FACTEURS DE RISQUE DE REPRISE RETARDEE DE LA FONCTION DES TRANSPLANTS RENAUX LIES AU DONNEUR
But : La reprise retardée de la fonction (RRF) du transplant rénal, défini par la nécessité de dialyser le patient dans la première semaine suivant la transplantation rénale, est un facteur prédictif du devenir du rein transplanté. Afin de définir des facteurs de risque liés au donneur et associés à la survenue de RRF, nous avons étudié rétrospectivement les données cliniques, biologiques et histologiques des donneurs de 175 patients transplantés rénaux.
Matériel et méthode : Entre Novembre 1999 et Août 2002, 175 transplantations consécutives ont été réalisées dans notre centre à partir des reins de 138 donneurs différents. Nous avons distingué un groupe A de 122 (69,7%) receveurs sans RRF et un groupe B de 53 (30,3%) receveurs avec RRF dans les suites de la transplantation. Les données relatives aux donneurs ont été recueillies avec la feuille Cristal et le dossier du donneur accompagnant les reins prélevés. Les données dans le groupe avec RRF ont été comparées à celles du groupe sans RRF.
Résultats : Les donneurs du groupe B ont eu un index de masse corporelle (BMI) plus élevé (23,21 ± 2,88 kg/m2vs 24,52 ± 2,70 kg/m2 ; p = 0,01). Leur âge moyen était significativement plus élevé (44,1 ± 12,1 ans vs 36,7 ± 14,5 ans ; p = 0,003). Leur diurèse pendant les 3 dernières heures (DH 3h) a été plus faible (343 ± 239,4 cc vs 524,1 ± 428,3 cc ; p = 0,007), leur créatininémie plus élevée (119,9 ± 95,34 µmol/l vs 92,8 ± 42,8 µmol/l ; p = 0,01) et leur clairance de la créatinine plus faible (91 ± 40 ml/min. vs 112 ± 53 ml/min. ; p = 0,01). La durée moyenne de l’ischémie froide à été significativement plus longue dans le groupe B (24,55 ± 7,25 h vs 21,01 ± 5,95 h ; p = 0,0004). Les décès par AVC ont été plus fréquents dans le groupe B (39,5% vs 27,1%). Il n’y a pas eu de différence significative pour le taux d’emplois de drogues vaso-pressives, le taux de survenue de collapsus et la durée moyenne d’ischémie chaude entre les groupes. Le taux de biopsie du transplant sans anomalie histologique n’a pas été significativement différent (groupe A : 40,2% vs groupe B : 36,3%). La durée moyenne du coma a été plus longue chez les donneurs du groupe A (10,35 ± 3,12 h vs 8,96 ± 3,68 h ; p = 0,02).
Conclusion : Les RRF ont été plus fréquentes quand les donneurs ont été plus âgés, de BMI élevé et avec une fonction rénale altérée (exprimée par la diminution de la DH 3h, et la clairance de la créatinine et l’augmentation de la créatininémie). Il semble que ces reins avaient déjà une tubulopathie avant le prélèvement. Un AVC comme cause de décès du donneur a été aussi un facteur de risque de RRF. Nous recommandons une réanimation adaptée des donneurs et de réduire au maximum les durées d’ischémie froide des reins des donneurs ayant ces facteurs de risque.