Evaluation de la plainte fonctionnelle chez les patients atteints d'Hyperplasie Bénigne de la Prostate

23 décembre 2007

Mots clés : prostate, hyperplasie bénigne de la prostate, troubles urinaires du bas appareil
Auteurs : Cornu J.N., Rouprêt M.
Référence : Prog Urol, 2007, 17, 5, 1023-1025, suppl. 1
La validation d'échelles de scores fonctionnels fiables pour l'évaluation d'un patient atteint d'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) procure des outils reproductibles pour le suivi des patients et, parallèlement, pour la conduite d'essais thérapeutiques. L'International Prostate Symptom Score (I-PSS) est le questionnaire qui fait actuellement référence pour l'évaluation des malades atteints d'HBP. Au sein des troubles présentés par les patients atteints d'HBP, certains sont assortis d'une gêne particulièrement élevée et tout particulièrement la nycturie. L'évaluation de la nycturie est apparue comme essentielle, en regard de ses conséquences directes sur la vie quotidienne des patients. Le score I-PSS consacre un seul item à la nycturie. Pour mesurer l'impact de la nycturie sur la qualité de vie, il semble plus adapté d'utiliser le questionnaire N-QoL, qui explore à la fois la notion de sommeil, de vitalité, de gêne et la qualité de vie globale.

L'évaluation d'un patient atteint d'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) présente plusieurs intérêts. Tout d'abord, la validation d'échelles de scores fonctionnels fiables procure des outils reproductibles pour le suivi des patients et la conduite d'essais thérapeutiques avec des critères de jugement adaptés [1-3]. L'évaluation clinique et paraclinique des patients permet aussi de déterminer des profils évolutifs de la maladie et des paramètres prédictifs de l'évolution des troubles [4-7]. Enfin, les échelles de score quantifient les troubles urinaires du bas appareil, variables d'un individu à l'autre, pour mieux cibler les actions thérapeutiques en terme de bénéfice sur la qualité de vie [8-10].

Scores fonctionnels. Les scores d'évaluation des symptômes des malades atteints de TUBA dans le cadre d'une HBP sont utiles pour l'évaluation initiale et le suivi des patients. Le problème de la validité scientifique de ces scores demeure un problème pour leur utilisation à grande échelle au sein de la communauté médicale. Une étude a proposé de comparer les deux questionnaires les plus utilisés, l'International Prostate Symptom Score (I-PSS) et celui de l'International Continence Society (ICS-male) évaluant la prévalence et la gêne ressentie par les malades atteints d'HBP [8, 11]. Les patients se voyaient proposés les 2 questionnaires, à remplir simultanément. En dépit d'un nombre d'items moins détaillés, notamment concernant les troubles de la continence, l'I-PSS donne des résultats similaires à l'ICS male (Figure 1) [12]. L'I-PSS peut ainsi être considéré comme un moyen d'évaluation adapté des malades atteints d'HBP.

Figure 1 : Diagramme comparant les scores IPSS et ICS et leur capacité à déterminer la gêne mictionnelle des individus atteints d'HBP.

Croissance du volume prostatique. Une étude prospective a été menée chez 1439 patients âgés de 50 à 78 ans, en mesurant par échographie transrectale tous les 2 ans la croissance de la zone de transition de la prostate, site préférentiel du développement de l'HBP, afin de produire un modèle de l'évolution du volume prostatique chez l'homme [13]. Il a été mis en évidence une élévation moyenne de 2,2% par an du volume prostatique total et de 3,6% par an pour la zone de transition [13]. L'application de tels abaques pourrait être un facteur de décision thérapeutique chez les patients pour lesquels la glande prostatique aurait une cinétique de croissance anormalement élevée [5, 7, 13, 14].

Protrusion intravésicale. La signification pronostique de la pénétration intravésicale de la prostate mesurée en millimètres par échographie transrectale a également été étudiée. Pour Mariappan et al. (abs 185), une protrusion prostatique intravésicale (PPI) de plus de 10mm est corrélée à un taux de succès moindre de reprise mictionnelle après sondage pour rétention aigue d'urine associé à 2 semaines de traitement par alpha-bloquants. Le taux de succès était de 15% pour ce groupe (vs 75% en cas d'IPP < 10mm, p < 0.0001) [15]. D'autres études ont également montré que l'IPP, mesuré par échographie abdominale, est aussi prédictive d'un profil urodynamique obstructif chez les patients présentant un débit maximum supérieur 12ml/s [16, 17].

Inflammation prostatique. Il semble que l'inflammation de la glande prostatique détectée au cours de biopsies de prostate chez les malades n'est que faiblement corrélée aux TUBA (mesurés par I-PSS). Pour autant aucune lien association formelle n'a jamais été retrouvé entre l'inflammation chronique histologique de la glande et les signes cliniques de prostatite chronique mesurés par le Chronic Prostatitis Symptom Index (CPSI) [18].

Importance de la nycturie. Au sein du cortège de troubles présentés par les patients atteints d'HBP, certains sont assortis d'une gêne particulièrement élevée, reflet d'une influence importante sur la qualité de vie et tout particulièrement la nycturie [19]. L'évaluation de ce symptôme, initialement et au cours de la prise en charge, est apparue comme essentielle, en regard des conséquences qu'elle induit en termes de morbidité. La nycturie est une cause majeure de perturbation du sommeil résultant en une asthénie et une perte d'efficacité diurne très importante. Ces symptômes sont une cause majeure de perte d'efficacité au travail, d'arrêt maladie et d'augmentation du risque d'accidents de la circulation. Par ailleurs, la nycturie dégrade la qualité de vie, et expose à la dépression et à la consommation d'anti-dépresseurs. Enfin, elle accroît le risque de diabète, de maladie cardiovasculaire, de mortalité globale et affecte le système immunitaire [20, 21].

Les outils de mesure de la nycturie, de la qualité de vie et de la qualité du sommeil sont donc importants dans l'évaluation du patient. Pour l'évaluation de la nycturie, plusieurs outils sont disponibles. Le calendrier mictionnel sur 24h permet de quantifier l'importance du trouble, et de rechercher son étiologie. Le score I-PSS explore également la nycturie dans un item. Pour mesurer l'impact sur la qualité de vie, il semble cependant plus opportun d'utiliser le questionnaire N-QoL, qui explore à la fois la notion de sommeil et d'énergie, de gêne, et de qualité de vie globale. Le retentissement sur le sommeil est lui mieux exploré par le HUS [22, 23].

Références

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