Stratégie préventive originale des infections urinaires symptomatiques chez les patients porteurs d’une vessie neurologique : l’interférence bactérienne, état de l’art

25 mai 2018

Auteurs : L. Falcou, B. Davido, A. Even, F. Bouchand, J. Salomon, A. Sotto, P. Denys, A. Dinh
Référence : Prog Urol, 2018, 6, 28, 307-314
Contexte

Les infections urinaires sont un problème majeur de santé publique chez les patients ayant une vessie neurologique. Première cause de morbidité et deuxième de mortalité, leur fréquence génère une consommation de soin importante, et entraînent une exposition antibiotique massive conduisant à une prévalence élevée de bactéries multirésistantes. Les stratégies préventives non antibiotiques sont essentielles. L’interférence bactérienne consiste en l’inoculation intra-vésicale de bactéries non pathogène afin de prévenir les infections urinaires symptomatiques.

Objectif

Revue systématique de la littérature des données cliniques humaines disponibles sur l’interférence bactérienne dans la prévention des infections urinaires chez le patient avec vessie neurologique selon la méthodologie PRISMA.

Résultats

Au total 7 études ont été sélectionnées. Malgré des effectifs réduits et des populations hétérogènes : mode mictionnel variable, antécédents d’infections urinaires différents, protocoles d’inoculation variables, durées de suivis et critères d’évaluation hétérogènes, l’interférence bactérienne semble efficace dans la prévention des infections urinaires avec une bonne tolérance et quasi-absence d’effets indésirables. Les limites sont la difficulté à réaliser l’inoculation et son faible rendement qui représente un coût médico-économique.

Conclusion

Les études, malgré leur hétérogénéité, ont mis en évidence l’efficacité de l’interférence bactérienne sur la diminution des infections urinaires symptomatiques. Elles ont également montré l’absence d’effet secondaire délétère et la faisabilité de l’inoculation intra-vésicale d’une souche non pathogène d’Escherichia coli 83972 ou HU2117 dans une population avec vessie neurologique. Alternative prometteuse, mais de nombreux développements sont nécessaires pour rendre cette technique plus accessible en pratique quotidienne et assurer son efficacité au long cours.




 




Introduction


Les infections urinaires (IU) sont fréquentes chez les patients présentant une vessie avec atteinte neurologique (blessés médullaires [BM], sclérose en plaque [SEP], dysraphisme, Parkinson, accident vasculaire cérébral [AVC]...) [1, 2]. Dans la population des blessés médullaires, elles constituent la première cause de morbidité et de ré-hospitalisation et la deuxième cause de mortalité. De plus, elles représentent une part importante de la consommation de soins et un coût médico-économique majeur [3, 4].


Leur incidence chez les patients BM est estimée, en moyenne, à 2,5 épisodes par patient par an. Au cours de la SEP, 14 à 70 % des patients présenteront une IU [5, 6, 7].


Les principaux facteurs de risque d'infection urinaire sont : une vessie hyperactive, un reflux vésico-urétéral, des troubles du transit, une diurèse insuffisante et la présence de lithiases urinaires [2, 8, 9].


La prévention est essentielle et repose sur la maîtrise de ces facteurs mais surtout sur l'optimisation du mode mictionnel. Parmi les différentes options, l'autosondage est le mode le moins à risque de sepsis, de lithiase rénale ainsi que d'insuffisance rénale [10, 11].


Malgré la mise en place de ces mesures, 28 % des patients présentent plus de 3 IU par an [12].


L'exposition antibiotique massive et répétée liée à ces infections conduit à la sélection de bactéries multirésistantes qui peut atteindre une prévalence de 41,8 % lors des septicémies à point de départ urinaire dans cette population [13].


Par ailleurs, la prévention par antibioprophylaxie continue n'a pas fait la preuve de son efficacité et contribue à doubler la prévalence des bactéries multirésistantes.


En revanche, la prise antibiotique hebdomadaire séquentielle alternée a montré son efficacité tout en semblant limiter l'émergence de résistance bactérienne [14, 15].


Afin de limiter l'exposition de ces patients aux antibiotiques, des thérapeutiques préventives innovantes, non antibiotiques, ont été étudiées, comme l'interférence bactérienne.


L'interférence bactérienne consiste en l'inoculation intra-vésicale d'une bactérie non pathogène qui entre en compétition avec les bactéries pathogènes présentes. Cette souche non pathogène permet l'élimination de la souche pathogène et prévient ainsi des IU symptomatiques (IUS).


La compétition a lieu à plusieurs niveaux :

production par la souche non pathogène de toxine pouvant tuer ou inhiber la croissance des bactéries pathogènes ;
blocage des sites de fixation des bactéries pathogènes par les bactéries non pathogènes ;
modification du pH local ;
compétition pour les nutriments environnants [16]...


La virulence de la souche est liée à l'expression de certains pili qui permettent l'adhésion de la bactérie au cellules de l'urothélium et entraînent une réponse inflammatoire avec élévation des taux de neutrophiles et de cytokines tels que l'IL 6, Il8... [17, 18, 19].


La première bactérie utilisée dans cette indication était la souche E . coli 83972 qui était une souche clinique de bactériurie asymptomatique persistante durant 3 ans chez une jeune patiente sans altération de sa fonction rénale [20]. Cette souche n'exprime pas les pili P (pap) et type 1 (fim), bien qu'elle en possède le potentiel génétique, ce qui limite l'adhérence de cette bactérie aux cellules urothéliales [21]. Bien que le phénotype P d'adhérence ne soit pas exprimé par E . coli 83972 dans des conditions normales de croissance in vitro ou dans l'urine des sujets colonisés, le groupe de gènes pap est entièrement fonctionnel [21]. Wult a montré que le transformant pap+/prs+ entraînant l'expression de P-fimbriae de la souche E . coli 83972 provoque une réponse inflammatoire significativement plus importante que la souche E . coli sans le transformant [19]. La deuxième souche utilisée est E . coli HU 2117 qui est dérivée d'E . coli 83972 mais sans le potentiel génétique pour l'expression du phénotype P d'adhérence.


Nous avons réalisé une revue des données disponibles dans la littérature sur l'interférence bactérienne chez le patient neurologique pour la prévention des infections urinaires.


Méthodologie


Identification des études


Les bases de donnée Pubmed, Embase et Scopus ont été interrogées avec les mots clés suivants : « bacterial interference », « urinary bacterial colonisation » « urinary tract infection », successivement croisés avec « spinal cord injury » et « neurogenic bladder ».


Critères d'inclusion


Tous les articles anglophones parus entre mars 2000 et mars 2017 rapportant les études cliniques portant sur l'interférence bactérienne dans des populations de patients porteurs de vessie neurologique ont été revues. Ont été inclues dans cette revue uniquement les articles portant sur des cohortes observationnelles, les séries de cas et les essais cliniques.


Tous les types de vessie neurologiques ainsi que tous types de mode mictionnels : cathétérismes intermittents, sondes à demeure, miction réflexe, miction spontanée etc. étaient inclus.


Critères d'exclusion


Ont été exclus les cas cliniques, les études in vitro et les études expérimentales. Les détails du processus d'inclusion sont présentés sur la Figure 1 correspondant aux recommandations preferred reporting items for systematic reviews and meta-analyses (PRISMA).


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme de flux de sélection des articles selon PRISMA.




Les données suivantes ont été extraites des articles quand elles étaient disponibles :

type et méthodologie d'étude (essai randomisé, cohorte comparative non randomisée, étude cas témoins, cohorte prospective non contrôlée) ;
nombre de patients, sexe ;
étiologie de l'atteinte neurologique et ancienneté de l'atteinte ;
mode mictionnel ;
souche utilisée ;
proportion de patients colonisés ;
nombre d'infection urinaire l'année précédente ;
efficacité de la stratégie ;
durée moyenne de la colonisation ;
durée moyenne de suivi ;
survenue d'effets indésirables.


Résultats


Au total, 7 études ont été recensées [22, 23, 24, 25, 26, 27, 28] dont 3 essais randomisés et 4 études de cohortes prospectives dont 2 avec comparaison avant/après intervention Les deux souches d'E . coli ont été utilisées : E . coli souche 83972 [22, 23, 25, 26, 27] et HU 2117 [24, 28].


Les définitions d'infections urinaires symptomatiques variaient selon les études : pour Darouiche, Hull et Prasad les infections urinaires se définissaient par l'association de [22, 23, 24, 25, 26] :

signes cliniques : un ou plusieurs signes fonctionnels urinaires (dysurie, urgenturie, fuite, douleur supra-pubienne), ou des symptômes plus spécifique à la population des blessés médullaires tel que l'augmentation de la spasticité ou d'une hyper-réactivité autonome (HRA) ; qui pouvaient être accompagnés de fièvre ;
la présence d'une bactériurie significative (≥105CFU/mL) et d'une leucocyturie≥103/mm3 pour Prasad et Hull mais non détaillée dans les études de Darouiche [25, 26].


Sunden et al. définissaient les IU par la présence de symptômes subjectifs urinaire (fièvre, urgenturie, incontinence, douleur supra-pubienne) plus ou moins associés chez les blessés médullaires à l'augmentation de la spasticité et des HRA, entraînant la réalisation d'un ECBU sans seuil de bactériurie ou de leucocyturie [27]. Trautner ne donnait pas de définition des IU [28].


Les différentes populations étudiées et les résultats de ces études sont présentés dans le Tableau 1. Notamment la proportion de patients colonisés à 1 mois (38 à 83 %) [24, 25, 26, 27, 28] ainsi que la durée de la colonisation (1,6 à 12,3 mois) [25, 26, 27, 28].


Bilan et facteurs associés à l'efficacité de la colonisation


Le bilan pré-procédure était identique dans toutes les études, et comportait une évaluation clinique et urodynamique de la vessie ainsi qu'une imagerie de l'appareil urinaire et une évaluation de la fonction rénale.


Les résultats de ce bilan n'étaient disponibles que dans l'étude de Hull et al. qui a étudié l'association entre les paramètres urodynamiques et le succès de la colonisation par la souche non pathogène [25]. Seule la pression détrusorienne per-mictionnelle supérieure à 60cmH2 0 était significativement associée à la réussite de la colonisation (7/7 vs 6/14 ; p =0,02). Aucun autre paramètre urodynamique n'était significativement associé au taux de succès de la colonisation.


D'après Trautner, 2 facteurs non urodynamiques étaient prédictifs d'un succès de la colonisation [28] :

la durée d'instillation, qui était positivement corrélée à la durée de la colonisation (p =0,002) ;
l'absence de Proteus spp. dans les urines du patient (p =0,04).


Protocoles expérimentaux


Les protocoles d'inoculation étaient différents selon les études. L'instillation intra-vésicale de la bactérie dans la vessie pouvait être réalisée :

soit par une sonde de Folley à ballonnet durant une période variant de 30min [25] à 2h [22, 23], 2 [22, 23] à 3 [25] fois par jour, 3jours de suite ;
soit à l'aide d'une sonde imprégnée de la bactérie, laissée dans la vessie pendant 3 [26] à 28jours [28].


La colonisation était définie par la présence de la souche bactérienne responsable de l'interférence dans les urines à une concentration supérieure à 103CFU/mL. Pour Prasad, la colonisation était évaluée plus de 3jours après l'ablation de la sonde imprégnée. Darouiche réalisait un ECBU 3jours après l'inoculation. En cas d'échec un nouveau cycle était réalisé et ceci à 2 reprises si nécessaire. La colonisation était vérifiée de manière hebdomadaire puis mensuelle [22, 24].


L'identification de la souche d'E . coli présente dans les urines reposait sur son profil de sensibilité aux antibiotiques et non sur une méthode génotypique.


Efficacité


Au cours des études de cohorte prospectives, Hull et al. n'ont retrouvé aucune IUS chez les patients colonisés par la souche non pathogène [25]. De même Darouiche et al. en 2001 retrouvaient une réduction significative du nombre d'IUS comparés à la période pré-inoculation (moyenne : 0,06 IUS par patient-année vs 3,77 ; p <0,001) [22].


Concernant l'utilisation de sondes imprégnées, B. Trautner et al. en 2007 ont évalué l'efficacité et la faisabilité de la colonisation urinaire à l'aide d'une sonde imprégnée par la souche d'E . coli HU 2117 [28] dans une cohorte prospective et retrouvaient 0,15 IUS pour 100 patients-jours durant la colonisation versus 2,72 avant colonisation. Prasad et al. en 2009 ont aussi évalué l'effet de la colonisation par une sonde vésicale imprégnée [26] et retrouvaient 0,77 vs 2,27 IUS par patient-année après et avant colonisation respectivement.


Un essai randomisé, montrait une incidence d'IUS en moyenne 1,6 vs 3,5 IUS par patient-année (p =0,036) dans le groupe colonisé vs le groupe placebo pendant l'année de suivi [23]. Sundén et al. en 2010 lors d'un autre essai, double insu contre placebo, avec cross-over retrouvaient, durant la première partie de l'étude, un délai avant la première IUS post-procédure qui était significativement plus long dans le groupe compétition bactérienne (médiane 11,3 vs 5,7 mois ; p =0,0129). Durant la seconde partie de l'étude les patients étaient évalués sur le nombre d'IU au cours des 12 mois suivants et les auteurs retrouvaient 13 IUS dans le groupe expérimental vs 35 dans le groupe placebo (p =0,009).


Enfin, Darouiche et al. en 2011 retrouvaient 1,6IU/an vs 3,5 respectivement dans le bras interférence bactérienne vs le bras placebo (p =0,036) [24].


Au total, toutes les études ont démontré une efficacité de l'interférence bactérienne avec une diminution significative du nombre d'IU symptomatiques et/ou un allongement du délai avant la première infection urinaire symptomatique allant jusqu'à trente fois moins d'IU symptomatiques chez les patients colonisés par rapport aux non-colonisés [22].


Une bonne tolérance de l'inoculation et peu d'effets secondaires ont aussi été rapportés : 7,7 % de douleurs au niveau du pli de l'aine et 7,7 % d'hyper-réactivité autonome lors de l'inoculation [26].


Aucun effet indésirable grave ni aucune IU fébrile n'ont été rapportés dans les études y compris pendant le protocole d'inoculation. La souche inoculée n'a jamais entraîné de symptôme ni n'a acquis de caractère pathogène.


Tous les patients ont été suivis au moins 12 mois.


Discussion


Les deux souches d'E . coli évaluées lors de la compétition bactérienne ont une capacité comparables à interférer avec les agents pathogènes [29]. Dans notre revue, nous n'avons pas mis en évidence de différence d'efficacité pour la prévention des infections urinaires.


Cependant, ces différentes études présentent peu de critères d'homogénéité.


En effet, trois études ont été réalisées sur une population uniquement masculine, 3 autres sur une population mixte avec deux études à prédominance masculine (Hull : 18/21 ; Darouiche : 36/44), une à prédominance féminine (Sunden : 12/20) et une étude (Trautner) dont le type de population n'a pas été spécifié [22, 23, 24, 25, 26, 27, 28]. L'hétérogénéité des méthodes de vidange chez les patients est aussi un possible biais de confusion rendant plus difficile l'évaluation de l'efficacité de l'interférence bactérienne. En effet, dans une même étude les auteurs ont inclus des patients aux modes mictionnels différents (cathétérisme intermittent, cystostomie sus-pubienne, sonde à demeure). Alors que le port d'une sonde à demeure ou d'une cystostomie sus-pubienne est un facteur de risque d'IU symptomatique connu et le cathétérisme intermittent est la méthode de drainage entraînant le moins d'infections urinaires symptomatiques dans la population des patients neurologiques [2, 10].


Les définitions d'infections urinaires symptomatiques variaient selon les études.


La fréquence des IUS avant instillation de la souche non pathogène variait d'une étude à l'autre en fonction des populations étudiées : au moins 2 IU l'année précédant l'inclusion pour Darouiche à au moins 1 dans les 10 dernières années pour Prasad [23, 26]. Les populations étudiées avaient donc relativement peu d'infection urinaire alors que la moyenne d'infection urinaire chez le sujet blessé médullaire était de 2,5 an [7]. Alors que la stratégie de compétition bactérienne s'appliquerait plutôt aux patients présentant de nombreuses infections ou à des bactéries multirésistantes afin de les prévenir d'exposition antibiotique répétées.


Un seul article a détaillé l'état urodynamique de la vessie neurologique avant l'inoculation de la bactérie et aucun durant la colonisation par la souche non pathogène [25]. En revanche, pour chaque étude, il était indiqué la réalisation d'un bilan complet de la vessie avant la procédure, notamment urodynamique. En outre les traitements de fond dans le cadre de la phase de remplissage (anticholinergique, injections intra-détrusoriennes de toxine botulique A...) n'étaient pas détaillés ni la présence d'une hyperactivité détrusorienne qui constitue un facteur de risque d'infection urinaire.


En effet, une vessie neurologique non équilibrée sur le plan urodynamique (hyperactivité détrusorienne avec un régime de haute pression, un résidu post mictionnel significatif...) est un facteur de risque bien identifié d'infection urinaire. L'ischémie vésicale résultant de l'augmentation des pressions intra-vésicales et de la distension vésicale prédispose à l'infection par l'hypoperfusion tissulaire entraînant la diminution de l'apport des cellules de l'immunité et des antibiotiques [30].


Il est important d'inclure des patients ayant des caractéristiques similaires sur le plan urodynamique afin de juger de l'efficacité de l'interférence bactérienne selon ces paramètres.


Dans toutes les études, un traitement antibiotique était prescrit pendant 5 à 7jours avant instillation, afin de diminuer la concentration de la bactériurie pré-existante. Hull a montré que la colonisation à E . coli 83972 était plus souvent réalisée lorsque la bactériurie pré-existante était éradiquée [25]. Darouiche a montré également que ce protocole permettait d'augmenter la concentration de la bactérie non pathogène inoculée par rapport aux autres germes qui pouvaient co-coloniser la vessie dans le même temps [23, 24]. Le traitement de la bactériurie pré-existante est donc un facteur pronostique de réussite de la colonisation.


Malgré l'hétérogénéité de la population sur le plan de la pathologie, du mode mictionnel, de l'état urodynamique, l'ensemble des études retrouvait une efficacité significative de cette stratégie qui s'avère prometteuse. En effet, en diminuant l'exposition antibiotique, elle devrait permettre une diminution de la colonisation à bactéries multirésistantes déjà très élevée dans cette population [13].


Dans toutes les études un ECBU était réalisé à un rythme régulier après instillation afin de vérifier la présence de la bactériurie. Il n'est pas évoqué de modification de la souche avec notamment l'apparition de résistance bactérienne et/ou l'acquisition d'un pouvoir pathogène. Mais des données au long cours sont nécessaires pour confirmer cette innocuité.


Une revue récente de la Cochrane montre une tendance à l'efficacité de la stratégie de prévention des infections urinaires par la compétition. Dans cette étude n'était conservé que les essais cliniques mais l'effectif total était insuffisant pour affirmer statistiquement l'efficacité de la stratégie malgré une forte tendance [31].


Le problème majeur de cette technique de prévention des IU symptomatiques est la complexité des méthodes d'inoculation et son faible rendement. La nécessité de réaliser plusieurs cycles d'inoculations pour obtenir une colonisation, d'une part, et la durée aléatoire de celle-ci, d'autre part, demandent une bonne compliance des patients. Idéalement il faudrait rendre cette technique utilisable en pratique quotidienne. Il est nécessaire de réaliser de nombreux développements pour améliorer la faisabilité, l'acceptabilité et la durée de l'efficacité, comme par exemple utiliser des sondes d'autosondage imprégnées permettant une ré-inoculation régulière et donc une durée de la colonisation plus importante. Trautner a montré qu'une colonisation asymptomatique pouvait être inoculée grâce à une sonde à demeure imprégnée d'E . coli [28].


La question du coût humain, matériel et temps engendré est aussi une problématique à prendre en compte dans la faisabilité de cette technique.


Conclusion


Ces études, malgré l'hétérogénéité des populations et des modes mictionnels, ont mis en évidence l'efficacité de l'interférence bactérienne sur la diminution des infections urinaires symptomatiques conduisant à une meilleure qualité de vie. Elles ont également montré l'absence d'effet secondaire délétère et la faisabilité de l'inoculation intra-vésicale d'une souche non pathogène d'E . coli 83972 et HU2117 dans une population avec vessie neurologique. Il s'agit d'une option préventive prometteuse des IUS en préservant l'utilisation des antibiotiques et améliorant la morbi-mortalité et la qualité de vie des patients. Mais de nombreux développements sont nécessaires pour rendre cette technique plus accessible en pratique quotidienne et assurer son efficacité au long cours ainsi qu'encadrer son utilisation en France.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Études cliniques sur l'interférence bactérienne dans la prévention des IU symptomatiques chez les patients avec vessie neurologique.
Auteur  Population étudiée  Mode mictionnel  Type d'étude  Souche E . coli   Nombre de patients colonisés à 1 mois  ATCD IUS à l'inclusion
Moyenne 
IUS au cours de la colonisation par la souche non pathogène  Durée moyenne de colonisation
Mois 
Darouiche et al.
Clin Infect Dis
2005 
27 BM depuis>12 mois  8 CIC (7 vs 1) ; 16 CSP (12 vs 4) ; 3 SAD (2 vs 1)  Essai randomisé vs placebo
Double insu
(21 : groupe expérimental, 6 : groupe placebo) 
83972  13/21 (61,9 %)  3 IU l'année précédente [2-5]  1,6 vs 3,5 par an (p =0,036)  ND 
Darouiche et al.
Urology
2011 
27 BM depuis>12 mois  7 SAD (3 vs 4) ; 6 CSP (4 vs 2) ; 13 CIC (9 vs 4) ; 1 étui pénien (groupe expérimental)  Essai randomisé vs placebo
Double insu
(17 : groupe expérimental, 10 : groupe placebo) 
HU2117  17/45 (37,7 %)  4,4 IU l'année précédente [2-8]  0 pendant la colonisation ; 0,5 (groupe expérimental) vs 1,68 par patient-année (groupe témoin) (p =0,02)  5,2 [1-12] 
Sunden et al.
J Urol
2010 
20 patients dont 8 BM ; 7 HAD idiopathique ; 3 neuropathie périphérique ; 2 post-chirurgie d'uretropexie
Ancienneté ND 
12 CIC ; 8 miction spontanée  Essai randomisé vs placebo
Double insu avec cross-over
(13 vs 7) 
83972  13/20 (65 %)  4 IU l'année précédente [3-7]  13 vs 35 par an (p =0,009)  ND 
Hull et al.
J of Urol
2000 
21 BM depuis 13,4 quoi ? [5-24]  13 CIC ; 6 CSP ; 1 SAD ; 1 étui pénien  Cohorte comparative non randomisée  83972  14/21 (66,7 %)  3,1 IU par an [2-7]  0 pour 18,4 patient-année  12,3 [2-40] 
Darouiche et al.
Urology
2001 
44 BM depuis>18 mois  19 CIC ; 8 étui pénien ; 6 SAD ; 11 CSP  Cohorte prospective
Etude avant/après 
83972  30/44 (68,1 %)  3,77 IU par patient-année  0,06 par patient-année vs 3,77 avant colonisation (p <0,001)  8,7 [1-53] 
Trautner et al.
Infect Control Hosp Epidemiol
2007 
12 BM depuis>12 mois  SAD et CSP  Cohorte prospective
Étude avant/après 
HU2117  10/12 (83,3 %)  >1IU l'année précédente  0,15 vs 2,72 cas pour 100 patient-jours  1,6 [0,5-5,5] 
Prasad et al.
Spinal Cord
2009 
13 BM depuis 15 ans [1,3-35]  13 CIC  Cohorte prospective  83972  8/13 (61,5 %)  2,27IU par patient-année  0,77 par patient-année  1,97 [0,33-6,6] 



Légende :
BM : blessé médullaire ; CIC : cathétérisme intermittent ; CSP : cathéter sus-pubien ; HAD : hyperactivité détrusorienne ; NA : non approprié ; IU : infection urinaire ; IUS : infection urinaire symptomatique ; SAD : sonde à demeure.


Références



Hooton T.M., Bradley S.F., Cardenas D.D., Colgan R., Geerlings S.E., Rice J.C., et al. Diagnosis, prevention, and treatment of catheter-associated urinary tract infection in adults: 2009 International Clinical Practice Guidelines from the Infectious Diseases Society of America Clin Infect Dis 2010 ;  50 (5) : 625-663 [cross-ref]
Esclarín De Ruz A., García Leoni E., Herruzo Cabrera R. Epidemiology and risk factors for urinary tract infection in patients with spinal cord injury J Urol 2000 ;  164 (4) : 1285-1289
Frankel H.L., Coll J.R., Charlifue S.W., Whiteneck G.G., Gardner B.P., Jamous M.A., et al. Long-term survival in spinal cord injury: a fifty year investigation Spinal Cord 1998 ;  36 (4) : 266-274 [cross-ref]
Vigil H.R., Hickling D.R. Urinary tract infection in the neurogenic bladder Transl Androl Urol 2016 ;  5 (1) : 72-87
de Sèze M., Ruffion A., Denys P., Joseph P.-A., Perrouin-Verbe B., GENULF The neurogenic bladder in multiple sclerosis: review of the literature and proposal of management guidelines Mult Scler 2007 ;  13 (7) : 915-928
Phe V., Chataway J., Curtis C., Porter B., Panicker J., Pakzad M. Étude des facteurs de risque d'infections urinaires récidivantes chez les patients ayant une sclérose en plaque Prog Urol 2016 ;  26 (13) : 724-725 [inter-ref]
Siroky M.B. Pathogenesis of bacteriuria and infection in the spinal cord injured patient Am J Med 2002 ;  113 (Suppl. 1A) : 67S-79S [inter-ref]
Bakke A., Digranes A., Høisaeter P.A. Physical predictors of infection in patients treated with clean intermittent catheterization: a prospective 7-year study Br J Urol 1997 ;  79 (1) : 85-90
Société de pathologie infectieuse de langue française Diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires bactériennes communautaires de l'adulte. Mise au point. Texte court  :  (2015). 
Weld K.J., Dmochowski R.R. Effect of bladder management on urological complications in spinal cord injured patients J Urol 2000 ;  163 (3) : 768-772 [cross-ref]
Krebs J., Wöllner J., Pannek J. Risk factors for symptomatic urinary tract infections in individuals with chronic neurogenic lower urinary tract dysfunction Spinal Cord 2016 ;  54 (9) : 682-686 [cross-ref]
Edokpolo L.U., Stavris K.B., Foster H.E. Intermittent catheterization and recurrent urinary tract infection in spinal cord injury Top Spinal Cord Inj Rehabil 2012 ;  18 (2) : 187-192 [cross-ref]
Dinh A., Saliba M., Saadeh D., Bouchand F., Descatha A., Roux A.L., et al. Blood stream infections due to multidrug-resistant organisms among spinal cord-injured patients, epidemiology over 16 years and associated risks: a comparative study Spinal Cord 2016 ;  54 (9) : 720-725 [cross-ref]
Salomon J., Denys P., Merle C., Chartier-Kastler E., Perronne C., Gaillard J.-L., et al. Prevention of urinary tract infection in spinal cord-injured patients: safety and efficacy of a weekly oral cyclic antibiotic (WOCA) programme with a 2 year follow-up - an observational prospective study J Antimicrob Chemother 2006 ;  57 (4) : 784-788 [cross-ref]
Poirier C., Dinh A., Salomon J., Grall N., Andremont A., Bernard L. Antibiotic cycling prevents urinary tract infections in spinal cord injury patients and limits the emergence of multidrug resistant organism J Infect 2015 ;  71 (4) : 491-493 [inter-ref]
Reid G., Howard J., Gan B.S. Can bacterial interference prevent infection? Trends Microbiol 2001 ;  9 (9) : 424-428 [cross-ref]
Hedlund M., Svensson M., Nilsson A., Duan R.D., Svanborg C. Role of the ceramide-signaling pathway in cytokine responses to P-fimbriated Escherichia coli J Exp Med 1996 ;  183 (3) : 1037-1044 [cross-ref]
Godaly G., Frendéus B., Proudfoot A., Svensson M., Klemm P., Svanborg C. Role of fimbriae-mediated adherence for neutrophil migration across Escherichia coli-infected epithelial cell layers Mol Microbiol 1998 ;  30 (4) : 725-735 [cross-ref]
Wullt B., Bergsten G., Connell H., Röllano P., Gebratsedik N., Hang L., et al. P-fimbriae trigger mucosal responses to Escherichia coli in the human urinary tract Cell Microbiol 2001 ;  3 (4) : 255-264 [cross-ref]
Lindberg U. Asymptomatic bacteriuria in school girls. V. The clinical course and response to treatment Acta Paediatr Scand 1975 ;  64 (5) : 718-724 [cross-ref]
Hull R.A., Rudy D.C., Donovan W.H., Wieser I.E., Stewart C., Darouiche R.O. Virulence properties of Escherichia coli 83972, a prototype strain associated with asymptomatic bacteriuria Infect Immun 1999 ;  67 (1) : 429-432
Darouiche R.O., Donovan W.H., Del Terzo M., Thornby J.I., Rudy D.C., Hull R.A. Pilot trial of bacterial interference for preventing urinary tract infection Urology 2001 ;  58 (3) : 339-344 [inter-ref]
Darouiche R.O., Thornby J.I., Cerra-Stewart C., Donovan W.H., Hull R.A. Bacterial interference for prevention of urinary tract infection: a prospective, randomized, placebo-controlled, double-blind pilot trial Clin Infect Dis 2005 ;  41 (10) : 1531-1534 [cross-ref]
Darouiche R.O., Green B.G., Donovan W.H., Chen D., Schwartz M., Merritt J., et al. Multicenter randomized controlled trial of bacterial interference for prevention of urinary tract infection in patients with neurogenic bladder Urology 2011 ;  78 (2) : 341-346 [inter-ref]
Hull R., Rudy D., Donovan W., Svanborg C., Wieser I., Stewart C., et al. Urinary tract infection prophylaxis using Escherichia coli 83972 in spinal cord injured patients J Urol 2000 ;  163 (3) : 872-877 [cross-ref]
Prasad A., Cevallos M.E., Riosa S., Darouiche R.O., Trautner B.W. A bacterial interference strategy for prevention of UTI in persons practicing intermittent catheterization Spinal Cord 2009 ;  47 (7) : 565-569 [cross-ref]
Sundén F., Håkansson L., Ljunggren E., Wullt B. Escherichia coli 83972 bacteriuria protects against recurrent lower urinary tract infections in patients with incomplete bladder emptying J Urol 2010 ;  184 (1) : 179-185
Trautner B.W., Hull R.A., Thornby J.I., Darouiche R.O. Coating urinary catheters with an avirulent strain of Escherichia coli as a means to establish asymptomatic colonization Infect Control Hosp Epidemiol 2007 ;  28 (1) : 92-94 [cross-ref]
Darouiche R.O., Riosa S., Hull R.A. Comparison of Escherichia coli strains as agents for bacterial interference Infect Control Hosp Epidemiol 2010 ;  31 (6) : 659-661 [cross-ref]
Vasudeva P., Madersbacher H. Factors implicated in pathogenesis of urinary tract infections in neurogenic bladders: some revered, few forgotten, others ignored Neurourol Urodynam 2014 ;  33 (1) : 95-100 [cross-ref]
Toh S.-L., Boswell-Ruys C.L., Lee B.S.B., Simpson J.M., Clezy K.R. Probiotics for preventing urinary tract infection in people with neuropathic bladder Cochrane Database Syst Rev 2017 ;  9 : CD010723






© 2018 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.