La chirurgie vaginale prothétique peut-elle être proposée aux patientes âgées de plus de 75 ans ?

25 mars 2018

Auteurs : L. Allègre, S. Abdirahman, A. Hedde, B. Fatton, R. de Tayrac
Référence : Prog Urol, 2018, 4, 28, 221-229
Introduction

La chirurgie par voie vaginale est souvent privilégiée pour le traitement du prolapsus chez les patientes âgées. Cependant peu de données existent sur les résultats de la chirurgie prothétique dans cette population. L’objectif de cette étude était donc d’évaluer l’efficacité ainsi que les complications de la chirurgie vaginale prothétique chez les patientes âgées de plus de 75 ans par rapport aux patientes plus jeunes.

Matériel et méthodes

Une étude rétrospective monocentrique incluait toutes les patientes bénéficiant d’une cure de prolapsus par sacrospinofixation prothétique par voie antérieure. Le critère de jugement principal était le succès anatomique au moment du dernier suivi correspondant à un stade POP-Q strictement inférieur à 2. Les critères de jugements secondaires étaient le taux de complications ainsi que les résultats fonctionnels urinaires, colorectaux et sexuels.

Résultats

Trois cents vingt-neuf patientes ont été inclues, 69 avaient 75 ans ou plus et 260 avait moins de 75 ans. La médiane de suivi était de 12 mois (écart interquartile : 6). Le taux de succès anatomique était statistiquement plus élevé chez les patientes âgées, 92 % versus 85 % dans le groupe moins de 75 ans (p =0,02). Cependant cette différence n’était plus significative après ajustement sur les facteurs de confusion (p =0,82). Les taux de complications per- et postopératoires étaient faibles et comparables dans les deux groupes y compris après ajustement sur les facteurs de confusion.

Conclusion

La chirurgie du prolapsus par double sacrospinofixation prothétique par voie vaginale chez les patientes âgées de plus de 75 ans semble permettre des résultats au minimum similaires aux patientes plus jeunes sans sur-risque de complications pour les patientes âgées.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Les troubles de la statique pelvienne sont une pathologie fréquente et invalidante avec une prévalence en population générale de 3 à 5 % et jusqu'à 50 % après examen clinique [1]. Les facteurs de risques de survenue d'un prolapsus sont notamment la parité, l'obésité, des facteurs génétiques mais également l'âge et la ménopause. L'impact de la carence estrogénique ainsi que de la perte de la masse musculaire associée au vieillissement sur la prévalence des troubles de la statique pelvienne ont été mentionnés dans plusieurs études [2, 3, 4]. En France, les personnes âgées de plus de 80 ans représentent désormais 5 à 6 % de la population totale. Selon les projections de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), ce chiffre pourrait atteindre 10 % en 2050 [5].


Le traitement du prolapsus chez les personnes âgées est peu évalué. Le pessaire est habituellement proposé aux patientes avant toute intervention chirurgicale [6, 7]. Il permet une amélioration de la qualité de vie des patientes mais pose le problème de l'acceptation initiale et à long terme de ce dispositif [8, 9]. Sur le plan chirurgical, le colpocléisis paraît être une alternative acceptable pour les patientes âgées de plus de 80 ans définitivement sexuellement inactives mais entraîne des taux de regret à long terme de l'ordre de 5 % [10]. La promontofixation par cÅ“lioscopie peut également être proposée aux patientes âgées. Boudy et al. en 2016 ont montré dans une étude bicentrique rétrospective des complications similaires quel que soit l'âge des patientes [11]. L'assistance robotique permettrait par ailleurs des durées d'hospitalisation plus courtes et une reprise plus rapide des activités quotidiennes [12]. Cependant la chirurgie par voie vaginale paraît être l'option à privilégier chez les patientes âgées. Elle permet par l'absence d'ouverture péritonéale une reprise plus rapide du transit et des activités [13]. Elle offre également la possibilité de réaliser le geste chirurgical sous anesthésie locorégionale. La chirurgie vaginale prothétique a montré sa supériorité en termes de succès anatomique par rapport à la chirurgie autologue dans le traitement de la cystocèle [13].


Une étude prospective récente rapporte dans une cohorte de 225 patientes des taux de succès objectif de 93 % chez les patientes âgées de plus de 75 ans associés à un taux d'exposition prothétique de seulement 3,9 % [14]. L'âge n'apparaît pas être un facteur de risque d'exposition prothétique ou de complications périopératoires [14, 15, 16]. Cependant, il existe des résultats contradictoires ; en effet l'augmentation des comorbidités associées à l'âge pourrait être un facteur de risque de complications [17, 18].


Les récentes alertes concernant la chirurgie prothétique par voie vaginale ont conduit à une diminution de leur utilisation [19, 20]. Néanmoins, actuellement de nouveaux kits prothétiques permettent une réduction des complications précédemment décrites. Parmi eux, la prothèse Uphold LITEâ„¢ (Boston Scientific, Voisins-le-Bretonneux, France) est une prothèse de faible grammage qui permet grâce à ses deux bras de réaliser une sacrospinofixation par voie antérieure. Cette technique a montré de bons résultats dans une étude préliminaire réalisée par notre équipe [21]. Le bénéfice de la chirurgie vaginale prothétique chez les patientes âgées doit être évalué. Notre hypothèse est que cette chirurgie pourrait permettre une réparation optimale du prolapsus avec des résultats similaires aux patientes plus jeunes, sans majoration du taux de complications. Ceci pourrait limiter le taux de réintervention chez des patientes fragiles en diminuant le nombre de récidives.


Le but de cette étude était donc de comparer les résultats et complications de la chirurgie prothétique utilisant la prothèse Upholdâ„¢ entre les patientes âgées de plus de 75 ans et les patientes plus jeunes.


Matériel et méthodes


Il s'agissait d'une étude observationnelle monocentrique rétrospective réalisée au CHU de Nîmes. Toutes les patientes ayant un prolapsus symptomatique de l'étage antérieur ou apical de stade supérieur ou égal à 2 selon la classification de l'International Continence Society Pelvic Organ Prolapse Quantification (ICS POP-Q) et bénéficiant d'un traitement chirurgical prothétique par voie vaginale ont été inclues.


Les patientes bénéficiaient d'un traitement chirurgical par sacrospinofixation prothétique par voie antérieure en utilisant la prothèse double bras de faible grammage Upholdâ„¢ ou Uphold LITEâ„¢ (Boston Scientific, Voisins-le-Bretonneux, France). Cette intervention était proposée en majorité aux patientes de plus de 65 ans ou multiopérées. Les patientes de moins de 65 ans ou sexuellement actives bénéficiaient pour la plupart d'une promontofixation. Les indications chirurgicales étaient discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire de statique pelvienne.


Le critère de jugement principal était le taux de succès anatomique lors de la dernière consultation postopératoire. Le succès anatomique était défini comme un prolapsus strictement inférieur à 2 selon la classification POP-Q pour tous les étages. L'examen clinique était pratiqué par le chirurgien référent ayant examiné la patiente en préopératoire, en position gynécologique vessie pleine sans besoin urgent, en poussée, en utilisant la classification ICS POP-Q.


Les critères de jugement secondaires étaient les taux de complications per- et postopératoires, ainsi que les résultats fonctionnels urinaires, colorectaux et sexuels. Les complications postopératoires étaient classées selon la classification de Clavien Dindo et les complications de stade supérieur ou égal au grade IIIa étaient considérées comme des complications graves. Les signes fonctionnels étaient évalués par le chirurgien référent par l'interrogatoire, l'incontinence urinaire d'effort (IUE) était également confirmée par l'objectivation de fuites lors d'effort de toux à l'examen clinique. L'hyperactivité vésicale (HAV) était définie par la survenue d'urgenturies associées ou non à une incontinence chez des patientes ne présentant ni infection urinaire ni pathologie organique pouvant expliquer la symptomatologie, selon la définition de l'ICS [22].


Les résultats étaient comparés dans deux cohortes d'âges différents : les patientes âgées de moins de 75 ans et les patientes âgées de 75 ans et plus.


Les données concernant les antécédents, les symptômes urinaires, colorectaux et sexuels et l'examen clinique étaient recueillies en pré- et postopératoire. Les données de l'examen urodynamique préopératoire étaient également recueillies.


Les interventions ont été réalisées par dix chirurgiens différents, tous formés à la chirurgie vaginale prothétique. Les procédures étaient conduites sous anesthésie générale ou locorégionale en fonction du choix de la patiente et des contre-indications anesthésiques.


Après infiltration de la paroi vaginale antérieure à la xylocaïne adrénalinée diluée à 1 %, une colpotomie sagittale médiane antérieure était réalisée. La cystocèle était disséquée jusqu'à ouvrir les fosses paravésicales. Les deux bras de la prothèse étaient ensuite passés à travers le ligament sacroépineux à 2cm de l'épine sciatique de chaque côté à l'aide du dispositif spécifique Capioâ„¢ ou Capio Slimâ„¢ (Boston Scientific, Voisins-le-Bretonneux, France). La prothèse était ensuite fixée au col utérin par deux points de fils non résorbables (Proleneâ„¢ 2/0 - Ethicon, Issy-les-Moulineaux, France) et au col vésical par des points de fils résorbables (Monocryl Plus â„¢ 3/0 - Ethicon, Issy-les-Moulineaux, France). Après étalement de la prothèse et ajustement sans tension de la prothèse, une colporraphie par un surjet de fil résorbable (Monocryl Plus â„¢ 3/0 - Ethicon, Issy-les-Moulineaux, France) était effectuée.


D'autres gestes concomitants tels que la pose d'une bandelette sous-urétrale pour le traitement de l'IUE, le traitement de l'étage postérieur ou une hystérectomie pouvaient être associés en fonction de la symptomatologie de la patiente et de la décision du chirurgien.


Les données quantitatives étaient exprimées en tant que médiane (écart interquartile : EI), et les variables qualitatives par leurs effectifs et pourcentages. Toutes les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel R (Bell Laboratories, Lucent Technologies, www.r-project.org/). Une analyse descriptive des caractéristiques initiales des patientes a été réalisée. Un test de Mann-Whitney était utilisé pour comparer les variables quantitatives et un test du Chi2 pour les variables catégorielles ; lorsque ce test n'était pas applicable, un test de Fisher était utilisé. Un test de Mac Nemar était utilisé pour les comparaisons intragroupes. Le taux de succès anatomique a également été évalué en utilisant une courbe de survie selon Kaplan-Meier. Les comparaisons ont été faites en utilisant un test du log rank. Afin d'étudier indépendamment le rôle de l'âge sur nos critères de jugement, une analyse multivariée a été réalisée. Les facteurs d'ajustement utilisés étaient les facteurs déjà connus dans la littérature (stade du prolapsus, tabagisme, obésité [23]) et les facteurs retrouvés dans l'analyse univariée (facteurs ayant un risque α<0,2). Tous les tests étaient bilatéraux et avaient un seuil de significativité à α<0,05.


Résultats


Trois cents vingt-neuf patientes ont été inclues entre octobre 2010 et janvier 2017. Deux cents soixante patientes avaient moins de 75 ans et 69 patientes avaient 75 ans ou plus. La médiane de suivi était de 12 mois (EI : 6), elle était similaire dans les deux groupes : de 12,1 mois pour les patientes âgées de moins de 75 ans et de 11,8 mois pour les patientes âgées de 75 ans ou plus (p =0,8). Les caractéristiques initiales des patientes sont présentées dans le Tableau 1.


Les gestes associés à la pose de la prothèse Upholdâ„¢ sont résumés dans le Tableau 2. Les patientes âgées de moins de 75 ans présentaient un taux d'hystérectomie associée plus important que les patientes plus âgées.


Trente-trois patientes soit 10 % des patientes ont bénéficié d'une pose de bandelette sous-urétrale dans un second temps.


Le taux de succès anatomique était plus important dans le groupe des patientes de plus de 75 ans par rapport au groupe « âge inférieur à 75 ans » respectivement 91 % (63/68) versus 83 % (217/258) (p =0,01). Après ajustement sur les facteurs de confusions retrouvés (Tableau 3) (indice de masse corporelle [IMC], stade POP-Q et tabagisme), l'âge n'était pas associé au succès anatomique (OR : 0,76 [IC 95 % : 0,14-4,11], p =0,7). La survie sans récidive du prolapsus était statistiquement plus élevée chez les patientes âgées par rapport aux patientes plus jeunes (p =0,014) (Figure 1). Toutes les patientes ayant présenté une récidive étaient asymptomatiques et aucune réintervention pour récidive de prolapsus n'a été rapportée. Les résultats anatomiques sont détaillés dans le Tableau 4.


Figure 1
Figure 1. 

Courbe de survie évaluant la survie sans récidive du prolapsus. * : Test du log rank.




Le taux de complications peropératoires était comparable entre les deux groupes : 1 % dans le groupe « âge supérieur à 75 ans » versus 2 % dans le groupe « âge inférieur à 75 ans » (p =0,06). Le taux de complication postopératoire était également comparable entre les deux groupes respectivement de 23 % (56) et 29 % (20) pour les groupes « âge à inférieur 75 ans » et « âge supérieur à 75 ans » (p =0,37). Après ajustement sur les facteurs de confusion retrouvés dans l'analyse univariée (Tableau 5) (tabagisme, IMC, association d'une pose de bandelette sous-urétrale ou hystérectomie concomitante), l'âge n'était pas associé à une augmentation du taux de complications : OR 1,85 [IC 95 % : 0,75-4,56] p =0,18. La mortalité était nulle dans les deux groupes.


Le détail des complications postopératoires selon la classification de Clavien Dindo est disponible dans le Tableau 6. Nous avons observé 6 complications de grade supérieur ou égal à IIIa de Clavien Dindo (un abcès périprothétique, 3 hématomes périprothétiques, une urétérohydronéphrose, une rétention aiguë d'urine) dans le groupe des patientes de moins de 75 ans et aucune dans le groupe des patientes de plus de 75 ans.


Les complications postopératoires de grade I ou II étaient principalement des infections urinaires postopératoires pour 32 patientes, ou des rétentions aiguës d'urine pour 27 patientes.


Le taux global d'érosion prothétique était de 4 % (12) respectivement de 1 % (1) et 4 % (11) dans les groupes « âge supérieur ou égal à 75 ans » et « âge inférieur à 75 ans », sans différence significative entre les deux groupes (p =1). Le taux de réintervention pour érosion prothétique était de 3 % dans le groupe des patientes de moins de 75 ans et de 1 % dans le groupe des patientes âgées sans différence significative entre les deux groupes (p =0,9).


Concernant les résultats fonctionnels, le taux d'IUE postopératoire était respectivement de 30 % et 38 % dans les groupes « âge inférieur à 75 ans » et « âge supérieur ou égal à 75 ans », sans différence significative (p =0,2). Les signes d'HAV postopératoire étaient plus fréquents chez les patientes âgées : 39 % par rapport aux patientes plus jeunes : 25 % (p =0,01). Les autres résultats fonctionnels postopératoires étaient comparables dans les deux groupes. On retrouvait une amélioration significative des signes d'HAV après chirurgie dans les deux groupes de patientes ainsi que de la dysurie. Cette amélioration n'était pas significative en ce qui concerne les signes colorectaux chez les patientes âgées. Les résultats sont détaillés dans le Tableau 7.


Discussion


Dans cette étude observationnelle, la survie sans récidive du prolapsus semble plus importante chez les patientes âgées de plus de 75 ans bénéficiant d'une cure de prolapsus par voie vaginale utilisant le système Uphold ou Upholdâ„¢ LITE par rapport au patientes plus jeunes. Nous n'avons pas mis en évidence de différence concernant le taux de complications periopératoires entre les deux groupes de patientes.


Cependant les patientes âgées n'avaient pas le même profil de suivi que les patientes jeunes et peu ont été suivies plus d'un an. Les courbes de survie ne retrouvent pas de récidive après un an de suivi chez les patientes âgées alors que des récidives sont observées tout au long du suivi chez les patientes plus jeunes. Il pourrait donc exister une sous-estimation du taux de récidive dans le groupe des patientes âgées, avec probablement un taux de reconsultation moindre chez les patientes âgées en cas de récidive. L'activité des patientes jeunes pourrait également expliquer la survie sans récidive du prolapsus en apparence plus courte chez ces patientes.


L'âge, même après ajustement sur les différents facteurs de confusion, n'était pas associé à la survenue de complications periopératoires. Ces résultats concordent avec les données disponibles dans la littérature [18]. Le taux de complications postopératoires graves était faible dans les deux groupes de l'ordre de 2 %. Nous avons observé 6 complications de grade Clavien Dindo supérieur ou égal à IIIa dans le groupe des patientes de moins de 75 ans et aucune dans le groupe des patientes de plus de 75 ans. Ces résultats sont cohérents avec les résultats des études antérieures. La plupart ont en effet montré que la chirurgie du prolapsus par voie vaginale était peu morbide. Sung et al. avait montré dans une étude rétrospective une augmentation de la morbi-mortalité chez les patientes âgées après chirurgie urogynécologique. Cependant, cette étude prenait en compte tous types de techniques et voies d'abord chirurgicales, ne permettant pas d'évaluer isolément la voie d'abord vaginale prothétique [17].


Concernant les résultats fonctionnels, nous avons retrouvé un taux plus important de signes d'HAV chez les patientes âgées par rapport aux patientes plus jeunes mais cette différence était déjà présente en préopératoire. La correction du prolapsus en utilisant la prothèse Upholdâ„¢ semblait améliorer de façon significative l'HAV même chez les patientes âgées. D'autres études avaient déjà retrouvé une part plus importante d'HAV chez les patientes âgées opérées d'un prolapsus génital [24, 25, 26]. Cette prévalence plus élevée de l'HAV peut être expliquée par la diminution de la capacité vésicale et l'augmentation des contractions non inhibées du détrusor liées au vieillissement vésical [27]. Une obstruction urétrale prolongée sur prolapsus sévère et négligé est une autre cause possible d'HAV chez les patientes âgées.


Le taux de dyspareunies postopératoires était plus important chez les patientes plus jeunes. Ceci doit être interprété avec précaution car dans notre série peu de patientes âgées étaient sexuellement actives et la plupart des patientes jeunes sexuellement actives bénéficiaient préférentiellement d'une cure de prolapsus par voie abdominale. L'amélioration de la symptomatologie colorectale chez les patientes âgées n'était pas statistiquement significative alors qu'elle était significative chez les patientes plus jeunes. Ceci pourrait être dû à un manque d'effectif dans le groupe des patientes âgées et est plus en lien avec le geste réalisé sur l'étage postérieur qu'avec la prothèse Upholdâ„¢.


Les limites de cette étude sont le caractère rétrospectif et monocentrique de ce travail. Cependant plusieurs chirurgiens différents ont pratiqué l'implantation des prothèses permettant de limiter dans une certaine mesure le risque de biais. On peut noter également le manque d'utilisation de questionnaires validés pour l'évaluation des résultats fonctionnels même si ceci faisait partie des critères de jugement secondaires.


Les forces de cette étude sont le nombre de sujets inclus permettant d'avoir une puissance acceptable, et la durée de suivi de 12 mois offrant un recul suffisant pour une évaluation des résultats anatomiques à moyen terme. De plus il s'agit à notre connaissance de la première étude évaluant l'effet de l'âge sur les résultats à moyen terme et les complications du kit prothétique Upholdâ„¢. Nos résultats devront cependant être confirmés par d'autres études de plus forte puissance ainsi que par des études comparant la chirurgie vaginale prothétique aux autres types de chirurgie.


Conclusion


La chirurgie prothétique par voie vaginale chez les patientes âgées semble permettre de bons résultats anatomiques au minimum équivalent aux résultats obtenus chez les patientes plus jeunes. Le taux de complications graves et de réinterventions reste faible même dans une population de femmes âgées. Il s'agit donc d'une option possible pour la correction du prolapsus chez les patientes âgées symptomatiques.


Déclaration de liens d'intérêts


RdT déclare être consultant pour Boston Scientific et Coloplast. BF déclare être consultant pour Allergan, Astellas et Boston Scientific. Les autres auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques générales des patientes.
  Effectifs  Groupe âge<75 ans
(n =260) 
Groupe âge≥75 ans
(n =69) 
Total
(n =329) 
Caractéristiques démographiques          
Âge  329  66,5 (8)  77 (4)  69 (11) 
Indice de masse corporelle  309  25 (5)  24 (4)  24 (5) 
Tabagisme  213  11 % (18)  0 % (0)  9 % (18) 
Antécédents de chirurgie du prolapsus  290  16 % (36)  24 % (15)  18 % (51) 
Antécédents de chirurgie de l'incontinence  290  13 % (29)  11 % (7)  12 % (36) 
Antécédents d'hystérectomie  290  13 % (29)  22 % (14)  15 % (43) 
Parité  317  2 (1)  2 (2)  2 (2) 
Ménopause  314  97 % (238)  100 % (67)  97 % (304) 
Traitement hormonal substitutif  267  13 % (27)  2 % (1)  11 % (28) 
Symptomatologie préopératoire          
Incontinence urinaire d'effort  329  32 % (83)  35 % (24)  33 % (107) 
Hyperactivité vésicale  324  59 % (151)  71 % (47)  61 % (198) 
Dysurie  314  42 % (103)  63 % (41)  46 % (144) 
Dyschésie  315  30 % (75)  30 % (20)  30 % (95) 
Incontinence anale  321  16 % (40)  20 % (13)  17 % (53) 
Sexualité  315  48 % (120)  16 % (10)  42 % (130) 
Stade POP-Q  324       
  1 % (3)  0 % (0)  1 % (3) 
  42 % (105)  37 % (25)  41 % (130) 
  51 % (128)  45 % (30)  50 % (158) 
  6 % (14)  8 % (12)  8 % (26) 
Données urodynamiques          
Débit maximum (mL/s)  256  18 (14)  12 (10)  17 (12) 
Pression de clôture (cm d'H2 O)  297  43 (22)  28,5 (11,5)  39 (21) 
Incontinence urinaire masquée  303  46 % (110)  54 % (34)  48 % (144) 



Légende :
Les données quantitatives sont exprimées en médiane (écarts interquartiles) et les données qualitatives sont exprimées en % (effectifs). POP-Q : pelvic organ prolapse quantification .



Tableau 2 - Gestes associés à la pose de prothèse Upholdâ„¢.
Gestes associés  Âge<75 ans
% (effectifs) 
Âge≥75 ans
% (effectifs) 
Hystérectomie voie basse   15 % (40)  6 % (4) 
Geste postérieur      
Plastie du fascia prérectal  80 % (207)  71 % (49) 
Renforcement prothétique  2 % (5)  0 % (0) 
Périnéorraphie postérieure  1 % (3)  1 % (1) 
Bandelette sous-urétrale   20 % (51)  22 % (15) 



Légende :
Les données sont exprimées en % (effectifs).



Tableau 3 - Facteurs de risque de récidive anatomique, résultats de l'analyse univariée.
Facteurs étudiés  Odds ratio (IC 95 %)  p (régression logistique) 
Tabagisme  4,61 [0,84-25,35]  0,079a 
Activité sexuelle  0,97 [0,22-4,19]  0,97 
IMC  1,12 [0,99-1,27]  0,07a 
Stade POP-Q     
Stade 2=ref 
Stade 3  1,41 [0,44-4,48]  0,63 
Stade 4  1,82[0,19-17,37]  0,38 
Antécédent de chirurgie du prolapsus  2 [0,68-5,91]  0,9 
Antécédent de chirurgie de l'incontinence urinaire  1,55 [0,42-5,69]  0,31 
Antécédent d'hystérectomie  0,6 [0,07-4,79]  0,6 



Légende :
IMC : indice de masse corporelle.

[a] 
Facteurs inclus dans l'analyse multivariée p <0,2.


Tableau 4 - Données de l'examen clinique utilisant la classification POP-Q pré- et postopératoires.
  Groupe âge<75 ans
(n =260) 
Groupe âge≥75 ans
(n =69) 
Total
(n =328) 
Données préopératoires        
Cystocèle       
Stade 0  2 % (5)  1 % (1)  2 % (6) 
4 % (9)  3 % (2)  3 % (11) 
51 % (129)  38 % (26)  48 % (155) 
40 % (101)  46 % (31)  41 % (132) 
4 % (10)  12 % (8)  6 % (18) 
Hysteroptose       
Stade 0  5 % (13)  1 % (1)  4 % (14) 
26 % (65)  18 % (12)  24 % (77) 
40 % (102)  40 % (27)  40 % (129) 
25 % (62)  28 % (19)  6 % (81) 
4 % (11)  12 % (8)  6 % (19) 
Rectocèle       
Stade 0  16 % (41)  12 % (8)  15 % (49) 
36 % (90)  49 % (33)  39 % (123) 
38 % (94)  31 % (21)  36 % (115) 
8 % (23)  9 % (6)  8 % (27) 
1 % (3)  0 % (0)  1 % (3) 
Données postopératoires        
Cystocèle       
Stade 0  53 % (121)  64 % (38)  56 % (159) 
37 % (83)  34 % (20)  36 % (103) 
10 % (22)  2 % (1)  8 % (23) 
0 % (1)  0 % (0)  0 % (1) 
Hysteroptose       
Stade 0  81 % (184)  86 % (51)  82 % (235) 
17 % (38)  14 % (8)  16 % (46) 
2 % (4)  0 % (0)  1 % (4) 
Rectocèle       
Stade 0  78 % (177)  90 % (53)  80 % (230) 
16 % (36)  8 % (5)  14 % (41) 
6 % (14)  2 % (1)  5 % (15) 



Légende :
Les données sont exprimées en % (effectifs).



Tableau 5 - Facteurs associés à la survenue de complications postopératoires : résultats de l'analyse univariée.
Facteurs étudiés  Odds ratio (IC 95 %)  p (régression logistique) 
Tabagisme  0,25 [0,03-2]  0,19a 
Activité sexuelle  0,72 [0,33-1,54]  0,39 
IMC  1,15 [1,04-1,26]  0,006a 
Stade POP-Q     
Stade 2=ref 
Stade 3  0,72 [0,34-1,54]  0,39 
Stade 4  2,33 [0,59-9,18]  0,23 
Antécédent de chirurgie du prolapsus  1,26 [0,62-2,55]  0,5 
Antécédent de chirurgie de l'incontinence urinaire  1,44 [0,65-3,19]  0,37 
Antécédent d'hystérectomie  1,26 [0,59-2,68]  0,54 
Durée opératoire  1,004 [0,995-1,012]  0,33 
Pose de BSU concomitante  1,71 [0,84-3,45]  0,138a 
Hystérectomie concomitante  1,9 [0,91-3,96]  0,087a 



Légende :
BSU : bandelette sous-urétrale.

[a] 
Facteurs inclus dans l'analyse multivariée p <0,2.


Tableau 6 - Taux de complications postopératoires selon la classification Clavien Dindo.
  Groupe âge<75 ans
(n =260) 
Groupe âge≥75 ans
(n =69) 
Total
(n =329) 
Complications postopératoires       
Grade Clavien Dindo I  3 % (7)  1 % (1)  2 % (8) 
Grade II  18 % (46)  28 % (19)  20 % (65) 
Grade IIIa  2 % (4)  0 % (0)  1 % (4) 
Grade IIIb  2 % (4)  0 % (0)  1 % (4) 
Pas de complication postopératoire  77 % (198)  71 % (49)  76 % (247) 



Légende :
Les données sont exprimées en % (effectif).



Tableau 7 - Résultats fonctionnels urinaires, colorectaux et sexuels.
  Préopératoire  Postopératoire  p (comparaison intragroupe) 
Signes fonctionnels urinaires        
IUE       
Groupe<75 ans (n =257)  32 % (83)  30 % (78)  0,6 
Groupe≥75 ans (n =69)  35 % (24)  38 % (26)  0,8 
p (comparaison intergroupe)  0,69  0,2   
Hyperactivité vésicale       
<75 ans  59 % (151)  25 % (64)  <0,001a 
≥75 ans  71 % (47)  39 % (27)  0,03a 
p (comparaison intergroupe)  0,08  0,01a   
Dysurie       
<75 ans  43 % (104)  12 % (29)  <0,001a 
≥75 ans  63 % (41)  4 % (3)  <0,001a 
p (comparaison intergroupe)  0,03a  0,1   
Signes fonctionnels colorectaux        
Dyschésie       
<75 ans  30 % (75)  9 % (24)  <0,001a 
≥75 ans  30 % (20)  11 % (8)  0,1 
p (comparaison intergroupe)  0,9  0,49   
Incontinence anale       
<75 ans  16 % (40)  7 % (18)  <0,001a 
≥75 ans  20 % (13)  13 % (9)  0,4 
p (comparaison intergroupe)  0,5  0,08   
Sexualité        
Dyspareunies       
<75 ans  2 % (4)  9 % (24) 
≥75 ans  0 % (0)  0 % (0) 
p (comparaison intergroupe)  0,001a  <0,001a   



Légende :
Les données sont exprimées en % (effectifs).

[a] 
Test de Chi2 ou test de Fisher lorsque le test de Chi2 n'était pas applicable. Un test de Mac Nemar a été utilisé pour les comparaisons intragroupes.


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