Bilharziome testiculaire à Schistosomia haematobium  : à propos de deux observations

25 janvier 2014

Auteurs : C. Ze Ondo, A. Sarr, Y. Sow, I. Thiam, B. Fall, D. Sow, A. Thiam, B. Diao, P.A. Fall, G.W. Gaye, A.K. Ndoye, M. Ba, B.A. Diagne
Référence : Prog Urol, 2014, 1, 24, 67-69

Les bilharziomes sont des pseudotumeurs inflammatoires qui posent souvent le problème du diagnostic différentiel avec des processus néoplasiques. En utilisant les mots clés testicular et schistosomiasis , il n’existe que 14 cas de bilharziome testiculaire recensés sur PubMed. Les auteurs rapportent deux nouveaux cas, chez un enfant de sixans et un adulte de 38ans, colligés sur une période de cinqans. Dans les deux cas une orchidectomie a été réalisée et l’analyse histologique de la pièce opératoire avait permis de poser le diagnostic bilharziome testiculaire à Schistosomia haematobium . Les auteurs insistent sur la nécessité d’évoquer un bilharziome devant tout nodule testiculaire chez un sujet vivant en zone d’endémie.




 




Introduction


Les bilharzioses ou schistosomiases sont des affections parasitaires dues à des trématodes, vers plats, à sexes séparés, hématophages, vivant au stade adulte dans le système circulatoire des mammifères et évoluant au stade larvaire chez un mollusque d'eau douce. La pénétration du parasite se fait par voie transcutanée par un bain en eau douce et stagnante contaminée [1]. En zone endémique, le Schistosoma haematobium affecte plus fréquemment les voies urinaires et se manifeste volontiers par une hématurie. Plus rarement, la bilharziose se manifeste cliniquement sous forme de bilharziomes qui sont des pseudotumeurs inflammatoires. Les localisations testiculaires des bilharziomes sont rares et posent souvent le problème du diagnostic différentiel avec des processus néoplasiques [2, 3]. Les auteurs rapportent deux cas de bilharziome testiculaire et à travers ces observations et une revue de la littérature. Nous allons discuter des aspects diagnostiques, thérapeutiques et médicolégaux des bilharziomes testiculaires.


Observation 1


Y.S, enfant de sixans était amené en consultation, par ses parents, pour des douleurs inguinales droites intermittentes évoluant depuis deux mois. Il était originaire de la région du fleuve Sénégal et n'avait pas d'antécédents d'hématurie ; mais l'enfant avait signalé qu'il se baignait régulièrement dans le fleuve Sénégal.


À l'examen clinique, l'enfant avait un bon état général et était apyrétique. Le testicule droit était au fond de la bourse droite de taille et de consistance normale. Il existait une vacuité de la bourse gauche et la palpation de la région inguinale homolatérale permettait de mettre en évidence une masse arrondie, discrètement sensible, à surface irrégulière et de consistance dure.


Une exploration par voie inguinale avait permis de mettre en évidence un nodule blanchâtre du testicule gauche qui mesure 1cm de grand axe. Devant ce nodule, une orchidectomie a été réalisée. L'analyse histologique de la pièce opératoire avait permis de poser le diagnostic de bilharziome testiculaire à S. haematobium (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Bilharziome testiculaire à S. haematobium .




L'examen du culot urinaire était normal. Un traitement complémentaire à base de praziquantel (40mg/kg) a été administré. Afin de prévenir une reinfestation nous avons déconseillé à notre patient les baignades dans le fleuve Sénégal et après un suivi régulier de 24 mois l'enfant n'avait pas de signe clinique ou biologique d'une bilharziose.


Observation 2


B.F, patient de 38ans originaire de la zone sylviopastorale du Sénégal était venu consulter pour une grosse bourse droite, indolore évoluant depuis troisans. Dans ses antécédents il existait une notion d'hématurie terminale intermittente.


À l'examen clinique, il existait une masse intrascrotale, dure, irrégulière ; la masse n'était pas séparée du testicule par un sillon.


L'examen cytobactériologique des urines était stérile et l'échographie concluait à un nodule hypoéchogène bien limité de 3cm de grand axe.


Le dosage des marqueurs tumoraux (bêta-hCG, LDH, alphafÅ“toprotéine) était normal et l'intra-dermoréaction à la tuberculine était négative.


L'indication d'une orchidectomie par voie inguinale était posée. L'analyse de la pièce opératoire avait permis de mettre en évidence une fibrose collagène extensive et de nombreux granulomes inflammatoires épithélio-gigantocellulaires entourant des Å“ufs de S. haematobium facilement reconnaissables grâce à leur éperon terminal (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Granulomes épithélio-gigantocellulaires avec des Å“ufs de S. haematobium reconnaissables grâce à leur éperon terminal.




La cystoscopie était normale. Le patient avait reçu un traitement à base de praziquantel en une prise unique en raison de 40mg/kg.


Après un suivi régulier de quatreans il n'existait pas d'anomalie au niveau du testicule gauche.


Discussion


S. haematobium manifeste un tropisme électif pour le territoire mésentérique inférieur. La femelle pond ses Å“ufs à éperon terminal qui par effraction vasculaire provoquent des microsaignements expliquant ainsi l'hématurie [1]. Un certain nombre d'entre eux reste bloqué dans la paroi vésicale. Ils sont à l'origine d'une réaction inflammatoire : le granulome bilharzien ou bilharziome [1]. La localisation testiculaire est attribuée à la présence d'anastomose portocave entre les veines gonadiques et mésentériques [2].


Les bilharziomes testiculaires sont des lésions rares et posent souvent le problème du diagnostic différentiel avec des processus néoplasiques et sont souvent à l'origine d'une orchidectomie inutile [3]. La perte d'un organe pour une tumeur bénigne pourrait être le point de poursuites judiciaires.


Sur le plan échographique, le bilharziome testiculaire réalise typiquement une lésion nodulaire hypoéchogène bien limitée entourée de tissus hyperéchogènes [2]. Toutefois, tout nodule hypoéchogène doit être considéré comme malin, jusqu'à preuve du contraire, car c'est le signe radiologique le plus commun d'un cancer testiculaire [3]. L'IRM est plus sensible que l'échographie pour détecter des anomalies testiculaires, toutefois aucune technique d'imagerie ne peut différencier une tumeur bénigne d'une tumeur maligne ; seule l'histologie permet de faire la part des choses [4]. Connolly et al. [5] avaient réalisé une biopsie exérèse suivie d'un examen extemporané chez 80 patients qui avaient des tumeurs testiculaires primaires suspectes de malignité. Les critères d'inclusion étaient les patients qui avaient une tumeur inférieure à 5cm, des marqueurs tumoraux normaux et une absence de maladie métastatique. La valeur prédictive négative de la présence de tumeur maligne a été rapportée à 92,6 %. Cette étude prouve que le dogme de l'orchidectomie totale devant toute tumeur testiculaire doit être remis en question.


Un traitement conservateur des bilharziomes testiculaires est possible. Il consiste à une exérèse du nodule suivie d'une prescription de praziquantel en raison de 40mg/kg [2].


Conclusion


Il n'existe aucun signe clinique, biologique ou radiologique spécifique d'un bilharziome testiculaire ; d'où la nécessité devant tout nodule testiculaire, chez un sujet vivant en zone d'endémie, de penser à un bilharziome. Ce diagnostic serait d'autant plus évoqué qu'il existe une notion de baignade en eau douce ou d'hématurie.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Ross A.G.P., Bartley P.B., Sleigh A.C., et al. Schistosomiasis N Engl J Med 2002 ;  346 : 1212-1220 [cross-ref]
Lopes R.I., Lopes R.N., Leite K.R., Prando D. Testicular schistosomiasis simulating malignancy Lancet Infect Dis 2003 ;  3 (9) : 556 [inter-ref]
Lee F.T., Thornbury J.R. The urinary tract Essentials of radiologic imaging Philadelphia: Lippincott-Raven (1998). 
635-735
Thurnher S., Hricak H., Carroll P.R., et al. Imaging of the testis: comparison between MR imaging and US Radiology 1998 ;  167 : 631-636
Connolly S.S., D'Arcy F.T., Bredin H.C., et al. Value of frozen section analysis with suspected testicular malignancy Urology 2006 ;  67 : 162-165 [inter-ref]






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