Histoire de l'urologie

Histoire de l'Urologie

Histoire de SFU-SFG

Le temps des précurseurs

L’appareil urinaire et sa pathologie font l’objet de descriptions dans les textes que nous ont laissés les grandes civilisations de l’antiquité et les traités d’histoire de l’urologie datent les premières descriptions environ 4000 ans avant notre ère. La France était encore loin de faire parler d’elle !

Jean Casimir Felix GUYON est considéré par les urologues du monde entier comme le « père » de l’Urologie moderne. On a donc peut-être trop tendance à minimiser le rôle des grands précurseurs français qui ont, depuis le XIIIème siècle contribué à imaginer, délimiter, servir et développer notre spécialité.

Le premier document français écrit conservé concernant l’urologie est en latin : «  Carmina de urinarum judiciis » ou Poème des urines. Il a été écrit par Gilles de CORBEIL (Petrus Egidius Corboliensis) ( ?-1220), chanoine de Paris et premier médecin du roi Philippe Auguste (1165-1223). L’accent est mis sur la richesse des informations que peut apporter l’examen de l’urine. 

Guy de CHAULIAC (1298 ?-1368) est reconnu comme le père de la Chirurgie française. Né dans le Gévaudan, il exerce à Lyon puis à Avignon où il est médecin de 3 papes,… et de Laure de Noves. Il y rédige en 1343 un « inventorium sive collectorium partes chirurgicalis medicinae » qui place les maladies de l’appareil urinaire, dans les affections chirurgicales, puis, en 1363 « chirurgia magna ». Son célèbre « guidon de la pratique en chirurgie » restera pour les étudiants en chirurgie un livre de référence jusqu’au 18ème siècle.

Du 13ème au 17ème siècle la chirurgie va progressivement s’individualiser. La tâche était difficile car les chirurgiens n’étaient, au départ rien d’autre que des barbiers, c’est-à-dire des forains exerçant de ville en ville un travail manuel, marque de servage. Ils ne pouvaient en aucun cas appartenir au corps de l’université. Or la médecine commença à être officiellement enseignée en 1220 à Montpellier (alors que Montpellier n’était pas encore rattachée au royaume de France), en 1229 à Toulouse, et en 1274 à Paris, bien que Philippe Auguste eût créé dès 1215 la première université véritablement parisienne. Lorsque Robert de Sorbon fonde la Sorbonne, elle est surtout vouée aux études théologiques.
La chirurgie fut progressivement reconnue et la possibilité de disséquer des cadavres ouvrait la porte aux progrès de l’anatomie et de la pathologie chirurgicale.

 

Il faut attendre Ambroise PARÉ (1510-1590), chirurgien de quatre rois de France, très populaire dans toutes les couches sociales, pour qu’un chirurgien barbier qui ne savait pas le latin soit reconnu par les universitaires.
Des 10 livres de chirurgie d’Ambroise Paré, 3 sont consacrés à l’Urologie :

  • le livre VIII traite des chaudes-pisses
  • le livre IX traite des pierres
  • le livre X traite de la rétention d’urine

Enfin dans son XVIIIème livre est mise en place une approche de la sexologie.

Contemporain d’Ambroise Paré, le provençal Pierre FRANCO (1504-1578) est moins célèbre alors que sa contribution à la chirurgie et tout spécialement à l’urologie est considérable. Mais, protestant il avait du, un temps se réfugier à Lausanne en terre Vaudoise.

La France de Guy de Chauliac, d’Ambroise Paré, et de Pierre Franco montrait bien le chemin de l’individualisation de la spécialité chirurgicale dans la Médecine et confirmait la place de l’Urologie.
Mais il faudra attendre encore plus d’un siècle pour voir vraiment reconnaître la chirurgie et plus de deux siècles pour voir officialiser la place de l’Urologie.

Pendant ce temps de nombreux médecins et chirurgiens français vont œuvrer dans ce sens. Parmi eux :

  • François GIGOT DE LAPEYRONIE (1678-1747) une des gloires de la faculté de Montpellier. Chirurgien du roi Louis XV. L’académie de chirurgie fut créée en 1731 sur sa proposition.
  • Jean-Louis PETIT (1674-1750) considéré comme le plus complet des chirurgiens de son époque. Il est membre fondateur de l’académie de chirurgie.
  • François Auguste CHOPART (1743-1795) dont le traité des maladies des voies urinaires de 1792 rempli d’observations cliniques très détaillées est très didactique. Il forme avec Pierre Joseph DESAULT et l’Anglais John HUNTER un trio de médecins amis qui ont participé à la connaissance de l’appareil urinaire.
  • Xavier BICHAT (1771-1802) bien que peu concerné par l’urologie mérite d’être cité pour avoir, bien que mort à 30 ans largement participé à soustraire la médecine et la chirurgie de l’empirisme. (Il a publié les œuvres de son maître Desault.)
  • Guillaume DUPUYTREN (1777-1835), chirurgien de l’époque Napoléonienne, puis chirurgien des rois Louis XVIII et Charles X. Il donna, du fait de ses connaissances et d’une grande habileté, une place reconnue à la chirurgie et aux chirurgiens, mais son « ambitieuse vanité » l’empêcha de créer vraiment une école.

A la mort de DupuytrenFélix Guyon avait 4 ans, le père de l’urologie moderne était né.

 

 

 

 

La France et la pierre

 

Les pierres de la vessie ont été au cours des derniers millénaires une des maladies les plus courantes de l’homme et, si elles ont pratiquement disparu aujourd’hui, elles ont au cours des siècles eu une place très importante dans la chirurgie et ont contribué à individualiser la spécialité urologique.
L’opération de la taille existait dans l’antiquité mais était rejetée par Hippocrate (« je ne taillerai pas » figure dans son célèbre serment !) et, après lui par des siècles de savants médecins méprisant les barbiers !
Dans le domaine de la taille vésicale pour calculs, les français n’ont pas été de grands précurseurs mais ont été de très habiles praticiens améliorant les techniques acquises et ouvrant de nouvelles voies.

Le premier célèbre lithotomiste français est sans doute Germain COLLOT qui avait pratiqué en 1475 la première taille vésicale avec le grand appareil sur un archer de Meudon. Même si cette intervention a été mise en question, Germain Collot a eu une descendance prospère de lithotomiste… la dynastie des Collot. Laurent COLLOT, lithotomiste de l’Hôtel Dieu à Paris sera nommé en 1556 opérateur du roi pour la pierre alors que Ambroise Paré est en place comme chirurgien du roi (HenriII). Vont alors se succéder à l’Hôtel Dieu de Paris puis dans le faubourg Saint Antoine huit générations de Collot. Le dernier, Philippe François né en 1655 oeuvrera jusqu’à sa mort en 1706 mais le traité d’opération de la taille qui était attendu depuis longtemps ne sera publié qu’en 1727.

Pierre FRANCO (1502-1560) toujours en avance, fut le premier à réaliser (chez un enfant) une taille vésicale sus pubienne. Mais cette technique fut refusée après évaluation par Laurent Collot. Elle ne réapparaîtra que beaucoup plus tard. Il inventera aussi un instrument à quatre mors destiné à enlever les calculs par voie urethrale précurseur du traitement transurethral de la lithiase vésicale.

François TOLLET (1647-1724) chirurgien du roi Louis XIV a laissé un très didactique traité de la lithotomie. Il a contribué à faire entrer la taille vésicale dans une chirurgie « réglée ».

Jacques DE BEAULIEU dit FRERE JACQUES (1651-1714) obtint sa célébrité par la taille latérale qu’il considérait comme moins dangereuse. Le taux de mortalité n’était que (!) de 40%. Il parcourut l’Europe, souvent poussé plus loin par ses échecs mais resta toujours consciencieux et désintéressé.

Jean BASEILHAC dit FRERE COSME (1703-1783) inventa et perfectionna plusieurs instruments pour la lithotomie. Son nom reste attaché au « lithotome caché ».

Claude Nicolas LE CAT (1700-1768) le célèbre chirurgien de Rouen apporta à la technique et pourfendit celle de frère COSMEson rival dans son livre « parallèle de la taille latérale de Mr Le Cat avec celle du lithotome caché ». La « Préface historique » de ce livre mérite lecture, illustrant les rivalités chirurgicales et les risques de la médiatisation de leur art. 

La taille vésicale n’allait ensuite que peu progresser jusqu’à son extinction du fait de l’apparition de la chirurgie transurethrale des calculs : la lithotritie.

C’est à Jean CIVIALE (1792-1867) que revient le mérite d’avoir popularisé cette méthode avec son célèbre lithotriteur à archet, créant de ce fait la spécificité de l’urologie. Reconnu jeune, l’administration des hôpitaux, toujours intéressée, lui attribua contre finances quelques lits à l’hôpital Necker créant, de ce fait, à Paris, pour ce chef de service n’ayant passé aucun concours, l’Urologie hospitalière en 1824.

En fait, la paternité des instruments et des techniques est toujours difficile à affirmer. Il semble bien que Jean Jacques LEROY d’ETIOLLES (1798-1860) (inventeur par ailleurs de l’explorateur à boule) ait réalisé dans les mêmes années un lithotriteur très voisin sinon identique de celui de Civiale. Ces superbes appareils perforant, effritant, éclatant parfois les calculs, furent en fait rapidement concurrencés par les lithotriteurs broyeurs coinçant le calcul entre deux mors et attaqués de l’extérieur à coup de marteau mis au point par le baron Charles Louis HEURTELOUP (1793-1864) en 1832. Le marteau sera à son tour concurrencé par une vis à pression écrasant le calcul, invention due à Pierre Salomon SEGALAS d’ETCHEPARRE (1792-1875). Ces instruments, peu modifiés figurent encore à l’inventaire de nombreux services d’urologie français.

 

L’urologie française au 19ème siècle

 

Si le 19ème siècle a vu, encore, les urologues occuper le plus clair de leur temps à traiter des patients atteints de pierre vésicale, leur dynamisme inventif s’exerça, bien sûr, dans d’autres domaines. La fin du 19ème siècle a vu la description (sinon la pratique) par les chirurgiens européens et américains de la plupart des grandes interventions qui allaient marquer le 20ème siècle urologique.

Certains noms doivent être retenus :

Joseph Frederic CHARRIERE (1803-1876) dont l’échelle de filière de sondes numérotées en 1/3 de mm est universellement adoptée. Il est sans doute le seul français dont le nom soit passé à la postérité dans les pays anglo-saxon associé à l’adjectif « french ».

Auguste NELATON (1807-1873) a appliqué aux sondes urinaires la grande découverte que fut la vulcanisation du caoutchouc (1839) reléguant les sondes en gomme.

Pierre Jules BENIQUE (1809-1851) ancien élève de l’école polytechnique (promotion X 1827) inventeur des dilatateurs métalliques qui portent son nom.

Jean François REYBARD (1795-1853) après avoir été le premier à faire une résection colique pour cancer donna à l’urethrotomie souvent mal utilisée depuis des siècles, ses lettres de noblesse dans son livre « les rétrécissements du canal de l’urètre ».

Pierre Salomon SEGALAS d’ETCHEPARRE (1792-1875) est le père du premier cystoscope français qu’il appela spéculum uretrocystique en 1826. Cet appareil est dérivé du célèbre « lichtleiter » de Bozzini (1806). La lumière est fournie par deux bougies et est conduite vers la vessie grâce à des miroirs dont la disposition a été conçue avec l’aide du grand physicien contemporain de Segalas, Augustin FRESNEL (1788-1827.

Antoine Jean DESORMEAUX (1815-1894) était chef de service de chirurgie générale à l’hôpital Necker dès 1864. Il augmenta la visibilité du cystoscope en lui adaptant une lampe à mèche dont la lumière était concentrée par une lentille convergente.

Louis Auguste MERCIER (1811-1882) est l’inventeur de la sonde coudée en 1836 encore utilisée.

Jacques Gilles Thomas MAISONNEUVE (1809-1897) améliora l’uréthrotome en le munissant d’un guide.

Pierre François RAYER, Professeur de Médecine à l’hôpital de La charité et Saint Antoine fit des descriptions princeps de nombreuses uropathies contribuant à les définir et à les classer. Avec son « traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion rénale », il est considéré comme le père de la Néphrologie. 

 

Félix Guyon et la naissance de l’urologie moderne

 

Jean Casimir Félix GUYON est né le 21 juillet 1831 dans l’île de la Réunion d’un père breton chirurgien de la Marine et d’une mère créole par sa mère. Interne des hôpitaux de Nantes puis de Paris, il est professeur et chirurgien des hôpitaux à 30 ans. Il devient rapidement chef de service de la maternité.
En 1867, Civiale étant mort, les lits de Necker dévolus à la lithotritie attirent Félix Guyon. Il était surtout intéressé car on lui agrandissait son service en adjoignant des lits de chirurgie générale. Il était avant tout chirurgien. Il allait, à Necker donner toute sa mesure.

Guyon mérite le nom de père de l’Urologie moderne pour avoir d’emblée compris et mis en pratique que :

  • L’urologue est avant tout chirurgien.
  • Il n’y a pas de progrès en urologie sans recherche fondamentale et clinique ouverte à la multidisciplinarité.
  • La connaissance d’une spécialité implique une connaissance précise de l’anatomie et de la physiologie des organes dont elle a à traiter les anomalies et les pathologies.
  • L’enseignement de la spécialité doit faire l’objet de l’attention de tous (les Leçons cliniques de Guyon restent un modèle)
  • Les spécialistes d’une nation doivent se regrouper pour échanger. Il est à l’origine de la création de l’Association Française d’Urologie en 1896 dont il présida les congrès de 1896 à 1910
  • Les spécialistes des différentes nations du monde entier doivent se regrouper. Il est à l’origine de la création de l’Association Internationale d’Urologie en 1907 qui tint son premier congrès à Paris en 1908. Il en fut le président de 1907 à 1914. L’association devint en 1921 la Société Internationale d’Urologie.
  • Enfin pour développer un centre d’excellence et dynamiser une spécialité il faut attirer les meilleurs. Félix Guyon avait autour de lui les meilleurs, et, avant tous, Joaquin ALBARRAN (1860-1912).

Joaquin ALBARRAN, comme Guyon venait d’une île lointaine puisque né à Cuba. Comme Guyon sa mère était créole. Orphelin très tôt, il vint à Barcelone pour suivre des études exceptionnellement brillantes puisqu’il soutint sa thèse de doctorat en médecine le 27 septembre 1878. Il avait 18 ans. Considéré comme trop jeune pour exercer, il est envoyé à Paris. Ce jeune émigré, aussi beau qu’intelligent, brillant dans tous les domaines, apprend le français et profite au maximum de la vie parisienne.
Malgré cela il est nommé premier au concours de l’internat de Paris de 1883. Il termine son internat à Necker dans le service de Félix Guyon. Il y restera jusqu’en 1901.
Professeur agrégé en 1892, chirurgien des hôpitaux en 1893, il va largement participer auprès de Guyon à l’essor de l’Urologie. Il apparaît alors naturel à tous de le voir succéder à Guyon en 1906 à la tête de la chaire de clinique des maladies des voies urinaires de l’hôpital Necker. Atteint par la tuberculose, il n’aura malheureusement pas le temps de parfaire l’énorme travail commencé puisqu’il meurt en 1912 à 52 ans après une longue agonie.
Son œuvre est considérable dans tous les domaines de l’urologie dont il assure l’épanouissement : anatomie pathologique, physiologie rénale, bactériologie,
endoscopie, radiologie qui vient de naître. Le traité de médecine opératoire des voies urinaires est une somme de la chirurgie urologique que les urologues avisés consultent encore 100 ans après la première édition.
Si on ajoute à cette œuvre monumentale d’une courte vie, une passion pour la philosophie (Albarran était disciple d’Auguste Conte et adhérait au positivisme), on peut mesurer le talent de celui dont Fernand Vidal a dit : « Il était pourvu de tous les dons, et tous, il avait su les mettre en valeur. »

Il serait enfin injuste de ne pas associer aux deux fondateurs de la clinique urologique de Necker, Félix LEGUEU, successeur d’Albarran en 1912 qui dirigea avec rigueur et bienveillance jusqu’en 1933 la clinique de Necker où Georges MARION lui succédera. Félix LEGUEU avait fondé en 1919 la Société Française d’Urologie devenue en 2003 la Société Félix Guyon.

 

Le vingtième siècle

 

Le vingtième siècle urologique est marqué, en France comme dans nombreux pays du monde dit occidental, par deux phénomènes concommittents :

  • La multiplication des spécialistes : Dans le premier quart du 20ème siècle furent créés dans les grandes villes des services de chirurgie centrés sur l’urologie ou d’urologie exclusive, formateurs qui rendent compte de la possibilité d’extension de la spécialité (Pierre FABRE à Toulouse, Emile JEANBRAU à Montpellier, Jean ESCAT à Marseille, Victor ROCHET et Georges GAYET à LYON, Alfred POUSSON à BORDEAUX, Victor CARLIER à Lille, Victor PAUCHET à Amiens…). Il y avait environ 40 urologues en 1925 en France, moins de 150 en 1950 moins de 400 en 1975 (et qui n’étaient pas tous urologues exclusifs) enfin plus de 1000 urologues exclusifs dans les dernières années du siècle. La presque totalité des départements français disposait en 2000 d’urologues exclusifs bien formés (La majorité des départements disposant de plus de 5 urologues exclusifs).
  • La transformation de la spécialité du fait non seulement des progrès techniques mais aussi de modifications considérables dans la fréquence des pathologies traitées. Entre 1935 et 1940 la néphrectomie pour tuberculose représentait 50% des interventions pratiquées dans un hôpital parisien. Actuellement la chirurgie des cancers urologiques représentent 40% de l’activité.

Enfin le 20ème siècle urologique a été le siècle

  • de la magnifique conquête qu’a été la transplantation rénale où les français ont été des pionniers,
  • de la chirurgie réparatrice et restauratrice de la voie excrétrice urinaire. Là encore nombre de français dans ses conquérants et dans ses défenseurs.
  • de la prise en charge de la cancérologie urologique,
  • de l’explosion de la chirurgie endoscopique strictement urologique dans le premier quart du 20ème siècle et redevenue importante à la fin du siècle du fait de la diffusion de la chirurgie coelioscopique où, la encore les français se sont illustrés.
  • de l’élargissement du champ d’action de l’urologie : neuro-urologie, andrologie avec ses deux versants reproduction etsexualité etc…

 

 

La création de la SFU

 

Le 5 juillet 1916 alors que la bataille de Verdun fait rage, le professeur Félix Legueu adresse à l’ « élite » de l’urologie française la lettre suivante :

45 urologues français (30 parisiens et 15 provinciaux) reçoivent cette lettre et y répondront presque tous favorablement.
La première séance et la première assemblée générale ont lieu le 9 mars 1919 à l’hôpital Necker.
Le premier bureau est formé :

  • Président : Félix Legueu (Paris)
  • Vice-président : Victor Carlier (Lille)
  • Secrétaire général : Paul Noguès (Paris)
  • Secrétaires annuels : Edouard Papin (Paris) et Emile Pillet (Rouen)
  • Trésorier : Paul Ertzbischoff (Paris)
  • Archiviste : Henri Verliac (Paris)

Le règlement prévoit un nombre limité de membres titulaires : 30 parisiens et 15 provinciaux.
La liste des membres fondateurs comporte 27 parisiens et 12 « provinciaux », presque tous élèves de Necker.
Le règlement prévoit une séance mensuelle le deuxième lundi de chaque mois, à 17 heures précises à Paris, à l’hôpital Necker. Tout retard entraîne une amende de 5 f.
Le président fait lors de la première séance un discours enflammé.

 

L’urologie française en 1919

 

Comme tout en Europe, l’urologie sort de la guerre affaiblie et bouleversée :

  • 10 millions de morts et 8 millions de blessés parmi les combattants, 7 millions de morts parmi les civils
  • l’effondrement de 4 empires (allemand, austro-hongrois, ottoman, russe)
  • une révolution
  • un génocide
  • des frontières complètement redessinées
  • l’apparition ou la réapparition sur la carte d’Europe de 9 nouveaux pays

Cependant dans la plupart des grandes villes d’Europe ainsi qu’aux États-Unis, des départements consacrés à l’Urologie, ont été mis en place avant la guerre. Ils vont donc assez naturellement se reconstituer dès la fin des hostilités et reprendre plus ou moins rapidement une activité souvent importante.
En France, en 1919, Paris compte 5 services d’Urologie dont Necker dirigé par Félix Legueu, et un hôpital privé dédié uniquement à l’Urologie fondé par Cathelin en 1907, de nombreuses grandes villes sont pourvues de services hospitaliers puis universitaires d’Urologie depuis des années (Bordeaux 1884, Marseille 1895, Lyon 1906, Montpellier 1907, Lille 1908...)

Le paysage urologique français en 1919 est particulier :

Guyon a 88 ans et est, à juste titre, vénéré. S’il avait choisi en 1867 de reprendre au départ de Civiale la fondation Civiale, c’était plus par désir d’entreprendre à 36 ans, une grande tâche que par intérêt pour l’appareil urinaire, qui n’avait pas été, jusque là au centre de ses préoccupations. Il ne réalisait sans doute pas en 1867, qu’il allait devenir le modèle pour les urologues et son service, qui n’avait jamais été un vrai service de chirurgie du temps de Civiale, un modèle pour un vrai département d’Urologie. En 1919, les urologues français sont presque tous des élèves de Necker, ses élèves.

Albarran (1860-1912), est mort depuis 7 ans. Le plus brillant et le plus talentueux des élèves de Guyon était arrive à Necker comme interne en 1888, dans un service déjà renommé, mais qu’il allait largement contribuer, à faire devenir prestigieux. Collaborateur de Guyon à Necker de1888 à 1901, il avait été en 1906 au départ en retraite de Guyon, le successeur tout désigné pour conduire avec élégance et efficacité la clinique urologique de Necker jusqu’à sa mort en 1912 emporté à 52 ans, après une longue agonie, par la tuberculose contractée en se coupant lors de l’examen d’une pièce de néphrectomie.

Legueu est le chef incontesté de l’urologie française. Il est reconnu comme un grand chirurgien et un grand enseignant mais est plus austère, plus conservateur, moins brillant qu’Albarran. Arrivé à Necker comme interne en 1889, médaille d’or en 1890, il a été le collaborateur de Guyon jusqu’en 1904, année où il est allé à Tenon diriger un service de chirurgie qu’il a définitivement imprégné d’urologie. A la mort d’Albarran en 1912, il a pris tout naturellement la direction de la clinique urologique de Necker.

Mais 1919, c’est aussi une petite brèche dans l’hégémonie Neckerienne : Victor Rochet, premier titulaire de la chaire d’urologie de Lyon, créée pour lui en 1912, va assumer en 1919 la double présidence de l’association française d’urologie (Guyon était président de l’AFU depuis 1896) et de son 19ème congrès. Autre petite brèche, Georges Marion, qui n’est pas élève de Guyon, est devenu en 1908, le chef de service de l’hôpital Lariboisière où la fondation Civiale a été transférée en 1901. Marion, après Hartmann en a fait un centre de grande qualité où de nombreux jeunes urologues français et étrangers viennent apprendre les gestes de la chirurgie urologique que Marion maîtrise parfaitement.

La pathologie urologique en 1919

La fin du 19ème siècle a vu la médecine se transformer grâce à l’essor de la physiologie et de l’anatomie pathologique et à la compréhension des mécanismes physiopathologiques.

La pathologie urologique avait été cantonnée pendant des siècles au traitement des pierres de la vessie et à la pathologie uréthrale. À la fin du 18ème siècle, la pathologie de l’appareil urinaire et de l’appareil génital de l’homme avait commencé à être reconnue comme un ensemble, amenant à classer et à traiter les uropathies en fonction de leur cause. Le mérite de Guyon a été de comprendre que le chirurgien se devait d’élargir le champ de la chirurgie. Même s’il répugnait à se dire spécialiste, Guyon, avec Albarran, a fondé la spécialité urologique, en suivant 6 grands principes, à la base de la réussite de beaucoup de grandes entreprises :

  • travailler,
  • s’entourer des meilleurs dans la multidisciplinarité et les laisser s’exprimer sans interdits,
  • être convaincu qu’il n’y a pas de progrès sans recherche,
  • transmettre sans relâche le savoir à tous,
  • regrouper les spécialistes dans des associations ouvertes a tous,
  • enfin facteur difficile à contrôler, durer ; Guyon est resté à Necker de 1867 à 1906. Il faut du temps et de la détermination pour bâtir une cathédrale !

Ainsi en 1919 l’urologie avait connu ses 50 glorieuses. L’urologie était une spécialité à part entière exercée par des chirurgiens qui, dans le même temps qu’étaient explorées, classées les maladies, avaient décrit toutes les voies d’abord et presque toutes les interventions urologiques, qu’elles soient adaptées déjà à l’homme ou encore expérimentales chez l’animal et enfin avaient inventé l’endoscopie.

Preuve de cette individualisation : la parution dès 1914 du premier tome de l’encyclopédie française d’urologie qui en comportera 6 (les derniers tomes retardés par la guerre ne paraissent qu’en 1923) et est une somme des connaissances urologiques comportant aussi la description des principales interventions chirurgicales, y compris la transplantation rénale !

La fondation en 1919 de la SFU

La fondation en 1919 de la SFU, société fermée, élitiste, contraignante et très parisienne, peut apparaitre assez paradoxale dans une France qui rêve de souffler, et dans une spécialité en pleine expansion où la France est leader et dont les principales rivales (Vienne et Berlin) sont dans le groupe des vaincus. C’est sans doute pour « resserrer les rangs » d’un noyau dur de l’urologie autour de lui uni dans un patriotisme exacerbé que Legueu fonde la SFU. Il l’écrit dans son discours inaugural de la SFU : « ...beaucoup d’entre vous avaient déjà senti la nécessité d’un rapprochement plus intime devant la cohésion allemande. La guerre a rendu plus évidente cette nécessité, et il m’a suffi de vous donner un appel pour voir toutes les bonnes volontés se grouper et se cristalliser immédiatement autour d’un noyau central. » discours qui se terminait par ces mots : « nous sommes décidés, malgré la paix, à ne rien oublier, et tout contact est à jamais fini entre nous et ceux dont les crimes resteront dans l’histoire la honte de l’humanité » montrant son hostilité (qui sera durable) à toute idée de réconciliation.

Les urologues sont donc « réactionnaires » dans une France où émergent des idées nouvelles et où, chez les intellectuels, le non-conformisme est de rigueur :

  • En littérature, les morales traditionnelles fondées sur le devoir sont attaquées, l’absurde fait l’objet de la réflexion des philosophes mais aussi, le plaisir.
  • Dada, né au cœur de l’Europe, pendant la guerre, affiche un scepticisme tapageur vis-à-vis des valeurs admises mais va bouleverser les pratiques artistiques.
  • Alors qu’en Allemagne, W. Gropius fonde le bauhaus en 1919, Marcel Duchamp après avoir montre en 1917 sa « fontaine » que les urologues connaissent bien, met en 1919 des moustaches et un bouc à la Joconde et nomme son œuvre : LHOOQ
  • Le jazz, apporté en Europe par les soldats américains en 1917 est adopté par tous les milieux...la France subit la grippe espagnole mais danse le one-step et le charleston !

 

La SFU (SFG à partir de 2002) de 1919 à nos jour

 

Les chiffres traduisent un certain conservatisme, un immobilisme certain. La SFU a, quelque soit l’époque, toujours eu du mal à soulever les enthousiasmes urologiques bien que nous soyons nombreux à y être attachés

Les membres

  • 1919 - 1967 : 30 parisiens 15 provinciaux (en 1919 l’AFU compte 204 membres français : 90 parisiens et 114 provinciaux)
  • 1967 - 1971 : 30 parisiens 33 provinciaux
  • 1971 - 1978 : 70 titulaires 20 correspondants
  • 1978 - 2002 : 120 membres
  • 2002-…(SFG) : 120 membres + 50 étrangers

Les lieux de réunion

  • 1919 - 1967 : amphi d’urologie Necker
  • 1967 - 1970 : Cochin
  • 1970 - 2002 : Tournante dans les services parisiens et institution de la séance provinciale dont la première s’est tenue en mai 1968 à Montpellier.

Les séances

  • 1919 - 1968 : 2ème lundi du mois 17h00 (8 à 9 séances… réglementairement)
  • 1968 - 1982 : 3ème lundi (journée) 5 réunions à Paris et 1 en province
  • 1982 : 2 à Paris et 1 en province) (en fait le plus souvent 3+1)
  • 1988 : passage au vendredi
  • 2002 : 2 réunions parisiennes + 1 réunion provinciale

Les publications des présentations et des discussions

  • Bulletin SFU 1919 - 1940
  • Journal d’urologie 1940 - 1979
  • Annales d’urologie 1980 - 1994
  • Progrès en Urologie 1994 - 2002 (très irrégulièrement)

Le manque d’enthousiasme chronique pour la SFU se retrouve dans les propos de plusieurs présidents de la SFU à l’occasion de leur discours annuel (le discours du président a pratiquement disparu dans les années 90) : quelques exemples :

  • DOSSOT 1951 : « Votre société est restée ce qu’elle était, un club d’honnêtes gens qui aiment se réunir pour parler de leur passe temps favori, l’urologie. »
  • VIOLLET 1954 (ambigu) : « Vous êtes le Sénat de l’urologie »
  • LEROY 1955 : « La SFU serait-elle à l’agonie ? »
  • COUVELAIRE 1959 : « La SFU a l’allure d’un cercle, son charme aux dépens d’une noble charpente. »
  • BOUTEAU 1965 : Propose de réunir AFU et SFU

Les enthousiastes existent cependant parfois déterminants comme en 1968

  • GAYET 1968 : « Ces dernières années ont marqué un net déclin de notre société, beaucoup de nos séances étaient squelettiques, tant par la pauvreté des communications que par le peu de participants …
    …La fusion avec l’AFU proposée maintes fois n’est pas souhaitable tant sont différents les buts…
     »
  • GAYET 1969 : « On me prédisait que je serais le fossoyeur de la SFU, il était préférable de trouver une solution pour la ranimer »

La limitation du nombre des séances et la création d’une journée provinciale étaient une évolution nécessaire, qui est, oh combien appréciée chaque année depuis plus de 40 ans !

Ainsi la SFU créée par Legueu ressemblait plus à une académie d’urologie qu’à une société savante démocratique. L’espoir était de réunir l’élite des urologues français pour discuter et mettre en lumière les travaux de l’école française d’urologie.
Elle avait au départ des handicaps : son caractère fermé (qui aurait pu évoluer, mais n’a malheureusement toujours pas évolué) le nombre des séances et leur horaire qui limitaient la participation des « provinciaux », la cohabitation avec son aînée l’AFU qui avait aussi un président et un bureau faisant courir le risque de malentendus.

Tant que le père fondateur a été présent et très autoritairement actif dans la conduite des séances, la SFU n’a pas été contestée. Il est vrai que l’urologie vivait un peu sur ses lauriers et que les urologues passaient grande partie de leur temps à traiter la tuberculose urogénitale et les sténoses uréthrales. La seule grande avancée de cette époque venait d’Allemagne et d’Amérique : l’urographie intraveineuse.

Une preuve que le principe de fonctionnement de la société donnait satisfaction est la fondation de sociétés régionales : société française d’urologie du Sud-Est en 1933 (année du départ en retraite de Legueu) qui, sous le nom de SFG du Sud-Est reste en 2009 très active puis société du Sud-Ouest puis d’autres plus éphémères.

Puis vint la seconde guerre mondiale, interrompant de nombreuses activités académiques, y compris celles de la SFU. Les années 1950-1980 auraient pu être l’occasion d’une grande participation scientifique de la SFU. En effet avec l’apparition après la guerre, des antibiotiques et de la réanimation, cette période fut celle des exploits chirurgicaux en urologie. Les comptes rendus des séances en font état, mais les publications importantes sont faites ailleurs. La SFU souffrait aussi alors de la concurrence de journées de présentations et discussions organisées par plusieurs grandes équipes nationales et aussi de la création de clubs générationnels (de 20 à 30 membres) qui témoignaient cependant du dynamisme de la spécialité dans notre pays (le 1er club d’urologie fondé en 1974 à l’initiative de J. Cukier a fourni 14 présidents de congrès de l’AFU et le CUP, formé peu après, en a déjà fourni 8 !).

Les années 80 ont vu plusieurs éléments bouleverser notre spécialité, la lithotritie extracorporelle et la diffusion du PSA allaient conduire à une transformation de la pathologie et de la pratique urologique. L’intérêt de l’industrie pharmaceutique pour notre spécialité allait modifier rapidement les techniques et les lieux de la transmission du savoir. Le temps d’une société savante qui n’organise pas de grand congrès était révolu.

Heureusement, en France, l’Association française d’urologie a dans les années 80 trouvé un deuxième souffle qui a considérablement dynamisé l’urologie française puis francophone.

L’entrée dans le troisième millénaire justifiait une réflexion existentielle des membres de la SFU-SFG.

Le changement de nom de la société décidé en 2002 supprimait toute ambiguïté. La décision de limiter le nombre de séances annuelles à 2 semblait raisonnable. Les coupler avec les réunions de ceux qui ont en charge l’enseignement de l’urologie paraissait une bonne initiative et peut-être une sorte de retour aux sources.
Cependant, du fait de la diversification de l’urologie et de l’évolution vers des spécialisations dans la spécialité, force est de constater que les discussions fructueuses et enrichissantes se font et se feront au sein de groupes de la même sous spécialité.

La présentation de cas cliniques suivie de discussions transgénérationnelles qui avait été un attrait de la SFU ne justifiait sans doute plus, à l’ère de l’internet, des réunions d’une société nationale.

SFG 2011

La majorité des membres de la SFG réunis en assemblée générale en décembre 2011 ont décidé à une grande majorité de dissoudre la SFG. La SFG appartient donc, à partir de cette date à l’histoire de l’urologie française.