Valeur pronostique de la testostéronémie lors de l’hormonothérapie intermittente du cancer de la prostate

25 septembre 2019

Auteurs : A. Vallat, P. Pillot, C. Lebâcle, J. Irani
Référence : Prog Urol, 2019, 10, 29, 510-523
Introduction

Le traitement du cancer de la prostate (CaP) par suppression androgénique intermittente a été proposé dans le but de diminuer les effets secondaires tout en gardant un contrôle carcinologique équivalent à un traitement continu. Par ailleurs, des études ont suggéré que le pronostic du CaP traité par suppression androgénique était corrélé à l’importance de l’effondrement de la testostéronémie. Le but de cette étude était d’évaluer l’association entre la valeur de la testostéronémie en fin de première phase hors traitement (phase « OFF ») et le délai avant l’apparition d’une résistance à la castration.

Matériel et méthodes

Nous avons analysé de manière rétrospective 69 dossiers de patients sous traitement hormonal intermittent (THI). Le passage en phase OFF était proposé aux patients après au moins six mois d’hormonothérapie par analogue de la LH RH et un PSA<4ng/mL. La résistance à la castration était définie selon les recommandations de l’AFU. Trois groupes de patients ont été distingués en fonction de la valeur de la testostéronémie (T) à la fin de la première phase OFF : T<0,5ng/mL, 0,5<T<3,4ng/mL et T>3,4ng/mL. Les survies sans résistance à la castration, sans métastase et globale ont été comparées entre les groupes ainsi que la fréquence des complications. L’impact de la durée initiale d’hormonothérapie continue sur l’apparition d’une résistance à la castration et sur les paramètres chronologiques du THI a également été étudié.

Résultats

La testostéronémie à la fin de la première et de la 2e phase OFF n’était pas associée aux délais avant l’apparition d’une résistance à la castration (p = 0,5), la survenue de métastase (p = 0,4) et le décès (p = 0,3). Elle n’était pas associée à la fréquence des complications et des effets indésirables. La durée initiale d’hormonothérapie continue n’était pas associée à l’apparition d’une résistance à la castration (p = 0,6) ni à la durée moyenne des phases OFF (p = 0,5) et du traitement intermittent (p = 0,8).

Conclusion

Cette étude n’a pas montré d’impact de la valeur de la testostéronémie en fin de phase OFF (avant reprise de la suppression androgénique) sur les survies globales, sans résistance à la castration et sans métastase. De même, cette valeur n’était pas associée à la fréquence des complications liées au cancer ou à la suppression androgénique. La durée initiale d’hormonothérapie continue n’était pas associée à l’apparition d’une résistance à la castration ni aux paramètres chronologiques du THI.




 




Introduction


Les schémas d'hormonothérapie intermittente du cancer de la prostate (CaP) ont été établis dans l'idée d'améliorer les profils de tolérance tout en diminuant la pression de sélection sur les clones résistants à la castration. Il s'agit d'un enchaînement de phases de traitement (ON) et d'arrêt du traitement (OFF). Le traitement par hormonothérapie intermittente (THI) a été confirmé dans les indications appropriées par le Comité de cancérologie de l'Association française d'urologie dans ses recommandations de 2018-2020 [1] en se basant sur l'étude SWOG 9346 [2], 2 méta-analyses récentes [3, 4] et l'essai de phase 3 ICELAND [5]. Il en ressort toutefois un certain flou concernant les critères de reprise du traitement hormonal : « à l'apparition de symptômes ou d'un taux d'antigène spécifique de la prostate (PSA) supérieur à 10-20ng/mL chez le patient métastatique. ». Des modèles mathématiques d'apparition de résistance à la castration sous THI basés sur des paramètres cellulaires ont été développés [6, 7]. Il serait utile de définir des facteurs pronostiques utilisables en pratique clinique permettant de mieux piloter l'intermittence du traitement hormonal et de façon générale, d'identifier les patients qui seraient les meilleurs candidats au THI.


Des études visant à évaluer le temps nécessaire à la normalisation de la testostérone après une phase d'hormonothérapie ont été menées montrant des variations importantes interpatients [8, 9]. La testostérone apparaît donc comme une variable possiblement pronostique en raison de son implication dans la croissance tumorale et de ses variations importantes inter et intrapatient au cours du traitement intermittent. Il a par ailleurs été suggéré que la ré-ascension de testostéronémie au cours d'un traitement hormonal continu favorisait l'apparition de résistance à la castration [10].


L'objectif de cette étude était d'évaluer l'impact de la testostéronémie en fin de phase OFF sur l'évolution du cancer prostatique chez les patients sous THI.


Matériel et méthodes


Cette étude a été menée de manière rétrospective monocentrique en incluant tous les hommes diagnostiqués d'un cancer de prostate entre mai 1991 et juillet 2011 traités par suppression androgénique (agoniste de la LH RH) non continue. Le rythme des consultations de surveillance était semestriel avec examen clinique et bilan biologique comportant PSA, testostéronémie (T) et créatininémie. Le choix du traitement hormonal et du type d'intermittence dépendait du praticien, des recommandations en vigueur au moment de la prescription et du patient (ses souhaits et l'intensité des effets secondaires).


Le passage en hormonothérapie intermittente était proposé aux patients informés et après au moins six mois d'hormonothérapie bien conduite avec un PSA<4ng/mL, ou 1ng/mL chez les patients en récidive après un traitement à visée curative. La reprise de l'hormonothérapie était décidée en accord avec le patient soit de manière systématique (alternance fixes de semestres ON et OFF) soit lors de l'augmentation significative du PSA avec un seuil de PSA>10ng/mL.


La résistance à la castration était définie par une augmentation du PSA sur 3 dosages successifs - avec deux augmentations de 50 % au-dessus du nadir et PSA>2ng/mL - pendant la phase ON lorsque T < 0,5ng/mL ou par l'apparition de deux lésions osseuses scintigraphiques ou d'une progression mesurable selon les critères RECIST.


Les variations de T ont permis de définir trois groupes de patients à la fin de la première phase OFF : ceux restant castrés (T < 0,50ng/mL), ceux ayant une T supérieure au taux de castration mais inférieure à la normale (0,5ng/mL<T<3,4ng/mL) et ceux normalisant leur testostéronémie (T > 3,4ng/mL). Ces groupes ont été de même définis après la seconde phase OFF. Les progressions biologique, métastatique et la survie globale ont été calculées dans chaque groupe et comparées entre elles. L'analyse a été menée également en réduisant à deux le nombre de groupes comparés : soit castrés versus non castrés (T<0,5ng/mL vs T>0,5ng/mL), soit T normale vs T inférieure à la normale (T>ou=3,4ng/mL vs T<3,4ng/mL).


Le critère de jugement principal était l'évaluation d'une association entre la testostéronémie en fin de première phase OFF et le délai avant apparition d'une résistance à la castration. Les critères de jugement secondaires étaient :

l'influence de la testostéronémie en fin de deuxième phase OFF sur l'apparition d'une résistance à la castration ;
l'influence de la testostéronémie en fin de première et deuxième phase OFF sur la survie globale, la survie sans métastases et la survenue d'évènements cardiovasculaires ;
l'impact de la durée du traitement hormonal initial sur l'apparition d'une résistance à la castration, la durée moyenne des phases OFF et sur la durée du traitement intermittent.


Les analyses statistiques ont été menées avec le logiciel XLSTAT 2017 avec l'aide d'un ingénieur biostatisticien. Les différentes survies ont été calculées selon la méthode de Kaplan-Meier et comparées par le test du log-rank. Le test du Khi2 a été utilisé pour comparer les proportions de complications entre les différents groupes.


Résultats


Patients


Entre mai 1991 et septembre 2011, 87 dossiers de patients traités par hormonothérapie intermittente pour un CaP ont été extraits de la base de données du service. Nous avons exclu 18 dossiers : 13 étaient incomplets et 5 correspondaient à des patients qui avaient bénéficié in fine d'un traitement continu. Au total, 69 dossiers ont été analysés, comme représenté dans la Figure 1. La durée médiane de suivi était de 84 mois. Les caractéristiques des patients à l'inclusion sont résumées dans le Tableau 1.


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme d'inclusion et de répartition des patients selon les groupes de testostéronémie en fin de première phase OFF.




Caractéristiques carcinologiques


Parmi les 69 patients, 17 (24,6 %) ont présenté une résistance à la castration. La durée moyenne entre l'introduction de l'hormonothérapie et la résistance à la castration était de 59,6 mois. Parmi les 7 patients (10,1 %) qui ont présenté une évolution métastatique sous traitement, aucun n'a présenté de métastases viscérales. Le délai moyen avant l'apparition de métastase était de 67,3 mois. Les caractéristiques carcinologiques à l'inclusion sont résumées dans le Tableau 2.


Traitements


Parmi les 64 patients qui avaient bénéficié d'un traitement initial par agoniste de la LH-RH, 45 ont eu un blocage androgénique complet le 1er mois. Un patient a bénéficié d'un traitement par antagoniste de la LH-RH et 4 d'un traitement anti-androgène périphérique avant relai ultérieur par agoniste de la LH-RH. Les statistiques de l'intermittence sont reportées dans le Tableau 3.


Complications et effets secondaires


Vingt-trois patients ont présenté des effets indésirables potentiellement imputables au traitement hormonal (bouffées de chaleur, douleurs abdominales, ostéoporose, gynécomastie, évènements cardiovasculaires). Vingt-huit patients ont présenté des complications cliniques possiblement liées à l'évolution locale ou à distance de leur cancer (troubles fonctionnels urinaires, douleurs osseuses) qui sont reportées dans le Tableau 4.


Les caractéristiques des 3 groupes établis en fonction des valeurs de testostéronémie en fin de première et deuxième phases OFF ont été résumées dans les Tableau 5, Tableau 6. La tolérance à la suppression androgénique et/ou la fréquence des complications n'étaient pas significativement impactées par la testostéronémie (Tableau 7).


Fin de 1re phase OFF


Résistance à la castration


Après la première phase OFF, 18/69 patients avaient présenté une résistance à la castration. Les courbes de Kaplan-Meier comparant les survies en fonction des 3 groupes de testostéronémie tels que définis précédemment n'étaient pas significativement différentes (test du log rank ; p = 0,51) (Figure 2). L'analyse faite après regroupement des patients en 2 sous-groupes (castrés vs non castrés soit T<0,5ng/mL vs T>0,5ng/mL et testostéronémie normale vs inférieure à la normale soit T<3,4ng/mL vs T>3,4ng/mL, ne retrouvait pas non plus de différence significative (p = 0,75 et p = 0,27) (Figure 3, Figure 4).


Figure 2
Figure 2. 

Courbes de survie sans résistance à la castration (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 0,50 ng/mL vs 0,5 ng/mL < T < 3,4 ng/mL vs T > 3,4 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,51).




Figure 3
Figure 3. 

Courbes de survie sans résistance à la castration (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 0,5 ng/mL vs T > 0,5 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,75).




Figure 4
Figure 4. 

Courbes de survie sans résistance à la castration (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 3,4 ng/mL vs T > 3,4 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,27).




Mortalité globale


Au total, 39 décès ont été rapportés. La comparaison entre les 3 groupes en fonction de la testostéronémie ne retrouve pas de différence significative (log rank ; p = 0,35). (Figure 5) Même constatation en ramenant à 2 groupes, soit castré vs non-castré (T<0,5ng/mL vs T>0,5) soit T normale vs T inférieure à la normale (au seuil de 3,4ng/mL) (respectivement p = 0,73 et p = 0,32). (Figure 6, Figure 7).


Figure 5
Figure 5. 

Courbes de survie globale (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 0,50 ng/mL vs 0,5 ng/mL < T < 3,4 ng/mL vs T > 3,4 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,35).




Figure 6
Figure 6. 

Courbes de survie globale (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 0,5 ng/mL vs T > 0,5 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,73).




Figure 7
Figure 7. 

Courbes de survie globale (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 3,4 ng/mL vs T > 3,4 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,32).




Évolution métastatique


Sept patients ont présenté des méstastases osseuses. Là encore, il n'y avait pas de différence significative ni entre les 3 groupes (log rank ; p = 0,44) ni après avoir ramené à 2 groupes avec les seuils de 0,5ng/mL et 3,4ng/mL (p = 0,25 et p = 0,26 respectivement) (Figure 8, Figure 9, Figure 10).


Figure 8
Figure 8. 

Courbes de survie sans métastase (en mois) en fonction la testostéronémie (T < 0,50 ng/mL vs 0,5 ng/mL < T < 3,4 ng/mL vs T > 3,4 ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p = 0,44).




Figure 9
Figure 9. 

Courbes de survie sans métastase (en mois) en fonction la testostéronémie (T<0,5ng/mL vs T>0,5ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p =0,25).




Figure 10
Figure 10. 

Courbes de survie sans métastase (en mois) en fonction la testostéronémie (T<3,4ng/mL vs T>3,4ng/mL) en fin de première phase OFF. La différence entre les courbes n'est pas significative (Logrank ; p =0,26).




Fin de 2e phase OFF


Nous avons réitéré cette analyse en fin de deuxième phase OFF (soit à 24 mois pour 48 patients, à 30 mois pour 7 patients et à 36 mois pour 3 patients) avec un effectif de 58 patients restant (5 patients exclus de l'analyse pour résistance à la castration à 18 mois et 6 pour un suivi inférieur à 2 cycles d'intermittence). Treize patients ont présenté une résistance à la castration. Trente-trois décès ont été observés. Six patients ont présenté des métastases osseuses. Les mêmes analyses que celles effectuées à la fin de la 1re phase OFF ci-dessus n'ont pas retrouvé de différence de survie sans résistance à la castration, de survie globale ou de survie sans progression en fonction de la testostéronémie mesurée à la fin de la 2e phase OFF.


Impact de la durée d'hormonothérapie initiale


La durée d'hormonothérapie continue initiale ne semblait pas influencer l'apparition d'une résistance à la castration (p = 0,6), la durée moyenne des phases OFF (p = 0,5) ni la durée du traitement intermittent (p = 0,8).


Discussion


Le rôle pronostique de la testostéronémie en phase OFF d'un THI a été peu étudié. Kuo et al. [10] avaient évalué l'impact de l'intervalle avant réascension du PSA et de la testostéronémie sur la résistance à la castration lors de la première phase OFF d'un THI chez des patients ayant un cancer de prostate M0. Dans notre étude, nous nous sommes intéressés à la valeur de la testostéronémie à l'initiation de la nouvelle phase ON et son association potentielle avec la survie ainsi que les complications et la tolérance. Cette question n'avait pas été déjà évaluée à notre connaissance.


L'analyse de nos résultats était limitée par le caractère rétrospectif de l'étude. Les données manquantes qui en découlent nous avaient contraint à limiter l'étude à la 1re et 2e phase OFF. Par ailleurs le caractère peu précis de la cause du décès avait empêché une analyse fiable de la survie spécifique.


Etant donnée la variabilité des dosages au fil des années dans cette étude rétrospective, nous avons décidé de ne pas considérer la testostéronémie comme une variable continue pour l'analyse mais de distinguer 3 groupes (T normale, sous le seuil de castration ou entre les deux) ce qui permettait de mieux accommoder la variabilité inhérente à la méthodologie.


Les premiers patients de l'étude avaient débuté leur traitement en 1991. Les recommandations et les pratiques ayant constamment évolué depuis, certains patients n'auraient pas eu de suppression androgénique actuellement [11]. Cette stratégie a permis cependant d'augmenter la puissance et le recul global. Par ailleurs, au cours de l'étude, la méthode d'intermittence de l'hormonothérapie avait varié, ce qui reflétait les variations de la pratique sur les 3 dernières décennies. Les limites de cette étude étaient en rapport avec son caractère rétrospectif et sa durée. La population hétérogène était représentative de la pratique clinique au quotidien mais ne permettait pas de tirer de conclusion spécifique à un sous-groupe homogène.


Même actuellement, les durées d'interruption et de reprise de l'hormonothérapie restent hétérogènes, sans consensus franc. Cependant, le rôle de la testostéronémie s'est progressivement affirmé dans la stratégie de l'intermittence. Yoon et al. avaient mis en évidence la variabilité de la récupération d'une testostéronémie normale : dans leur étude, seulement 71,5 % des hommes qui avaient eu une suppression androgénique continue pendant 2 ans avaient atteint un chiffre normal de testostérone après arrêt du traitement hormonal mais ce, au bout d'un délai médian de 22,3 mois [9]. En fin de première phase OFF après un traitement hormonal initial de 6 mois, Tunn et al. observaient une normalisation de la testostéronémie dans 79,3 % des cas [12]. Dans l'étude de Mearini et al., la proportion était de 54 % [13] et dans notre étude seulement de 23 %. Cette variation substantielle qui est multifactorielle dépend du patient (en particulier l'âge) mais également de la durée de la phase ON et le délai entre l'arrêt de la suppression androgénique et la mesure de la testostéronémie.


Les modalités du THI n'ont jamais abouti à un consensus précis. La majorité des protocoles publiés se basent sur le chiffre de PSA avec un seuil variable d'arrêt et de reprise du traitement. Pourtant, étant données les variations interindividuelles substantielles de diminution et de réascension de la testostéronémie à l'initiation et à l'arrêt des injections d'analogues de la LH-RH, le pilotage du THI en fonction de la testostéronémie pourrait être une stratégie rationnelle. Mais là aussi, des interrogations persistent quant au caractère bénéfique ou délétère de la restimulation des récepteurs aux androgènes par un taux circulant normal de testostérone. Nous n'avons pas mis en évidence de modification de la survie, globale, sans métastase ou sans résistance à la castration en fonction de la testostéronémie à la fin de la 1re ou de la 2e phase OFF. Notre cohorte comprenait des patients encore castrés au moment de la reprise de la phase ON, des patients ayant normalisés leur testostéronémie et un 3e contingent de patients qui avaient un taux situé dans une zone grise entre la normale et la castration. Notre hypothèse qui était que le pronostic et la tolérance au traitement pouvaient être affectés par le statut androgénique du patient à la reprise de la phase ON n'a donc pas été vérifiée.


Dans le cadre du THI, plus le nombre de phases OFF augmente, plus la réascension de la testostéronémie devient lente et incomplète. Irani et al. [14] avaient montré dans leur étude randomisée cet « essoufflement » de la normalisation de la testostéronémie qui devenait substantiel à la 4e phase OFF. Nous n'avons pas retrouvé ce phénomène dans notre étude qui s'était limitée à l'analyse des 2 premières phases OFF.


L'étude prospective de Kuo et al. portant sur des hommes ayant un cancer de prostate M0 et traités par leuprolide pendant 9 mois avant le début de la phase OFF a évalué la cinétique de réascension du PSA et de la testostéronémie : si la survie sans apparition de résistance à la castration était associée à un délai plus long avant réascension du PSA, la cinétique de la testostérone n'avait pas d'impact indépendant [15].


Évènements indésirables


Les effets indésirables de la suppression androgénique sont documentés par de nombreux rapports. La diminution de leur fréquence et de leur intensité a été l'objectif principal du THI. Ceci a été montré effectivement par de nombreuses études qui ont mis en avant l'amélioration de la qualité de vie sous THI comparativement au traitement continu. Mais ceci était essentiellement en rapport avec la diminution des bouffées de chaleur et l'amélioration de la fonction sexuelle [16, 17]. L'amélioration globale de la qualité de vie et la diminution des effets indésirables n'avait pas été retrouvée dans des études d'une puissance et d'une méthodologie suffisantes [18].


Nous n'avons pas retrouvé de différence concernant les effets indésirables en fonction de la testostéronémie. Cependant, la faible puissance de notre étude ne permettait pas de tirer de conclusion ferme. La surfréquence des évènements cardiovasculaires et leur intensité restent cependant controversées dans la littérature [19, 20, 21, 22]. Même si le rôle bénéfique du THI dans le domaine cardiovasculaire a été montré par certains [23], dans l'ensemble il n'est pas clairement établi [18].


Conclusion


Nous n'avons pas retrouvé d'association entre la testostéronémie à la fin de la phase OFF et la survie : globale, sans métastase et sans apparition de résistance à la castration. Il n'y avait pas non plus d'association observée avec la fréquence des effets indésirables de la suppression androgénique. Même si le pilotage d'un THI par la testostéronémie plutôt que par le PSA garde un rationnel cohérent, nous n'avons pas retrouvé d'argument en faveur d'une amélioration potentielle de la survie et des effets secondaires. La durée d'hormonothérapie initiale n'était pas associée à l'apparition d'une résistance à la castration ni à la durée moyenne des phases OFF et du traitement intermittent.



☆  Niveau de preuve : 4.





Tableau 1 - Caractéristiques des patients à l'inclusion.
Caractéristiques  Effectifs  Moyenne  Médiane  Min  Max 
Âge au diagnostic (ans)     74,8  75,5  57  89 
Moins de 65  8 (11 %)         
65 à 75  27 (39 %)         
Plus de 75  34 (50 %)         
Taille (m)    1,68  1,68  1,55  1,85 
Poids (kg)    76,3  74  57  100 
IMC    25,9  25,8  20,5  34,6 
Facteurs de risque cardiovasculaires     2,34 
17 (25 %)         
23 (33 %)         
20 (29 %)         
6 (9 %)         
3 (4 %)         
Score OMS     0,25 
Clairance (ml/min)     69,9  75,5  19  121,9 
IPSS     7,2  19 
QDV a    2,22 



[a] 
Question qualité de vie associée à l'IPSS.


Tableau 2 - Caractéristiques carcinologiques à l'inclusion.
Caractéristiques  Effectifs  Moyenne  Médiane  Min  Max 
PSA au diagnostic            
< 10  17 (24,7 %)  56,07  24  2,3  500 
10 à 20  14 (20,3 %)         
> 20  38 (55 %)         
Score de Gleason     6,4 
≤6  32 (47 %)         
7 (3+4)  9 (13,3 %)         
           
7 (4+3)  6 (8,8 %)         
14 (20,6 %)         
7 (10,3 %)         
cT            
21 (30,4 %)         
32 (46,4 %)         
16 (23,2 %)         
N            
52 (75,3 %)         
14 (20,2 %)         
3 (4,5 %)         
M            
7 (10,1 %)         
54 (78,2 %)         
1b  8 (11,5 %)         
Traitement initial            
Chirurgie  7 (10,1 %)         
Radiothérapie  3 (4,3 %)         
Rattrapage   1 (1,4 %)         
Nadir PSA (ng /mL)     0,32  0,17  0,05 
Date au nadir (mois)     21,9  18  108 
Temps jusqu'à l'échappement (mois)     59,6  54  12  120 
Temps jusqu'à métastase (mois)     67,3  66  30  120 





Tableau 3 - Caractéristiques du traitement hormonal intermittent.
Caractéristiques  Effectifs  Moyenne  Médiane  Min  Max 
Durée de suivi (mois)     94  84  24  288 
Durée d'hormonothérapie initiale (mois)     20,7  12  240 
Durée d'hormonothérapie intermittente (mois)     65,7  48  72 
Dont phase ON (mois)    27  24  168 
Dont phase OFF (mois)    38,7  30  72 
Durée des phases ON (mois)     7,4  26 
Durée des phases OFF (mois)     8,9  48 
Nombre de phases ON     3,9  12 
Nombre de phases OFF     4,2  12 
Traitement hormonal            
Agoniste  63 (91,3 %)         
dont BAC initial  45 (65,2 %)         
Antagoniste  1 (1,4 %)         
Anti-androgène initial  5 (7,2 %)         
(puis relais analogue)  5 (7,2 %)         





Tableau 4 - Complications observées au cours du suivi des patients.
Complications  Effectifs 
Bouffées de chaleur   12 
Douleurs abdominales  
Ostéoporose  
Gynécomastie  
Déséquilibre du diabète  
Evènement cardiovasculaire   12 
Décompensation cardiaque 
Syndrome coronarien aigu 
AVC/AIT 
Embolie pulmonaire 
TUBA   24 
Rétentions  16 
RTUP 
Sondage à demeure 
Traitement médical 
Insuffisance rénale aigue 
Néphrotomies 
Douleurs osseuses  





Tableau 5 - Caractéristiques des patients selon les groupes de testostéronémie en fin de première phase OFF (M12).
  T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Effectif  33 (48 %)  20 (29 %)  16 (23 %) 
Âge au diagnostic moyen  74,8  75  73,75 
Clairance moyenne (ml/min)  81,8  60,5  72,9 
PSAi moyen (ng/mL)  77  44  25,7 
Nadir PSA moyen (ng/mL)  0,243  0,245  0,568 
Durée jusqu'au nadir de PSA (mois)  25,1  22,2  13,37 
FDRCV (médiane) 
Gleason       
< 14 (42,4 %)  12 (60 %)  7 (43,5 %) 
7 (21,2 %)  1 (5 %)  6 (37,5 %) 
7 (21,2 %)  3 (15 %)  3 (19 %) 
5 (15,2 %)  4 (20 %) 





Tableau 6 - Caractéristiques des patients selon les groupes de testostéronémie en fin de deuxième phase OFF (M24 à 36).
  T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Effectif  33 (56,9 %)  14 (24,1 %)  11 (19 %) 
Âge au diagnostic moyen  76,3  75,2  71,6 
Clairance moyenne (ml/min)  78,7  58,4  70,1 
PSAi moyen (ng/mL)  82  23,5  23,6 
Nadir PSA moyen (ng/mL)  0,251  0,219  0,63 
Durée jusqu'au nadir de PSA (mois)  24  23,5  14 
FDRCV (médiane) 
Gleason       
< 14 (42,4 %)  9 (64,2 %)  3 (27,3 %) 
8 (24,2 %)  2 (14,3 %)  5 (45,5 %) 
6 (18,2 %)  3 (21,5 %)  2 (18,2 %) 
5 (15,2 %)  1 (9 %) 





Tableau 7 - Analyse de la fréquence des complications selon la testostéronémie.
Complications du cancer   T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui  13 (40 %)  7 (35 %)  8 (50 %) 
Non  20 (60 %)  13 (65 %)  8 (50 %) 
    Indépendance  p =0,648 
  T<0,5ng/mL  T>0,5ng/mL   
Oui  13 (40 %)  15 (41 %)   
Non  20 (60 %)  21 (59 %)   
    Indépendance  p =0,848 
    T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui    20 (37 %)  8 (50 %) 
Non    33 (63 %)  8 (50 %) 
    Indépendance  p =0,381 
 
Effets secondaires de l'HT   T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui  10 (30 %)  5 (25 %)  8 (50 %) 
Non  23 (70 %)  15 (75 %)  8 (50 %) 
    Indépendance  p =0,251 
  T<0,5ng/mL  T>0,5ng/mL   
Oui  10 (30 %)  13 (36 %)   
Non  23 (70 %)  23 (64 %)   
    Indépendance  p =0,798 
    T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui    15 (28 %)  8 (50 %) 
Non    38 (71 %)  8 (50 %) 
    Indépendance  p =0,381 
 
Effets secondaires cardiovasculaires de l'HT   T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui  5 (15 %)  3 (15 %)  3 (19 %) 
Non  28 (85 %)  17 (85 %)  13 (81 %) 
    Indépendance  p =0,940 
  T<0,5ng/mL  T>0,5ng/mL   
Oui  5 (15 %)  6 (17 %)   
Non  28 (85 %)  30 (83 %)   
    Indépendance  p =0,875 
    T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui    8 (15 %)  3 (19 %) 
Non    45 (85 %)  13 (81 %) 
    Indépendance  p =0,726 
 
Bouffées de chaleur   T<0,5ng/mL  0,5<T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui  4 (15 %)  4 (15 %)  4 (19 %) 
Non  29 (85 %)  16 (85 %)  12 (81 %) 
    Indépendance  p =0,50 
  T<0,5ng/mL  T>0,5ng/mL   
Oui  4 (15 %)  8 (17 %)   
Non  29 (85 %)  28 (83 %)   
    Indépendance  p =0,27 
    T<3,4ng/mL  T>3,4ng/mL 
Oui    8 (15 %)  4 (19 %) 
Non    45 (85 %)  12 (81 %) 
    Indépendance  p =0,589 



Légende :
La comparaison a utilisé le test du Khi2.


Références



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