Spécificité de la prise en charge de la dysfonction érectile chez les sujets de plus de 65 ans

25 mars 2009

Auteurs : M. Rouprêt
Référence : Prog Urol, 2009, 3, 19, 207-208




 



La dysfonction érectile (DE) est définie comme l’impossibilité d’avoir ou de maintenir une érection suffisante pour avoir un rapport satisfaisant [1]. Les enquêtes épidémiologiques montrent que la DE a une incidence plus élevée chez le sujet de plus de 65 ans [2]. Peu de travaux de la littérature s’intéressent spécifiquement à la DE chez le patient de plus de 65 ans alors que la part des « seniors » dans la population française ne cesse de s’accroître. La DE est souvent négligée par le médecin traitant chez ces patients pour lesquels les autres comorbidités sont souvent mises au premier plan et, notamment, les maladies cardiovasculaires [3].

En raison de son lien étroit avec les maladies cardiovasculaires, par le biais des lésions endothéliales, la DE ne doit être négligée à aucun âge [4]. D’importants progrès ont été réalisés dans tous les domaines de la prise en charge thérapeutique, depuis l’essor des IPDE5. Les médecins qui prennent en charge les « seniors » ne sont pas assez nombreux à dépister la DE. Pourtant, les omnipraticiens devraient être confortés dans leur pratique par l’existence de traitements efficaces et simples à utiliser et conscients du rôle que tient ce symptôme dans le dépistage de la dysfonction endothéliale. Par ailleurs, la DE est parfois responsable d’une altération de la qualité de vie et du bien-être des patients. D’autres problèmes sexuels sont fréquemment ressentis par les seniors, comme les troubles de l’éjaculation ou la diminution de la satisfaction sexuelle [2].

L’étude proposée par l’équipe de Reims est intéressante, puisqu’elle est focalisée sur la prise en charge de la dysfonction érectile chez les sujets de plus de 65 ans. Si le recul de cette étude est relativement limité et qu’il s’agit d’une population « sélectionnée » puisque provenant d’un centre de référence dans ce domaine, on peut malgré tout tirer quelques enseignements de cet article. La prise en charge de la DE dans la population générale a été révolutionnée par l’apparition des IPDE5 qui présentent une efficacité relative sans effets secondaires majeurs. En cas de DE organique, on s’aperçoit notamment que l’effet des IPDE-5 est relativement modéré, bien en deçà des chiffres optimistes rapportés dans la littérature à ce sujet [5]. Cela met en évidence les limites de ces molécules et souligne l’intérêt de ne pas hésiter à avoir recours à des traitements plus invasifs (injections intracaverneuses, implants péniens) chez les patients motivés et ce, quel que soit leur âge. Ce d’autant que les IPDE-5, non remboursés, représentent souvent un poste de dépense non négligeable pour des populations retraitées. Le soutien psychologique du patient demeure primordial tout au long de la séquence thérapeutique de la DE et ce, quel que soit la molécule ou le moyen physique envisagé. Une prise en charge optimale de la DE, c’est-à-dire adaptée aux caractéristiques individuelles des patients et à leurs comorbidités, permettrait certainement d’améliorer sensiblement la qualité de vie des patients de plus de 65 ans.



 Commentaire de l’article : Azémar M-D, Menard J, Ripert T, Staerman F. Le schéma thérapeutique habituel de la dysfonction érectile est-il adapte après 65 ans ?




Références



NIH Consensus Conference. Impotence. NIH Consensus Development Panel on Impotence. JAMA, 1993;270:83–90.
Giuliano F., Chevret-Measson M., Tsatsaris A., Reitz C., Murino M., Thonneau P. Prévalence de l’insuffisance érectile en France : résultats d’une enquête épidémiologique menée auprès d’un échantillon représentatif de 1004 hommes Prog Urol 2002 ;  12 : 260-267
Cordier G., Roupret M., Berthier R., Michel P.-L., Haab F., Cussenot O., et al. Prévalence et sévérité de la dysfonction érectile dans une population d’insuffisants coronariens : étude monocentrique Prog Urol 2008 ;  18 : 595-600 [inter-ref]
Costa P., Grivel T., Giuliano F., Pinton P., Amar E., Lemaire A. La dysfonction érectile : un symptôme sentinelle ? Prog Urol 2005 ;  15 : 203-207
Padma-Nathan H., Montorsi F., Giuliano F., Meuleman E., Auerbach S., Eardley I., et al. Vardenafil restores erectile function to normal range in men with erectile dysfunction J Sex Med 2007 ;  4 : 152-161






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