Syndrome métabolique et insulinorésistance chez les patients atteints de cancer de la prostate traités par suppression androgénique hormonale

25 février 2013

Auteurs : J.-E. Terrier, N. Mottet
Référence : Prog Urol, 2013, 2, 23, 88-95




 




Introduction


En 1941, Huggins et al. décrivaient la dépendance aux androgènes du cancer de la prostate. La suppression androgénique est actuellement un traitement standard de la prise en charge de la maladie métastatique mais également en traitement court (six mois) ou long (trois ans) en association avec la radiothérapie dans le cadre de maladies localement avancées [1].


Cette hormonothérapie est toutefois responsable de nombreux effets secondaires : bouffées de chaleur, diminution de la force musculaire, ostéoporose, baisse de la libido et altération de la qualité de vie [2, 3, 4, 5].


De nombreuses études, pour la plupart rétrospectives, ne mettaient pas en évidence une association entre suppression androgénique et augmentation de la morbidité cardiovasculaire. Ainsi, Keating et al. [6, 7] mettaient en évidence une augmentation du risque d’infarctus du myocarde, de maladies coronariennes et de mort subite d’origine cardiaque en cas de suppression androgénique. Saigal et al., 2007 [8] et Tsai et al., 2007 [9] rapportaient également une majoration de la morbidité cardiovasculaire. D’Amico et al., dans une ré-analyse de trois essais cliniques randomisés, mettaient en évidence que six mois d’hormonothérapie étaient associés à des délais de survenu plus court de décès par infarctus du myocarde mais que ce risque ne survenait que chez les hommes de plus de 65ans [10]. Dans un essai clinique randomisé comparant la radiothérapie associée à six mois d’hormonothérapie et la radiothérapie seule, les mêmes auteurs rapportaient une augmentation de la mortalité cardiaque mais uniquement chez des malades ayant des comorbidités modérées ou sévères [11]. Plus récemment, Nguyen et al. ont publié en 2011 les résultats d’une étude rétrospective portant sur 14 594 malades. Ils ont mis en évidence chez des patients atteints d’un cancer de prostate de haut risque, que la suppression androgénique combinée à la radiothérapie étaient associées à un plus grand risque de mortalité globale comparée à la radiothérapie seule, en cas d’antécédents d’insuffisance cardiaque congestive ou d’infarctus du myocarde [12].


Ces résultats ont poussé des sociétés savantes et les associations américaines de cardiologie, d’urologie, de radiothérapie et de cancérologie à éditer un document conjoint d’alerte sur les possibles liens entre suppression androgénique, mortalité cardiovasculaire et évènements cardiovasculaires [13]. L’US Food and Drug Administration a également édité un message d’alerte en octobre 2010 [14].


De nombreuses études ne mettaient pas en évidence de surmortalité cardiovasculaire chez les malades traités par suppression androgénique, comme dans une méta-analyse récente [15]. Il n’existe aucun essai prospectif spécifique évaluant l’impact de la suppression androgénique sur la mortalité cardiovasculaire, et aucune étude n’a été stratifiée sur les antécédents de maladies cardiovasculaires ou de diabète.


Une des explications étiologiques à cette surmortalité cardiovasculaire serait la survenue de troubles métaboliques et en particulier d’une insulinorésistance induite par la suppression androgénique. Le concept de résistance à l’insuline a été mis en évidence par Reaven en 1998, ce qui a conduit à la notion d’insulinorésistance, encore appelé syndrome métabolique ou syndrome X [16].


Le syndrome métabolique est un groupe de facteur de risque cardiovasculaire incluant une tension artérielle élevée, une dyslipidémie, une hyperglycémie et une obésité centrale qui ensemble sont associées à une diminution de l’utilisation du glucose médié par l’insuline, traduisant une insulinorésistance. En 1998, Reaven mettait en évidence que l’insulinorésistance était un facteur de risque cardiovasculaire indépendant des constituants du syndrome métabolique et non pas uniquement le mécanisme physiopathologique sous-jacent des anomalies de ce syndrome. La causalité entre insulinorésistance, hyperinsulinémie et la coronaropathie ischémique a été établie par plusieurs études cliniques prospectives [17, 18, 19].


La résistance à l’insuline est définie par une diminution de l’effet biologique de l’insuline qui régule l’expression de 800 gènes. Cette réduction de l’effet biologique s’exerce à la fois sur le métabolisme des glucides, des lipides et des protéines. Cependant, quand on parle d’insulinorésistance, on fait principalement référence à une réduction de l’action de l’insuline dans sa capacité à moduler le transport et l’utilisation du glucose.


Chez le sujet insulinorésistant, il existe des anomalies dans l’inhibition de la production hépatique de glucose et une diminution de son utilisation par les muscles squelettiques en réponse à l’insuline. Il se produit une production hépatique accrue de glucose, cette hyperglycémie qui en résulte stimule la sécrétion d’insuline, cela aboutit à un hyperinsulinisme réactionnel. Si la cellule bêta des îlots de Langerhans est déficiente, la réponse insulinique devient insuffisante et un diabète de type 2 apparaît.


L’objectif de notre travail était d’effectuer une revue de la littérature évaluant l’impact de la suppression androgénique sur la survenue d’une insulinorésistance, d’un syndrome métabolique et des modifications des principaux marqueurs de l’insulinorésistance.


Matériel et méthode


Stratégie de recherche bibliographique


Bases des données utilisées


La recherche d’articles originaux a été réalisée grâce à la base de données MEDLINE (Pubmed), avec utilisation de mots clés appartenant à l’arborescence Mesh. Nous avons étendu notre recherche à partir des références des articles pertinents et par l’utilisation de la fonction « article lié » de Pubmed.


La recherche de recommandations d’experts, de conférences de consensus et d’autres guides de pratiques a impliqué la consultation du site internet de la Haute Autorité de santé, et des Sociétés d’urologie américaines, françaises et européennes.


Mots clés utilisés


Le choix des mots clés a été basé sur l’observation de l’arborescence Mesh pour les principaux thèmes et sur l’analyse des mots clés utilisés dans les articles de référence sur le sujet.


Les associations de mots clés suivantes ont été considérées :

androgen deprivation therapy AND metabolic syndrome  ;
androgen deprivation therapy AND insulin resistance  ;
androgen deprivation therapy AND hyperglycemia  ;
androgen deprivation therapy AND cardiovascular diseases  ;
androgen deprivation therapy AND cardiovascular risk  ;
androgen deprivation therapy AND abdominal obesity .


Modalités de sélection


Une première sélection a été réalisée au vu des titres et des résumés des publications.


Dans un deuxième temps, une lecture approfondie des publications retenues a permis l’exclusion des publications ne répondant pas strictement aux critères de sélection.


Des fiches de synthèse ont été réalisées pour chaque article. Ces fiches renseignaient sur les caractéristiques méthodologiques des études, les résultats et les commentaires principaux.


Présentation et modalités d’élaboration de la grille de lecture


Nous avons choisi la grille de lecture globale, critical appraisal worksheet [20].


Nous avons préféré une grille globale devant l’hétérogénéité des types de protocole (type cohorte, transversale).


Cette grille comporte huit critères d’évaluation : l’objectif de l’étude, le type de protocole utilisé, le facteur étudié, les critères de jugement, la population source et les sujets étudiés, les facteurs de confusion potentiels et les biais, les analyses statistiques et les conclusions des auteurs. Trois types de questions sont appliqués à ces huit critères :

y a-t-il dans l’article l’information pour le critère ?
la façon dont le critère a été abordé est-elle correcte ?
si la façon d’aborder le critère est incorrecte, cela menace-t-il la validité de l’étude ?


Devant le faible nombre d’article se rapportant à notre sujet, la grille ne nous a pas servi à réaliser une sélection mais à réaliser une lecture critique standardisée de l’ensemble des études.


Résultats de la recherche


Résultats quantitatifs


La recherche d’articles à partir des associations de mots clés considérées a permis d’identifier environ 80 articles.


La recherche de recommandations, avis d’experts ou publications sur les sites de la Haute Autorité de santé, du collège universitaire des enseignants d’urologie, de l’Association française d’urologie et des Associations européenne et américaine d’urologie (EAU, AUA), n’a pas permis d’identifier de ressource documentaire supplémentaire.


Résultats qualitatifs


Parmi ces articles, nous avons dans un premier temps sélectionné les articles originaux et exclus les publications ne se rapportant pas à notre problématique. Cette première sélection a permis de retenir douze articles. Ils ont tous été utilisés, compte tenu de leur faible nombre.


Aucun essai clinique contrôlé randomisé n’a été retrouvé, mais uniquement des études de « type cohorte » ou des études transversales ont été publiées.


L’ensemble des résultats est reporté dans le Tableau 1.


Modification de la composition corporelle et de la répartition adipeuse


La suppression androgénique entraîne l’augmentation de la masse grasse et la baisse de la masse maigre, ces changements sont constants et retrouvés dans toutes les études. Ces changements sont évalués par une densitométrie corps entier avec calcul du rapport masse grasse–masse maigre (dual-energy x-ray absorptiometry [DEXA]). Cette méthode DEXA est utilisée en ostéodensitométrie mais elle est également la méthode de référence pour l’évaluation de la masse grasse.


Smith et al. mettaient en évidence une augmentation de la masse grasse de 8,4 % et une baisse de 2,7 % de la masse maigre, ces changements étaient précoces puisqu’ils survennaient dès trois mois de traitement [21].


La prise de poids et l’augmentation de l’indice de masse corporel étaient fréquentes, variant de 2,25 à 2,4 % selon les études [22, 23]. Dans d’autres études, elles n’etaient pas significatives [21, 24, 25], et ne survenaient pas avant 12 mois de traitements.


Le tissu adipeux a longtemps été considéré comme un tissu de stockage. Il s’agit en fait d’un tissu endocrinien à part entière, un excès de masse grasse est associé à l’insulinorésistance, principalement lorsque cette adiposité est viscérale. On parle également du concept de ceinture abdominale hypertriglycéridémiante [26].


Le tissu adipeux sous-cutané représente un stock de lipide peu mobilisable et métaboliquement peu actif, la pathogénicité de la graisse abdominale serait plutôt secondaire à l’adiposité viscérale.


Une autre façon d’estimer ces modifications corporelles est la surface de graisse abdominale [26]. Cette mesure est réalisée par une coupe de scanner ou d’IRM en L4, un logiciel analyse ensuite la surface d’adiposité sous-cutanée et la surface d’adiposité viscérale. Cette technique a été utilisée dans deux études avec une méthodologie identique mais des résultats discordants : augmentation de 11,1 % de la surface de graisse sous-cutanée et augmentation non significative de la graisse viscérale [22], ou augmentation de la graisse sous-cutanée et viscérale respectivement de 12 % et 22 % [23]. Il n’y avait pas de différences évidentes dans les caractéristiques des malades ou dans la conception de l’étude pouvant expliquer cette différence de significativité. Elles ne permettaient donc pas de conclure à une augmentation de l’adiposité viscérale lors de la suppression androgénique.


Insulinoresistance et syndrome métabolique


De nombreuses études ont démontré que des taux bas de testostérone prédisent le développement d’insulinorésistance, de diabète de type 2 et de syndrome métabolique chez les hommes [27]. De même la sensibilité à l’insuline augmentait et l’adiposité viscérale diminuait en cas de supplémentation hormonale chez les hommes obèses [28].


Insulinémie


Dans une population normo-pondérale et normo-tolérante au glucose, l’insulinémie à jeun peut être utilisée comme première approximation de la sensibilité à l’insuline, à condition d’utiliser un dosage sensible. Si la fonction des cellules bêta des îlots de Langerhans est intacte, l’étude de l’insulinémie à jeun donne une estimation simple de la sensibilité à l’insuline ; plus l’insulinémie basale est élevée pour maintenir une normo-glycémie, plus le sujet est insulinorésistant.


Dans notre recherche, nous avons identifié quatre études évaluant l’évolution de l’insulinémie au cours du traitement par suppression androgénique. Il apparaissait une augmentation systématique, importante (>60 %) et rapide (dès trois mois) de l’insulinémie, [21, 24, 29, 30] lors d’une suppression androgénique.


Insulinorésistance


Le clamp euglycémique hyperinsulinémique est la méthode de référence recommandée par l’HAS pour mesurer l’insulinorésistance, mais sa mise en place est trop lourde pour la pratique clinique (HAS 2006). Pour surmonter cette difficulté, plusieurs index ont été proposés. Un des plus utilisé et des mieux validé est le modèle Homeostasis Model Assessment (HOMA), obtenu à l’aide de prélèvements à jeun. Il s’agit d’un modèle mathématique basé sur les réponses quantitatives des principaux organes impliqués dans l’homéostasie du glucose. Cette méthode permet de caractériser, avec deux formules différentes, les anomalies de la sensibilité et de la sécrétion insulinique à partir des concentrations à jeun de glucose et d’insuline. Elle correspond à la construction par modélisation mathématique d’un abaque montrant la correspondance entre insuline et glycémie de base, pour différents degrés d’insulinorésistance et de déficience des cellules bêta pancréatiques. L’index est exprimé par la formule (insuline/(22,5 e-Ln glycémie). La corrélation avec le clamp euglycémique hyperinsulinémique est satisfaisante et la validité est augmentée si on dispose de plusieurs dosages chez le même sujet. Les valeurs de référence du HOMA dans une population normo-glycémique sont comprises entre 1,7 et 2,5 [31, 32]. Il est décrit que le HOMA est un facteur prédictif indépendant du risque cardiovasculaire [32, 33]. Bonora et al. ont mis en évidence que l’augmentation d’une unité de l’HOMA était associée à un risque relatif de 1,56 (95 % IC : 1,14–2,12, p <0,001), sur l’incidence des maladies cardiovasculaire [32].


Dans notre recherche, l’insulinorésistance évaluée par l’index HOMA a été reportée trois fois : augmentation à 12 mois de 12 % de l’HOMA dans deux études de type cohorte prospective [23, 24], et augmentation de cet index dans une étude transversale [29].


Syndrome métabolique


Le National Cholestérol Education Program Adult traitement Panel III (NCEP ATP III) définit le syndrome métabolique comme la présence de trois ou plus des déterminants de risque suivants :

une augmentation du tour de taille (>102cm pour les hommes,>88cm pour les femmes) ;
taux élevé de triglycérides (≥150mg/dL) ;
taux de HDL cholestérol bas (<40mg/dL chez les hommes,<50mg/dL chez les femmes) ;
hypertension artérielle (≥130/≥85mmHg) ;
glycémie à jeun (≥110mg/dL).


Braga-Basaria et al. ont spécifiquement évalué la prévalence de ce syndrome chez 58 patients : 20 patients atteints d’un cancer de la prostate traités par hormonothérapie depuis au moins 12 mois (12–101 mois), 18 patients atteints d’un cancer de la prostate non traités par suppression androgénique et 20 patients en bonne santé eugonadiques non traités.


Ils mettaient en évidence une prévalence de 55 % dans le groupe sous hormonothérapie et 22 et 20 % dans le groupe « non traité » et « témoin » [34]. Cette prévalence de 20 % est équivalente à celle de la population générale occidentale.


La sensibilité des critères définits par le NCETP ATP III pour la détection de l’insulinorésistance n’est pas optimale, comme l’ont mis en évidence Sierra-Johnson et al. dans une population de 256 sujets : sensibilité 42 %, spécificité 94 %. Le tour de taille (AUC=0,906) et la triglycéridémie (AUC=0,806) seraient les meilleurs éléments diagnostiques de l’insulinorésistance [35].


Glycémie à jeun


Nous avons constaté une augmentation significative de la glycémie à jeun dans deux études transversales [29, 34], cette augmentation survenait à partir de 12 mois de traitement, cependant dans ces études la répartition des durées de traitements était très hétérogène allant de 12 à 101 mois pour des durées moyenne de 45 mois, on ne pouvait donc pas identifier à partir de quel moment se développait un diabète.


On remarque que lorsque l’augmentation de l’insulinémie était constatée, on ne retrouvait pas d’hyperglycémie [21, 24, 29, 30], ce qui suggèrerait un mécanisme de compensation précoce par hyperinsulinémie.


La leptine


C’est une cytokine produite par le tissu adipeux, impliquée dans de nombreuses fonctions physiologiques. Elle intervient ainsi dans les processus de l’absorption intestinale et la signalisation de la satiété, la lipolyse, l’angiogenèse, la reproduction et les réponses inflammatoires. Elle est associée à l’insulinorésistance. La leptine agit sur la sécrétion d’insuline, la production hépatique de glucose et l’utilisation musculaire de glucose. Des souches de souris déficientes en leptine présentent une insulinorésistance sévère réversible par l’administration de leptine. Chez l’Homme, l’administration de leptine permet de corriger les anomalies métaboliques observées dans les syndromes lipodystrophiques. Des études épidémiologiques ont montré une corrélation entre l’hyperinsulinémie signant une insulinorésistance et une hyperleptinémie. L’association de ces deux facteurs conduit directement au développement non seulement d’un diabète de type 2 mais aussi à un ensemble d’affections qui y sont liées (obésité centrale, intolérance au glucose, hypertension, hyperlipidémie) prédisposant fortement aux maladies cardiovasculaires [36]. Dans le diabète de type 2, une hyperleptinémie est donc fréquente [37]. Cette hyperleptinémie a été mise en évidence dans deux études, 50 % d’augmentation dans l’étude d’Hamilton [23] et 100 % dans celle de Basaria et al. [29].


La leptine jouerait également un rôle dans la promotion de l’angiogenèse, la prolifération des cellules endothéliales et stimulerait la croissance des cellules androgéno-indépendantes dans le cancer de la prostate (in vitro) [38].


Dyslipidémie


L’hyperlipidémie est facteur indépendant de maladie cardiovasculaire ; des études ont montré que des taux bas de testostéronémie étaient associés à des augmentations de cholestérol total, du LDL cholestérol et des triglycérides.


L’augmentation des triglycérides est la plus significative. Elle fut mise en évidence dans cinq études, allant de 20 % à plus de 40 % à 12 mois [22, 23, 24, 34, 39]. Le cholestérol total augmentait entre 7 et 11 % dans cinq études [22, 23, 24, 25, 30], et le LDL cholestérol dans deux études [22, 25].


Cependant, le HDL cholestérol augmentait également dans trois études, de 9 à 22 % [22, 24, 30], or habituellement l’augmentation du HDL cholestérol est considérée comme un facteur protecteur.


On constate donc une augmentation des LDL, des triglycérides et du cholestérol total mais l’augmentation concomitante du HDL cholestérol ne permet pas clairement de faire de cette dyslipidémie un facteur de risque cardiovasculaire.


Discussion


Point de vue méthodologique


L’analyse critique de ces dix publications met en évidence les faiblesses méthodologiques de l’ensemble de ces études.


Lors de la recherche bibliographique aucune étude de cohorte prospective évaluant l’impact de la suppression androgénique sur la survenue de troubles métaboliques n’a été recensée.


Nous avons donc analysé des études « type cohorte » ou des études transversales, aucune ne pouvant réellement conclure à l’impact de l’hormonothérapie sur la survenue d’insulinorésistance ou de syndrome métabolique.


Les points faibles étaient souvent l’absence de calcul de taille d’échantillon, la sélection de patients non consécutifs, l’absence de groupe témoin ou la non-comparabilité avec les groupes témoins. On déplore également les faibles effectifs des études (Tableau 1).


La sélection des malades est souvent imprécise : stades très disparates (métastatique, localement avancé, traitement adjuvant), patients sélectionnés dans des centres d’urologie et de radiothérapie sans spécifier la proportion de chaque groupe.


Il semble tout de même assez clair que la suppression androgénique entraîne des troubles métaboliques. Il serait nécessaire de réaliser un essai prospectif multicentrique afin d’avoir une étude de causalité de bonne qualité méthodologique.


Point de vue urologique


Bien que la suppression androgénique ait montré l’amélioration de la survie des malades dans des situations précises, ses effets secondaires sont nombreux et probablement sous-évalués en ce qui concerne les troubles métaboliques, alors que ceux portant sur la qualité de vie, l’ostéopénie, la baisse de la libido ont été relativement bien explorés. Les effets du traitement hormonal sur la morbi-mortalité cardiovasculaire sont actuellement controversés, certaines études mettant en évidence une augmentation de celle-ci et d’autre non [15]. Une des hypothèses apportées pour expliquer cette morbidité cardiovasculaire serait l’apparition de troubles métaboliques.


Il n’existe à l’heure actuelle aucune recommandation sur leur prévention, les urologues et les radiothérapeutes prescrivant ces traitements sans réelle conscience de l’impact potentiel chez des patients ayant des facteurs de risque cardiovasculaires.


L’ensemble des études de cette analyse semble converger vers l’apparition d’une insulinorésistance et l’augmentation de la graisse abdominale,


Cependant, la validité externe de ces études, la pertinence de la prévention d’un syndrome métabolique dans une population âgée, voire très âgée restent inconnus. L’état physiologique initial préthérapeutique a-t-il un impact sur sa survenue et sa gravité potentielle ?


Tous les critères de jugement choisis sont des critères intermédiaires (biologique, surface de graisse…), des critères cliniques augmenteraient nettement la validité externe (comme la survenue d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral).


Compte tenu de l’augmentation des indications de suppression androgénique, les troubles métaboliques engendrés ne peuvent être ignorés. Des études spécifiques doivent individualiser les populations à risque et des politiques de prévention devront être mises en place.


Conclusion


L’ensemble des études de cette analyse semblait converger vers l’apparition d’une insulinorésistance et de troubles métaboliques. Cependant, aucune étude de cohorte prospective, de bonne qualité méthodologique, n’a été recensée.


Devant l’extension récente des indications de traitements par suppresseur androgénique, nous pensons qu’il est nécessaire d’identifier des populations à risque de développer des complications cardiovasculaires sous traitement hormonal. Pour cela, seule une étude spécifique peut apporter des réponses fiables. Une cohorte prospective est en cours de construction, comparant une population atteinte d’un cancer de la prostate débutant un traitement par suppression androgénique et une population atteinte d’un cancer de la prostate non traitée par suppresseur androgénique. Le critère de jugement principal sera l’insulinorésistance évalué par l’index HOMA, les critères secondaires devront inclure l’ensemble des marqueurs de l’insulinorésistance ainsi que la survenue des évènements cardiovasculaires.


Le traitement hormonal doit être réservé aux patients chez lesquels un bénéfice a été démontré. Le respect des indications validées est probablement le meilleur élément de la prévention des complications.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Troubles métaboliques secondaires à la suppression androgénique.
  Smith et al. 2001 [30 Smith et al. 2002 [22 Smith et al. 2006 [24 Basaria et al. 2002 [39 Basaria et al. 2006 [29 Braga-Basaria et al. 2006 [34 Hamilton et al. 2011 [23 Dockery et al. 2003 [30 Cleffi et al. 2011 [25 Galvao et al. 2008 [40
Type d’étude  Type cohorte  Type cohorte  Type cohorte  Transversale  Transversale  Transversale  Type cohorte  Cohorte  Transversale  Type cohorte 
Nombre patients  22  40  25  58  53  58  26  31  79  72 
Durée (mois)  48  12  45 (12–101)  45 (12–101)  45 (12–101)  12  15  36 
Gr. Contrôle  Non  Non  Non  Oui  Oui  Oui  Non  Oui  Oui  Non 
Glycémie à jeun  Ns  Nr  Ns  Nr  Augmenté  Augmenté  Ns  Ns  Ns  Nr 
Total cholestérol  Ns  +9 %  +9,4 %  Ns  Nr  Ns  +11,22 %  +7 %  Augmenté  Nr 
HDL  Ns  +11,3 %  +9,90 %  Ns  Nr  Ns  Ns  +20 %  Ns  Nr 
LDL  Ns  +7,3 %  Ns  Ns  Nr  Ns  Ns  Ns  Augmenté  Nr 
Triglycérides  Ns  +26,5 %  23 %  Augmenté  Nr  Augmenté  +46,57 %  Ns  Ns  Nr 
Tour de taille  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  +1,93 %  Nr  Augmenté  Nr 
Insulinémie  +64 %  Nr  +25 %  Nr  Augmentée  Nr  Nr  63 %  Nr  Nr 
Masse grasse  +8,4 %  +9,4 %  +4,3 %  Augmentée  Nr  Nr  +14 %  Nr  Nr  +13,8 % 
Masse maigre  −2,7 %  −2,7 %  −1,4 %  Ns  Nr  Nr  −3,6 %  Nr  Nr  −2,4 % 
IMC  Ns  +2,4 %  Ns  Augmenté  Augmenté  Augmenté  +2,18 %  Nr  Ns  Nr 
Leptine  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  +50,4 %  Nr  Nr  Nr 
Adiponectine  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  Ns  Nr  Nr  Nr 
Surface graisse abdo sous-cut  Nr  +11,1 %  Nr  Nr  Nr  Nr  +12 %  Nr  Nr  Nr 
Surface graisse abdo viscérale  Nr  Ns  Nr  Nr  Nr  Nr  +22 %  Nr  Nr  Nr 
Tension              Ns       
Syndrome métabolique  Nr  Nr  Nr  Nr  Nr  55 %  Nr  Nr  53 %  Nr 
HOMA-IR  Nr  Nr  +12 %  Nr  Augmentée  Nr  +12 %  Nr  Nr  Nr 
poids  Ns  +2,4 %  Ns  Nr  Nr  Nr  +2,25 %  Nr  Nr  Nr 



Légende :
Nr : non reporté ; Ns : non significatif.


Références



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