Une grande distance entre le domicile et l’hôpital ne contre-indique pas l’ambulatoire pour urétéroscopie en Guyane française

16 mai 2021

Auteurs : K. Adoumadji, C. Bras Da Silva, P. Vega Toro, P. Uk, P. Barre, V. Ravery
Référence : Prog Urol, 2021, 6, 31, 340-347
Introduction

La Guyane française mesure 83 500 km2 (équivalent à 1/6 du territoire métropolitain). Les communes sont distantes. L’urologie hospitalière n’existe qu’à Kourou. Ces particularismes ont mené à développer la chirurgie urologique ambulatoire, y compris pour des patients habitant loin du centre de référence. Nous rapportons notre expérience de l’ambulatoire pour urétéroscopie (URS).

Matériel

L’étude est rétrospective (2018–2019), et inclut 125 patients. Parmi ces patients, 19,2 % habitaient Kourou, 71,1 % à 40–100km de l’hôpital et 9,7 % à plus de 100km. Tous les patients ont été traités en ambulatoire pour un calcul (38,4 % en calice inférieur [CI]) par URS souple et/ou rigide. L’ambulatoire a aussi été proposé aux malades habitant loin avec les restrictions habituelles. Les complications, résultats et transformations d’ambulatoire en hospitalisation complète (HC) ont été étudiés.

Résultats

La taille des calculs était de 10,5mm (4–30), leur densité de 1030 UH (470–1700). Le taux de complications postopératoires était de 4 %. Il y a eu 90,4 % de patients sans fragments résiduels (85,4 % en CI). Un patient a été réadmis dans les 48heures pour lombalgies et 9 patients ont eu l’ambulatoire transformé en HC : 6 pour un horaire tardif et 3 pour une complication (fièvre et/ou douleurs). La distance domicile/hôpital n’était pas liée au taux de complications ou de passage en HC.

Conclusion

L’ambulatoire pour URS est possible sans complications supplémentaires chez des patients sélectionnés habitant à plus de 100km de l’hôpital grâce à une organisation spécifique et une bonne formation des soignants participant à l’aval chirurgical.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


La Guyane française (GF) est une région et un département d’outre-mer français situé en Amérique du Sud à un peu plus de 7000 kilomètres de sa métropole. Elle est frontalière du Brésil au sud-est et du Suriname à l’ouest. C’est le plus grand département français avec 86 504 km2 (1/6° de la France) : la forêt amazonienne couvre encore environ 95 % du territoire. Les communes sont éloignées (450km de Saint-Georges de l’Oyapock au sud-est à Saint-Laurent du Maroni au nord-ouest), administrant des lieux de vie souvent isolés. L’urologie hospitalière n’est représentée qu’à Kourou (4e commune du département avec une population de 25 868 habitants en 2014) avec une capacité de 10 lits de chirurgie conventionnelle et de 6 lits d’ambulatoire. Cayenne est à 60 kilomètres, Saint-Georges de l’Oyapock à 240 kilomètres et Saint-Laurent du Maroni à 190 kilomètres. La GF est un pays chaud et l’incidence des calculs urinaires y est élevée : ces maladies représentent 30 % des hospitalisations et de l’activité opératoire à l’hôpital de Kourou. Ces particularismes ont obligé à développer une offre de chirurgie urologique ambulatoire, notamment pour les urétéroscopies souples et rigides, y compris pour des patients habitant loin du centre de référence. Cela est rendu possible grâce à une organisation en réseau avec des médecins de ville habitués à gérer de façon autonome des soins urologiques parfois complexes, à une formation appropriée à l’aval postopératoire urologique des infirmières libérales, des urgentistes et des médecins généralistes, à une bonne structuration de la chirurgie ambulatoire à l’hôpital de Kourou, et enfin à une patientèle souvent bien entourée sur le plan familial et habituée à l’absence de structure médicochirurgicale de grande proximité. Alors que pour la Haute Autorité de santé (HAS) et certaines sociétés savantes [1], l’éloignement géographique (mieux défini en terme de temps de trajet entre le domicile et une structure de soins [distance de plus d’une heure] que de kilométrage) est une contre-indication relative à sa pratique, nous rapportons nos résultats de l’ambulatoire pour urétéroscopie (URS) pour calculs, dans un environnement géographique singulier a priori peu propice à cette pratique et pour des patients habitant loin et parfois à plus de 200km de l’hôpital et/ou dans des lieux isolés.


Matériel et méthodes


Cent vingt-cinq patients ont été rétrospectivement étudiés, tous ayant eu, entre janvier 2018 et juin 2020, un séjour ambulatoire pour une urétéroscopie rigide et/ou souple pour un calcul du haut appareil urinaire. Leurs caractéristiques sont précisées dans le Tableau 1.


Toutes les règles d’éligibilité à l’ambulatoire ont été respectées : comorbidités nulles ou légères (ASA 1 ou 2), accompagnant identifié, personne n’habitant pas seule le soir de l’intervention chirurgicale, remise de brochures d’information vis-à-vis de l’opération et de la conduite à tenir en cas de complications, appels de la veille et du lendemain, etc.


La sortie du malade a été chaque fois validée par le chirurgien et l’anesthésiste.


Le matériel utilisé était constitué de : vidéo-urétéroscope souple URF-V Olympus, urétéroscope semi-rigide Storz 9.5CH, laser YAG Dornier, Swisslithoclast 2, sondes uétérales à panier de type Segura ou Dormia. À noter qu’une gaine d’accès a été utilisée dans tous les cas d’urétéroscopie souple par protocole systématisé de service plus que par nécessité technique.


Le suivi médian après l’opération était de 12 mois (1–30 mois). Les données peropératoires ont été étudiées, notamment extraction versus fragmentation, source d’énergie de fragmentation (laser versus lithoclast), complications, entre autres.


Les taux de succès de l’opération («Â sans fragments résiduels ») et le succès global de l’ambulatoire sont rapportés, de même que les complications peropératoires (plaie urétérale par un tir laser) et postopératoires immédiates (fièvre et/ou hématurie macroscopique persistante). Le taux de conversion de l’ambulatoire en séjour à nuitée est également rapporté.


Le succès global de l’ambulatoire a été défini comme l’absence de nouvelle hospitalisation dans les 48heures et le respect de la typologie du séjour.


Une enquête de satisfaction de cette prise en charge ambulatoire a été menée prospectivement pour les 44 patients pouvant être joints facilement et parlant français en leur administrant par téléphone un questionnaire simple, mais non validé, leur demandant s’ils étaient satisfaits, très satisfaits, peu satisfaits ou insatisfaits et s’ils referaient la même prise en charge en cas de besoin.


Les résultats, les taux de conversion de l’ambulatoire et le degré de satisfaction de la prise en charge ont été systématiquement mis en parallèle avec la distance du lieu d’habitation avec l’hôpital. L’éloignement kilométrique du lieu d’habitation avec la structure ambulatoire a été retenu, car plus facilement modélisable que la durée du trajet très aléatoire selon l’état des pistes qui varie avec la saison (sèche/des pluies), l’état des fleuves rendant le trajet en pirogue aléatoire, les horaires des avions distribuant les communes éloignées et les conditions générales des routes en GF, etc.


Nous avons étudié les facteurs prédictifs potentiels de succès global de l’ambulatoire (absence de nouvelle hospitalisation dans les 48heures et respect de la typologie du séjour) : sexe, âge>ou<50 ans, index masse corporelle (IMC)>ou<25, score ASA 1 ou 2, nombre de calcul (1 ou plus), taille de calcul (<10mm ou plus), présence ou non d’une JJ préopératoire, geste uni ou bilatéral, utilisation ou non d’une gaine d’accès, type d’urétéroscopie (souple, rigide ou les deux combinées), emploi ou pas d’une sonde à panier pour extraire le calcul, durée opératoire<ou>à 1 heure, la survenue ou non d’un incident peropératoire et la pose d’une JJ postopératoire. Les bornes d’âge, d’IMC, de taille de calcul et durée opératoire sont celles les plus souvent utilisées dans les séries déjà publiées.


L’étude statistique est faite avec le test du Chi2 pour la comparaison des petits effectifs et le test est jugé statistiquement significatif lorsque le p est<0,05.


Résultats


Les données peropératoires sont rapportées dans le Tableau 2. Il y a eu presque autant d’URS rigides (57) que de souples (60). Une extraction en monobloc du calcul a été possible dans 20 % (25) des cas. En fin d’opération, une sonde CH 7 ou CH 4,8 a été posée dans 95,2 % des cas. Le Tableau 3 détaille les complications et les résultats. Une plaie de l’uretère occasionnée par un tir laser a été observée dans moins de 4,3 % des cas. Seuls 9 patients ont dû finalement rester dormir à l’hôpital, dont 6 pour une sortie tardive du bloc opératoire. Aucun parmi ces 6 n’habitait à plus de 100km du centre. Les 3 autres ont présenté une complication nécessitant un traitement et/ou une surveillance : une fièvre, une rétention aiguë d’urines et une lombalgie intense. Un seul patient a dû être réadmis dans les 48heures suivant sa sortie pour coliques néphrétiques. Cependant, 90,4 % des patients n’avaient plus de calculs en fin d’intervention et 85,4 % lorsque le calcul se situait en calice inférieur [CI]. Les résultats concernant les taux succès du traitement du/des calculs sont rapportés dans le Tableau 4. Le taux de succès global du séjour ambulatoire était de 92 % (115/125) : les 9 patients ayant eu l’ambulatoire transformé en hospitalisation complète (HC) et le patient réadmis dans les 48heures. Il n’y avait pas de corrélation entre le taux de succès global de l’ambulatoire et la distance domicile–hôpital. Il n’y avait, par exemple, aucune différence de succès global chez les patients habitant Kourou et sa région, à moins de 40km (22/24, 91,6 %) versus les patients habitant hors de la commune de Kourou à plus de 40km, (93/101, 92,1 %) (Tableau 5). Le taux de complications postopératoire n’était statistiquement pas corrélé non plus à la distance du domicile avec l’hôpital.


Enfin, tous les patients interrogés ont été satisfaits ou très satisfaits de leur prise en charge et aucun n’a eu de réticence à rentrer chez lui, y compris les 12 interrogés, habitant à plus de 100km de l’hôpital.


L’étude des facteurs prédictifs de succès global de l’ambulatoire a montré que seuls la durée opératoire prolongée au-delà d’une heure, la survenue d’un incident peropératoire tel une plaie urétérale, le traitement de plus d’un calcul et l’utilisation de l’urétéroscope souple étaient statistiquement corrélés au risque d’échec de l’ambulatoire (Tableau 6).


Discussion


Le sujet de l’ambulatoire dans un contexte géographique, qui ne le favorise pas et pour une opération chirurgicale qui n’est pas encore systématiquement proposée en séjour sans nuitée [2], est original. Cette prise en charge pour des patients habitant à plus de 100km du centre hospitalier et dans des lieux isolés, difficiles d’accès, n’a pas encore été décrite notamment en France.


L’objectif annoncé des tutelles est d’étendre la pratique de la chirurgie ambulatoire à 70 % des actes en 2022.


L’Association française de chirurgie ambulatoire (AFCA) publiait récemment le chiffre de 2017 [1] : 55,9 %, avec une inflexion récente de la courbe de progression. Dans notre étude, le nombre d’urétéroscopies faites en ambulatoire a beaucoup augmenté entre 2018 et 2019, pour atteindre 65 sur 112 réalisées, augmentation en partie due à l’arrivée en octobre 2018 dans l’effectif d’urologie d’un praticien (VR) ayant une expertise particulièrement importante de l’ambulatoire pour les urétéroscopies avec un transfert des patients de l’HC vers l’ambulatoire.


Le risque de complication survenant au domicile apparaît comme le frein principal au développement de cette pratique : en effet, les complications survenues après le départ du patient de la structure d’hospitalisation sont à l’origine de réclamations (chirurgie-ambulatoire-reclamations) au motif qu’elles auraient dû être dépistées avant la sortie ou qu’elles témoignent dans l’esprit du plaignant, d’une indication inappropriée.


Il convient pour les patients habitant le plus loin et qui ont un long trajet hôpital/domicile à faire pour rentrer, de les opérer le plus tôt possible afin que leur sortie soit validée en début d’après-midi. Cette précaution permet d’allonger le temps de surveillance médicale tout en permettant un retour à domicile à un horaire correct : la nuit tombe tout au long de l’année entre 18h30 et 18h45 en GF. Cette validation est faite sur les deux plans, chirurgical et anesthésique, toujours dans l’objectif de minimiser le risque de complications secondaires.


Dans notre étude, 70,4 % des patients ont une pose de JJ préalable à l’intervention ; ce pourcentage élevé s’explique par des habitudes de service. Il est prévu désormais prospectivement de ne mettre en place de JJ préalable qu’aux patients dont le morphotype laisse envisager l’étroitesse de l’uretère et à ceux qui auront un échec de positionnement de gaine d’accès.


Dans notre expérience, laisser une sonde JJ en fin de procédure limite le risque de lombalgies postopératoires liées à l’irritation du méat urétéral, même si cela oblige le patient à revenir en consultation pour le retrait avec un ECBU stérile. Pour éviter cette contrainte, il sera même prochainement proposé aux patients ne pouvant pas facilement revenir à l’hôpital de retirer la JJ eux-mêmes à domicile sous contrôle du médecin traitant, en tirant sur le fil de retrait en nylon, laissé apparent au méat urétral – pratique qui pourrait se révéler particulièrement utile en GF où il n’existe qu’une seule structure urologique hospitalière. Lorsque les patients pourront ou voudront se déplacer dans un centre de santé où il n’y a pas de fibroscope, il pourra être envisagé d’utiliser le système de JJ aimantée type Black Star [3] qui permet en facilitant le retrait, de s’exonérer d’une logistique trop importante.


Les facteurs prédictifs régulièrement retrouvés dans la littérature pour expliquer l’échec de l’ambulatoire pour urétéroscopie et la transformation en une HC sont : le sexe masculin, une procédure bilatérale (ce qui n’est le cas que pour 4 de nos patients), la prise d’anticoagulants et une durée opératoire prolongée [4, 5, 6, 7, 8, 9]. Dans notre étude, nous retrouvons en effet la durée opératoire comme facteur d’échec de l’ambulatoire, mais également si plus d’un calcul a été traité ou si un incident peropératoire est survenu.


Bien entendu, la technique opératoire doit être maîtrisée avec un plateau technique approprié et un environnement hospitalier dédié. À Kourou, le matériel est moderne et la chirurgie est faite par 4 urologues titulaires. Ces éléments sont importants, car on réduit ainsi le risque de complications postopératoires tout en optimisant les résultats, ce qui est validé dans notre série par la comparaison avec les données déjà publiées (Tableau 7) [17, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16]. En effet, notre taux de succès global du séjour ambulatoire se situe parmi les taux les plus performants : 92 % versus 88,7 % en moyenne dans les publications (77–96,1 %) (Tableau 7). Notre taux de patients sans fragments résiduels est dans la bonne moyenne des taux publiés : 90,4 % versus 84,7 % (69,5 %–94,2 %), même si cette comparaison peut être biaisée par la typologie des calculs traités.


Il n’y a, par contre, à Kourou pas de bloc opératoire dédié aux procédures ambulatoires qui doivent donc s’effectuer avant les interventions de chirurgie conventionnelle, ce qui est un frein au développement de ce type de séjour. Envisager l’ambulatoire, pour réaliser une urétéroscopie pour calcul urinaire chez des patients habitant loin de l’hôpital, nécessite le respect de règles strictes et un relais paramédical et médical (médecins de ville, urgentistes et infirmiers en proximité du lieu de vie) informé des procédures de recours. Les professionnels de santé devant assurer ce relais sont formés aux urgences urologiques et notamment postopératoires, grâce à l’organisation de réunions d’enseignement régulières et à la mise à disposition d’un document relatif à ces urgences, rédigé spécifiquement pour le contexte guyanais.


La sélection des patients doit éliminer ceux n’ayant pas un niveau de compréhension parfait de la procédure (limitation importante en GF où le français n’est pas la langue maternelle de plus d’un patient sur 2) ou présentant une ou des comorbidités significatives (filtre effectué lors de la consultation anesthésique préalable). Le patient doit avoir parfaitement compris lors de la consultation les avantages, enjeux et inconvénients de l’ambulatoire. Une brochure d’information de l’Association française d’urologie (AFU) lui est remise à cet effet.


Lorsque le patient est opéré tôt dans la matinée et que le service d’ambulance a bien été prévenu à l’avance pour assurer le retour à domicile, aucune annulation de sortie due à un problème logistique n’est observée.


L’ambulatoire a été et est encore fortement encouragé depuis la crise du COVID-19, car il permet d’adapter rapidement le programme opératoire au capacitaire et de faire courir le moins de risque infectieux, et notamment viral possible au malade hospitalisé. Les patients ont été informés au préalable de l’appel du lendemain systématique, notamment pour ceux qui habitent loin et/ou dans un lieu isolé, afin de maintenir le lien direct avec l’hôpital. Cette précaution n’empêche pas que, dans un certain nombre de cas, le patient soit injoignable. Un numéro de téléphone unique et un interlocuteur clairement identifié sont autant d’informations indispensables à donner aux malades lors de leur sortie.


Le risque postopératoire est toujours possible et tout malade opéré peut se compliquer. Ce qui est nouveau avec la chirurgie ambulatoire, c’est que le dépistage des premiers signes d’alarme est délégué au patient ou à son entourage, alors même que l’état du patient, toujours stressé et parfois incapable de réagir ou celui de l’accompagnant, ignorant de la chose médicale, les rendent parfois incapables de se comporter de façon appropriée. Il ne faut pas oublier que la justification première des hospitalisations prolongées d’autrefois était de dépister le plus tôt possible, immédiatement souvent, la complication en train de survenir, pour la traiter aussitôt.


Avec l’ambulatoire, il peut y avoir un délai, lié bien sûr à l’éloignement du patient, mais surtout à la délégation de tâches, délai qui peut être préjudiciable.


Ces complications vont imposer le retour dans la structure d’origine avec un délai moyen d’apparition des signes d’alarmes qui se situe au 5e jour, avec des extrêmes à 8jours, comme le rappellent la Haute Autorité de santé (HAS) et l’Agence nationale pour l’amélioration des pratiques (ANAP) dans leurs publications communes (chirurgie-ambulatoire-la-has-et-l-anap-publient-des-recommandations-et-des-outils-pour-l-organisation-des-etablissements-de-sante).


Les complications les plus graves surviennent dans les 48 premières heures (HAS–ANAP) après la pratique de la chirurgie ambulatoire, ce qui justifie que pour définir le taux de succès global de l’ambulatoire ce critère soit utilisé.


La HAS [1], dans ses recommandations de bonnes pratiques, identifie l’isolement géographique comme facteur de risque : en France, un trajet de plus d’une heure entre le secteur hospitalier et le domicile du patient ou une distance supérieure à 100 kilomètres restent une précaution classique à considérer avant de proposer un séjour ambulatoire. Une telle prise en charge proposée aux guyanais, dans un département aussi vaste que le Portugal avec des lieux de vie si distants, peut donc paraître déraisonnable, mais elle est rendue possible par des correspondants médicaux et paramédicaux de proximité motivés et par le tissu familial riche qui entoure le plus souvent les patients guyanais, tissu entretenu par l’isolement géographique qui pousse les familles, au-delà des habitudes domiennes, à consolider des liens forts, notamment pour soutenir les plus fragiles. Ce réseau est constitué de médecins de ville et d’urgentistes, répartis sur le département qui ont bénéficié d’une formation aux urgences urologiques postopératoires lors de séances de formation médicale en présentiel ou via un document spécifique distribué aux différents intervenants du parcours de soins urologiques. Dans les communes éloignées, le contact mail est privilégié lorsqu’il est possible et, dans le cas contraire, on donne le conseil de se rapprocher des soignants se trouvant dans le dispensaire le plus proche du domicile du patient et qui eux, disposent des facilités de contact pour joindre l’équipe d’urologie. Une attention particulière est apportée à la formation de ces équipes soignantes qui prennent en charge les populations les plus isolées, avec l’organisation de séances de formation qui tiennent compte des conditions locales du recours aux soins. Ce maillage territorial se complète peu à peu d’une meilleure formation des infirmières libérales aux complications potentielles des gestes urologiques effectués en ambulatoire. Un contact direct est pris avec une infirmière de proximité ou habituelle du malade, pour lui expliquer ce qui a été fait lors de l’opération et les points de surveillance particuliers.


Ces efforts consentis pour améliorer et sécuriser l’ambulatoire en GF semblent porter leurs fruits, puisque notre étude non exhaustive, néanmoins de satisfaction menée auprès de certains de nos malades, indique que tous les patients ont été satisfaits ou très satisfaits de leur prise en charge. Ceci reflète indirectement leur niveau d’adhésion à l’organisation de leur séjour hospitalier et leur confiance dans les mesures prises pour sécuriser leur retour rapide à domicile.


Conclusion


Nos résultats montrent que malgré une géographie peu favorable, des lieux d’habitation parfois très isolés et de grandes distances entre l’hôpital et le domicile des patients, la pratique de l’ambulatoire pour urétéroscopie pour calculs peut s’envisager avec de bons résultats, des taux de complications faibles et peu de transformations en HC. Il faut néanmoins garder à l’esprit que cela n’est possible qu’en respectant les critères d’éligibilité habituels, régulièrement rappelés par l’AFU et en ayant formé un réseau d’aval de soignants à proximité des lieux de vie, sécurisant la période postopératoire. Au-delà de l’appel du lendemain, il faudrait sans doute appeler les patients tous les jours, tant que le risque de complication existe et s’assurer de la réelle compétence de l’accompagnant, en délivrant par exemple un «Â passeport de l’accompagnant » à l’issue d’un véritable interrogatoire–consultation, susceptible d’apprécier ses capacités et de lui apprendre les signes d’alerte qu’il devra dépister. Nous souhaitons quand cela est possible développer cette pratique pour encore minimiser les risques de l’ambulatoire pour urétéroscopie dans notre environnement géographique si particulier. À la lumière des résultats de cette étude, il est désormais rappelé aux patients avant le geste chirurgical que le risque de transformation de l’ambulatoire en HC est plus élevé dès lors qu’il existe plus d’un calcul à traiter, que la durée opératoire est longue et/ou qu’il survient un incident peropératoire, autant d’informations qui complètent utilement les données du consentement éclairé soumis à l’approbation des malades.


Déclaration de liens d’intérêts


Les auteursdéclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques préopératoires des 125 patients étudiés.
Effectif (n  
2020  22 (17,6 %) 
2019  65 (52 %) 
2018  38 (30,4 %) 
Sexe   
Femmes  46 (36,8 %) 
Hommes  79 (63,2 %) 
Sex-ratio  1,7 
Âge moyen (an)  46,7 (18–81) 
Provenance   
0–40km  24 (19) 
40–100km  89 (71) 
>100km  12 (9) 
IMC moyen  28 (17,9–45) 
ASA   
70 (56 %) 
55 (44 %) 
Taille du calcul (mm)  10,5 (4–30) 
Densité (UH)  1030 (470–1700) 
Nombre de calculs traités   
101 (80,8 %) 
2 ou plus  24 (19,2 %) 
Nombre total  152 
JJ préopératoire   
Oui  88 (70,4 %) 
Non  37 (29,6 %) 





Tableau 2 - Caractéristiques peropératoires des 125 patients étudiés.
Côté concerné   
Droite  50 (40 %) 
Gauche  71 (56,8 %) 
Bilatéral  4 (3,2 %) 
Type URS   
Rigide  57 (45,6 %) 
Souple  60 (48 %) 
Rigide+souple  8 (6,4 %) 
Emploi gaine d’accès   
Oui  68 (54,4 %) 
Non  57 (45,6 %) 
Geste   
Fragmentation  10 (8 %) 
Extraction  25 (20 %) 
Fragmentation+extraction  84 (67,2 %) 
Calcul introuvable  6 (4,8 %) 
Source d’énergie   
Laser  69 (55,2 %) 
Lithoclast  23 (18,4 %) 
Laser+lithoclast  2 (1,6 %) 
Pose de JJ   
Oui  119 (95,2 %) 
Non  6 (4,8 %) 
Complications peropératoire  8 (6,4 %) 
Plaie urétérale  5 (4 %) 
Durée opératoire (mn)  53 (3–130) 





Tableau 3 - Complications postopératoires, conversions en hospitalisation complète et résultats.
  (%) 
Conversion ambulatoire/HC [1 9 (7,2) 
Cause 1 : complications postopératoires  3 (2,4) 
Cause 2 : fin de procédure tardive  6 (4,8) 
Réadmission dans les 48H  1 (0,8) 
Complications postopératoires  5 (4) 
CN [2]/Douleur (Clavien I)  3 (2,4) 
Fièvre/PNA[3] (Clavien II)  1 (0,8) 
RAU [4] (Clavien II)  1 (0,8) 
Résultats   
Succès global ambulatoire  115 (92) 
Sans fragments résiduels  113 (90,4) 
Satisfaction patient   
Très satisfait  26/44 (59,1) 
Satisfait  18/44 (40,9) 
OUI si geste à refaire  44/44 (100) 



Légende :
HC : hospitalisation complète ; CN : coliques néphrétiques ; PNA : pyélonéphrite aiguë ; RAU : rétention aiguë d’urines.



Tableau 4 - Résultats du traitement du ou des calcul(s) en fonction de la localisation.
Localisation calcul  n (%)  % sans fragments résiduels (%) 
Calice supérieur  12/152 (7,8)  11/12 (91,6) 
Calice moyen  14/152 (9,2)  13/14 (92,8) 
Calice inférieur  48/152 (38,4)  42/48 (85,4) 
Pyélon  15/152 (9,8)  10/15 (66,7) 
Uretère lombaire  33/152 (21,7)  32/33 (97) 
Uretère pelvien  30/152 (19,7)  29/30 (96,7) 





Tableau 5 - Taux de succès global de l’ambulatoire et complications postopératoires en fonction de la distance domicile–hôpital.
Distance [Km]  n (%)  Succès ambulatoire (%)  Avec complications postopératoires (%)  Sans complications postopératoires (%)   
[0–40]  24 (19,2)  22/24 (91,6)  2/24 (8,3)  22/24 (91,7)  p =0,23 
[40–100]  89 (71,1)  82/89 (92,1)  2/89 (2,2)  87/89 (97,8) 
[100–200]  12 (9,7)  11/12 (91,6)  1/12 (8,3)  11/12 (91) 
Total  125 (100)  115/125 (92)  5/125 (4)  120/125 (96) 





Tableau 6 - Facteurs prédictifs de succès global de l’ambulatoire.
  Échec ambulatoire n =10 (%)  Succès ambulatoire n =115 (%)  Valeur de p  
Sexe       
Homme  8 (10,1)  71 (89,9)  0,24 
Femme  2 (4,3)  44 (95,6)   
Âge (années)       
≤50  4 (5,5)  69 (94,5)  0,19 
>50  6 (11,5)  46 (89,5)   
IMC (Kg/m2      
≤25  1 (4,8)  20 (95,2)   
>25  9 (8,7)  95 (91,3)  0,54 
ASA       
4 (5,7)  66 (94,3)  0,28 
6 (10,9)  49 (90,1)   
Nombre de calculs       
5 (5)  95 (95)  0,01 
2 ou plus  5 (20)  20 (80)   
Taille de calculs (mm)       
≤10  4 (5)  76 (95)  0,1 
>10  6 (13,3)  41 (86,7)   
JJ préopératoire       
Oui  9 (10,2)  78 (89,8)  0,85 
Non  1 (1,13)  36 (98,87)   
Côté (nombre)       
Unilatéral  9 (7,4)  112 (92,6)  0,2 
Bilatéral  1 (25)  3 (75)   
Gaine d’accès       
Oui  7 (10,3)  62 (89,7)  0,3 
Non  3 (5,3)  54 (94,7)   
Type URS       
Rigide  1 (1,8)  56 (98)  0,03 
Rigide+souple  2 (25)  6 (75)   
Souple  7 (11,7)  51 (88,3)   
Emploi de sonde à panier       
Oui  9 (8,2)  100 (91,8)  0,79 
Non  1 (6,3)  15 (92,7)   
Durée opératoire (mn)       
≤60 mn  2 (2,7)  69 (97,3)  0,01 
>60 mn  8 (15,1)  46 (84,9)   
Incidents/accidents peropératoire       
Oui  2 (25)  6 (75)  0,01 
Non  8 (6,8)  109 (93,2)   
JJ postopératoire       
Oui  9 (7,6)  110 (92,4)  0,4 
Non  1 (16,7)  5 (83,3)   





Tableau 7 - Données déjà publiées, comparées à celles de l’étude.
Auteurs  Effectif  Taille des calculs  Durée opératoire (min)  Taux succès global (%)  Ambu en HC (%)  Réadmission dans les 48h (%)  Complications postopératoires (%)  Sans fragments résiduels (%) 
E. Bosquet et al. [10 174  14,2  64,2  94,8      3,4  69,5 
A. Oitchayomi et al. [11 100  10,1  58,2  92  72 
A. Ghosh et al. [12 544  14  46  77    94,2 
N. Abid et al. [13 44    91  4,5  4,5  4,5  82 
EJ. Bromwich et al. [14 64  7,6    91    96 
HJ. Tan et al. [15 1798      96,1    3,9  3,9   
K. Tiwari et al. [16 232  5 à 18    85,44  14,44  14,44  14,44  93,9 
J. Kirkegard et al. [17 178    53  82        85 
K. Adoumandji et al.  125  10,5  53 (3–130)  92  7,2  0,8  90,4 




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