L’infectiologie urinaire, un métier d’avenir ?

25 juin 2018

Auteurs : M. Vallée, F. Bruyère
Référence : Prog Urol, 2018, 8, 28, 405-406




 



Les défis auxquels font face les chirurgiens urologues sont aujourd'hui nombreux. À l'heure de l'avènement de l'immunothérapie, dont la part dans le traitement des cancers va grandissante, la part médicale de notre profession s'étoffe peu à peu et notre titre de spécialité médicochirurgicale prend alors tout son sens. De nouvelles perspectives apparaissent chaque année et la philosophie du traitement évolue avec celles-ci amenant les jeunes urologues à étoffer leur savoir et leurs compétences par de nouveaux diplômes comme le DESC d'oncologie. La place prise par la cancérologie dans notre métier est à juste titre prépondérante mais il convient de ne pas oublier les autres champs de notre profession qui eux aussi changent.


L'infectiologie urinaire a parfois mauvaise réputation au sein de notre communauté pour diverses raisons comme sa complexité, son éloignement du cÅ“ur de notre métier et l'absence de support par l'industrie pharmaceutique. Mais cette sous-spécialité, parfois loin des préoccupations des chirurgiens que nous sommes, présente pourtant un potentiel immense !


Depuis de nombreuses années déjà, les rapports alarmants concernant l'avenir de l'efficacité des antibiotiques se succèdent, le plus marquant étant celui de l'Organisation mondiale de la santé paru en 2014 [1]. Alors que l'on croyait ce problème résolu depuis des décennies, le spectre de voir à nouveau la mortalité due aux maladies infectieuses augmentée plane au-dessus de nous. Les antibiotiques représentent aujourd'hui notre unique arme thérapeutique vis-à-vis des infections et cette arme ne cesse de devenir moins forte.


En 2015, dans notre pays, 11 % des souches d'E . coli responsables d'infections invasives étaient résistantes aux céphalosporines de 3e génération (C3G, tous mécanismes de résistance confondus) là où ces résistances étaient quasi inexistantes au début des années 2000. En Grèce ou en Bulgarie, 70 % des souches de K. pneumoniae sont résistantes aux C3G. Enfin, certains pays comme l'Inde présente parfois des taux d'entérobactéries productrices de β-lactamase à spectre élargie (EBLSE) de plus de 80 % [2, 3].


Entre 2000 et 2015, la consommation mondiale d'antibiotiques a augmenté de 65 % [4], alors que l'ensemble des experts mondiaux s'accordent pourtant à dire que la prescription d'antibiotiques doit être réduite et limitée. Ces messages sont écoutés partiellement dans les pays « riches » où la consommation reste relativement stable, mais l'amélioration du niveau de vie et des systèmes de santé de pays comme la Chine ou l'Inde entraîne une explosion de la consommation d'antibiotiques.


Il est effectivement indispensable aujourd'hui d'alerter les prescripteurs que nous sommes sur ces réalités. Mais n'est-ce pas déjà trop tard ? Ne devons-nous pas dès à présent changer notre vision de l'infectiologie urinaire ? Pour prendre un exemple, l'arsenal thérapeutique en oncologie urologique est aujourd'hui immense : chirurgie, radiothérapie, surveillance active, chimiothérapie, hormonothérapie, antiangiogéniques, immunothérapie sont autant de traitements à la disposition de l'urologue et de ses patients. Les vaccins n'ayant pas encore d'utilité pratique à court terme en infectiologie urinaire en dehors de la cystite récidivante [5, 6], comment peut-on aujourd'hui en comparaison se contenter des seuls antibiotiques que nous utilisons depuis 1928, date de la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming, pour traiter des infections parfois mortelles ?


Biopsie en fusion d'images IRM, TEP-PSMA, TEP-choline, IRM sont autant d'exemples de systèmes d'imageries utilisés dans le cancer de la prostate tandis que le diagnostic d'infection urinaire se fait toujours par les mêmes méthodes antédiluviennes qu'il y a 100 ans. Doit-on encore s'échiner à vouloir prouver que la bandelette urinaire pourrait avoir un intérêt dans la détection des infections urinaires alors que nous en sommes à l'heure de la génétique en cancérologie ?


Il semble donc aujourd'hui important de revoir et de repenser notre stratégie quant à nos moyens de détections, de traitements et à la manière dont nous devons aborder ces pathologies. L'avènement de nouveaux concepts comme le microbiote urinaire et la non stérilité des voies urinaires sont en train de complètement changer notre approche dans la compréhension de la pathologie infectieuse urinaire mais aussi des autres pathologies [7]. Les nouvelles théories physiopathologiques qui en découlent vont à n'en pas douter être les vecteurs de nouveaux moyens de détection et de traitement des infections où la génétique aussi bien bactérienne qu'humaine aura une place prépondérante.


L'infectiologie urinaire doit à son tour prendre le train de l'innovation et les jeunes urologues doivent y apporter leur contribution et leurs idées modernes qui permettront de changer notre approche et notre vision de ces pathologies. Car nous seuls aujourd'hui sommes capables de comprendre tous les enjeux que cela représente pour notre profession. Qu'on le veuille ou non, l'infectiologie urinaire représente une part quotidienne de notre activité clinique aussi bien lors de nos consultations que dans notre activité chirurgicale et il nous appartient donc de relever ces nouveaux défis !


Déclaration de liens d'intérêts


Maxime Vallée effectue actuellement une année recherche avec le soutien financier de l'Association française d'urologie (via les laboratoires GSK) et de l'association européenne d'urologie (EAU).



Références



World Health, Organization Antimicrobial resistance: global report on surveillance  Geneva, Switzerland: World Health Organization (2014). 232
Vallée M., Bruyère F., Roblot F., Brureau L. Temocillin and urinary tract infections Prog Urol 2017 ;  27 (12) : 609-617 [inter-ref]
Padmini N., Ajilda A.A.K., Sivakumar N., Selvakumar G. Extended spectrum β-lactamase producing Escherichia coli and Klebsiella pneumoniae: critical tools for antibiotic resistance pattern J Basic Microbiol 2017 ;  57 (6) : 460-470 [cross-ref]
Klein E.Y., Van Boeckel T.P., Martinez E.M., Pant S., Gandra S., Levin S.A., et al. Global increase and geographic convergence in antibiotic consumption between 2000 and 2015 Proceedings of the National Academy of Sciences :  (2018). 
201717295
Huttner A., Hatz C., van den Dobbelsteen G., Abbanat D., Hornacek A., Frölich R., et al. Safety, immunogenicity, and preliminary clinical efficacy of a vaccine against extraintestinal pathogenic Escherichia coli in women with a history of recurrent urinary tract infection: a randomised, single-blind, placebo-controlled phase 1b trial Lancet Infect Dis 2017 ;  17 (5) : 528-537 [inter-ref]
Yang B., Foley S. First experience in the UK of treating women with recurrent urinary tract infections with the bacterial vaccine Uromune® BJU Int 2018 ;  121 (2) : 289-292 [cross-ref]
Whiteside S.A., Razvi H., Dave S., Reid G., Burton J.P. The microbiome of the urinary tract - a role beyond infection Nat Rev Urol 2015 ;  12 (2) : 81-90 [cross-ref]






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