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Débriefer les erreurs : une étape vers la fiabilisation des soins

A l’occasion de sa journée annuelle consacrée aux défis de l’erreur humaine en santé, le groupe Facteurs Humains en Santé met l’accent sur un élément majeur de la gestion des risques : le débriefing des événements indésirables associés aux soins.

Depuis 2019, le groupe Facteurs Humains en santé sensibilise les professionnels à l’importance des facteurs humains dans la pratique médicale quotidienne. Composé de soignants, d’experts en gestion des risques et de professionnels issus d’autres secteurs d’activité à risque (contrôleurs aériens, pilotes…), ce groupe partage de nombreux contenus destinés à promouvoir l’importance du fonctionnement humain et organisationnel dans la prise en charge des patients et à améliorer la qualité et la sécurité des soins.

Trouver un temps pour l’échange

Pour comprendre le mécanisme conduisant à l’erreur, le débriefing qui suit l’événement indésirable est une étape essentielle et incontournable. Il représente un temps de communication structuré qui doit se dérouler dans un lieu dédié où la parole est en sécurité. Cet échange-bilan se fait idéalement à chaud dans la continuité de l’action mais peut également être réalisé à distance, après la journée de travail ou dans le cadre d’une RMM. En fonction de l’événement à analyser, le débriefing implique la personne concernée accompagnée d’un professionnel expressément identifié ou également toute l’équipe. Véronique Normier-Calhoun, IADE et ergonome, conseille d’organiser cette réunion dans un délai court et proche de l’événement et de rassembler les professionnels dans un lieu protégé, loin des autres collègues, des patients et des familles. « La fréquence des débriefings est rare par rapport au nombre d’événements critiques, fait-elle remarquer. Les raisons invoquées sont le manque de temps, la charge de travail trop lourde, le fait d’être pris dans la continuité des soins ou l’absence de lieu pour réaliser le débriefing. Pourtant, 10 mn peuvent suffire pour débriefer à chaud une erreur ». Pour qu’il puisse décharger son émotion, le soignant impliqué dans l’erreur doit être aidé à verbaliser les faits. Dans son guide publié en 2016, la HAS propose que le débriefing soit animé par la cadre du service. Quel que soit le professionnel désigné, il est nécessaire de tenir compte du gradient de l’autorité et de s’assurer que le responsable en charge du processus est perçu comme une personne ressource capable de désamorcer les conflits, bienveillante, sans jugement et qui sache manifester de l’empathie. Le tout dans un climat de confiance.

La peur du jugement

Car le débriefing doit se faire dans un climat de sécurité psychologique, de bienveillance et d’écoute. La survenue d’une erreur s’accompagne en effet de conséquences importantes sur l’image que le professionnel de santé va développer de lui-même. L’impact psychologique de l’événement indésirable va se répercuter sur sa vie professionnelle et privée. Culpabilité, sentiment de honte, d’incompétence, perte de l’estime de soi entrainent des troubles anxieux, des troubles du sommeil et parfois même des abus de substances. Les soignants sont les deuxièmes victimes de l’erreur en santé et son impact peut toucher toute l’équipe. « La peur du jugement des collègues, une mauvaise expérience du débriefing, le manque de soutien de l’institution, le manque de formation au débriefing n’incitent pas à se soumettre à l’exercice », explique V. Normier-Calhoun. Responsable de la cellule CRM (Customer Relationship Management) à l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA) et pilote d’hélicoptère, Walter Riccardi reconnaît également qu’« il y a des freins psychologiques à se mettre à nu et à admettre ses erreurs devant le reste de l’équipe ». Pour être efficace, la discussion sera centrée sur les compétences, sur les éléments de réussite. Enfouir, minimiser l’événement ou rejeter la responsabilité empêchent la prise de conscience réelle de la situation et favorisent l’isolement du soignant. C’est une mauvaise stratégie motivée par la peur du jugement et qui peut mener à un syndrome post-traumatique. « Dans l’aéronautique où les débriefings sont systématisés depuis les années 80, c’est le responsable de mission qui guide le debrief. Il est le décisionnaire et doit avoir l’honnêteté de reconnaître que les erreurs sont possibles et assumer les décisions qui ont été prises. Le tout guidé par la volonté de s’améliorer, ce qui consolide l’unité de l’équipe et la confiance entre les membres de celle-ci. Tout ne se voit pas, tout ne se dit pas, tout ne se sait pas mais tout peut arriver », prévient le pilote d’hélicoptère.

Débriefer pour améliorer la pratique

Débriefer contribue incontestablement à réduire l’impact psychologique d’un événement, à se nourrir des erreurs et à développer des axes d’amélioration de la pratique. Porter un regard critique sur son activité est un gage de progression. Le collectif peut apprendre collectivement de l’erreur. Pour Antonia Blanié, anesthésiste et formatrice en simulation, le débriefing, facilité par la 3ème partie de la check list (après intervention), offre la possibilité de « transformer l’expérience de manière positive ». En gérant correctement les erreurs et leurs conséquences, avec l’implication de tous les acteurs, une culture positive peut être élaborée. W. Riccardi insiste également : « Débriefer l’accident est nécessaire quelle que soit l’action et cet échange doit impliquer tous les acteurs pour qu’ils progressent sur les points critiques ». Ce spécialiste nous explique que dans l’aéronautique et notamment chez les militaires, les débriefings « font partie prenante de l’activité dans le cycle de l’action. On débriefe les erreurs en mode routine ». Si ce débriefing est important pour les soignants il ne l’est pas moins pour les patients, premières victimes de l’erreur rappelons-le.

Vanessa Avrillon – Mai 2022

Pour en savoir plus :
Guide du débriefing de la HAS https://www.has-sante.fr/jcms/c_2657908/fr/briefing-et-debriefing

Crédit photo : AdobeStock