Métastase cutanée d'un séminome testiculaire pur

25 janvier 2011

Auteurs : H. Tazi, M. Badraoui, S. Qasmi, B. Hassam
Référence : Prog Urol, 2011, 1, 21, 76-78




 




Introduction


Le séminome pur est une néoplasie développée à partir des cellules germinales du testicule chez l’homme. Il est d’aspect homogène comportant un infiltrat lymphocytaire sans aucune autre composante, survenant chez l’homme préférentiellement entre 30 et 35 ans. Il représente 45 % des tumeurs germinales. Il donne lieu à des métastases essentiellement pulmonaires, hépatiques ou cérébrales [1]. Nous rapportons le premier cas de métastase cutanée secondaire à un séminome testiculaire pur.


Cas clinique


M. B.A. âgé de 56 ans, sans antécédents pathologiques particuliers, avait depuis un mois une augmentation du volume de la bourse gauche évoluant dans un contexte d’altération de l’état général et d’amaigrissement. L’examen clinique notait un testicule gauche dur, augmenté de volume et irrégulier. La palpation abdominale mettait en évidence une masse paraombilicale gauche fixée et dure. Le reste de l’examen notait la présence d’un nodule sous-cutané dorsal paravertébral droit, discrètement érythémateux, de consistance ferme, mesurant 2cm de grand axe bien limité (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Nodule sous-cutané dorsal paravertébral.




Sur le plan biologique, les deux marqueurs tumoraux liés aux tumeurs germinales notamment l’alphafoetoprotéïne (⍺-FP) et l’hormone chorionique gonadotrope (β-HCG), étaient normales. La lacticodéshydrogénase (LDH), marqueur non spécifique de volume tumoral, était élevée à 640UI/l. L’échographie testiculaire confirmait la présence d’un nodule au niveau du testicule gauche de 41×33mm, tissulaire hypoéchogène.

Une orchidectomie gauche par voie haute inguinale avait été réalisée. Une exérèse de la masse sous-cutanée avait été effectuée dans le même temps opératoire.

L’examen histologique de la pièce d’orchidectomie avait révélé un aspect typique de séminome pur constitué de plages de cellules néoplasiques lobulées par de fins septas fibreux avec un stroma lymphoïde (Figure 2). Un envahissement vasculaire et de l’albuginée était noté. Aucune autre composante histologique n’avait été trouvée.


Figure 2
Figure 2. 

Histologie. Aspect typique de séminome. Cellules tumorales avec stroma lymphoïde. HE×200.




L’immunohistochimie montrait un marquage diffus de la prolifération des cellules tumorales à l’anticorps anti-CD117 (Figure 3), et une absence de marquage des cellules tumorales à l’anticorps anti-cytokératine.


Figure 3
Figure 3. 

Immuno-marquage. Anticorps anti-CD117 positif. (polyclonal, DAKO)×400.




L’analyse anatomopathologique du nodule cutané révéla les mêmes caractéristiques histologiques de la tumeur testiculaire.

Le bilan d’extension, notamment la TDM abdomino-pelvienne mettait en évidence un magma ganglionnaire rétro péritonéal avec des métastases surrénaliennes bilatérales. La TDM thoracique objectivait une lymphangite carcinomateuse péribronchovasculaire et des adénomégalies médiastinales.

Deux cycles de chimiothérapie à base de BEP : Bléomycine-Etoposide-Cisplatine avaient été prescrit. L’évolution était marquée par une altération progressive de l’état général et le décès du patient après six mois.


Discussion


La peau, contrairement aux organes viscéraux tels le poumon et le foie, est un site peu commun de localisations métastatiques. Leur incidence, toutes tumeurs confondues, est estimée entre 1,4 % et 4,4 % [2].

Les cancers primitifs qui métastasent le plus souvent au niveau de la peau sont les cancers du sein, du côlon et le mélanome chez la femme ; et les cancers du poumon, du côlon et le mélanome chez l’homme [3]. Ainsi, 3 à 15 % des patients ayant des métastases cutanées présentent une maladie disséminée et des métastases multiples. Généralement, l’extension métastatique au niveau de la peau est considérée comme un signe de mauvais pronostic [3].

Dans le séminome, représentant 45 % des tumeurs germinales, les formes métastatiques sont beaucoup plus rares que dans les tumeurs germinales non séminomateuses, qu’il s’agisse de l’extension rétropéritonéale représentant 15 à 20 % des cas, ou de l’extension métastatique viscérale dans 5 % des cas [1].

Les métastases cutanées sont rares et inhabituelles. Dans sa revue de littérature, Ameur et al. [4] ont recensé dix cas de métastases cutanées d’un choriocarcinome testiculaire. Dueland et al. [5] ont rapporté un cas de localisation secondaire cutanée d’un carcinome embryonnaire. Notre patient est le premier rapporté dans la littérature ayant une métastase cutanée d’un séminome testiculaire pur.

Les métastases cutanées des tumeurs germinales du testicule se présentent souvent sous forme de nodules infiltrants rouges à violacés et hémorragiques. Ces nodules se localisent le plus souvent au niveau du tronc, de la face et du cuir chevelu [2].

Histologiquement, les métastases cutanées d’un cancer du testicule peuvent soit reproduire l’aspect histologique de la tumeur primitive, soit former d’autres contingents, parfois plus indifférenciés et de pronostic différent [4]. Le choriocarcinome représente le type le plus fréquemment retrouvé. Il est souvent associé dans des proportions variables avec d’autres types histologiques et il est rare de trouver une tumeur dite pure. Cette éventualité ne représente que 1 à 2 % des tumeurs testiculaires [2]. Notre cas est unique du fait que l’examen histologique aussi bien de la pièce d’orchidectomie que du nodule cutané, a révélé la présence d’un séminome pur.

Dans la plupart des cas rapportés dans la littérature, le traitement a consisté en l’exérèse de la lésion cutanée en zone saine associée à une orchidectomie. Le protocole de chimiothérapie était variable d’un cas à l’autre, mais associait le plus souvent la bléomycine, la cisplatine et l’étoposide. Le pronostic de ces patients ayant une métastase cutanée sur tumeur germinale testiculaire est habituellement mauvais, avec une survie allant d’un mois à 14 mois [2, 4], malgré l’instauration d’une chimiothérapie correctement conduite.


Conclusion


Notre cas clinique est instructif à différents points de vue. Une métastase cutanée unique concomitante d’un séminome testiculaire pur est extrêmement rare. Il existe déjà le plus souvent une diffusion métastatique évoluée mais méconnue lorsqu’une tumeur germinale est révélée par une métastase cutanée expliquant le mauvais pronostic de ces patients malgré la chimiothérapie adjuvante.


Conflit d’intérêt


Aucun.



Références



Houlgatte A., Bauduceau O. Tumeurs germinales séminomateuses du testicule : diagnostic et traitement Ann Urol 2005 ;  39 : 159-169 [inter-ref]
Gleizal A., Torossian J.M., Geha H., Lebreton F., Beziat J.L. Les métastases cutanées révélatrices des choriocarcinomes : revue de la littérature. À propos d’une localisation nasale d’origine testiculaire Ann Chir Plast Esthet 2005 ;  50 : 237-241 [cross-ref]
Spencer P.S., Helm T.N. Skin metastases in cancer patients Cutis 1987 ;  39 : 119
Ameur A., el Haouri M., Lezrek M., Beddouch A. Cutaneous metastasis revealing a testicular choriocarcinoma Prog Urol 2002 ;  12 : 690-691
Dueland S., Wist E., Loberg M., Iversen J. Cutaneous relapse of testicular embryonic carcinoma J Urol 2001 ;  165 : 909 [cross-ref]






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