Résultats des reprises chirurgicales pour complications urétérales après transplantation rénale

25 septembre 2019

Auteurs : N. Abdo, T. Murez, L. Cabaniols, M. Robert, S. Marchal, N. Amadane, S. Thezenas, F. Iborra, R. Thuret
Référence : Prog Urol, 2019, 10, 29, 474-481
Objectif

Analyser les résultats des reprises chirurgicales pour complication urétérale (sténose urétérale ou fistule urinaire) après transplantation rénale sur une période de 10 ans.

Matériels et méthodes

Nous avons réalisé une étude rétrospective portant sur 1313 transplantations rénales consécutives réalisées dans un centre hospitalo-universitaire entre 2005 et 2014. Les données des patients ayant développé une sténose urétérale ou une fistule urinaire secondaire à une transplantation rénale ont été analysées. Les transplantations d’organes combinées (rein-foie et rein-pancréas), ainsi que les transplantations pédiatriques ont été exclues.

Résultats

Soixante-16 patients (5,8 %) ont développé une sténose urétérale ou une fistule urinaire après transplantation rénale. Quarante-six patients (3,5 %) ont eu une reprise chirurgicale : 27 pour sténose urétérale, 19 pour fistule urinaire. Un succès d’emblée de ces reprises a été obtenu pour 26 patients (56,5 %), dont 14 sténoses urétérales (51,9 %) et 12 fistules urinaires (63,2 %) (p =0,45). Après un nouveau traitement endoscopique ou chirurgical, le taux de succès définitif a été porté à 73,1 % (34 patients) : 20 sténoses urétérales (74,1 %) et 14 fistules urinaires (73,7 %) (p =0,98). Il y a eu 2 pertes de greffons (4,3 %) et un décès (2,2 %). Le débit de filtration glomérulaire moyen estimé par le calcul du MDRD était à 44,58mL/min/1,73m2 (±14,7) avant la reprise et à 45,37mL/min/1,73m2 (±16,5) 6 mois après la reprise (p =0,92).

Conclusion

Bien que souvent complexes, les reprises chirurgicales pour complication urétérale après transplantation rénale donnent de bons résultats, avec un faible taux de perte de greffons et de mortalité.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Après transplantation rénale, les complications urinaires les plus fréquentes, outre la pathologie de reflux vésicorénal, sont les sténoses urétérales et les fistules urinaires.


Dans la littérature, l'incidence de ces complications urétérales après transplantation rénale varie entre 2,7 et 6,5 % pour les sténoses et entre 1,6 et 5,4 % pour les fistules [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7].


Après drainage par mise en place d'une endoprothèse urétérale ou d'une néphrostomie percutanée, un traitement endoscopique reste a priori possible. Pour les fistules, un tarissement spontané peut être parfois obtenu après drainage. Pour les sténoses, les dilatations urétérales au ballon donnent des résultats variables, avec un taux d'échec allant de 55 à 70 % [8, 9, 10].


En cas d'échec d'un traitement endoscopique, une reprise chirurgicale reste nécessaire.


L'objectif de cette étude est d'analyser les résultats des reprises chirurgicales pour complication urétérale après transplantation rénale sur une série rétrospective consécutive de 1313 transplantations rénales réalisées dans notre centre entre 2005 et 2015.


Matériels et méthodes


Il s'agit d'une étude descriptive rétrospective, conduite dans un centre hospitalo-universitaire, sur une période de 10 ans, du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2014.


Sur cette période, nous avons recensé les complications urinaires survenues après transplantation rénale (fistule ou sténose) à partir de la base de données DIVAT (données informatisées et validées en transplantation). Nous avons exclu de notre analyse les transplantations combinées rein-foie, rein-pancréas et les transplantations pédiatriques. Nous avons également exclu les complications urinaires iatrogènes lors d'une chirurgie ultérieure non liée à la transplantation rénale.


Un traitement par drainage urinaire a été réalisé chez tous les patients en première intention. Ce traitement a été suffisant pour un certain nombre de patients. Pour les autres, une reprise chirurgicale a été nécessaire.


Les données ont été recueillies de manière rétrospective à partir des dossiers médicaux. Nous avons analysé les données concernant le donneur, les caractéristiques du greffon, la transplantation rénale initiale, la complication urinaire, sa prise charge initiale, la reprise chirurgicale, les complications après reprise, ainsi que les résultats de ces reprises chirurgicales.


Les reprises chirurgicales ont été le plus souvent réalisées par un même opérateur de l'équipe. La voie d'abord variait selon le type de complication et la date de la reprise chirurgicale. En cas de fistule et si la reprise était précoce (<1 mois), la voie d'abord a été la reprise de la voie d'abord latérale utilisée pour la transplantation. En cas de sténose ou de fistule tardive (>1 mois), la voie d'abord a été une médiane sous ombilicale transpéritonéale. Les reconstructions urinaires étaient fonction de la complication et des constatations peropératoires. Pour les reprises d'anastomoses urétérovésicales et si la longueur et la vascularisation de l'uretère le permettait, nous avons réalisé une nouvelle anastomose urétérovésicale. Dans les autres cas, nous avons réalisé une anastomose urétéro-urétérale ou pyélo-urétérale termino-terminale, en utilisant l'uretère natif ipsilatéral du patient s'il était présent (avec ligature de l'uretère natif proximal). En l'absence d'uretère propre ipsilatéral, nous avons utilisé l'uretère controlatéral. Si la longueur urétérale du greffon n'était pas suffisante pour s'implanter directement dans la vessie et si un uretère propre n'était pas utilisable ou absent, nous avons réalisé soit une vessie psoique, soit un lambeau vésical de Boari Küss. L'anastomose pyélo-vésicale directe a été également une possibilité, tout comme l'urétéro-iléoplastie. Un drainage des voies excrétrices peropératoire a été réalisé chez la totalité des patients ; soit par la mise en place d'une endoprothèse urétérale de type double J, soit par une sonde urétérale extériorisée.


Un dosage quotidien de la créatinine plasmatique a été réalisé pour surveiller l'évolution de la fonction rénale. Une échographie du greffon a été réalisée à j7. Les complications après reprise chirurgicales ont été classées selon Clavien-Dindo [11].


Une semaine après l'ablation de l'endoprothèse urétérale (à 3 mois), une échographie du greffon a été réalisée. Tous les patients ont été réévalués à 3 mois et 6 mois.


La reprise chirurgicale a été considérée comme un succès d'emblée si aucune complication urinaire nécessitant une intervention endoscopique urologique, un geste de radiologie interventionnelle, une nouvelle reprise chirurgicale ou une transplantectomie, n'était survenue dans les 6 mois. Le retour à la dialyse ou le décès du patient lié directement à l'intervention ont été considérés comme des échecs. Les transplantectomies pour cause néphrologique n'ont pas été considérées comme des échecs.


Nous avons défini comme succès définitif les patients qui ont eu une évolution favorable après prise en charge de la complication urinaire.


La dégradation de la fonction rénale n'a pas été retenue comme un critère d'échec de la reprise chirurgicale, si elle était d'origine néphrologique.


Analyse statistique


Les données de survie globale des patients sont estimées par la méthode de Kaplan-Meier, présentées sous forme de médiane et taux accompagnés de leurs intervalles de confiance à 95 %, et comparés par le test du logrank.


Tous les tests statistiques sont bilatéraux et le seuil de significativité est fixé à 5 % (p <0,05). Les analyses statistiques ont été réalisées sur un PC via le logiciel STATA 11 (Stata Corporation, College Station, TX, États-Unis).


Résultats


Entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2014, 1313 transplantations rénales ont été réalisées dans notre centre. Une complication urinaire est survenue chez 76 patients (5,8 %) : 48 patients (3,7 %) ont développé une sténose urétérale et 28 patients (2,1 %) une fistule urinaire.


Une reprise chirurgicale a été réalisée chez 46 patients (3,5 %) dont 27 pour sténose urétérale (2,1 %) et 19 pour fistule urinaire (1,4 %).


Le suivi médian est de 45,1 mois, IC 95 % [35,6-61,9].


Les données des donneurs, les caractéristiques anatomiques du greffon et les modalités de la transplantation rénale initiale sont listées dans les Tableau 1, Tableau 2.


Les complications urinaires après transplantation rénale sont détaillées dans le Tableau 3. Les 27 sténoses urétérales et les 19 fistules urinaires reprises chirurgicalement ont été analysées de manière séparée. Le délai médian avant la survenue de la complication était est de 48jours (11-555) dans le groupe sténose et de 12jours (2-41) dans le groupe fistule (p <0,001).


Les modalités des reprises chirurgicales sont détaillées dans le Tableau 4. Le délai médian entre la transplantation et la reprise chirurgicale a été de 21jours (4-94) pour les fistules et 243jours (40-1878) pour les sténoses (p <0,001). Les rétablissements de la continuité urinaire à la reprise a été fonction du type de complication et des constatations peropératoires. Pour les sténoses, les reconstructions ont été principalement des anastomoses urétéro-urétérales termino-terminales ipsilatérales (n =12 ; 44,4 %) et des anastomoses pyélo-urétérales termino-terminales ipsilatérales (n =10 ; 37 %) ; pour les fistules, il s'agissait surtout d'anastomoses urétéro-urétérales termino-terminales ipsilatérales (n =8 ; 42,1 %), d'anastomoses pyélo-urétérales termino-terminales ipsilatérales (n =4 ; 21,1 %) et de réimplantations urétérovésicales (n =3 ; 15,8 %). Un drainage de la voie excrétrice du greffon par mise en place d'une endoprothèse urétérale ou d'une sonde urétérale extériorisée a toujours été réalisé pendant la reprise. La durée moyenne d'hospitalisation a été de 35,7jours dans le groupe fistule (±25,3jours) et de 15,9 (±7,7jours)jours dans le groupe sténose (p <0,001). Pour la majorité des patients avec fistule, la reprise chirurgicale a été effectuée pendant la même hospitalisation que la transplantation.


La reprise chirurgicale a été considérée comme un succès d'emblée pour 26 patients (56,5 %) : 14 (51,9 %) opérés pour une sténose et 12 (63,2 %) opérés pour une fistule urinaire (p =0,45). Un succès définitif, après traitement de la cause d'échec de la première reprise, a été obtenu chez 34 patients (73,9 %) : 20 (74,1 %) opérés pour une sténose, et 14 (73,7 %) opérés pour une fistule urinaire (p =0,98) (Tableau 5).


Le débit de filtration glomérulaire moyen estimé par le calcul du MDRD était à 44,58mL/min/1,73m2 (±14,7) avant la reprise et à 45,37mL/min/1,73m2 (±16,5) 6 mois après la reprise (p =0,92).


Chez les patients opérés pour sténose, tous les échecs (n =13 ; 48,1 %) ont été liés à une complication urinaire nécessitant une réintervention dans les 6 mois après la reprise : 12 re-sténoses (92,3 %) et une fistule (7,7 %) (Tableau 6). Tous les patients ont eu une prise en charge initiale conservatrice endoscopique. Pour la patiente ayant présenté une fistule secondaire, le traitement définitif a été une 2e puis une 3e reprise chirurgicale (7,7 %). Cette 3e reprise a été un succès. Pour les 12 patients qui ont présentés une sténose secondaire, la prise en charge définitive a été une 2e reprise chirurgicale chez 2 (15,3 %) patients (dont un succès et un échec lié à une perte de greffon secondaire à des pyélonéphrites à répétition avec retour en dialyse) ; un drainage temporaire de la voie excrétrice du greffon par sonde double J et ablation secondaire sans problèmes chez 4 patients (30,8 %) ; le maintien d'un drainage définitif par sonde double J à demeure et changements itératifs chez 6 patients (46,2 %).


Chez les patients opérés pour fistule, les échecs (n =7 ; 36,8 %) ont été liés à une complication urinaire ayant nécessité une réintervention chez 6 patients (31,6 % ; 2 sténoses et 4 fistules) et la survenue d'un décès chez une patiente (5,2 %) (Tableau 4). Ce décès a été secondaire à un choc septique à point de départ urinaire dans les suites de la reprise chirurgicale chez une patiente ayant été transplantée à partir d'un donneur vivant. Les 6 patients ayant développé une complication urinaire ont tous eu une prise en charge initiale conservatrice endoscopique pour drainage urinaire. L'évolution a été favorable avec tarissement de la fistule après ablation de la sonde pour 2 patients (33,3 %). Une transplantectomie précoce a été réalisée chez 2 patients (33,3 %) pour complication urinaire (récidive d'une fistule urinaire après reprise avec sepsis sévère, dont l'un associé à une péritonite stercorale sur plaie digestive). Une sténose secondaire est survenue chez les 2 derniers patients (33,3 %) avec nécessité de drainage par endoprothèse urétérale de type double J avec changements itératifs.


Les autres complications sont listées dans le Tableau 7. Nous avons eu 4 (8,7 %) complications graves (Clavien 4a, 4b ou 5) : un décès suite à un choc septique à point de départ urinaire avec défaillance multiviscérale et arrêt cardio-respiratoire, deux sepsis sévères à point de départ urinaire liés à la récidive d'une fistule urinaire après reprise avec nécessité de transplantectomie, et une péritonite sur perforation de la dernière anse iléale avec reprise chirurgicale. Ces complications graves étaient toutes dans le groupe fistule (21,1 %) et aucune dans le groupe sténose (p =0,01).


Discussion


Dans notre série de 1313 transplantations rénale sur 10 ans, le taux de sténoses urétérales est de 3,7 % et le taux de fistules urinaires est de 2,1 %. Ces résultats sont comparables à ceux retrouvés dans la littérature, de 2,7 % à 6,5 % pour les sténoses et de 1,6 % à 5,4 % pour les fistules [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7].


À notre connaissance, notre série est l'une des plus larges rapportées dans la littérature analysant les résultats des reprises chirurgicales après transplantation rénale pour complication urétérale. Sur les 46 patient ayant eu une reprise chirurgicale, le taux de succès d'emblée est de 57 % et le taux de succès définitif est de 74 %. La mortalité et la perte de greffon pour cause urologique sont respectivement de 2,17 % (1/46) et de 4,35 % (2/46). À 6 mois, ces reprises chirurgicales n'ont pas eu de conséquences sur la fonction rénale chez l'ensemble des patients.


Plusieurs études ont évalué les conséquences sur la fonction rénale et les pertes de greffon après reprise chirurgicale [3, 12, 13]. Dans la série de Van Roijen portant sur 695 transplantations rénales [14], 42 patients (6 %) ont eu une complication urétérale ayant nécessité une reprise chirurgicale. Il a rapporté 83,3 % de succès après la première reprise, et 95,2 % de succès après une deuxième reprise. Nie [15] a analysé les données de 43 fistules sur une série de 1223 transplantations (3,5 %). Trente-quatre ont nécessité une reprise chirurgicale. Le succès d'emblée a été obtenu pour 24 patients (70,6 %). Les 10 autres patients ont présenté une sténose urétérale secondaire et ont eu une nouvelle reprise chirurgicale. Sur une série de 1157 transplantations rénales, Alberts a recensé 142 (12,6 %) patients ayant présenté une complication urinaire [16]. Une reprise chirurgicale a été nécessaire chez 60 patients, avec un succès d'emblée pour 53 d'entre eux (88 %).


Dans notre étude, les reprises chirurgicales pour fistule urinaire sont associées à des complications plus graves (Clavien 4a ou plus) que les reprises pour sténose urétérale (p =0,01). Nous expliquons ce résultat par la présence de tissus inflammatoires et fibreux liés aux urinomes entrainant une dissection plus complexe avec un risque majoré de plaies vasculaires ou digestives, ainsi qu'une moins bonne cicatrisation.


Nous préférons, quand cela est possible, transplanter les greffons gauches en fosse iliaque droite et les greffons droits en fosse iliaque gauche. Cette disposition permet d'avoir la voie excrétrice en avant du pédicule rénal, ce qui simplifie la dissection du bassinet en cas de reprise et évite la mobilisation du greffon.


Le délai entre la transplantation et la reprise chirurgicale influe aussi sur la difficulté opératoire. Les reprises précoces (dans les 15jours suivant la transplantation) sont techniquement plus simples. Pour les reprises plus tardives (après le premier mois), il convient de privilégier une prise en charge endoscopique temporaire et de différer si possible la chirurgie au-delà du 3e mois, où les conditions opératoires sont plus favorables.


Deux voies d'abord sont possibles dans les reprises chirurgicales en transplantation rénale : la voie médiane transpéritonéale et la reprise de l'abord initial de la transplantation en fosse iliaque (incision de Gibson). Il n'y a pas de consensus dans la littérature en faveur de l'une ou de l'autre voie d'abord. Certaines équipes utilisent presque exclusivement la reprise de l'incision selon Gibson [17]. D'autres équipes, dont la nôtre, privilégient la voie médiane [18], car elle offre toutes les possibilités de rétablissement de la continuité urinaire, facilite le repérage de l'uretère natif homolatéral et de l'axe vasculaire iliaque. Une équipe a également rapporté la faisabilité d'une approche mini-invasive par voie laparoscopique avec assistance robotique chez un patient avec réalisation d'une anastomose pyélo-urétérale en utilisant l'uretère natif du patient [19].


La dissection et le repérage de l'uretère est souvent difficile car le site opératoire est le siège d'une fibrose importante, surtout après fistule urinaire et/ou urinome [20]. Le principal risque est une plaie vasculaire (vaisseaux du greffon ou vaisseaux iliaques). La présence d'une endoprothèse urétérale de type double J peut faciliter le repérage de l'uretère du greffon. Cette endoprothèse peut être placée avant l'intervention ou en préopératoire immédiat par voie endoscopique. Nous avons parfois été amenés à réaliser une cystotomie pour mettre en place une sonde urétérale pendant la reprise. La perfusion de bleu de méthylène par une néphrostomie déjà en place peut aussi être utile au repérage de l'uretère.


Les techniques de rétablissement de la continuité urinaire sont multiples [21] et dépendent du type de complication (fistule ou sténose), du délai entre la reprise et la greffe, de l'état de l'uretère du greffon, de la présence ou non d'un uretère natif ipsilatéral ou controlatéral utilisable et des conditions locales. Dans notre série, nous avons réalisé principalement des reconstructions par anastomose urétéro-urétérale ou pyélo-urétérale en utilisant l'uretère natif ipsilatéral, qu'il s'agisse de reprises pour fistule (81,4 %) ou pour sténose urétérale (63 %). Une réimplantation urétérovésicale directe a rarement été possible, lié à une mauvaise qualité et/ou mobilité de l'uretère du greffon.


Bien qu'elle soit l'une des plus larges rapportées dans la littérature, notre étude présente des limites. Les reprises chirurgicales pour reflux vésicorénal n'ont pas été analysées. Nous n'avons pas comparé les résultats des reprises chirurgicales au traitement conservateur endoscopique ou de radiologie interventionnelle. Enfin, il s'agit d'une étude rétrospective.


Conclusion


Dans la littérature, plusieurs études ont analysé les facteurs de risque de complication urinaire après transplantation rénale et leur prévention par une technique chirurgicale adaptée. Si les traitements endoscopiques ou par radiologie interventionnelle ont beaucoup évolués ces dernières années dans la prise en charge des fistules et des sténoses urétérales post-transplantation, la reprise chirurgicale est souvent inévitable. À notre connaissance, peu d'études ont évaluées les résultats des reprises chirurgicales.


Notre série reflète notre expérience sur une série rétrospective consécutive de 1313 transplantations rénales sur 10 ans. Notre taux de complications urinaires après transplantation rénale est comparable à ceux de la littérature. Les reprises chirurgicales donnent de meilleurs résultats à long terme que les traitements endoscopiques. Nous avons obtenu un taux de succès d'emblée de 57 % et un taux de succès définitif de 74 %.


Bien que souvent complexes, les reprises chirurgicales sont associées à un faible taux de complications graves et de perte de greffons. Elles doivent être réalisées par une équipe expérimentée dans le domaine de la transplantation rénale. Le respect de certains principes chirurgicaux, tels que le respect de la vascularisation urétérale lors du prélèvement, le choix du type d'anastomose (urétérovésicale versus pyélo-urétérale) lors de la transplantation en fonction de la qualité de l'uretère et de l'éventuelle perte d'une artère polaire inférieure, ainsi qu'une technique chirurgicale soigneuse permettent de diminuer ces complications urinaires.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques des donneurs.
Âge moyen (an)   57,2 (écart-type : ±11,9) 
Sexe    
Homme  22 (47,8 %) 
Femme  24 (52,2 %) 
Origine    
Donneur vivant apparenté  7 (15,2 %) 
Donneur décédé par mort encephalique  39 (84,8 %) 
Donneur décédé par arrêt cardiaque  0 (0 %) 
Rein à critères élargis    
Non  22 (47,8 %) 
Oui  24 (52,2 %) 
Arrêt cardiaque    
Non  39 (84,8 %) 
Oui  7 (15,2 %) 
Durée moyenne d'arrêt cardiaque (min)   35 (écart-type : ±8,9) 
Latéralité    
Droit  26 (56,5 %) 
Gauche  20 (43,5 %) 
Nombre d'artères    
35 (76,1 %) 
8 (17,4 %) 
≥ 3 (6,5 %) 
Taux moyen de créatininémie (μmol/L)   82,4 (écart-type : ±52,7) 
DFG moyen   98 (écart-type : ±46,8) 





Tableau 2 - Les transplantations rénales.
Durée moyenne ischémie froide   17h18min (écart-type : ±8h10) 
Position du greffon    
Droite  23 (50 %) 
Gauche  23 (50 %) 
Anastomose artérielle    
Iliaque externe  46 (100 %) 
Iliaque primitif 
Autre 
Anastomose veineuse    
Iliaque externe  46 (100 %) 
Iliaque primitif 
Autre 
Durée moyenne de l'anastomose vasculaire   41min (écart-type : ±18,5) 
Anastomose urinaire    
Urétéro-vésicale  34 (73,9 %) 
Urétéro-urétérale homolatérale  9 (19,6 %) 
Pyélo-urétérale homolatérale  3 (6,5 %) 
Drainage de la voie excrétrice    
Absence de drainage  5 (10,9 %) 
Sonde JJ  38 (82,6 %) 
Sonde urétérale extériorisée  3 (6,5 %) 





Tableau 3 - Complications urinaires post-transplantation.
  Sténose (n =27)  Fistule (n =19)  p  
Délai médian avant découverte de la complication (jours)   48 (valeurs extrêmes : 11;555)  12 (valeurs extrêmes : 2;41)  p <0,001 
Taux de complications       p <0,001 
Précoce (<1 mois)  8 (29,6 %)  17 (89,5 %) 
Tardive (>1 mois)  19 (70,4 %)  2 (10,5 %) 
Circonstances de découverte       p =0,0005 
Insuffisance rénale aiguë  26 (96,3 %)  4 (21,1 %) 
Infection  1 (3,7 %)  1 (5,3 %) 
Examen d'imagerie  0 (0 %)  3 (15,8 %) 
Urines dans les drains  0 (0 %)  3 (15,8 %) 
Écoulement urines à la paroi  0 (0 %)  5 (26,4 %) 
Douleurs abdominales  0 (0 %)  3 (15,8 %) 
Prise en charge initiale       p <0,0001 
Sonde de néphrostomie  21 (77,8 %)  2 (10,5 %) 
Endoprothèse urétérale double J  6 (22,2 %)  3 (15,8 %) 
Sonde urétérale extériorisée  0 (0 %)  1 (5,3 %) 
Sondage vésical  0 (0 %)  9 (47,4 %) 
Reprise chirurgicale d'emblée  0 (0 %)  4 (21,1 %) 





Tableau 4 - Les reprises chirurgicales.
  Sténose (n =27)  Fistule (n =19)  p  
Délai médian entre la transplantation et la reprise (jours)   243 (valeurs extrêmes : 40;1878)  21 (valeurs extrêmes : 4;94)  p <0,001 
Voies d'abord       p =0,0004 
Médiane  27 (100 %)  10 (52,6 %) 
Fosse iliaque droite (Gibson)  0 (0 %)  5 (26,3 %) 
Fosse iliaque gauche (Gibson)  0 (0 %)  4 (21,1 %) 
Reconstruction urinaire       p =0,62 
Urétéro-vésicale  1 (3,7 %)  3 (15,8 %) 
Urétéro-urétérale ipsilatérale  12 (44,4 %)  8 (42,1 %) 
Pyélo-urétérale ipsilatérale  10 (37,0%)  4 (21,1 %) 
Urétéro-urétérale controlatérale  1 (3,7 %)  1 (5,3 %) 
Pyélo-urétérale controlatérale  1 (3,7 %)  1 (5,3 %) 
Pyélo-vésicale  2 (5,4 %)  1 (5,3 %) 
Non précisée  0 (0 %)  1 (5,3 %) 
Drainage voie excrétrice       p = 0,85  
Endoprothèse urétérale double J  22 (81,5 %)  14 (73,7 %) 
Sonde urétérale extériorisée  3 (11,1 %)  3 (15,8 %) 
Sonde de néphrostomie  2 (7,4 %)  1 (5,3 %) 
Non précisée  0 (0 %)  1 (5,3 %) 
Durée moyenne d'hospitalisation (jours)   15,9 (écart-type : ±7,7)  35,7 (écart-type : ±25,2)  p <0,001 





Tableau 5 - Résultats des reprises chirurgicales.
  Sténose (n =27)  Fistule (n =19)  p  
Succès primaire   14 (51,9 %)  12 (63,2 %)  p =0,45 
Causes d'échecs primaires   13 (48,1 %)  7 (36,8 %)  p =0,16 
Complications urinaires  13 
Décès 
Succès définitif   20 (74,1 %)  14 (73,7 %)  p =0,98 





Tableau 6 - Complications urinaires après reprise chirurgicale.
  Sténose  Fistule  p  
Nb de complications urinaires   13  p =0,007 
Sténose  12 (92,3 %)  2 (33,3 %) 
Fistule  1 (7,7 %)  4 (66,7 %) 
Délai médian d'apparition après reprise (jours)   48 (valeurs extrêmes : 4;357)  8 (valeurs extrêmes : 1 ;249)  p =0,06 
Prise en charge initiale       p =0,052 
Aucune  0 (0 %)  1 (16,7 %) 
Endoprothèse urétérale JJ  8 (61,5 %)  2 (33,3 %) 
Sonde urétérale extériorisée  0 (0 %)  2 (33,3 %) 
Sonde de néphrostomie  5 (38,5 %)  1 (16,7 %) 
Prise en charge secondaire       p =0,002 
Aucune  0 (0 %)  2 (33,3 %) 
Endoprothèse JJ temporaire  4 (30,8 %)  0 (0 %) 
Endoprothèse JJ à demeure  6 (46,2 %)  2 (33,3 %) 
Transplantectomie  0 (0 %)  2 (33,3 %) 
Reprise chirurgicale ultérieure  3 (23 %)  0 (0 %) 





Tableau 7 - Complications des reprises chirurgicales.
  Sténose (n =27)  Fistule (n =19)  p  
Infections (pyélonéphrite aiguë)   19 (70,4 %)  9 (47,4 %)  p =0,12 
Urinaires   13 (48,1 %)  6 (31,6 %)  p =0,26 
Pariétales   4 (14,8 %)  2 (10,5 %)  p =0,67 
Digestives   0 (0 %)  2 (10,5 %)  p =0,09 
Mortalité   0 (0 %)  1 (5,3 %)  p =0,23 
Complications selon Clavien       p =0,13 
Pas de complication  0 (0 %)  2 (10,5 %) 
Grade 1  5 (18,5 %)  1 (5,3 %) 
Grade 2  18 (66,7 %)  11 (57,9 %) 
Grade 3a  1 (3,7 %)  0 (0 %) 
Grade 3b  3 (11,1 %)  1 (5,3 %) 
Grade 4a  0 (0 %)  2 (10,5 %) 
Grade 4b  0 (0 %)  1 (5,3 %) 
Grade 5  0 (0 %)  1 (5,3 %) 
Complications graves (Clavien grade ≥ 4a)   0 (0 %)  4 (21,1 %)  p =0,01 




Références



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