La chirurgie prothétique combinée est-elle une alternative thérapeutique de dernière ligne raisonnable pour le traitement de l'incontinence urinaire associée à une impuissance chez l'homme ?

25 mai 2012

Auteurs : A. Ruffion
Référence : Prog Urol, 2012, 6, 22, 365-366




 



Les auteurs abordent la question des séquelles génito-sphinctériennes de la prostatectomie radicale sous un angle original et pragmatique. Ils rapportent leur expérience des deux traitements « de dernière ligne » de l’incontinence urinaire associée à une impuissance : la pose de prothèse pénienne gonflable après la pose d’un sphincter artificiel urinaire.


Comme le soulignent les auteurs, pour tous ceux qui ont l’expérience de la pose de dispositif permettant de traiter l’incontinence urinaire parfois séquellaire d’une prostatectomie radicale, cette question n’est pas très surprenante. Beaucoup de patients « s’interdisent » en effet de reprendre une activité sexuelle tant que leur continence n’est pas satisfaisante. Lors de la première consultation de contrôle du sphincter, quelques semaines après son activation, les patients sont rassurés sur la durée de l’efficacité du dispositif et « s’autorisent » à réfléchir à la séquelle qu’ils avaient jusqu’alors occulté : l’impuissance. Le traitement de première intention alors prescrit est habituellement les injections intracaverneuses. Cependant, la durée depuis la prostatectomie radicale étant souvent assez longue dans ce sous-groupe de patients, il n’est pas exceptionnel que les patients soient en échec de ce traitement. Ils peuvent alors envisager une chirurgie prothétique (elle-même souvent un peu plus difficile du fait de la rétraction de la verge si le patient se décide après un long délai).


On est frappé, à la lecture de l’article et de la littérature du faible nombre d’articles consacré à ce sujet. Plusieurs questions peuvent cependant être posées légitimement par le patient : les résultats sont-ils les mêmes que dans une population « naïve » de chirurgie pénienne [1, 2] ? Tous les dispositifs prothétiques pour obtenir une érection artificielle se valent-ils ? Prend-on des risques pour le dispositif urinaire ? Pourquoi n’a-t-on pas proposé, dans le même temps, une chirurgie de l’incontinence et de l’impuissance ? Peut-on imaginer que les résultats rapportés avec le traitement de référence de l’incontinence urinaire soient identiques, sur le long terme, avec les nouveaux traitements « mini-invasifs » [3] ?


Malgré sa qualité, le caractère rétrospectif et le faible nombre de patients ne permet pas d’avoir une réponse claire à la lecture de l’article de Alechinsky et al. [4]. Il émane pourtant d’une des équipes qui a en France le plus fort recrutement de patients de ce type.


Pour aller plus loin, il serait probablement intéressant que le comité d’andrologie de l’AFU, éventuellement avec des groupes de travail sur la chirurgie de la verge ait, entre autres, pour mission de mettre en place des bases de données prospectives sur ce sujet. C’est seulement avec ce type de méthode que nous pourrons apporter des réponses argumentées d’un fort niveau de preuve à nos patients.


Déclaration d’intérêts


L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



Références



Souillac I., Pignot G., Galiano M., Hastert V., Sibaud O., Virag R. Implants péniens hydrauliques : résultats, complications et facteurs pronostiques Prog Urol 2009 ;  19 (8) : 563-571 [inter-ref]
Menard J., Tremeaux J.C., Faix A., Staerman F. Prothèses péniennes : évaluation multicentrique des pratiques : résultats d’une série de 282 implantations Prog Urol 2007 ;  17 (2) : 229-234
Cornu J.N., Chanu T., Beley S., Sebe P., Peyrat L., Ciofu C., et al. Chirurgie combinée par bandelette transobturatrice Advance et prothèse pénienne après prostatectomie totale : une première expérience Prog Urol 2011 ;  21 (5) : 349-353 [cross-ref]
Alechinsky L, Yates DR, Bourgade V, Parra J, Richard F, Chartier-Kastler E, et al. Implantation asynchrone d’une prothèse pénienne (AMS 700) chez des patients avec un sphincter urinaire artificiel (AMS 800) : quels sont les résultats fonctionnels de l’AMS 1500 ? Prog Urol, doi:10.1016/j.purol.2011.12.002.






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