Transplantation rénale pédiatrique

25 novembre 2016

Auteurs : L. Badet, X. Matillon, R. Codas, M.-O. Timsit, R. Thuret, F. Kleinclauss, D. Demede
Référence : Prog Urol, 2016, 15, 26, 1045-1052

Objectif

Faire une mise au point des indications, des différentes stratégies chirurgicales et des résultats de la transplantation rénale pédiatrique.

Matériel et méthodes

Une recherche bibliographique exhaustive à partir de Medline (www.ncbi.nlm.nih.gov/) et Embase (www.embase.com/) a été réalisée en utilisant les mots clés (MeSH) suivants seuls ou en combinaison : « transplantation rénale », « pédiatrie », « spécificité », « résultats ». Les articles obtenus ont ensuite été sélectionnés sur leur méthodologie, leur langue de publication (anglais/français), leur pertinence par rapport au sujet traité et leur date de publication. Seules les études prospectives et rétrospectives en anglais et en français, articles de revue, de méta-analyse ou de recommandations ont été sélectionnés (2608 articles). Après sélection en fonction du titre et du résumé, 18 articles ont été analysés et inclus.

Résultats

La transplantation rénale est reconnue comme le traitement de référence dans la prise en charge de l’insuffisance rénale terminale chez l’enfant. Il s’agit d’une procédure chirurgicale bien codifiée dont les principes de bases reposent sur un abord retropéritonéal lorsque le poids de l’enfant et la taille du rein à greffer le permettent, ou transpéritonéal par voie médiane pour les enfants de poids inférieur à 15 kg ou lorsque le rein à transplanter est trop gros pour être positionné dans la fosse iliaque. Les anastomoses vasculaires veineuses et artérielles se font habituellement sur l’axe iliaque primitif ou externe lorsque la transplantation est en fosse iliaque, et sur la veine cave inférieure et l’aorte lorsque l’abord est médian transpéritonéal. Le rétablissement de la continuité urinaire utilise le plus souvent une réimplantation urétérovésicale de type extravésicale selon la technique de Campos Freire. Néanmoins, les conditions anatomiques, en particulier vasculaires (thrombose de l’axe ilio-cave) rencontrées chez le receveur, peuvent amener à modifier la stratégie de transplantation.

Conclusion

Pour les équipes entraînées aux sutures vasculaires et aux techniques d’anastomoses microchirurgicales, les échecs techniques ne sont pas supérieurs à ceux rapportés chez l’adulte. La survie des greffons a considérablement augmentée pour être supérieure aujourd’hui à celle observée chez l’adulte au prix d’un traitement immunosuppresseur de même nature que celui utilisé chez les adultes. Les complications virales sont fréquentes et le lymphome post-transplantation reste une des principales causes de mortalité chez les enfants. L’adolescence est marquée par des problèmes de compliance au traitement immunosuppresseur et s’accompagne d’une augmentation significative de pertes de greffons.

   
 
 

 

 

Introduction

Comme chez l'adulte, la transplantation rénale doit aujourd'hui être considérée comme le traitement de choix de l'insuffisance rénale chronique terminale de l'enfant et être réalisée, autant que peut se faire, de manière préemptive puisqu'elle constitue le traitement le mieux adapté au développement physique et psychomoteur de l'enfant [1

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Il existe cependant des spécificités étiologiques, immunologiques, techniques, physiologiques et métaboliques qui font qu'en matière de transplantation rénale, l'enfant ne peut être considéré comme un petit adulte.

 

Matériel et méthodes

Une recherche bibliographique exhaustive à partir de Medline (www.ncbi.nlm.nih.gov/) et Embase (www.embase.com/) a été réalisée en utilisant les mots clés suivants seuls ou en combinaison : « transplantation rénale », « pédiatrie », « spécificité », « résultats ». Les articles obtenus ont ensuite été sélectionnés sur leur méthodologie, leur langue de publication (anglais/français), leur pertinence par rapport au sujet traité et leur date de publication. Seules les études prospectives et rétrospectives en anglais et en français, articles de revue, de méta-analyse ou de recommandations ont été sélectionnés (2608 articles). Après sélection en fonction du titre et du résumé, 18 articles ont été analysés et inclus.

 

Spécificités étiologiques

Une des différences avec les adultes réside dans l'origine de l'insuffisance rénale chronique terminale puisque les maladies congénitales et héréditaires telles que la dysplasie rénale, les uropathies congénitales (obstructive et de reflux) constituent les principales causes de maladie rénale chronique [2

Cliquez ici pour aller à la section Références] alors qu'elles représentent moins de 10 % des causes d'entrée en dialyse chez l'adulte.

 

Spécificités immunologiques

Le système immunitaire des enfants va profondément se modifier de la naissance jusqu'à l'âge adulte. L'évolution est marquée par l'acquisition d'un système immunocompétent capable en particulier de reconnaître les éléments du non soi (allo-antigènes) portés par le greffon au moment de la transplantation. Cette reconnaissance se fait essentiellement par les lymphocytes T qui vont passer d'un état naïf où ils ne sont pas activés à un état mémoire après contact avec des allo-antigènes [3

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Le traitement immunosuppresseur utilisé chez les enfants est de même nature que celui utilisé chez l'adulte [4

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Préparation à la transplantation

La préparation de l'enfant à la transplantation est essentielle et elle fait partie à part entière de la stratégie technique ; elle doit permettre, en particulier de corriger les uropathies lorsque existe un dysfonctionnement du bas appareil urinaire (agrandissement vésical, dérivation,...) [6

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Cliquez ici pour aller à la section Références]. Il est quelquefois nécessaire de réaliser avant ou au moment de la transplantation une néphrectomie des reins propres. Les indications les plus fréquentes sont : la polyurie, les syndromes néphrotiques sévères qui exposent à une thrombose veineuse des greffons, les protéinuries massives qui s'accompagnent de perte protéique difficilement contrôlable, les maladies néphrologiques pour lesquelles la survenue d'une protéinurie constitue un signe de récidive de la maladie initiale, certaines mutations génétiques qui exposent à un risque de tumeur rénale (mutation WT1 notamment).

La perméabilité de l'axe iliaque et de l'axe cave sera systématiquement vérifiée avant la greffe par echo-doppler couleur et/ou une IRM dans la mesure où le taux de thrombose ilio-cave chez l'enfant est significativement supérieur à celui de l'adulte et que sa découverte va en partie conditionner la stratégie chirurgicale [1

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La préparation vaccinale des enfants qui doivent bénéficier d'une transplantation revêt une importance fondamentale puisque l'enfance expose particulièrement aux pathologies infectieuses d'adaptation. Il est important de vacciner les enfants précocement pour limiter le risque infectieux mais également parce que de nombreuses vaccinations ne pourront plus être réalisées sous traitement immunosuppresseur lorsque l'enfant aura été transplanté.

 

Spécificité concernant l'attribution des greffons

Les enfants bénéficient jusqu'à l'âge de 18ans d'une priorité dite pédiatrique qui fait que tous les reins provenant de donneur âgé de moins de 30ans sont prioritairement attribués aux enfants en France. Ceci a pour conséquence de diminuer considérablement le temps d'attente des enfants par rapport aux adultes puisque celui-ci est habituellement de moins d'une année à partir du moment où les enfants ont été inscrits sur la liste d'attente.

 

Spécificités techniques

La différence de taille entre les vaisseaux du donneur et ceux du receveur est historiquement responsable d'un taux de thrombose plus élevé chez l'enfant que chez l'adulte, particulièrement lorsqu'un rein de petit donneur est attribué à un petit receveur [8

Cliquez ici pour aller à la section Références] ; les reins provenant de donneurs dont le poids est inférieur à 10kg sont habituellement prélevés en bloc et plutôt transplantés en bloc chez l'adulte avec d'excellents résultats fonctionnels [9

Cliquez ici pour aller à la section Références] ; cependant, la maîtrise des techniques d'anastomoses vasculaires selon les principes de la microchirurgie a permis de ramener le taux des complications thrombotiques dans les valeurs de celui rencontré chez l'adulte. Dès que l'enfant fait plus de 7kg, il est possible de placer un rein adulte dans la cavité abdominale sans que cela ne pose habituellement de problème de place [10

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Cette situation qui s'accompagne d'un très haut débit de filtration glomérulaire peut cependant constituer une difficulté pour diagnostiquer, par exemple, un rejet aigu de façon précoce puisque la fonction rénale ne se modifiera que très peu.

Sur le plan technique, la greffe de rein pédiatrique est habituellement une procédure chirurgicale bien codifiée. Le greffon rénal est le plus souvent placé dans la fosse iliaque par un abord électif rétropéritonéal lorsque la taille de l'enfant et la taille du greffon le permettent. Lorsque le poids de l'enfant est inférieur à 15kg et/ou lorsqu'il existe une incongruence entre la taille du rein et celle de l'enfant, il est préférable de réaliser la greffe par voie médiane transpéritonéale pour aborder la veine cave inférieure (VCI) et l'aorte. Certaines équipes abordent les gros vaisseaux par une voie extrapéritonéale élargie mais le positionnement du rein, en particulier lorsqu'il est volumineux, peut conduire à ouvrir le péritoine et placer le rein dans la cavité abdominale si l'espace retropéritonéal est trop contraint.

La voie iliaque retropéritonéale conduit le plus souvent à implanter le pédicule rénal sur l'axe iliaque primitif ou externe alors qu'une voie médiane transpéritonéale amène habituellement à utiliser la VCI et l'aorte. La dissection de l'axe iliaque s'accompagne assez souvent d'un spasme artériel qui peut être très important et qui peut être levé par l'utilisation de vasodilatateurs de contact tels que la papavérine. Afin de limiter l'apparition des spasmes, les vaisseaux ne doivent pas être saisis lors de la dissection. S'agissant d'anastomoses vasculaires réalisées chez l'enfant, le potentiel de croissance ostiale doit être respecté, ce qui conduit à réaliser les anastomoses vasculaires soit avec du fil à résorption lente de type PDS, soit à effectuer ces anastomoses au fil non résorbable mais à points séparés sur au moins une hémicirconférence.

Lorsque la transplantation est réalisée par voie intrapéritonéale, plusieurs points techniques doivent être considérés avec une attention particulière :

lorsque le rein est placé sous un rein droit natif trop volumineux, une néphrectomie du rein droit peut s'avérer nécessaire ;
avant de réaliser les anastomoses vasculaires, le rein est placé dans la fosse lombaire et la veine rénale est recoupée au plus court pour ne pas présenter de plicature lorsque le rein sera dans sa loge ;
l'artère est habituellement placée à la face antérolatérale droite de l'aorte entre l'artère mésentérique inférieure et la bifurcation aortique. Là encore, si l'artère est trop longue, il peut s'avérer nécessaire de la recouper et de réaliser alors une anastomose terminolatérale sans patch. Une petite artériectomie aortique, idéalement au « puncher » est alors effectuée pour diminuer le risque de sténose anastomotique ;
bien que placé en arrière du côlon droit, le rein s'avère beaucoup plus mobile lorsque la greffe est conduite par voie intrapéritonéale. Cela peut conduire à fixer le rein afin d'éviter une bascule de celui-ci et une plicature vasculaire. Il faut anticiper la nécessité d'une fixation du rein et laisser de la graisse périrénale autour du rein qui permettra cette fixation.

Dans de rares cas où la VCI et/ou les veines iliaques ne sont pas perméables, soit qu'il s'agisse d'une anomalie congénitale (agénésie) ou d'une anomalie acquise (thrombose sur cathéter, cavectomie, hypercoagulabilité, filtre cave,...), les sites d'implantation vasculaires habituels peuvent ne pas être utilisables [11

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Le choix du type d'anastomose vasculaire à effectuer va alors dépendre de l'étendue de la thrombose, de l'importance et du type de réseau collatéral mais aussi des contraintes liées à la voie d'abord qui a été choisie pour la greffe, de la taille du greffon et de la longueur de l'uretère du greffon. On comprend que le diagnostic de thrombose ou d'agénésie du réseau profond doit à tout prix être établi avant la greffe afin que soit choisie la stratégie chirurgicale optimale et donc, la meilleure voie d'abord possible pour permettre cette stratégie.

Lorsque le diagnostic est porté avant l'intervention, la voie d'abord choisie va dépendre des données radiologiques mais la prudence doit inciter à utiliser une voie médiane transpéritonéale à cheval sur l'ombilic qui offre toutes les possibilités d'anastomoses veineuses systémiques ou portes et cela d'autant plus que l'enfant est petit. Il est cependant possible d'utiliser une voie extrapéritonéale lorsqu'un diagnostic de thrombose de la VCI avait été établi avant la greffe et qu'il existe un flux de la veine iliaque externe normal à l'echo-doppler. Quelques auteurs préconisent une mesure de la pression veineuse au site d'implantation de l'anastomose veineuse avec ou sans veinographie avant de réaliser la greffe afin de ne pas dériver l'effluent veineux du rein dans un système dont la pression serait trop élevée. Nous ne réalisons pas de notre part ces mesures puisque aucune donnée clinique n'a clairement établi la valeur limite de pression veineuse au-delà de laquelle le rein ne doit pas être transplanté.

Lorsque par voie iliaque, la veine iliaque externe, la veine iliaque primitive et la racine de la VCI ne sont pas perméables, il faut rechercher si le réseau collatéral est suffisamment développé pour recevoir l'anastomose veineuse, ce qui est souvent le cas lorsqu'il s'agit d'une obstruction ancienne. Cependant, dans cette situation, le réseau veineux est très souvent fragile, ce qui rend la réalisation de la suture veineuse techniquement difficile. Lorsque la circulation collatérale ne permet pas la réalisation de l'anastomose veineuse, l'incision iliaque droite sera élargie vers le haut afin d'essayer de s'implanter en terminolatéral sur VCI en zone de bonne perméabilité, l'anastomose artérielle pouvant alors être réalisée sur l'artère iliaque primitive si la longueur du pédicule et la position du rein le permette ou directement sur l'aorte si l'anastomose se fait juste sous le foie (Figure 1). Dans de rares circonstances, une partie du pédicule rénal du receveur peut être utilisé pour réaliser une greffe orthotopique avec une anastomose terminoterminale de la veine rénale, l'artère étant anastomosée le plus souvent à l'artère splénique (Figure 2) ou à l'aorte (Figure 3) puisque même après dilatation, l'artère rénale du receveur reste toujours trop grêle pour être utilisée.

 
Figure 1
Figure 1. 

Atrésie de la VCI sous-rénale avec anastomose veineuse à la partie immédiatement sous-hépatique de la VCI et anastomose artérielle directement sur l'aorte (d'après Pirenne) [11

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Figure 2
Figure 2. 

Transplantation rénale orthotopique gauche avec anastomose veineuse terminoterminale entre la veine rénale gauche du receveur et la veine rénale du greffon. Anastomose artérielle terminoterminale entre l'artère splénique et l'artère rénale. Rétablissement de la voie excrétrice par anastomose pyélo-urétérale (d'après Gil-Vernet) [11

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Figure 3
Figure 3. 

Anastomose veineuse terminoterminale entre la veine rénale gauche du receveur et la veine rénale du greffon. Anastomose artérielle terminolatérale entre l'artère rénale et l'aorte rénale. Rétablissement de la voie excrétrice par anastomose urétéro-urétérale (d'après Mozes) [11

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Il est enfin possible de court-circuiter une thrombose de la VCI en utilisant un greffon rénal prélevé avec tout l'axe ilio-cave sous-rénal, et implanté tête-bêche en fosse iliaque droite, l'artère étant anastomosée aux vaisseaux iliaques et la veine iliaque du donneur à la partie haute de la VCI (Figure 4). Lorsque le réseau cave est totalement inutilisable, le système porte peut être utilisé pour dériver l'effluent veineux du greffon rénal. Différentes techniques de dérivation porte ont été rapportées :

implantation de la veine rénale directement dans la veine porte ;
implantation de la veine rénale en terminolatérale sur la veine mésentérique inférieure du receveur (Figure 5) et de l'artère rénale sur l'aorte juste au-dessus de la bifurcation iliaque, rein positionné à droite ;
implantation de la veine rénale du greffon dans la veine splénique du receveur en terminolatéral et de l'artère rénale sur l'aorte, rein positionné à gauche (Figure 6) ;
implantation de la veine et de l'artère rénale du greffon dans la veine et l'artère splénique du receveur en terminoterminale, rein en position orthotopique à gauche ;
implantation de la veine rénale du greffon dans la veine mésentérique supérieure du receveur en terminolatérale, rein en position orthotopique.

 
Figure 4
Figure 4. 

Atrésie de la VCI sous-rénale. Transplantation rénale utilisant un greffon prélevé avec tout l'axe ilio-cave du donneur. Le rein est implanté tête-bêche en fosse iliaque droite, l'artère étant anastomosée aux vaisseaux iliaques et la veine iliaque du donneur à la partie haute de la VCI. Rétablissement de la continuité urinaire par anastomose urétérovésicale (d'après Gibel) [11

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Figure 5
Figure 5. 

Thrombose complète de la VCI. Drainage veineux portal du greffon. Implantation de la veine rénale en terminolatéral sur la veine mésentérique inférieure du receveur et de l'artère rénale sur l'aorte juste au-dessus de la bifurcation iliaque, rein positionné à droite (d'après Rosenthal [15

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Figure 6
Figure 6. 

Thrombose complète de la VCI. Drainage veineux portal du greffon. Implantation de la veine rénale en terminolatéral sur la veine splénique du receveur et de l'artère rénale sur l'aorte au-dessus de la bifurcation iliaque, rein positionné à gauche [D'après Shapira (18)].

La stratégie de reconstruction de l'appareil urinaire va dépendre de la position du rein, de la longueur de l'uretère du greffon, de la taille du receveur et de la présence ou non des uretères propres. D'une façon générale, les uropathies du haut appareil (reflux vésico-urétéral, méga-uretère...) limiteront l'utilisation de la voie excrétrice native pour le rétablissement de la continuité urinaire et une réimplantation de l'uretère du donneur sur la vessie du receveur en utilisant une technique de réimplantation extravésicale de type Campos Freire. Si l'uretère du greffon est trop court, une vessie psoïque et un recours à une réimplantation de type Leadbetter seront nécessaires. Cependant, lorsque le rein est positionné haut dans la cavité abdominale, l'anastomose pyélo-urétérale utilisant l'uretère propre pourra être préférée si elle est possible pour limiter les risques de sténose ischémique et de fistule de l'uretère du greffon.

 

Résultats des greffes pédiatriques

Les résultats de la greffe pédiatrique se sont considérablement améliorés depuis une quinzaine d'années [5

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Cliquez ici pour aller à la section Références]. Cette amélioration est probablement multifactorielle, liée à la fois au meilleur contrôle du rejet mais également à une optimisation de l'attribution des organes et des conditions techniques de réalisation de la greffe. Alors que le rejet aigu était de l'ordre de 55 % à un an, il est aujourd'hui de 10 à 15 % dans les meilleures séries [5

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Les survies des enfants et des greffons sont présentées dans la Figure 7A et B. La survie à un an est de l'ordre de 95 % en donneur vivant, 92 % en donneur cadavérique, cette survie est supérieure à 80 % à cinq ans pour les mêmes groupes d'enfants. Malheureusement, ces résultats se dégradent à l'adolescence qui est marquée par un taux de rejet et de perte de greffons lié à des problèmes de compliance au traitement très nettement augmentés [13

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Figure 7
Figure 7. 

Survie des greffons (A) et des patients (B) après transplantation rénale pédiatrique (1987-2012), stratifiée par période de transplantation.

La survie est également variable en fonction de l'âge de transplantation. Ainsi, dans la série lyonnaise [4

Cliquez ici pour aller à la section Références], la survie globale de greffon chez les enfants de plus de 3ans transplantés était de respectivement 97, 94, 92 et 91 % à 1, 5, 10 et 15ans, et pour les enfants transplantés à moins de trois ans, ces survies étaient de 88, 84, et 76 % à 5 et 10 et 15ans. La survie des greffons était respectivement de 90, 79, 67 et 55 % à 1, 5, 10 et 15ans dans ce groupe. Dans cette étude, 7,5 % des enfants ont développé des pathologies malignes et la principale cause de mortalité est liée au lymphome post-transplantation [4

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Les infections virales à EBV et à BK virus constituent une des spécificités et des problématiques des greffes pédiatriques. Ces infections, mais également celle à CMV, sont responsables d'une augmentation de la perte de greffon et de l'incidence de décès des enfants [14

Cliquez ici pour aller à la section Références]. En effet, les infections à EBV sont responsables d'une augmentation considérable du nombre de lymphomes post-transplantation (PTLD) de l'enfant alors que les BK virus induisent une augmentation de l'incidence des dysfonctions chroniques de greffon [15

Cliquez ici pour aller à la section Références]. La survenue de ces infections est habituellement accompagnée d'une baisse du traitement immunosuppresseur afin de limiter leur progression.

À titre prophylactique, le ganciclovir est habituellement utilisé avec efficacité en prévention de la survenue des infections à EBV et à CMV [16

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Par contre, il n'y a pas de traitement prophylactique efficace permettant de lutter contre les infections à BK virus et seule la baisse du traitement immunosuppresseur peut finalement avoir une influence sur l'évolution de la maladie.

L'incidence des troubles de la croissance chez les enfants insuffisants rénaux est bien connue avec en moyenne une taille à −2,5 DS. La greffe en elle-même, améliore assez peu cette situation à elle seule [17

Cliquez ici pour aller à la section Références] et le recours à l'hormone de croissance permet de partiellement corriger ce retard de croissance [18

Cliquez ici pour aller à la section Références], surtout lorsque les corticoïdes sont peu ou pas utilisés dans la prévention du rejet.

 

Conclusion

Les greffes pédiatriques présentent des spécificités liées à la préparation des enfants, à leur système immunitaire, aux étiologies responsables de l'insuffisance rénale et à des particularités techniques. Alors que dans les années 80 les survies d'enfants et de greffons restaient très inférieures à celles observées chez l'adulte, les progrès réalisés dans tous les domaines de la transplantation permettent aujourd'hui aux enfants d'avoir des survies de greffons supérieures à celle des adultes.

 

Déclaration de liens d'intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.

   
☆  Cet article fait partie intégrante du rapport « Les urologues et la transplantation rénale » du 110e Congrès de l'Association française d'urologie rédigé sous la direction de François Kleinclauss.

 

 
 
 

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