Thérèse consulta VAN SWIETEN, l'archiatre de la Cour de Vienne, lui demandant si quelque drogue ne pourrait pas se révéler efficace, mais celui-ci se contenta de paroles évasives. À nouveau, elle conseilla sa fille: 'Caresses, cajolis, mais trop d'empressement gâterait tout'. Mais, comment la dauphine saurait-elle se montrer tendre envers un époux qui, presque chaque soir, venait la rejoindre dans sa chambre, se couchait et s'endormait aussitôt d'un lourd sommeil, exténué après la chasse? [5].

À Choisy, le 16 juillet 1770, le dauphin tomba malade d'un gros rhume accompagné d'une toux si violente que les médecins redoutèrent la tuberculose. Le 18, Louis fut saigné par le premier chirurgien du roi, LA MARTINIÈRE. Louis XV en profita pour demander à cet excellent anatomiste - réputé pour son franc-parler - de déterminer s'il existait chez son petit-fils quelque 'défaut naturel' qui s'opposerait à la consommation du mariage. Cette idée que le dauphin pût souffrir d'un phimosis n'était pas nouvelle. L'été précédent, déjà, Louis XV avait demandé à son petit-fils Don Ferdinand - lui aussi lent à honorer son épouse - s'il n'aurait pas besoin d'une petite opération dont son cousin (le dauphin) aurait peut-être aussi besoin et qui était assez commune. Cependant, LA MARTINIÈRE, après avoir procédé à l'examen, rassura pleinement le roi. La consultation de LA MARTINIÈRE - nonobstant son résultat - semble donner raison à ceux qui parlaient d'impuissance [12].

Le 23 janvier 1771, nouvelles confidences de Louis à son épouse : il lui confia que pour elle seule il s'était senti un penchant inconnu jusqu'alors, que le soir de leurs noces il s'était proposé de consommer leur mariage, mais qu'un mouvement de crainte l'avait retenu et que cette crainte avait toujours augmenté depuis; qu'il s'apercevait cependant que l'amitié et la confiance prenaient le dessus et qu'il était résolu à se procurer le bonheur de l'intimité parfaite avec elle [3].

Le 21 mars, Louis dormit enfin chez son épouse. Soir après soir, il retourna coucher dans le lit de la dauphine. D'après le 'Journal' de l'historiographe Jacob Nicolas MOREAU, Louis aurait consommé son mariage le 26 mars 1771. En réalité, la tentative s'était soldée par un demi-échec et la pénétration n'est restée qu'incomplète, comme le suggère MERCY dans sa dépêche du 17 avril. Ce dernier, dans son rapport du 23 janvier 1772, évoque des bains médicinaux qui pourraient être prescrits au dauphin, suivis 'd'une petite opération très légère que l'on présume nécessaire à lever des obstacles à la consommation du mariage du prince'. Quant au ministre des Affaires Etrangères, le duc d'Aiguillon, il suggéra au comte de la MARMORA que le dauphin ne saurait honorer son épouse, 'faute d'érection' [9].

Le 28 octobre 1772, le roi convoqua les jeunes époux dans son cabinet et il exigea une confession exacte sur le degré d'intimité conjugale où ils se trouvaient. 'Le jeune prince déclara qu'il avait fait des tentatives pour consommer son mariage, mais qu'il s'était toujours trouvé arrêté par des sensations douloureuses, qu'il ignorait si cela tenait à un défaut de conformation ou à d'autres causes'. Selon MERCY, Louis XV aurait tenu, deux jours plus tard, à examiner lui-même son petit-fils. Et il aurait découvert 'que le très petit obstacle qui subsiste n'est qu'un accident fort commun aux adolescents et qui n'exige même pas d'opération. Il inspira là-dessus toute sécurité au dauphin qui promit de son côté de remplir les devoirs de son état' [3]. Le roi, craignant que le dauphin ne fût doté par la nature de quelque tare secrète, l'invita avec insistance à consulter son propre médecin, Joseph de LASSONE. Le dauphin se soumit d'assez bonne grâce à cette épreuve. LASSONE, conscient de sa mission, procéda à un interrogatoire, puis à un examen minutieux. Il conclut que tout devait s'arranger, car son royal patient semblait fort averti de ses devoirs et n'en était atteint d'aucune malformation mettant obstacle à la consommation du mariage. Toute heureuse, Antoinette s'empressa à annoncer la bonne nouvelle à sa mère tout en ajoutant que son mari 'est d'une nonchalance et d'une paresse qui ne le quittent que pour la chasse' [11]. Mais bientôt on affirma que le dauphin présentait un petit défaut anatomique sur lequel on se complaït à donner des détails. Il serait porteur d'un phimosis congénital, dont personne ne s'était jusqu'alors préoccupé et qui, à certains moments, provoquerait une douleur si vive qu'elle l'obligerait à modérer ses impulsions'. Malheureusement, le dauphin ne voulait pas entendre parler d'opération, du moins pour le moment. Il lui faudra encore trois ans pour se décider [7]!

La mort de Louis XV en 1774, fit de son petit-fils et de son épouse le roi et la reine de France. Maintenant qu'ils régnaient sur 'le plus beau royaume d'Europe' le besoin d'avoir une progéniture devenait impératif. Ils étaient mariés depuis quatre ans et leur union s'avérait toujours inféconde. Louis XVI ne semble pas avoir fait beaucoup d'efforts pour venir à bout de son mal. Si cela était, on aurait pu s'y prendre plus tôt de toute manière. Voici ce que dit à ce sujet le comte d'Aranda dans une lettre du 5 août 1774 : 'Les uns disent que le frein comprime tellement le prépuce qu'il ne se relâche pas au moment de l'introduction et lui cause une douleur vive qui oblige Sa Majesté à modérer l'impulsion nécessaire pour l'accomplissement de l'acte. D'autres supposent que le dit prépuce est si adhérent qu'il ne peut se relâcher assez pour permettre la sortie de l'extrémité pénienne, ce qui empêche l'érection complète de se produire. S'il s'agit du premier cas, pareille chose est arrivée à beaucoup de personnes et arrive encore régulièrement au moment des premiers essais ; mais comme ces personnes-là ont un meilleur appétit charnel que Sa Majesté, à cause de son tempérament ou de son inexpérience, avec l'entraïnement de la passion, un gémissement et de la bonne volonté, le frein se rompt en entier, du moins suffisamment pour continuer à s'en servir ; ce qui, peu à peu, régularise complètement l'acte. Mais, quand les sujets sont timides, le chirurgien intervient par une petite incision et vous délivre de l'obstacle. Si on avait affaire au second cas, on aurait recours à une opération plus douloureuse et plus grave à son âge, puisqu'elle exige une sorte de circoncision, car si on n'arrondissait pas les lèvres de l'incision l'acte serait impossible' [6].

Vers la fin de 1774, on apprit que le jeune Louis allait enfin se confier à un chirurgien. On cita même une date: le 17 décembre. L'année pourtant se termina sans résultat. Antoinette ne se désespérait pas et, en attendant, elle continuait à 'se dissiper' et à encourir les reproches de ses familiers. Naturellement, l'impuissance du roi était connue de tout le monde. On en parlait ouvertement, aussi bien à la Cour qu'à la ville. Des couplets, plus ou moins irrespectueux, firent vite le tour de Paris [10]. Une fois encore, Louis XVI comprit qu'il devait céder à la raison. A nouveau on parla d'intervention pour le courant de l'hiver suivant. La reine, pour sa part, ne semblait guère assurée du succès. 'Je doute fort, mande-t-elle à sa mère, que le roi se détermine à l'opération. Malheureusement, les médecins augmentent son indécision : le mien, sans la croire nécessaire, croit qu'elle serait très utile. Celui du roi, qui est un vieux radoteur, dit qu'il y a beaucoup d'inconvénients à la faire et autant à ne pas la faire...Nous sommes dans une épidémie de chansons satiriques...La nécessité de l'opération a été le mot principal contre le roi. Pour moi, je n'ai pas été épargnée : on m'a libéralement supposé les deux goûts : celui des femmes et celui des amants...' [5]. On accusa, en effet, la reine d'avoir des goûts spéciaux à cause de la grande intimité qui la liait avec la princesse de LAMBALLE et Mme de POLIGNAC [2]. Marie-Antoinette fut-elle donc lesbienne? Il est bien difficile de donner une réponse catégorique, car il n'en existe aucun témoignage valable. Jusqu'à preuve du contraire, nous penserons donc que l'amitié de la reine avec lesdites dames était pure. Quant aux amants, ses relations avec le beau duc de COIGNY furent absolument platoniques [1].

Le 15 janvier 1776, Louis XVI tint à consulter un chirurgien réputé de l'Hôtel-Dieu, Jacques-Louis MOREAU. A la suite de quoi, Marie-Antoinette put écrire à sa mère : 'Il a dit à peu près comme les autres, que l'opération n'était pas nécessaire et qu'il y avait toute espérance sans cela... ' [5].

L'année 1777, la venue en France du frère de la reine, Joseph II, provoqua la crise salutaire. Louis XVI ne sembla pas embarrassé par l'enquête à laquelle se livra son beau-frère. Bien au contraire, il se confia volontiers à lui, entra dans des détails sur son état physique et lui demanda même des conseils. A en croire certaines rumeurs, l'Autrichien aurait insisté pour une intervention immédiate, et même aidé à maintenir le patient pendant l'opération. Malheureusement, le rapport secret de Lassone, invoqué à l'appui de ces affirmations n'a jamais été publié dans son texte intégral. Joseph écrit au grand-duc de Toscane : 'Enfin, il n'est pas impuissant ni de corps ni d'esprit, mais le fiat lux n'est pas encore venu, la manière est encore en globe...Dans son lit conjugal, il a des érections fort bien conditionnées, il introduit le membre, reste là sans se remuer deux minutes peut-être, se retire sans jamais décharger, toujours bandant, et souhaite le bonsoir. Cela ne se comprend pas, car avec cela il a parfois des pollutions nocturnes, mais en place ni en faisant l'oeuvre jamais. Et il est content, disant tout bonnement qu'il ne faisait cela que par devoir et qu'il n'y avait aucun goût. Ah, si j'aurais pu être présent une fois, je l'aurais bien arrang ! Il faudrait le fouetter pour le faire décharger de colère comme les ânes. Ma soeur avec cela a peu de tempérament et ils font deux francs maladroits ensemble' [4].

Joseph II quitta Versailles le 30 mai et deux mois plus tard Louis XVI put avouer à ses tantes : 'J'aime beaucoup le plaisir, et je regrette de l'avoir ignoré pendant tant de temps!' L'ambassadeur d'Autriche confirme 'cet événement si intéressant', en précisant qu'il a eu lieu le lundi 18 août : 'Le roi était venu chez la reine au moment où elle sortait du bain; les deux époux restèrent ensemble près de cinq quarts d'heure; le roi exigea avec les plus grandes instances que tout ce qui s'était passé entre eux restât secret et la reine dut s'y engager. Il n'y eut d'exception que pour le premier médecin LASSONE, lequel, instruit par le roi de toutes les circonstances, n'hésita pas à affirmer positivement que le mariage était consommé' [3]. Le 30 août, Antoinette confirmait, elle aussi, l'heureux événement à sa mère : 'Je suis dans le bonheur le plus essentiel.. Il y a plus de huit jours que le mariage est parfaitement consommé. L'épreuve a été réitérée et encore hier plus complètement que la première fois...Je ne crois pas être grosse encore, mais au moins j'ai l'espérance de pouvoir l'être d'un moment à l'autre' [5]. 'Le bonheur le plus essentiel...' : cette expression sibylline pourrait signifier qu'Antoinette découvrit l'orgasme.

Figure 1 : Louis XVI en costume de sacre.

Discussion

La plupart des historiens jugent que le mariage royal ne fut parfaitement consommé qu'en 1777, soit que Louis ait enfin consenti à se faire opérer, soit que ses sens assoupis se soient enfin éveillés. Parlons donc de ses inhibitions et de ses difficultés physiologiques.

Louis et Antoinette furent en réalité mariés trop tôt et sans inclination. La dauphine, jeune fille qui s'ignorait elle-même (l'éducation sexuelle des princesses était des plus limitées), tomba, à quinze ans, dans les bras d'un homme qu'elle ne connaissait pas. La nuit des noces fut un fiasco, autant que les tentatives ultérieures. L'un et l'autre avaient reçu la même éducation prude et austère. Il est probable que le dauphin n'avait guère de tempérament. Immature, maladroit - sans doute gêné par un défaut de conformation - il n'a pas su éveiller sa femme aux choses de l'amour. Vite découragé, inhibé par son éducation sevère, il poussa rarement ses entreprises amoureuses. Et son épouse, qui n'en tirait aucun plaisir, n'éprouvait nulle ardeur à les provoquer. Consommant le produit de sa chasse, le dauphin prit du poids ; peut-être y a-t-il ici un élément du mystère : on pourrait le croire affligé d'un diabète dont l'effet débutant peut être bienfaisant en faisant d'un être malingre un jeune homme bien pris.

Louis XVI évitait les femmes de bonne ou de mauvaise vie et n'en recevait aucune dans ses appartements. On ne peut pas mettre sur le compte du trop fameux phimosis cet éloignement des femmes, car il est constant que l'opération l'ayant délivré, il demeura dans l'histoire si longue des Capétiens le seul roi qui ne disposait ni maïtresse ni favorite!

Deux choses sont ici à considérer. L'une est l'étrange rapport au corps propre : Louis XVI devait le regarder comme un traïtre et dut être bien troublé. En second lieu, comme il est probable, il se refugia dans le silence. Au niveau physiologique maintenant, Louis, selon certains, aurait la peau du pénis un tout petit peu soudée avec celle des bourses, ce qui rendait vain tout commerce avec une femme supposant une érection naturelle [6] On veut qu'il ne se soit avisé de cette entrave que très tard et certains, lui attribuant une naiveté qu'il n'avait pas, veulent qu'il n'en se soit aperçu qu'après son mariage. La vérité est - selon la pensée hypothétique - entre les deux.

MERCY [3] le 14 novembre 1772 confirme d'abord que Louis n'était nullement impuissant. Mais quel est ce mystérieux 'accident fort commun aux adolescents' et qui aurait échappé à l'oeil expert de LA MARTINIÈRE? S'il existait, il s'agirait sans doute d'une malformation du frein du prépuce, trop court pour permettre au gland de se découvrir - un inconvénient susceptible de disparaïtre dans le feu des premières relations sexuelles. Mais les 'sensations douloureuses' ressenties par le dauphin ont pu être aggravées par l'étroitesse et la sécheresse de sa partenaire. Cette dernière, dans ce cas, ne devait pas manquer d'en souffrir également.

Un certain nombre de points, cependant, demeurent obscurs quant au diagnostic exact de l'affection dont était atteint Louis XVI, aux retentissements qu'elle provoqua sur son comportement général, à la nature précise de l'intervention qui lui permit enfin de découvrir une existence sexuelle, sinon ardente, du moins apparemment normale.

Sur le premier point, tous les 'témoignages', si toutefois ce mot peut être employé car nous ne possédons aucun document émanant avec certitude des médecins eux-mêmes, nous invitent à accepter l'hypothèse d'un phimosis [8]. Etant donné le caractère plutôt renfermé du dauphin, son éducation prude et sévère, sa jeunesse et son inexpérience, il n'est guère extraordinaire d'admettre que cette infirmité ait pu passer inaperçue. Par contre, il semble surprenant que la présence à ses côtés de sa femme pour laquelle il éprouva un penchant qu'il ne chercha pas à dissimuler, n'ait pas provoqué chez lui le désir de mander aux médecins leur assistance pour l'aider à devenir au plus tôt un 'homme comme les autres' et à remplir ses devoirs. Or, il n'en fut rien. Louis, de l'avis unanime, n'en éprouva aucune gêne, n'en afficha aucun 'complexe', méprisa les quolibets ou les allusions désobligeantes et, mieux encore, il en rit volontiers! Comment pourrait-on expliquer cette apathie ? Toutes les descriptions qui nous sont faites du dauphin, à l'époque de son mariage et au cours des années qui le suivirent, nous le représentent sous les traits d'un garçon lourd de corps et d'esprit, lent dans ses gestes et ses paroles, très porté au sommeil [7]. Ne serait-ce pas là le portrait d'un jeune homme présentant le tableau d'un indiscutable syndrome de retard pubertaire du type adiposo-génital? Ainsi, parallèlement à la particularité anatomique dont il vient d'être question, ou peut-être consécutivement à elle, une sorte d'indifférence due à un engourdissement des fonctions glandulaires fit de cet adolescent un être parfaitement calme. Il était ainsi parce que la nature l'avait fait ainsi, et si le bistouri avait été utilisé dès son jeune âge, permettant à la fois un développement physique normal et un éveil plus précoce de sa virilité, sans doute eut-il été différent. Les années s'écoulèrent ainsi. Louis répugna manifestement à accepter une solution héroique pour mettre fin à cette stupide situation. Pourquoi? La peur de la douleur, la crainte d'un résultat contestable, l'appréhension d'aller à l'encontre de la volonté divine furent invoquées tour à tour (c'était une opération facile pour un de La Verde, mais d'une part assez dangereuse, comme toute intervention, à une époque où l'on n'avait aucune notion d'hygiène, et d'autre part très brève, mais assz douloureuse, puisque, malgré tout, faite à vif!).

Pourtant, au cours de son existence Louis XVI fit suffisamment preuve de courage physique et moral. Ne serait-il pas plus simple de croire que, selon les promesses exprimées par certains médecins, le roi pensait sincèrement que les choses finiraient par s'arranger d'elles-mêmes et qu'il n'y avait pas lieu, dans ces conditions, de se hâter pour prendre une décision ? Cette possibilité était d'ailleurs présentée comme probable par quelques chirurgiens distingués. Dans son 'Cours d'opérations chirurgicales', publié en 1760, le célèbre Pierre DIONIS, que l'on considérait comme un chef d'école faisant autorité, se déclarait résolument hostile à la pratique des circoncisions pour le traitement des phimosis qui, selon lui, évoluaient le plus souvent vers la guérison spontanée. Tel avait été également l'avis du chirurgien de l'Hôtel-Dieu, MOREAU, appelé en consultation en 1776 qui avait annoncé que Sa Majesté possédait les plus grandes chances d'éviter toute intervention pour peu que l'on prenne encore patience [6].

Cependant, selon les bruits qui circulèrent à l'époque, et que personne ne songea alors à mettre en doute, il fallut, grâce à l'énergique instance de Joseph II, en arriver à ces mesures extrêmes. Les directives de son beau-frère ont-elles été bénéfiques pour Louis XVI? S'est-il prêté - comme l'ont affirmé des générations d'historiens - à un coup de bistouri, tellement hypothétique qu'il n'a laissé nulle trace dans aucun document d'époque? En effet, nous ne possédons aucun texte nous fournissant des détails précis, ni sur la date de l'opération, ni sur sa nature exacte, ni même sur la personnalité du chirurgien qui en assuma la responsabilité. Nous en sommes donc réduits aux hypothèses et obligés de supposer qu'il ne s'agit sans doute que d'un simple coup de bistouri, suffisant pour obtenir le débridement désiré, et qui se cicatrisa sans entrainer de complications infectieuses, puisqu'à aucun moment le roi ne modifia sa manière de vivre, ni n'observa le moindre repos. Un seul indice pourrait laisser penser que le Docteur LASSONNE aurait été à même d'opérer le roi. Le 12 septembre 1872 il lira en effet, dans une séance de la Société Royale de Médecine, une 'Instruction sommaire sur le traitement des maladies vénériennes dans les campagnes'. Le médecin y décrit le phimosis et préconise, pour le réduire, de 'faire avec une lancette de petites mouchetures en travers, afin de débrider les fibres du prépuce qui font corde autour de la couronne et en produisent l'étranglement...'. Il décrit ensuite en détail la procédure opératoire et conclut : la réduction faite, on laisse reposer le malade, et on fait entre le gland et le prépuce des injections avec le baume samaritain pour cicatriser les petites mouchetures qu'on a été obligé de faire'. LASSONNE pratiqua-t-il une intervention de ce genre sur Louis XVI? De toutes manières, et bien que cette intervention ne fit jamais de Louis XVI un amant fougueux, le résultat recherché fut obtenu à la joie des intéressés et pour le plus grand soulagement de tout un peuple. Le seul regret que pouvaient dès lors exprimer les époux fut très certainement d'avoir attendu si longtemps pour en arriver là!!

Références

1. ALMA S. Marie-Antoinette et Barnave. Correspondance secrète. A. Colin, Paris, 1934, p. 23.

2. D'ALMERAS H. Les amoureux de la reine Marie-Antoinette. D'après les pamphlets. Paris, Albin Michel, 1906, 34-62.

3. ARNETH A.-R, GEFFROY M.-A. Marie-Antoinette. Correspondance secrète entre Marie- Thérèse et le Cte de Mercy-Argenteau. Avec des lettres de Marie-Antoinette et de Marie Thérèse. T 1er, Paris, Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1874, 35-65.

4. ARNETH A.-R. Marie-Antoinette, Joseph II und Leopold II. Ihr Briefwechsel, Leipzig, Köhler, Paris, Jung-Treuttel, Wien, Wilhelm Braumüller, 1866, 28-45.

5. ARNETH A.-R.: Maria Theresia und Marie-Antoinette. Ihr Briefwechsel während der Jahr. 1770-1780. Leipzig, Köhler, Paris, Jung-Treuttel, Wien, Wilhelm Braumüller, 1866, 19-32.

6. BESENVAL P.-V. Mémoires. T 1er , Paris, F. Buisson, 1805, 12-25.

7. BRETON G. Histoires d'amour de l'histoire de France, T 5e , Paris, Noir et Blanc, 1964, p. 203.

8. CAMPAN J.L.H. Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre. Suivis de souvenirs et anécdotes historiques sur les regnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI. T 1er, Paris, Baudouin Frères, 1823, 123-156.

9. DELORME PH. Histoire des reines de France:Marie-Antoinette.Paris, Pygmalion/Watelet, 1999, 124-126.

10. KUNSTKER C. La vie privée de Marie-Antoinette. Paris, Hachette, 1938, 28-68.

11. De LAMBALLE M.-TH. Memoirs. New first published from the journal, letters, and conversations of the princess Lamballe by a Lady of Rank. With a portait and cipher of the secret correspondence of Marie-Antoinette. 2 vols, T 1er, London, Treuttel & Würtz, Jun. & Richter, 1826, 59-88.

12. PHILONENKO A.L. La mort de Louis XVI. Paris, Bartillat, 2000, 35-78.