Comment je prescris la neurostimulation du nerf tibial postérieur (TENS) ?

25 décembre 2016

Auteurs : J.D. Rebibo
Référence : Progrès FMC, 2016, 4, 26, F80

L’impact négatif de l’hyperactivité vésicale et du syndrome douloureux pelvien chronique sur la qualité de vie des patients est connu. La neurostimulation du nerf tibial postérieur (TENS) est une attitude thérapeutique validée dans la prise en charge de l’hyperactivité vésicale et du syndrome douloureux pelvien chronique avec de bons résultats malgré le manque d’étude de haut niveau de preuve. L’absence d’effet secondaire doit permettre son utilisation plus courante dans ce contexte de pathologie a prise en charge multiple.




 




Introduction


L'impact négatif de l'hyperactivité vésicale sur la qualité de vie des patients est connu. Les effets secondaires des anticholinergiques rendent leur observance difficile.


La neurostimulation du nerf tibial postérieur (TENS) reste une possibilité thérapeutique simple, validée et dénuée d'effet secondaire.


Indications


La TENS est une thérapeutique simple, non invasive, qui consiste à stimuler les fibres nerveuses périphériques à l'aide d'électrodes collées sur la peau, ses indications sont variables : hyperactivité vésicale réfractaire aux traitements pharmacologiques, syndrome douloureux pelvien chronique.


Contre-indications


Elles sont rares : le port d'un pacemaker cardiaque, des troubles trophiques sur la zone de positionnement des électrodes, une grossesse évolutive ainsi que le port d'une prothèse métallique dans la zone stimulée sont les principales contre-indications à l'usage du TENS (Tableau I).


Fonctionnement


Dans la méthode TENS, on positionne l'électrode positive (fil rouge) 10cm au-dessus de la malléole interne, et l'électrode négative (fil bleu) sous la malléole interne. Les deux fils étant reliés à un stimulateur externe. Le seuil de stimulation est déterminé par la perception sensitive de la stimulation par le patient (fourmillement/contraction). Il ne faut pas dépasser l'intensité entraînant une stimulation du gros orteil. Les paramètres de stimulation habituellement utilisés sont : fréquence 10Hz, intensité 10 à 30mA, intervalles 200msec. (Les différents réglages sont disponibles sur le site internet du constructeur) (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Boîtier de neurostimulation du nerf tibial postérieur.




La stimulation est réalisée à domicile, par le patient lui-même, au rythme de 20 à 30minutes par jour durant au minimum trois mois. Le résultat clinique est évalué à l'issue de cette période. En cas d'amélioration significative la stimulation peut être poursuivie. La fréquence peut alors être adaptée au cas par cas en fonction du résultat (1 séance deux à trois fois par semaine).


Le principe est le parasitage par l'électrostimulation des informations nociceptives qui transitent au niveau de la moelle sacrée et viennent perturber la fonction vésicale. On agit alors par l'intermédiaire du nerf pudendal qui est relayé au niveau S2, S3, S4 soit par le nerf tibial postérieur dont l'émergence métamérique est à proximité du centre sacré mictionnel.


L'activation de la neurostimulation peut être réalisée par une infirmière spécialisée ou par l'urologue lui-même lors de la consultation.


Efficacité


Certaines études évaluant l'efficacité du TENS sur des critères urodynamiques ou symptomatologiques ont retrouvé une amélioration de l'hyperactivité vésicale dans plus de 50 % des cas que ce soit lors d'une hyperactivité vésicale idiopathique ou neurogène [4, 1, 2, 3], avec une amélioration de la capacité vésicale fonctionnelle, du nombre de pollakiurie, de fuites urinaires et d'après le score IPSS.


Après la phase de location (3 mois), 59,46 % des patients ayant des troubles vésico-sphinctériens d'origine neurologique ont acheté l'appareil afin de poursuivre ce traitement [2].


Conclusion


La neurostimulation du nerf tibial postérieur fait parti intégrante des thérapeutiques disponibles dans la prise en charge du syndrome douloureux pelvien, ainsi que de l'hyperactivité vésicale. Son efficacité ainsi que l'absence d'effets secondaires doit permettre son utilisation plus courante en pratique clinique. Il peut constituer un traitement efficace à lui seul, mais représente également un complément très utile à d'autres traitements pharmacologiques et/ou physiques.


Déclaration de liens d'intérêts


L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau I - Ordonnance type : TENS.
Location de l'appareil UROSTIM 2, référence : 96741806 pendant 3 mois 
Électrodes autocollantes 1 sachet 
Qsp 3 mois 
Faire chaque jour, une séance d'électrostimulation du nerf tibial postérieur, à la cheville droite, de préférence, une séance de 20minutes 




Références



Vandoninck V., Van Balken M.R., Finazzi Agro E., Pette F., Caltagirone C., et al. Posterior tibial nerve stimulation in the treatment of urge incontinence Neurourol Urodyn 2003 ;  22 : 17-23 [cross-ref]
Amarenco G., Ismael S.S., Even-Schneider A., et al. Urodynamic effect of acute transcutaneous posterior tibial nerve stimulation in overactive bladder J Urol 2003 ;  169 : 2210-2215 [cross-ref]
Kabay S.C., Kabay S., Yucel M., Ozden H. Acute urodynamic effects of percutaneous posterior tibial nerve stimulation on neurogenic detrusor overactivity in patients with Parkinson's disease Neurourol Urodyn 2009 ;  28 : 62-67 [cross-ref]
Krivoborodov G.G., Gekht A.B., Korshunova E.S. Tibial neuromodulation in the treatment of neurogenic detrusor hyperactivity in patients with Parkinson's disease Urologiia 2006 ;  4 : 3-6






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