Séjours hospitaliers pour lithiase : analyse des données nationales

25 juillet 2011

Auteurs : G. Raynal, B. Merlet, O. Traxer
Référence : Prog Urol, 2011, 7, 21, 459-462
Introduction

Compte-tenu de sa fréquence, la lithiase urinaire porte un enjeu médicoéconomique important et pourtant, peu d’études ont été réalisées sur le sujet en France.

Méthodes

Nous avons analysé de façon statique pour 2009 les codages d’actes et de séjours pour lithiase urinaire grâce aux données issues de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation, en distinguant l’hospitalisation publique et privée. Nous avons en outre observé l’évolution jusqu’à 2009 des actes et des séjours.

Résultats

L’hospitalisation privée et publique sont apparues comparables en termes de volume de séjours (144 324 en 2009 pour un coût évalué à plus de 168 millions d’euros). En dix ans, la croissance des séjours a été de plus de 20 % dans le public et stagne dans le privé. Le codage du secteur public s’est distingué de celui du privé par, respectivement : un taux de séjours sans acte plus important (53 vs 26 % ; p <0,0001) ; un moindre codage de la comorbidité (5,78 vs 8,41 % ; p <0,0001). Entre 2006 et 2009, les actes de chirurgie ouverte et percutanée ont stagné jusqu’à représenter moins de 5 % du total tandis qu’augmentaient le nombre d’endoscopies (+29 % dans le privé et +16 % dans le public) et de lithotrities (+19 % et +5 %).

Conclusion

De fortes disparités entre hospitalisation publique et privée sont apparues. Les actes endoscopiques et la lithotritie ont enregistré une croissance très soutenue entre 2006 et 2009, tandis que stagnaient les actes chirurgicaux et percutanés.




 




Introduction


La lithiase urinaire est une pathologie dont la fréquence lui confère un enjeu médicoéconomique important. Pourtant, peu d'études ont été réalisées sur ce sujet en France, à la différence d'études essentiellement nord-américaines assez disparates [1]. Le programme médicalisé des systèmes d'information qui s'est concrétisé avec la mise en place de la tarification à l'activité permet d'interroger par pathologie le codage hospitalier.


Nous avons souhaité analyser les caractéristiques des séjours hospitaliers pour lithiase urinaire en France.


Méthodes


Nous avons interrogé le serveur internet de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (www.atih.sante.fr/) avec les codes diagnostiques issus de la classification internationale des maladies et relevant de la lithiase du haut appareil urinaire (N132, N23, N200, N201, N202, N209). Nous avons relevé les groupes homogènes de malades correspondants (GHM) en excluant ceux qui relevaient d'un diagnostic principal autre que la lithiase urinaire. Considérant l'ambiguïté diagnostique du code N23 (« colique néphrétique »), nous n'avons pris en compte que les GHM relevant nécessairement de la lithiase urinaire pour ce code diagnostique. Les totaux ont donc reflété une évaluation a minima.


Nous avons comptabilisé, pour l'hospitalisation publique et l'hospitalisation privée, le nombre de séjours et de jours correspondants en 2009 (obtenus par la multiplication des séjours par leur durée moyenne) et, pour comparaison, en 2000. Pour l'année 2009, nous avons utilisé les totaux de GHM pour établir une évaluation du coût de l'hospitalisation à partir des tarifs de remboursement. Cette évaluation n'a pas tenu compte de l'adéquation aux « bornes » basses et hautes des GHM et a donc pu différer des montants réels.


Nous avons différencié, pour l'hospitalisation publique et l'hospitalisation privée, les GHM avec ou sans acte (en analysant à part les GHM du groupe « lithiases urinaires » qui peuvent aussi bien comporter une séance de lithotritie ou aucun acte en faisant une soustraction des séances de lithotritie du total de ces GHM).


Nous avons différencié, pour l'hospitalisation publique et l'hospitalisation privée, les GHM avec ou sans comorbidité significative.


Enfin, nous avons interrogé la base des actes en comparant 2009 et 2006, année choisie car il s'agissait de la première année de codage exclusif selon la classification commune des actes médicaux.


Nous avons colligé et analysé les données au moyen du logiciel Excel© en comparant, si nécessaire, les pourcentages par la réalisation d'un Khi2.


Résultats


En 2009, 74 688 séjours pour l'hospitalisation privée et 69 636 pour l'hospitalisation publique ont été comptabilisés, correspondant à respectivement 130 386 et 142 677 journées d'hospitalisation. En 2000, on dénombrait 75 028 séjours pour l'hospitalisation privée et 57 061 pour l'hospitalisation publique, soit un taux d'évolution à respectivement : −0,46 % et+22,04 % sur dix ans.


Nous avons évalué la valorisation de ces GHM à 56 985 802 euros pour l'hospitalisation privée et à 108 885 556 euros pour l'hospitalisation publique. Ces valorisations ont refleté les différences de remboursement des séjours entre secteurs privé et public qui sont cependant appelées à converger.


Le taux de séjours sans acte classant s'est établi à 25,90 % (32 502/74 688) pour l'hospitalisation privée et à 53,33 % (55 347/69 636) pour l'hospitalisation publique (p <0,0001).


Le taux de GHM avec comorbidité s'est établi à 8,41 % dans l'hospitalisation privée et à 5,78 % dans l'hospitalisation publique (p <0,0001).


Le taux de GHM codés sous le diagnostic N200 (« calcul du rein ») s'est établi à 39,25 % dans l'hospitalisation privée et 25,80 % dans l'hospitalisation publique et à respectivement 42,34 % et 28,32 % s'agissant de N201 (« calcul de l'uretère ») ; les pourcentages restants correspondant aux codes diagnostiques sans précision de localisation.


Le total des actes par grand type d'actes en 2009 et 2006, s'agissant de l'hospitalisation publique et privée, est fourni dans le Tableau 1. Dans les deux secteurs, les actes de chirurgie ouverte et percutanée ont stagné jusqu'à représenter moins de 5 % du total tandis qu'augmentait le nombre d'endoscopies et de lithotrities.


Discussion


La lithiase urinaire a représenté dans cette étude un nombre substantiel de séjours hospitaliers correspondant à des coûts évalués élevés. Sur dix ans, ce volume de séjours annuels s'est avéré stable pour l'hospitalisation privée et a connu une hausse de 22 % pour l'hospitalisation publique. À ces coûts devraient être ajoutés pour une évaluation globale de l'impact médicoéconomique de la lithiase, le remboursement par l'Assurance Maladie des actes chirurgicaux, radiologiques et biologiques, des consultations, des arrêts de travail et des médicaments. Pour comparaison, Pearle a évalué le coût annuel de prise en charge de la lithiase urinaire aux États-Unis à deux milliards de dollars environ tandis que Saigal l'a évalué à 5,3 milliards de dollars [2, 3].


Il a persisté une légère prédominance de l'hospitalisation privée sur les séjours pour lithiase urinaire, tandis que le total des journées était supérieur dans le public. Un codage plus attentif dans l'hospitalisation privée a peut-être pu expliquer une plus grande précision dans le codage de la localisation puisque le cumul des codes N201 et N202, codes comportant une localisation du calcul, a représenté 81,59 % contre 54,12 % dans l'hospitalisation publique. Cette plus grande attention dans le codage a pu de même expliquer le nombre plus important de séjours avec comorbidité dans l'hospitalisation privée.


Il est apparu une importante différence entre hospitalisation publique et privée, s'agissant du nombre de séjours sans acte. Cela a pu être en rapport avec un nombre plus important d'hospitalisations après consultation en urgence, puisque la lithiase urinaire est un motif fréquent de consultation en urgence et qu'il existe une prédominance de l'offre publique en termes de service des urgences [4].


S'agissant des actes, est apparue entre 2006 et 2009 une stagnation du nombre de procédures chirurgicales et percutanées, qui représentaient en 2009 moins de 10 % du total, tandis qu'ont augmenté fortement les procédures endoscopiques et la lithotritie. La hausse du nombre de lithotrities réalisées a été plus importante dans le privé que dans le public et a pu être favorisée par la libre acquisition des lithotriteurs depuis 2006, année à partir de laquelle la régulation de leur implantation n'a plus été requise par les schémas de régulation et d'organisation des soins. Il est à regretter que le traitement des données dans sa forme actuelle n'ait pas permis d'évaluer à cet échelon, les actes multiples pour un seul patient.


Cette croissance importante du nombre d'actes réalisés pose évidemment la question du remboursement par l'Assurance Maladie dans un contexte de dégradation des comptes sociaux. Une solution a été envisagée en Allemagne qui consistait en un remboursement forfaitaire à la pathologie et non plus à l'acte [5].


Le Programme médicalisé des systèmes d'information par le codage des actes et des diagnostics, données accessibles sur le serveur internet de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation, permet une comptabilité analytique statique et évolutive de toute autre pathologie que la lithiase.


Conclusion


La lithiase urinaire représente un volume de séjours conséquent dont les caractéristiques ont semblé varier fortement entre hospitalisation publique et privée : taux d'hospitalisations sans acte, taux de séjours avec comorbidité notamment. Le total des séjours a été relativement stable dans le temps, tandis que les actes endoscopiques et la lithotritie ont connu une croissance importante.


Déclarations d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 4.





Tableau 1 - Total des actes regroupés par types en 2009 et 2006.
  Hospitalisation privée 
Hospitalisation publique 
  2006  2009  2006  2009 
Chirurgie open ou laparoscopique  693  650  460  309 
Chirurgie par voie percutanée (y compris urétéroscopie antégrade)  1436  1334  1489  1633 
Endoscopie  15 666  20 152  8767  10 188 
Évolution 2006–2009 (%)    +28,64    +16,21 
Lithotritie  27 153  32 428  13 074  13 772 
Évolution 2006–2009 (%)    +19,43    +5,34 




Références



Saussine C., Lechevallier E., Traxer O. Aspects médicoéconomiques de la lithiase urinaire Prog Urol 2008 ;  18 (12) : 875-877
Pearle M.S., Calhoun E.A., Curhan G.C. Urologic diseases of America project. Urologic diseases in America project: urolithiasis J Urol 2005 ;  173 (3) : 848-857 [cross-ref]
Saigal C.S., Joyce G., Timilsina A.R. Urologic diseases in America project. Direct and indirect costs of nephrolithiasis in an employed population: opportunity for disease management? Kidney Int 2005 ;  68 (4) : 1808-1814 [cross-ref]
Mondet F., Chartier-Kastler E., Yonneau L., Bohin D., Barrou B., Richard F. Épidémiologie des urgences urologiques en centre hospitalier universitaire Prog Urol 2002 ;  12 (3) : 437-442
Cercle des économistes Économie de la santé : une réforme ? Non, une révolution ! III. Des idées venues d'ailleurs : 1. Allemagne Cah Cercle Econ 2004 ;  6 : 61-65






© 2011 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.