Place de la témocilline dans le traitement des infections urinaires

25 octobre 2017

Auteurs : M. Vallée, F. Bruyère, F. Roblot, L. Brureau
Référence : Prog Urol, 2017, 12, 27, 609-617
Introduction

La témocilline représente aujourd’hui une alternative pour traiter efficacement les infections urinaires parenchymateuses à entérobactéries productrices d’une β-lactamase à spectre élargie (EBLSE). L’objectif de cet article est de réaliser une revue de la littérature afin de préciser les indications et modalités d’utilisation de cette molécule.

Matériels et méthodes

Une revue systématique de la littérature a été réalisée selon les critères PRISMA. L’ensemble des recommandations nationales et internationales ont été revues concernant l’indication de l’utilisation de la témocilline dans les infections urinaires. Les données de cet antibiotique ont été explorées à la fois dans la librairie Cochrane, LILACS et dans Medline en utilisant les mots clés MeSH suivants : témocilline, β-lactamase à spectre élargie, infections urinaires, urine, prostate, épididyme, testicule, diffusion, pharmacocinétique, pharmacodynamie. Les articles et méta-analyses ont été sélectionnés selon leur méthodologie, leur langue (anglais/français), leur pertinence par rapport au sujet traité. Les articles ont été sélectionnés entre le 20/12/16 et le 08/02/17.

Résultats

La témocilline est une β-lactamine gardant une efficacité, vis-à-vis de 61 % à 90 % des souches d’EBLSE. Ces taux empêchent cependant son utilisation en probabiliste. La posologie recommandée par l’AMM et les sociétés savantes est actuellement, chez le patient normo-rénal, de 4 g par jour en 2 fois ou en continue après dose de charge de 2 g. Quelques études plaident, notamment en cas de situations cliniques difficiles ou de patients obèses, pour une administration de fortes doses (6g/24h, hors AMM) plutôt en perfusion continue. En effet, l’augmentation de la posologie ne semble pas s’accompagner d’une augmentation des effets indésirables. La diffusion urinaire est excellente et la diffusion prostatique semble suffisante pour la recommander, en l’absence d’alternative, pour le traitement des prostatites à EBLSE.

Conclusion

La témocilline représente aujourd’hui une alternative fiable pour le traitement des infections urinaires parenchymateuses à EBLSE documentées.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


À l'heure de l'augmentation croissante des résistances bactériennes aux antibiotiques, la recherche de nouvelles molécules pour le traitement des infections bactériennes devient un enjeu mondial de santé publique. L'émergence ces dernières années des infections dues à des entérobactéries productrices de β-lactamase à spectre élargie (EBLSE) a conduit à revoir profondément la stratégie de prise en charge des infections urinaires. Chez l'adulte bien portant (ou sans antécédent), l'étude de Nicolas-Chanoine et al. [1] menée en 2011 en Île-de-France rapportait une prévalence du portage digestif d'Escherichia coli producteur d'une β-lactamase à spectre élargie (BLSE) de 6 %, soit un taux de portage dix fois plus important qu'en 2006. En France, en 2015, 11 % des souches d'E . coli responsables d'infections invasives sont résistantes aux céphalosporines de 3e génération (C3G, tous mécanismes de résistance confondus) [2]. Concernant l'espèce Klebsiella pneumoniae , ce taux de résistance atteignait 30,5 % en 2015. En Europe, certains pays comme la Grèce ou la Bulgarie rapportent des taux de résistance de K . pneumoniae au C3G de plus de 70 % [3]. Certains pays présentent des taux dramatiquement élevés d'EBLSE, c'est le cas par exemple de l'Inde, où l'on trouve des taux parfois proches de 80 % pour certaines espèces [4].


Ceci a pour conséquence de devoir sans cesse modifier les attitudes de prescriptions et les recommandations des sociétés savantes vis-à-vis des infections liées à ces germes avec progressivement une escalade thérapeutique délétère sur l'ensemble du microbiote. Le risque est de se retrouver en impasse thérapeutique face à des infections bactériennes autrefois facilement curables.


La témocilline représente aujourd'hui une alternative pour traiter efficacement les infections urinaires parenchymateuses (prostatites, pyélonéphrites et épididymites) à EBLSE. Cette molécule connue depuis 1980 [5], et déjà utilisée par de nombreux pays européens depuis quelques années, a obtenu l'autorisation de mise sur le marché (AMM) en France pour les infections urinaires (IU) depuis le 1er avril 2015 mais son utilisation reste encore marginale. Son efficacité n'est parfois pas encore testée en routine sur les antibiogrammes de certains hôpitaux et a fortiori en ville.


L'objectif de cet article est de réaliser une revue de la littérature sur la témocilline afin de proposer un référentiel permettant aux urologues de savoir quand et comment utiliser cette molécule.


Matériels et méthodes


Recherche des études : cette revue systématique de la littérature a été réalisée selon les critères Preferred Reporting Items for Systematic review and Meta-analyses (PRISMA) [6]. L'ensemble des recommandations nationales et internationales ont été revues concernant l'indication de l'utilisation de la témocilline pour le traitement des infections urinaires. Les données de cet antibiotique ont été explorées à la fois dans la librairie Cochrane, LILACS et dans Medline (pubmed) à la date du 19/12/2016 en utilisant les mots clés MeSH suivants : témocilline, β-lactamase à spectre élargie, infections urinaires, urine, prostate, épididyme, testicule, diffusion, pharmacocinétique, pharmacodynamie. Les articles et méta-analyses ont été sélectionnés selon leur méthodologie, leur langue (anglais/français), leur pertinence par rapport au sujet traité. Une recherche électronique sur Internet a également permis d'identifier d'autres sources notamment les recommandations des sociétés savantes.


L'ensemble des articles a été sélectionné par un seul auteur suivi d'une vérification par les trois autres auteurs. L'ensemble des études recueillies, qu'elles soient rétrospectives ou prospectives, ont été analysées. L'ensemble des données retenues et analysées concernaient les données pharmacologiques et cliniques les plus récentes ou les plus fiables méthodologiquement (études utilisant les posologies recommandées à l'heure actuelle, études menées sur l'homme, étude évaluant l'efficacité clinique...) de manière à fournir une information la plus « à jour » possible. Les données les plus susceptibles d'être utiles à la pratique de l'urologue ont donc retenu toute notre attention.


Les études trop anciennes dont l'abstract n'était pas disponible ont été exclues d'emblée. Les études cliniques évaluant l'efficacité thérapeutique portant sur un trop faible effectif de patients ont également été exclues. Dans un premier temps, les résumés des articles sélectionnés ont été analysés. Les articles ont été sélectionnés entre le 20/12/16 et le 08/02/17.


Résultats


Nous avons identifié 253 études (Figure 1). Nous avons exclu 191 références au cours de la phase initiale de présélection sur la base du titre et du résumé (articles hors sujets, ne concernant pas directement la témocilline et son utilisation, études fondamentales...). Pour les 62 études restantes, nous avons effectué une lecture intégrale de l'article et éliminé 20 études parce qu'elles présentaient des biais trop importants (biais de confusion liés à l'utilisation concomitante d'autres molécules, biais de recrutement lié à l'utilisation de la témocilline chez des patients colonisés et non « malades ») ou une utilisation inadéquate de la témocilline. Les modèles murins n'étaient pas transposables à l'homme. Au final, nous avons retenu 38 études pour la réalisation de cette revue systématique de la littérature.


Figure 1
Figure 1. 

Flowchart de l'étude.




Histoire et particularités de la témocilline


Développée et commercialisée au Royaume-Uni par Beecham Pharmaceuticals dans les années 1980, la témocilline, antibiotique bactéricide à administration parentérale exclusive, a rapidement été abandonnée en raison de ce qui était alors perçu comme des inconvénients majeurs : une inefficacité contre les organismes à Gram positif, les anaérobies et Pseudomonas aeruginosa [5]. Elle a donc progressivement été délaissée pour finalement retrouver sa place ces dernières années dans l'arsenal thérapeutique avec l'émergence des EBLSE. En effet, les particularités moléculaires et biochimiques de la témocilline lui confèrent une stabilité contre une grande variété de β-lactamases, y compris la plupart des BLSE, des AmpCs (céphalosporinases hyperexprimées) et même certaines carbapénémases [7, 8, 9]. Néanmoins, certaines enzymes comme la β-lactamases OXA-48 sont capables d'hydrolyser de manière quasi systématique la témocilline limitant donc parfois son utilisation comme antibiotique de « réserve » [10].


Malgré des taux d'efficacité souvent faibles de la majeure partie des β-lactamines vis-à-vis des EBLSE, la témocilline, dans les études in vitro, garde une activité relativement élevée sur celles-ci allant de 61 % à 90 % selon les séries et la CMI retenue (8 à 16mg/L) [7, 8, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18]. Le seuil de sensibilité défini par le Comité de l'antibiogramme de la Société française de microbiologie est une CMI≤8mg/L, ce que valide certaines études [19, 20], cependant, il existe une incertitude sur des concentrations critiques avec actuellement trois propositions différentes au sein de l'Europe, dans l'attente d'un positionnement de l'EUCAST [21]. En Grande-Bretagne, la CMI limite retenue est de 32mg/L dans les infections urinaires basses et de 8mg/L pour les infections systémiques [22]. En Belgique, la sensibilité est définie par une CMI inférieure ou égale à 16mg/L [23]. Aux Pays-Bas, la sensibilité est fixée à 8mg/L, mais la résistance est définie pour une CMI supérieure à 32mg/L.


Spectre d'efficacité


En plus de son efficacité sur les EBLSE, la témocilline semble avoir un impact plutôt faible sur le microbiote [24], ceci s'expliquant probablement par un spectre relativement étroit. En effet, elle est essentiellement active sur les entérobactéries et n'a aucune activité vis-à-vis des bactéries anaérobies. Une étude de Fuchs et al. [23], cependant ancienne, relevait, pour des CMI≤16mg/L, que les espèces inconstamment sensibles (résistance acquise≥10 %) étaient les suivantes :

Enterobacter spp. ;
Serratia marcescens ;
Burkholderia cepacia .


Les espèces naturellement résistantes :

P . aeruginosa ;
Acinetobacter spp. ;
anaérobies ;
Gram positif.


Dans la majorité des situations cliniques rencontrées par l'urologue, la témocilline conserve donc un spectre intéressant mais l'on devra garder à l'esprit que le genre Enteroccocus et le pyocyanique, fréquemment rencontrés par l'urologue lors de co-infections, d'infections sur matériel ou de colonisations préopératoires n'y sont donc pas sensibles.


Posologie, tolérance et effets indésirables


La témocilline semble être bien tolérée même à des posologies plus élevées que celles recommandées par l'AMM. Actuellement, il est recommandé pour le traitement des IU sans signe de gravité, chez le patient normo-rénal, une posologie journalière de 4 g, soit en deux injections intraveineuses à 12heures d'intervalle (la voie intramusculaire est possible mais il faut dans ce cas reconstituer la témocilline avec de la lidocaïne pour éviter les douleurs au point d'injection), soit en perfusion continue après une dose de charge de 2 g [21]. Comme pour la plupart des β-lactamines, famille d'antibiotiques temps-dépendant, l'administration en continue après une dose de charge semble, d'un point de vue pharmacocinétique plus efficace [7, 23], notamment lors d'infections graves ou de patients obèses. En effet, chez ces patients, les posologies semblent pouvoir être portées à 6g/24h (hors AMM) [25] sans augmenter la fréquence des effets indésirables. Les études de De Jongh et al. et de Soubirou et al. sur des patients de réanimation tendent à confirmer l'intérêt d'une perfusion continue [19, 26] que ce soit de 4 ou de 6g/24h. Une posologie de 6g/24h en continue permet d'obtenir un temps passé avec des concentrations sériques supérieure à la CMI (pour une limite fixée à 16mg/L) de 99 %. Cette posologie semble avoir d'autant plus d'intérêt pour les infections urinaires masculines (prostatites et épididymites) compte tenu de la faible perméabilité aux antibiotiques de ces organes (voir partie dédiée). Par ailleurs, une étude utilisant cette posologie dans les infections urinaires à EBLSE a débuté en France [21].


Comme pour toutes les β-lactamines, les effets indésirables les plus redoutés sont les réactions allergiques parfois gravissimes. Il n'y a actuellement pas de données dans la littérature évoquant le risque d'allergies et d'allergies croisées avec d'autres β-lactamines. Il convient donc par prudence, notamment en cas d'antécédent d'allergie de type I avec des pénicillines ou des céphalosporines, de ne pas utiliser la témocilline. En cas d'insuffisance rénale, il convient d'adapter les posologies, notamment pour éviter les surdosages pouvant conduire à des troubles neurologiques avec convulsions. En effet, la demi-vie de la témocilline peut être jusqu'à 4 fois plus élevée selon la sévérité de l'insuffisance rénale [27, 28].


Dans l'étude de Habayeb et al. [29], la témocilline (en association avec de l'amoxicilline) à la posologie de 4g/j pour le traitement des pneumonies acquises en milieux hospitalier n'était responsable que de 4 % d'épisode diarrhéique contre 34 % pour l'association pipéracilline-tazobactam. Aucun cas d'infection à type de colite à C . difficile n'était rapportée dans le groupe témocilline contre 7 % dans le groupe pipéracilline-tazobactam.


Quelles sont les recommandations ?


Recommandations de l'EAU 2016 [30Pickard R., Bartoletti R., Bjerklund-Johansen T.E., Bonkat G., Bruyère F., Çek M., et al. EAU guidelines on urological infections  : (2016). Cliquez ici pour aller à la section Références], de l'AUA et de l'IDSA [31Bratzler D.W., Dellinger E.P., Olsen K.M., Perl T.M., Auwaerter P.G., Bolon M.K., et al. Clinical practice guidelines for antimicrobial prophylaxis in surgery Surg Infect 2013 ; 14 (1) : 73-156 [cross-ref]Cliquez ici pour aller à la section Références]


Il n'existe aucune recommandation ou information dans les recommandations les plus récentes concernant la témocilline de la part de ces sociétés savantes.


Recommandations de la SPILF-AFU ; actualisation de novembre 2015


Les indications de la témocilline retenues par les recommandations sur les infections urinaires communautaires de l'adulte datant de 2014, révisée en 2015 [21] sont les suivantes:

pyélonéphrite à entérobactérie productrice de BLSE, après confirmation de la sensibilité à la témocilline (y compris pyélonéphrite à risque de complication ou grave);
infection urinaire masculine à entérobactérie productrice de BLSE, après confirmation de la sensibilité à la témocilline, en l'absence d'alternative;
elle ne doit pas être utilisée en probabiliste.

Recommandations de la Haute Autorité de santé [32HAS Comission de transparence de la Haute Autorité de santé  : (2015). [Internet]. [cité 12 juin 2017]. Disponible sur :.
CT-14132_NEGABAN_PIC_INS_Avis2_CT14132.pdfCliquez ici pour aller à la section Références]


Actuellement la HAS recommande la témocilline chez les adultes et chez les enfants, pour le traitement des infections des voies urinaires compliquées (incluant les pyélonéphrites) et des bactériémies. Elle précise que l'intérêt de la témocilline réside dans le fait qu'elle pourrait être utilisée comme alternative aux antibiotiques à plus larges spectres (en particulier dans les infections causées par les EBLSE), pour diminuer la pression de sélection de ces antibiotiques et favoriser leur préservation. Elle limite son usage au cadre hospitalier.


Diffusion


Diffusion urinaire


Les données de pharmacocinétique/pharmacodynamie (PK/PD) sont encore mal connues pour la témocilline mais semblent être comparables à celles des autres β-lactamines. La fixation protéique est de l'ordre de 85 % [33]. La diffusion dans les voies urinaires est excellente puisque la témocilline est éliminée essentiellement par voie urinaire (57 % à 92 % selon la voie d'administration), sous forme inchangée [26, 33, 34, 35, 36]. Dans l'étude de Slocombe et al., on note des concentrations urinaires de l'ordre de 400 à 600mg/L 12 à 24heures après perfusion de 500mg [33]. Le résumé des caractéristiques du produit note après injection intramusculaire d'un gramme de témocilline, chez les sujets à fonction rénale normale, des concentrations urinaires dépassant 1300mg/L avec un temps de demi-vie oscillant entre 4,5heures et 5,4heures selon la voie d'administration [37].


Diffusion prostatique


Du fait de ses particularités anatomiques, la prostate est un organe naturellement peu accessible aux antibiotiques. En dehors de la phase aiguë du sepsis, les caractéristiques physiologiques (pH acide, capillaires non fenêtrés) de la prostate limitent la diffusion des antibiotiques à leur fraction non ionisée liposoluble [38].


Le résumé des caractéristiques du produit note des concentrations moyennes, 3heures après une injection de 1g en intramusculaire, de 8,25mg/L ce qui est limite au vue des CMI retenues. Il s'agit là néanmoins d'une dose faible par une voie moins favorable que l'intraveineuse [37].


Deux études font état de la diffusion de la témocilline au sein du parenchyme prostatique [39, 40]. Celle-ci semble être similaire aux autres β-lactamines avec des concentrations maximales de 4,7mg/kg retrouvées dans le tissu prostatique 3heures 45minutes après une injection d'un gramme de témocilline [39]. Dans l'étude de Baert et al., après l'injection intraveineuse de 2g de témocilline, on retrouve des concentrations moyennes dans la prostate de 38mg/kg, soit 35 % du taux sérique [40]. L'augmentation des posologies à 6g/24h (hors AMM) semble être une manière intéressante d'optimiser l'efficacité de ce traitement notamment lorsque la phase aiguë du sepsis et de la réaction inflammatoire est passée.


Diffusion testiculaire et épididymaire


À l'heure actuelle, aucune étude pharmacologique indexée n'a étudié ce point. Néanmoins, les caractéristiques physiologiques du testicule et de ses annexes, relativement proches de celles de la prostate, incitent à proposer, en l'absence d'alternative, l'utilisation de la témocilline dans les épididymites ou les orchiépididymites mais là aussi en augmentant les posologies à 6g/24h (hors AMM).


Études cliniques


Il existe peu d'études cliniques concernant l'usage de la témocilline pour les infections urinaires parenchymateuses. On note beaucoup de petites séries avec de nombreux biais soit de méthodologie, soit liés aux stratégies diagnostiques et thérapeutiques utilisées.


La série la plus récente et la plus fiable sur le plan méthodologique est celle de Balakrishnan et al. datant de 2011 [41]. Dans cette série rétrospective de 3 groupes (un groupe infection urinaire, un groupe bactériémie et un groupe pneumonie acquise en milieu de soins), pour les 42 patients traités pour une infection urinaire fébrile par 2 à 4 g de témocilline par jour, les taux de guérison clinique et microbiologique étaient respectivement de 90 % et 87 %. Il est à noter que ces résultats sont probablement minorés par des posologies utilisées trop faibles dans certains cas (2 g par jour).


Dans une série plus ancienne de 1985 incluant 29 patients (27 femmes, 2 hommes) atteints de pyélonéphrite ou de cystite, le taux de guérison clinique et bactériologique était de 93 % [42]. Dans une série datant de 1985, des taux de guérison ou d'amélioration clinique proche de 85 % étaient rapportés pour des patients présentant des infections sévères (respiratoires, urinaires ou digestives) requérant une hospitalisation en unité de soins intensifs [43].


Chez l'enfant [44], 22 patients âgés de 3 mois à 13 ans ont été traités pour une pyélonéphrite par de la témocilline intraveineuse à une posologie de 25mg/kg/12heures pour une durée moyenne de 5,9jours. Une amélioration clinique a été obtenue après 24-36h chez tous les enfants pour lequel un germe sensible à la témocilline était isolé. La guérison biologique était de 100 % (Tableau 1).


Discussion


La témocilline est donc une alternative intéressante en cas d'infections urinaires parenchymateuses simples et compliquées dues à des EBLSE ou des souches hyperproduisant une céphalosporinase. Son inconvénient majeur est la nécessité d'avoir une infection documentée, les taux de résistances en communautaire ne permettant pas son utilisation en probabiliste. Par ailleurs, cet antibiotique souffre encore de la méconnaissance des prescripteurs ce qui fait qu'il n'est parfois pas testé de manière systématique lors de la mise en évidence d'une EBLSE.


Sa sécurité d'utilisation et son faible impact sur le microbiote semblent être des atouts majeurs pour faire face à l'augmentation des infections urinaires parenchymateuses à EBLSE tout en préservant l'écologie bactérienne. Cette molécule permet, dans certains cas, d'épargner les carbapénèmes.


Néanmoins, il existe encore peu de recul sur l'utilisation en pratique clinique courante de cet antibiotique et sa place dans l'arsenal thérapeutique reste à définir précisément. Les risques d'échec cliniques ou ceux liés aux effets indésirables sont encore peu évalués. Les caractéristiques PK/PD doivent être précisées et la CMI doit être consensuelle au niveau européen. Ces données de la littérature plaident pour une utilisation à forte dose (6g/24h; hors AMM) ce que semble également confirmer l'expérience clinique. Un monitorage des concentrations sériques devrait être envisagé dans les situations à risque telles que les infections sévères ainsi que chez le patient obèse ou insuffisant rénal. Au vue de la littérature, une révision de son AMM et de sa posologie semblent être nécessaire pour pouvoir traiter des infections graves ou réputées difficiles à traiter (prostatites, épididymites).


Enfin son coût peut constituer actuellement un frein à son utilisation puis qu'à une posologie de 6g/24h, le traitement revient à 180 € par jour.


Conclusion


La témocilline représente aujourd'hui une alternative fiable pour le traitement des infections urinaires parenchymateuses à EBLSE documentées. Néanmoins, ses modalités précises d'utilisation et notamment sa posologie optimale pour le traitement des prostatites et des épididymites restent à préciser.


Les spécialités à disposition :

témocilline 1g, poudre pour solution injectable B/1 flacon (CIP : 34009 300 045 2 4) ;
témocilline 2g, poudre pour solution injectable ou perfusion B/1 flacon (CIP : 34009 300 045 3 1) ;
depuis avril 2016, ce médicament à délivrance hospitalière unique est rétrocédable et peut donc être utilisé en ambulatoire via l'aide de prestataires de soins à domicile ou une hospitalisation à domicile.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Synthèse des études cliniques retenues concernant l'utilisation de la témocilline.
Études  Type de patients et d'infection  Dosage utilisé  Administration utilisée  Effets secondaires  Efficacité clinique 
Recommandations SPILF - novembre 2015 [21 Infections urinaires fébriles  4g/j  2 prises IV ou en continue  Adapter la posologie à la fonction rénale pour éviter le risque de surdosage avec un risque de convulsion   
Laterre et al. (2015) [7 Patients de réanimation. Infections pulmonaires, urinaires ou abdominales  6g/j  En continue  Aucune neurotoxicité rapportée. Un cas de colite à Clostridium difficile chez un patient traité auparavant par céfuroxime et métronidazole  2 groupes de 14 patients : administration continue versus discontinue : 93 % de guérison versus 79 % 
Habayeb et al. (2015) [29 Patients ayant acquis une pneumonie en milieu hospitalier  4g/j  2 prises IV  4 % de diarrhée pas de colite à C . difficile   Comparaison du groupe amoxicilline+témocilline (96 patients) versus pipéracilline-tazobactam (92 patients) : 82 % de guérison versus 80 % 
De Jongh et al. (2008) [26 Patients de réanimation avec infections pulmonaires ou urinaires (1 seul cas)  4g/j  En continue  Aucun rapporté y compris l'incompatibilité avec d'autres médicaments ou neurotoxicité  2 groupes : 6 patients en administration continue versus 7 en discontinu: 100 % de guérison versus 85,7 % 
Balakrishnan et al. (2011) [41 Série rétrospective de 3 groupes (un groupe infection urinaire, un groupe bactériémie et un groupe pneumonie acquise en milieu de soins), 42 patients traités pour une infection urinaire fébrile par 2 à 4g de témocilline par jour  2 à 4g/j  1 à 2 prises IV  Diarrhée et 2 épisodes de colite à C . difficile mais non attribuables formellement à la témocilline  Taux de guérison clinique et microbiologique respectivement de 90 % et 87 % 
Asbach et al. (1985) [42 29 patients (27 femmes, 2 hommes) atteints de pyélonéphrite ou de cystite  1g/j  2 prises IV  Aucun rapporté  Taux de guérison clinique et bactériologique était de 93 % 
Offenstadt et al. (1985) [43 Patients présentant des infections sévères de type bactériémie (19), respiratoires (4), urinaires (10) ou digestives (4) requérant une hospitalisation en unité de soins intensifs  4g/j  2 prises IV  Aucun rapporté  Taux de guérison ou d'amélioration clinique proche de 85 % 
Verboven et al. (1987) [44 22 enfants âgés de 3 mois à 13 ans présentant une infection urinaire sévère compliquée ou non de bactériémie  25mg/kg  2 prises IV  Aucun rapporté  Une amélioration clinique a été obtenue après 24-36h chez tous les enfants pour lequel un germe sensible à la témocilline était isolé. La guérison biologique était de 100 % 



Légende :
IV: intraveineuse.


Références



Nicolas-Chanoine M.-H., Gruson C., Bialek-Davenet S., Bertrand X., Thomas-Jean F., Bert F., et al. 10-Fold increase (2006-11) in the rate of healthy subjects with extended-spectrum (-lactamase-producing Escherichia coli faecal carriage in a Parisian check-up centre) J Antimicrob Chemother 2013 ;  68 (3) : 562-568 [cross-ref]
Résistance aux anti-infectieux/Maladies infectieuses/Dossiers thématiques/Accueil [Internet]. [cité 7 févr 2017]. Disponible sur : Resistance-aux-anti-infectieux.
Padmini N., Ajilda A.A.K., Sivakumar N., Selvakumar G. Extended spectrum β-lactamase producing Escherichia coli and Klebsiella pneumoniae : critical tools for antibiotic resistance pattern J Basic Microbiol 2017 ;  57 (6) : 460-470
Livermore D.M., Tulkens P.M. Temocillin revived J Antimicrob Chemother 2009 ;  63 (2) : 243-245
Moher D., Liberati A., Tetzlaff J., Altman D.G.The PRISMA Group Preferred reporting items for systematic reviews and meta-analyses: The PRISMA Statement PLoS Med 2009 ;  6 (7) : e1000097
Laterre P.-F., Wittebole X., Velde S.V.de, Muller A.E., Mouton J.W., Carryn S., et al. Temocillin (6g daily) in critically ill patients: continuous infusion versus three times daily administration J Antimicrob Chemother 2015 ;  70 (3) : 891-898 [cross-ref]
Giske C.G. Contemporary resistance trends and mechanisms for the old antibiotics colistin, temocillin, fosfomycin, mecillinam and nitrofurantoin Clin Microbiol Infect 2015 ;  21 (10) : 899-905 [cross-ref]
Rodriguez-Villalobos H., Malaviolle V., Frankard J., de Mendonça R., Nonhoff C., Struelens M.J. In vitro activity of temocillin against extended spectrum beta-lactamase-producing Escherichia coli J Antimicrob Chemother 2006 ;  57 (4) : 771-774 [cross-ref]
Livermore D.M., Warner M., Mushtaq S., Doumith M., Zhang J., Woodford N. What remains against carbapenem-resistant Enterobacteriaceae? Evaluation of chloramphenicol, ciprofloxacin, colistin, fosfomycin, minocycline, nitrofurantoin, temocillin and tigecycline Int J Antimicrob Agents 2011 ;  37 (5) : 415-419 [cross-ref]
Rodriguez-Villalobos H., Bogaerts P., Berhin C., Bauraing C., Deplano A., Montesinos I., et al. Trends in production of extended-spectrum β-lactamases among Enterobacteriaceae of clinical interest: results of a nationwide survey in Belgian hospitals J Antimicrob Chemother 2011 ;  66 (1) : 37-47 [cross-ref]
Titelman E., Iversen A., Kahlmeter G., Giske C.G. Antimicrobial susceptibility to parenteral and oral agents in a largely polyclonal collection of CTX-M-14 and CTX-M-15-producing Escherichia coli and Klebsiella pneumoniae ResearchGate 2011 ;  119 (12) : 853-863 [cross-ref]
Kim B., Kim J., Seo M.-R., Wie S.-H., Cho Y.K., Lim S.-K., et al. Clinical characteristics of community-acquired acute pyelonephritis caused by ESBL-producing pathogens in South Korea Infection 2013 ;  41 (3) : 603-612 [cross-ref]
Fournier D., Chirouze C., Leroy J., Cholley P., Talon D., Plésiat P., et al. Alternatives to carbapenems in ESBL-producing Escherichia coli infections Med Mal Infect 2013 ;  43 (2) : 62-66 [inter-ref]
Giamarellou H. beta-Lactams without a suicide inhibitor Clin Microbiol Infect 2008 ;  14 (Suppl. 1) : 194-197 [cross-ref]
Maurer F.P., Castelberg C., Quiblier C., Bloemberg G.V., Hombach M. Evaluation of carbapenemase screening and confirmation tests with Enterobacteriaceae and development of a practical diagnostic algorithm J Clin Microbiol 2015 ;  53 (1) : 95-104 [cross-ref]
Kandel B.P., Bhatta D.R., Shakya G., Upadhayay B.P., Dumre S.P., Poudyal S., et al. In vitro Temocillin efficacy against extended spectrum β-lactamase producing multidrug resistant Gram negative bacterial isolates from Nepal Nepal Med Coll J 2014 ;  16 (2-4) : 144-147
Zykov I.N., Sundsfjord A., Småbrekke L., Samuelsen Ø. The antimicrobial activity of mecillinam, nitrofurantoin, temocillin and fosfomycin and comparative analysis of resistance patterns in a nationwide collection of ESBL-producing Escherichia coli in Norway 2010-2011 Infect Dis (Lond) 2016 ;  48 (2) : 99-107 [cross-ref]
Soubirou J.F., Rossi B., Couffignal C., Ruppé E., Chau F., Massias L., et al. Activity of temocillin in a murine model of urinary tract infection due to Escherichia coli producing or not producing the ESBL CTX-M-15 J Antimicrob Chemother 2015 ;  70 (5) : 1466-1472 [cross-ref]
Seo M.-R., Kim S.-J., Kim Y., Kim J., Choi T.Y., Kang J.O., et al. Susceptibility of Escherichia coli from community-acquired urinary tract infection to fosfomycin, nitrofurantoin, and temocillin in Korea J Korean Med Sci 2014 ;  29 (8) : 1178-1181 [cross-ref]
SPILF Infections urinaires communautaires de l'adulte: actualisation: place du triméthoprime et de la témocilline  :  (2015). 
Andrews J.M., Jevons G., Walker R., Ashby J., Fraise A.P. Temocillin susceptibility by BSAC methodology J Antimicrob Chemother 2007 ;  60 (1) : 185-187 [cross-ref]
Fuchs P.C., Barry A.L., Thornsberry C., Jones R.N. Interpretive criteria for temocillin disk diffusion susceptibility testing Eur J Clin Microbiol 1985 ;  4 (1) : 30-33 [cross-ref]
De Vries-Hospers H.G., Hofstra W., Welling G.W., van der Waaij D. Influence of temocillin on colonisation resistance and consequences for therapy Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 227-233 [cross-ref]
Karaiskos I., Giamarellou H. Multidrug-resistant and extensively drug-resistant Gram-negative pathogens: current and emerging therapeutic approaches Expert Opin Pharmacother 2014 ;  15 (10) : 1351-1370 [cross-ref]
De Jongh R., Hens R., Basma V., Mouton J.W., Tulkens P.M., Carryn S. Continuous versus intermittent infusion of temocillin, a directed spectrum penicillin for intensive care patients with nosocomial pneumonia: stability, compatibility, population pharmacokinetic studies and breakpoint selection J Antimicrob Chemother 2008 ;  61 (2) : 382-388 [cross-ref]
Boelaert J., Daneels R., Schurgers M., Mellows G., Swaisland A.J., Lambert A.M., et al. Effect of renal function and dialysis on temocillin pharmacokinetics Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 109-113 [cross-ref]
Höffler D., Koeppe P. Temocillin pharmacokinetics in normal and impaired renal function Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 135-139
Habayeb H., Sajin B., Patel K., Grundy C., Al-Dujaili A., Van de Velde S. Amoxicillin plus temocillin as an alternative empiric therapy for the treatment of severe hospital-acquired pneumonia: results from a retrospective audit Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2015 ;  34 (8) : 1693-1699 [cross-ref]
Pickard R., Bartoletti R., Bjerklund-Johansen T.E., Bonkat G., Bruyère F., Çek M., et al. EAU guidelines on urological infections  :  (2016). 
Bratzler D.W., Dellinger E.P., Olsen K.M., Perl T.M., Auwaerter P.G., Bolon M.K., et al. Clinical practice guidelines for antimicrobial prophylaxis in surgery Surg Infect 2013 ;  14 (1) : 73-156 [cross-ref]
HAS Comission de transparence de la Haute Autorité de santé  :  (2015). [Internet]. [cité 12 juin 2017]. Disponible sur :.
CT-14132_NEGABAN_PIC_INS_Avis2_CT14132.pdf
Slocombe B., Basker M.J., Bentley P.H., Clayton J.P., Cole M., Comber K.R., et al. BRL 17421, a novel beta-lactam antibiotic, highly resistant to beta-lactamases, giving high and prolonged serum levels in humans Antimicrob Agents Chemother 1981 ;  20 (1) : 38-46 [cross-ref]
Cockburn A., Mellows G., Jackson D., White D.J. Temocillin. Summary of safety studies Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 103-105 [cross-ref]
Modr Z., Morávek J., Dvorácek K., Sechser T., Janků I., Krebs V. Pharmacokinetics of temocillin after intravenous and intramuscular administration Czech Med 1986 ;  9 (4) : 181-186
Overbosch D., van Gulpen C., Mattie H. Renal clearance of temocillin in volunteers Drugs. 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 128-134 [cross-ref]
Résumé des caractéristiques du produit [Internet]. [cité 12 juin 2017]. Disponible sur : R0251545.htm.
Naber K.G., Sorgel F. Antibiotic therapy: rationale and evidence for optimal drug concentrations in prostatic and seminal fluid and in prostatic tissue Andrologia 2003 ;  35 : 331-335 [cross-ref]
Gould J.G., Meikle G., Cooper D.L., Horton R. Temocillin concentrations in human tissues Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 167-170 [cross-ref]
Baert L., Aswarie H., Verbist L., Horton R. Penetration of temocillin into prostatic tissue after intravenous dosing Acta Clin Belg 1989 ;  44 (5) : 358-359 [cross-ref]
Balakrishnan I., Awad-El-Kariem F.M., Aali A., Kumari P., Mulla R., Tan B., et al. Temocillin use in England: clinical and microbiological efficacies in infections caused by extended-spectrum and/or derepressed AmpC-lactamase-producing Enterobacteriaceae J Antimicrob Chemother 2011 ;  66 (11) : 2628-2631 [cross-ref]
Asbach H.W., Becker-Boost E., Melekos M.D. Clinical evaluation of temocillin in urinary tract infections Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 175-177 [cross-ref]
Offenstadt G., Lesage D., Hericord P., Pinta P., Leaute J.B., Amstutz P. Temocillin treatment of serious infections due to gram-negative bacilli in an intensive care unit Drugs 1985 ;  29 (Suppl. 5) : 213-220 [cross-ref]
Verboven M., Lauwers S., Pintens H. Temocillin in the treatment of pyelonephritis in children Drugs Exp Clin Res 1987 ;  13 (3) : 171-173






© 2017 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.