Le kyste dermoide du testicule

18 juin 2002

Mots clés : testicule, tumeur bénigne, kyste dermoide
Auteurs : ALAMI M., GHADOUANE M., ZANOUD M., JIRA H., AMER A., ABBAR M.
Référence : Prog Urol, 2002, 12, 105-107
Nous rapportons une observation d'un patient âgé de 30 ans admis pour masse testiculaire droite. Le diagnostic de présomption était en faveur d'une tumeur maligne. Le diagnostic de certitude, confirmé par étude histologique de la pièce d'orchidectomie, était en faveur d'un kyste dermoide. Nous rappelons les caractéristiques étiopathogénique, diagnostique et thérapeutique de cette pathologie exceptionnelle.



Le kyste dermoide du testicule est une tumeur bénigne exceptionnelle. Son incidence reste imprécise du fait de l'extrême rareté des publications et du fait de la confusion anatomopathologique avec le kyste épidermoide et les tératomes matures [1]. Son diagnostic est souvent une découverte histologique et son traitement repose en général sur l'orchidectomie inguinale [8]. Nous rapportons un cas de kyste dermoide du testicule traité par orchidectomie complété d'une analyse des données de la littérature sur le sujet.

Observation

Z.A., âgé de 30 ans, sans antécédents pathologiques particuliers, était admis dans le service le 11 août 1998 pour grosse bourse droite apparue un mois auparavant. L'examen physique retrouvait une masse aux dépens du testicule droit, dure, lisse, indolore et sans signes inflammatoires en regard. Le testicule gauche était normal.

L'échographie scrotale montrait un testicule droit augmenté de volume, de contours réguliers, contenant plusieurs formations nodulaires et kystiques arrondies de tailles différentes (4 à 10 mm de diamètre), bien limitées, légèrement hyperéchogènes, entourées d'un liseré tantôt hypoéchogene tantôt très hyperéchogène. Ces lésions intéressaient l'ensemble du parenchyme testiculaire et semblaient noyées au sein de petites plages légèrement hyper ou hypoéchogènes (Figure 1).

Figure 1 : Echographie testiculaire : formations nodulaires et kystiques arrondies bien limitées, légèrement hyperéchogènes, entourés d'un liseré hétérogène.

Cet aspect évoquait une tumeur séminomateuse ou une localisation secondaire. Le testicule gauche était normal. Les dosages hormonaux (alpha foetoprotéine, béta HCG, antigène carcinoembryonnaire) étaient normaux. Une orchidectomie par voie inguinale était pratiquée. L'examen histologique de la pièce mettait en évidence un kyste contenant des glandes sébacées et des follicules pileux rappelant le kyste dermoide (Figure 2).

Figure 2 : Coupe histologique (HES x 400). Kyste dermoide du testicule contenant des annexes cutanées : glande sébacée, follicule pileux. Les tubes séminifères sont d'aspect normal.

Les suites post-opératoires étaient simples. Le patient se portait bien avec un suivi de 24 mois.

Discussion

Les kystes dermoides surviennent sur n'importe quelle partie du corps. Le système nerveux et les ovaires sont préférentiellement touchés. L'ovaire est 100 fois plus touché que le testicule [2, 12]. Le kyste dermoide du testicule est extrêmement rare. Les premiers cas furent décrits en 1942 par DOCKERTY qui avait rapporté 5 observations [4]. Sa fréquence actuelle serait estimée à 1,5% de toutes les tumeurs bénignes du testicule chez l'adulte [8]. Il est souvent unique, exceptionnellement multiple comme chez notre patient. Les formes pédiatriques sont encore plus rares : 6 cas uniquement ont été rapportés dans la littérature [16].

L'étiologie exacte de cette tumeur n'est pas résolue. On ne sait pas s'il s'agit d'une pseudo-tumeur ou d'une tumeur vraie. Le kyste dermoide du testicule est souvent confondu avec le kyste épidermoide actuellement considéré comme une lésion bénigne.

PRICE [11] a défini les critères histologiques de ce dernier : la lésion doit être un kyste intra-testiculaire, remplie de débris de kératine ou d'un matériel protéique amorphe, la paroi fibreuse du kyste est doublée par un épithélium squameux qui peut être absent dans certains espaces, absence d'éléments tératomateux comme les follicules pileux ou les glandes sébacées dans le parenchyme testiculaire ou dans la paroi du kyste, enfin absence de cicatrice dans le reste du parenchyme testiculaire. Les mêmes aspects histologiques peuvent se voir dans le kyste dermoide avec cependant la présence d'autres annexes cutanés (glandes sébacées et sudoripares, follicule pileux, voire parfois des glandes apocrines) [1]. La différence se fait aussi avec les tératomes matures qui peuvent contenir les différentes dérivations tissulaires : ectodermique, mésodermique (os, cartilage...) ou endodermique (thyroide, pancréas, épithelium respiratoire...) [6, 15]. Les deux kystes dermoide et épidermoide contiennent des annexes dérivant uniquement de l'ectoderme. C'est la raison pour laquelle certains auteurs considèrent que ces deux types de kystes ne sont en fait qu'une expression uni-stratifiée ou mono-dermique du tératome [1]. Pour d'autres, le kyste dermoide est considéré comme un tératome à comportement malin dont le contingent immature n'a pas été détecté. Il doit être différencié du kyste épidermoide pur [15], lésion testiculaire très rare et bénigne exclusivement formée d'un kyste uniloculaire à revêtement malphigien kératinisé, sans aucune formation annexielle dans le voisinage [10].

Les kystes dermoide et épidermoide n'ont pas de caractères cliniques spécifiques. Le diagnostic différentiel se fait avec le tératome mature nécessitant la recherche d'autres contingents tératomateux, une autre tumeur germinale voire avec une dysplasie intratubulaire.

Malgré les aspects échographiques variables du kyste épidermoide, certaines caractéristiques peuvent évoquer son diagnostic. Ces caractères sont : une masse bien définie entourée par une couche hyperéchogène [3, 13], alternance hypoéchogene et hyperéchogène de couches concentriques réalisant un aspect en pelure d'oignon [9]. Pour d'autres auteurs, le kyste épidermoide et le kyste dermoide ne peuvent être différenciés par l'échographie mais l'aspect échographique montrant une lésion ronde bien circonscrite peut évoquer le diagnostic du kyste dermoide [7]. La résonance magnétique nucléaire (IRM) est parfois caractéristique dans le kyste épidermoide en montrant un hyposignal central, un hypersignal dans la zone moyenne et un hyposignal périphérique dans les séquences pondérées en T1 et T2 réalisant l'aspect d'image en cible [5]. Du fait de la rareté du kyste dermoide du testicule, les données de l'IRM sont encore difficiles à évaluer. En fait le diagnostic de certitude n'est fait qu'après examen histologique extemporané ou de la pièce opératoire [16].

Le traitement du kyste épidermoide était souvent l'orchidectomie inguinale. Certains auteurs, et depuis le développement de l'échographie et l'avènement de l'IRM, ont réalisé avec succès le traitement conservateur de ce type de kyste. A cause de son potentiel malin, l'orchidectomie inguinale semble être le traitement de choix du kyste dermoide [8], bien que le traitement conservateur ait été réalisé avec succès chez l'enfant [14] et l'adulte [15]. En effet, aucune récidive locale ou métastasique n'a été rapportée dans la littérature jusqu'à présent, après excision d'un kyste dermoide ou épidermoide. WEGNER [16] rapporte un patient de 10 ans traité par simple énucléation d'un kyste dermoide dont le diagnostic a été confirmé par étude histologique extemporanée de la biopsie. Chez notre patient nous avons réalisé l'orchidectomie à cause des lésions disséminées au niveau de l'ensemble du parenchyme testiculaire.

Conclusion

Le kyste dermoide du testicule est exceptionnel. Son diagnostic de certitude n'est souvent établi qu'après examen anatomopathologique. Le traitement conservateur peut être une alternative intéressante surtout chez l'enfant. Cependant des petits kystes satellites peuvent exister et être laissés après simple énucléation. La prudence est nécessaire. Un recul important pour un grand nombre de cas doit valider ou non cette technique.

Références

1. ASSAF G., MOSBAH A., HOMSY Y., MICHAUD J. Dermoid cyst of testis in five-year-old-child. Urology, 1983, 22, 432-434.

2. DeMONTE F., Al-MEFTY O. Ruptured dermoid tumor of the cavernous sinus associated with the syndrome of fat embolism. Case report. J. Neurosurg., 1992, 77, 312-315.

3. DIECHMANN K.P., LOY V. Epidermoid cysts of the testis : a review of the clinical and histogenetic consideration. Br. J. Urol., 1994, 73, 436-441.

4. DOCKERTY M.B., PRIESTLY J.T. Dermoid cyst of the testis. J. Urol., 1942, 48, 392-394.

5. FU Y.T. , WANG H.H., YANG T.H. Epidermoid cysts of the testis : diagnosis by ultrasonography and magnetic resonance imagine resulting in organ-preserving surgery. Br. J. Urol., 1996, 78, 116-118.

6. ISRAEL M. S. Development of tumours and tumour-like lesions. in: General Pathology, 6th. J. B. Walter, M. S. Israel. Edinburgh, Churchill Livingstone, 1987, 370-386.

7. KAY R. Prepubertal testicular tumor registry. Urol. Clin. North. Am., 1993, 20, 1-5 .

8. KRESSEL K., SCHNELL D., DETTMANN R., HARTMANN M., BUTZ M. Diagnostik und Therapie nichtgerminaler Hodentumoren. Organerhalt oder Orchiektomie? Urologe A, 1993, 32, 237-241.

9. MALVICA R.P. Epidermoid cysts of the testis : An unsual sonographic finding. A.J.R., 1993, 160, 1047-1048.

10. PERRIN P., BERGER N. Tumeurs germinales du testicule de l'homme adulte. Editions Techniques, Encycl. Méd. Chir.(France). Néphrol. Urol., 1992, 18650 Néphrol. Urol., 1992, 18650 A10, 11 pages.A10, 11 pages.

11. PRICE E.B. Jr. Epidermoid cysts of the testis ; a clinical and pathologic analysis of 69 cases from the testicular tumor registy. J. Urol., 1969, 102: 708-713.

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16. WEGNER H . E . , HERBST H , LOY V., DIECKMANN K.P. Testicular dermoid cyst in a 10-year-old child: case report and discussion of etiopathogenesis , diagnosis, and treatement. Urol. Int., 1995, 54, 109-111.