Diurèse résiduelle : est-ce vraiment important avant la transplantation rénale ?
Objectifs. Les patients en insuffisance rénale terminale (IRT) ont souvent de longues périodes de dialyse, entrainant une oligoanurie et une atrophie vésicale. Notre objectif a été d’observer l’évolution clinique de la transplantation (Tx) rénale et les complications urologiques en fonction du volume de la diurèse résiduelle des receveurs.
Méthodes. Nous avons étudié rétrospectivement 276 patients en insuffisance rénale terminale qui ont eu une transplantation rénale entre janvier 2008 et décembre 2011. Tous les patients ont eu une mesure de la diurèse résiduelle lors du bilan prétransplantation (protéinurie des 24 h) qui a été réévaluée avant la transplantation. Les patients ont été classés en 2 groupes : les patients sans diurèse résiduelle (n = 72, groupe I), et ceux ayant conservé une diurèse résiduelle (n = 204, groupe II). Les patients ayant des antécédents de malformation des voies urinaires inférieures, traitée par dérivation transiléale ou entérocystoplastie ont été exclus.
Résultats. Le sex-ratio, l’âge lors de la Tx, le taux preTx d’anticorps anti-CMH, l’âge du donneur, l’ischémie froide n’étaient pas différents entre les deux groupes. Le temps de dialyse était plus long dans le groupe I (p < 0,001). Le temps de dialyse était corrélé au volume de diurèse résiduelle (r = 0,12, p < 0,0001). Nous avons observé 14 (19,4 %) complications urologiques dans le groupe I (11 fistules urinaires et 3 sténoses urétérales) et 13 (6,4 %) dans le groupe II (5 fistules urinaires et 8 sténoses urétérales). Cette différence était significative (p = 0,0013 et risque relatif = 2,2). L’absence de diurèse a été un facteur de risque de fistule urinaire après la transplantation rénale (p < 0,0001 : RR = 2,95). À 3 ans, la survie du greffon était de 74,7 % et 94,6 % respectivement dans le groupe I et II (p < 0,001).
Conclusion. Aucune étude n’a analysé auparavant les complications urologiques de la transplantation rénale en fonction de la diurèse résiduelle. Nous avons démontré ici que l’absence de diurèse est un facteur de risque majeur de complications urologiques et corrélé au temps passé en dialyse avant la transplantation. Il semble également avoir un impact sur la survie du greffon. La stratégie chirurgicale au cours de la transplantation rénale doit donc être choisi en tenant compte de la diurèse résiduelle du receveur.