Intérêt de la néphrectomie partielle pour la préservation de la fonction rénale des patients ayant une tumeur rénale de plus de 4 cm

25 novembre 2011

Auteurs : F. Boulière, M. Crepel, P. Bigot, G. Pignot, T. Bessede, A. de la Taille, L. Salomon, J. Tostain, L. Bellec, M. Soulié, P. Rischmann, J.-C. Bernhard, J.-M. Ferrière, C. Pfister, B. Albouy, M. Colombel, L. Zini, A. Villers, J. Rigaud, O. Bouchot, J.-J. Patard
Référence : Prog Urol, 2011, 12, 21, 842-850




 




Introduction


Les 15 dernières années ont vu les indications de la néphrectomie partielle (NP) évoluer considérablement alors que son usage était initialement limité aux tumeurs sur rein unique fonctionnel, aux tumeurs bilatérales ou unilatéral avec rein controlatéral compromis [1]. Les progrès de l’imagerie ont permis une détection fortuite croissante de petites tumeurs. Cela a placé la NP comme un traitement de choix pour ce type de tumeurs [2]. Un contrôle carcinologique équivalent de la NP et de la néphrectomie élargie (NE) pour les tumeurs de moins de 4cm a été solidement établi [3, 4]. Dès l’année 2004, notre groupe et d’autres ont établi qu’élargir les indications de la NP aux tumeurs T1b donnait des résultats oncologiques équivalents à la NE [5, 6, 7]. Enfin, nous avons démontré que l’extension des indications de NP à des tumeurs de 4 à 7cm induisait une morbidité certes, accrue mais acceptable [8].


Le risque d’insuffisance rénale chronique (IRC) après néphrectomie a été initialement évalué par la simple mesure du taux de créatinine sérique [9, 10], puis par la mesure du débit de filtration glomérulaire (DFG) selon MDRD (Modification of Diet in Renal Disease) [11]. Ainsi, il a été mis en évidence que le risque de développer une IRC postopératoire était significativement plus grand pour les patients opérés par NE par rapport à ceux ayant une NP et ce dans le traitement des tumeurs de moins de 4cm [9, 10, 12]. Récemment, certaines publications ont montré une survie globale supérieure chez les patients opérés par NP pour des tumeurs de moins de 4cm, comparativement à ceux opérés pour des tumeurs de plus de 4cm [13]. Une des hypothèses pour expliquer ce bénéfice serait que les comorbidités induites par un certain degré d’insuffisance rénale chronique seraient responsables d’un excès de morbidité cardiovasculaire et par delà de mortalité.


Dans quelle mesure le bénéfice de préservation de la fonction rénale pour la NP se maintient au-delà du seuil des 4cm n’a pas encore été clairement démontré. En effet, on pourrait supposer que le maintien du résultat oncologique dans des conditions techniques plus difficiles pour les tumeurs de plus de 4cm se fait au prix d’une augmentation des taux de clampage pédiculaire, des durées d’ischémie chaude et donc, minimise potentiellement le bénéfice fonctionnel.


L’objectif principal de cette étude a été d’évaluer, au travers d’une étude multicentrique française, si le bénéfice de la NP pour la préservation de la fonction rénale, en comparaison à la NE, se maintenait au-delà du seuil des 4cm.


Patients et méthodes


Recueil des données


Cette étude multicentrique, rétrospective a inclus les données de huit centres universitaires français : Rennes, Saint-Étienne, Toulouse, Bordeaux, Rouen, Lyon, Lille et Nantes. Les données recueillies dans ces centres concernaient 888 patients opérés pour une tumeur rénale (bénigne ou maligne) entre 1985 et 2006 avec évaluation de la fonction rénale préopératoire et postopératoire disponible. Le type de chirurgie réalisée (néphrectomie élargie ou partielle, voie ouverte ou cœlioscopique) dépendait de la taille tumorale et de sa localisation, du choix des opérateurs et des centres et des standards en vigueur aux différentes périodes. Les patients ayant une indication de NP impérative (toute situation à risque de faire basculer le patient vers l’insuffisance rénale terminale en cas de NE) et les patients ayant un DFG préopératoire inférieur à 30mL/min par 1,73m2 étaient exclus de l’analyse afin d’éviter des biais de sélection entre les groupes NP et le groupe NE concernant la fonction rénale de base.


Les données suivantes étaient recueillies de façon rétrospective chez chaque patient : âge, sexe, score ASA, type de chirurgie, taille tumorale, stade TNM, grade de Fuhrman, type histologique, durée de suivi, créatininémies sériques pré- et postopératoires. L’état général du patient était évalué par le score ASA selon la classification de l’American Society of Anesthesiology [14]. Le stade tumoral était déterminé selon la classification TNM de l’Union internationale contre le cancer (UICC) révisée en 2009 [15] et le grade selon la classification de Fuhrman [16]. La taille tumorale était définie par la mesure anatomopathologique du plus grand diamètre de la tumeur en centimètres. Le suivi, adapté au risque évolutif, consistait classiquement en une visite postopératoire à un mois, six mois, puis tous les six mois pendant deux ans et enfin une visite annuelle, avec théoriquement un dosage de créatininémie pour chacune de ces consultations. Tous les créatininémies dosées pendant le suivi ont été relevées.


Le DFG a été estimé en préopératoire et au cours du suivi postopératoire à partir de la formule du MDRD simplifiée [11, 17], calculé dans chaque cas à partir de l’âge, du sexe, de la créatininémie, en tenant compte de l’origine ethnique, et exprimé en mL/min par 1,73m2 de surface corporelle. Nous avons stratifié les patients en quatre groupes de DFG, définis à partir d’une classification modifiée de la maladie rénale chronique de la National Kidney Foundation [18]. Ces groupes étaient les suivants :

groupe 1 : supérieur ou égal à 60mL/min par 1,73m2 ;
groupe 2 : 45–59mL/min par 1,73m2 ;
groupe 3 : 30–44mL/min par 1,73m2 ;
groupe 4 : inférieur à 30mL/min par 1,73m2.


Comme décrit précédemment, les patients du groupe 4 en préopératoire n’étaient pas inclus dans l’étude. Le passage en postopératoire à la date des dernières nouvelles vers un groupe de DFG moins favorable était considéré comme cliniquement significatif. La diminution moyenne du DFG après chirurgie a été calculée à partir du DFG préopératoire et du DFG postopératoire de la date des dernières nouvelles.


Analyse statistique


Les différentes variables ont été comparées en fonction du type de chirurgie (néphrectomie partielle versus néphrectomie élargie) et selon la taille tumorale à partir du test de χ2 (test de Fisher) pour les variables qualitatives et du test t de Student pour les variables quantitatives. Les courbes de survie sans modification significative du DFG ont été visualisées et analysées par la méthode de Kaplan-Meier. Le log rank test a été appliqué pour tester la différence entre les courbes des différents groupes. Les analyses univariée et multivariée ont été réalisées à l’aide de la méthode de Kaplan-Meier et de Cox respectivement. Le seuil de significativité de ces tests était fixé à p <0,05. Toutes les données ont été analysées à l’aide du logiciel de statistique SPSS 17.0 (Chicago, IL).


Résultats


Caractéristiques des patients et des tumeurs


Au total, 730 patients opérés d’une tumeur rénale dans huit centres universitaires français ont pu être inclus dans cette étude. Les hommes représentaient 448 patients (61,4 %) et les femmes 282 patients (38,6 %). L’âge médian au moment du diagnostic était de 60ans (19–88). La taille tumorale médiane était de 4cm (1–41). Trois cent soixante et onze tumeurs (50,8 %) mesuraient moins de 4cm et 359 plus de 4cm (49,2 %) La majorité des tumeurs était malignes (86,8 % soit 634 patients). Le suivi moyen dans cette étude était de 30 mois.


Les caractéristiques cliniques, tumorales et biologiques des patients en fonction du type de chirurgie et de la taille tumorale sont détaillées dans le Tableau 1. Les caractéristiques cliniques des patients opérés pour tumeurs de moins de 4cm étaient similaires pour les groupes NP et NE, hormis l’âge qui était significativement moins élevé dans le groupe NP (p =0,001). La taille tumorale moyenne était significativement plus élevée (p =0,0001), avec plus de tumeurs malignes, plus de grades de Fuhrman élevés et de patients métastatiques dans le groupe néphrectomie élargie. Pour les patients opérés d’une tumeur de plus de 4cm, l’âge (p =0,01) et la taille tumorale moyenne (p =0,0001) étaient de même significativement moins élevés dans le groupe NP. Ces patients avaient des comorbidités mesurées par le score ASA plus importantes que ceux du groupe NE (p =0,002), avec des tumeurs moins fréquemment malignes, un stade TNM moins évolué et un grade de Fuhrman moins élevé. Le suivi moyen était comparable entre les deux groupes. Les durées moyennes d’ischémie des NP dans les deux groupes de taille tumorale étaient de 18,4±7,7min (tumeurs de moins de 4cm) versus 20,0±7,8min (tumeurs de plus de 4cm) (p =0,22).


Fonction rénale préopératoire


Le DFG moyen préopératoire de la population étudiée, évalué selon MDRD, était de 74,8±16,8mL/min par 1,73m2 avec 19,2 % des patients de notre série qui avaient une IRC préopératoire. Le DFG moyen préopératoire était significativement plus élevé dans le groupe NP comparativement au groupe NE : pour les tumeurs de moins de 4cm (p =0,01) et pour les tumeurs de plus de 4cm, (p =0,048, limite de significativité). Cependant cette différence n’était pas cliniquement significative (DFG moyen>60 dans les quatre groupes). De plus, la répartition des groupes de DFG et la proportion de patients insuffisants rénaux chroniques n’étaient statistiquement pas différentes entre patients opérés par NP et patients opérés par NE (Tableau 1).


Fonction rénale postopératoire


Les résultats concernant la fonction rénale postopératoire sont détaillés dans le Tableau 2. Le DFG postopératoire moyen était significativement plus faible dans le groupe NE comparativement au groupe NP pour les patients opérés d’une tumeur de moins de 4cm (54,7±12,8 versus 73,9±17,9mL/min par 1,73m2, p =0,0001). Cela était également retrouvé pour les patients avec tumeurs de plus de 4cm (62,8±18,4 versus 73,2±15,8mL/min par 1,73m2, p =0,0001). Les patients opérés d’une tumeur de moins de 4cm par NE avaient une diminution moyenne du DFG en postopératoire significativement plus importante que les patients opérés par NP (17,3±14,5 versus 9,9±7,5mL/min par 1,73m2, p =0,0001). Cela était également vérifié pour les patients opérés pour une tumeur de plus de 4cm (13,1±12,2 versus 8,6±6,5mL/min par 1,73m2, p =0,0001).


Survie sans diminution du débit de filtration glomérulaire et analyse multivariée


Les courbes de Kaplan-Meier, représentant la survie sans modification significative du DFG après NP et NE, sont reportées sur les Figure 1, Figure 2. Celles-ci ont montré que les patients ayant une NP avaient un risque moins grand d’avoir une altération significative du DFG après chirurgie que ceux opérés par NE. Cela était vrai pour les patients qui présentaient une tumeur de moins de 4cm (log rank test, p =0,0001) et également pour ceux avec tumeurs de plus de 4cm (log rank test, p =0,018).


Figure 1
Figure 1. 

Survie sans diminution significative du débit de filtration glomérulaire des patients opérés d’une tumeur de moins de 4cm, en fonction du type de chirurgie.




Figure 2
Figure 2. 

Survie sans diminution significative du débit de filtration glomérulaire des patients opérés d’une tumeur de plus 4cm, en fonction du type de chirurgie.




En analyse multivariée, les variables suivantes étaient identifiées comme facteurs prédictifs indépendants de diminution significative du DFG après néphrectomie : le score ASA élevé (ASA3, p =0,004), le DFG préopératoire faible (DFG<60mL/min par 1,73m2, p =0,006), l’âge élevé au diagnostic (âge60ans, p =0,001) et le recours à la néphrectomie élargie (p =0,001) (Tableau 3). Le sexe et la taille tumorale n’avaient pas d’impact sur la fonction rénale après néphrectomie.


Discussion


La maladie rénale chronique constitue un problème majeur de santé publique en France comme dans la plupart des pays industrialisés avec notamment une incidence de l’IRC terminale en constante augmentation. Les données les plus récentes estiment qu’en France [19] en 2008, 68 000 patients présentaient une IRC terminale, le nombre total de malades traités par dialyse ou greffe augmentant de 4 % par an environ. L’incidence des patients ayant débuté un traitement de suppléance en 2008 était de 147 personnes par millions d’habitants. Le coût de la prise en charge de l’IRC terminale en France est estimé à plus de quatre milliards d’euros par an. Notre étude confirme le bénéfice de la NP élective sur la NE pour la préservation de la fonction rénale des patients avec tumeurs de moins de 4cm. Nous avons montré que ce bénéfice existe toujours pour la prise en charge des tumeurs de plus de 4cm. En effet, nous rapportons que les patients opérés par NP pour cette taille tumorale présentaient un risque plus faible de diminution significative du DFG (p =0,018) comparativement aux patients opérés par NE. L’essentiel des études de la littérature comparant NP et NE en termes de fonction rénale postopératoire ont concerné des patients avec tumeurs corticales de moins de 4cm, taille tumorale considérée jusqu’à peu comme le standard des indications de NP. Les premières d’entres elles ont simplement mesuré et comparé les taux de créatininémie sérique postopératoire. La série de Mc Kiernan et al. [10] par exemple, comparait de façon rétrospective 117 patients traités par NP élective à 173 NE pour des tumeurs de 4cm ou moins. Le risque d’IRC (définie dans cette série par une créatininémie sérique supérieure à 2mg/dL) était significativement plus élevé dans le groupe NE (p =0,008) après ajustement du suivi. En 2006, Huang et al. [12], publiaient une étude comparative et rétrospective basée sur 662 patients bénéficiant d’une NP ou NE pour tumeurs rénales de moins de 4cm, en utilisant les définitions et classifications de la National Kidney Foundation [20] de la maladie rénale chronique. Cette estimation du DFG par l’équation du MDRD est maintenant considérée comme un standard et apparaît supérieure au calcul par la formule de Cockroft et Gault [21]. Huang et al. montraient ainsi, que 26 % des patients candidats à une néphrectomie partielle ou totale (avec créatininémie normale et deux reins en apparence sains) avaient une IRC préalable à la chirurgie (DFG<60mL/min par 1,73m2). Ces patients représentaient 19,2 % de la population de notre série. Cette proportion, loin d’être négligeable, montre la nécessité d’une évaluation préopératoire rigoureuse de la fonction rénale. Dans la série de Huang, la probabilité à trois ans et cinq ans d’IRC après chirurgie, était de 20 % et 33 % respectivement après NP, contre 65 % et 77 % après NE (p <0,0001). L’analyse multivariée montrait que le recours à la NE constituait un facteur de risque indépendant pour le développement d’une IRC (Hazard ratio=3,82, p <0,0001).


Peu d’études ont comparé en termes de fonction rénale les deux techniques chirurgicales pour les patients avec tumeurs de plus de 4cm. La publication récente de Simmons [22] compare le DFG postopératoire de 75 NP laparoscopique (NPL) à 35 NE laparoscopique (NEL), de façon rétrospective, pour des tumeurs>4cm. L’incidence d’IRC était de 62 % après NEL, versus 41 % après NPL (risque relatif : 1,5, p =0,003). Ces résultats même s’ils s’appliquent à une sous-population de néphrectomie laparoscopique vont dans le sens des résultats rapportés par notre étude. Dans notre série, en analyse multivariée, les facteurs prédictifs indépendants d’altération significative du DFG post-néphrectomie étaient : le score ASA élevé (HR=1,70), l’âge supérieur ou égal à 60ans (HR=1,90), le DFG préopératoire faible (HR=2,24) et le recours à la néphrectomie élargie (HR=2,73). Ces facteurs étaient également retrouvés dans l’étude de Huang et al. [12], hormis le score ASA qui n’était pas étudié. La réduction de fonction rénale post-néphrectomie partielle est multifactorielle, les facteurs prédictifs indépendants d’altération du DFG post NP classiquement identifiés dans la littérature sont [23, 24, 25] : le temps d’ischémie, l’âge élevé, le DFG préopératoire faible. La taille tumorale est inconstamment retrouvée comme facteur indépendant.


L’intérêt d’élargir les indications de NP aux tumeurs de grande taille afin de préserver la fonction rénale n’a de sens que si le contrôle carcinologique est conservé et sous réserve d’une morbidité raisonnable. Depuis les études princeps de Patard et Leibovich en 2004 [5, 6], de nombreuses séries ont démontré un contrôle oncologique équivalent (survie spécifique, récidive locale et métastatique) de la NP élective chez des patients biens sélectionnés comparativement à la NE pour le traitement des cancers du rein T1b. De plus, notre groupe avait également pu montrer [8] au travers d’une large série multicentrique rétrospective de 730 NP que la NP au-delà de 4cm induisait plus de saignements peropératoires (p =0,01), plus de taux de transfusions (p =0,001), plus de fistules urinaires (p =0,01) comparée à la NP pour tumeur de moins de 4cm. Cependant, cet excès de morbidité restait acceptable car le taux global de complications médicales (p =0,4), chirurgicales (p =0,6), ainsi que la durée d’hospitalisation (p =0,9) n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes.


Il est prouvé que dans la population générale, l’IRC est associé à un risque plus élevé d’événements cardiovasculaires, d’hospitalisations et de décès [26]. Quelques études récentes font évoquer l’hypothèse que la NP serait associée à une survie globale meilleure que la NE pour des tumeurs inférieurs ou égaux à 4cm [27]. Cela serait potentiellement lié à une réduction des comorbidités inhérentes à une fonction rénale altérée au premier rang desquels se trouvent les complications cardiovasculaires. Enfin, de manière tout à fait cohérente avec nos résultats, une étude récente dans le groupe des tumeurs T1b, est venue confirmer que la NE était associée à un excès d’évènements cardiovasculaires et de décès non liés au cancer comparée à la NP [28]. Cela n’a pas été vérifié par l’étude randomisée EORTC de phase 3, publiée par Van Poppel [29]. Celle-ci a mis en évidence au contraire, une survie globale moindre après NP que dans les suites d’une NE, différence non expliquée par les décès liés au cancer. Cependant, cela n’était vrai que dans la population en intention de traiter et de plus les tumeurs sélectionnées mesuraient moins de 5cm. La publication de cette étude pose d’ailleurs problème car elle n’a pas inclus les 1300 patients planifiés et n’a donc pas la puissance statistique nécessaire pour répondre à son objectif principal.


Élargir les indications de NP aux tumeurs de plus de 4cm apporte donc un bénéfice sur la fonction rénale, tout en conservant un contrôle carcinologique similaire à la NE. Cependant ce type d’indication impose une double sélection. Une sélection des tumeurs est nécessaire : la tumorectomie doit être techniquement faisable avec des marges saines et un respect des temps d’ischémie limites, facteur essentiel pour la préservation de la fonction rénale postopératoire [30, 31]. Cette intervention pour cette taille tumorale impose nécessairement un opérateur entraîné. L’évaluation de la faisabilité technique de la NP peut s’appuyer notamment sur la classification anatomique préopératoire des tumeurs rénales PADUA, publiée par Ficarra [32] en 2009. Cette classification est un outil efficace, prédictif du temps d’ischémie chaude et du risque de complications postopératoires. Nous n’avons malheureusement pas pu l’appliquer aux tumeurs de notre étude. Nous ne disposons pas pour cette étude d’information sur le caractère « froid » ou « chaud » de l’ischémie des NP et nous savons que les pratiques sont hétérogènes en France. Il aurait été intéressant de savoir s’il y avait plus d’ischémie froide dans le groupe des grosses tumeurs, cependant les durées d’ischémie dans les deux groupes étaient de 18,4±7,7min versus 20,0±7,8 (p =0,22), il y a donc peu de probabilité que le type d’ischémie soit différent dans les deux groupes. Une sélection des patients s’impose également, cela en fonction de l’âge, des comorbidités et de l’état général. En effet, les NP électives pour tumeurs de grande taille s’accompagnent d’une morbidité accrue. En outre, le bénéfice de la NP en termes de préservation de fonction rénale postopératoire est moindre pour les patients âgés, avec comorbidités et/ou IRC préopératoire. Tout le challenge des publications et recommandations futures sur le sujet est de définir des critères de sélection solides des patients et des tumeurs.


Notre étude présentait cependant quelques limites. Le caractère rétrospectif exposait à un certain nombre de biais de sélection habituellement rencontrés dans ce type d’étude. Dans les deux groupes de taille tumorale, il existait une différence significative entre patients opérés par NP et NE concernant : la taille tumorale moyenne, l’âge et le DFG moyen préopératoire en faveur du groupe NP. Cela constitue un biais de sélection pouvant influer sur la fonction rénale postopératoire. Cependant, concernant le DFG préopératoire, la différence n’avait pas de signification clinique puisque que dans les deux groupes le DFG moyen était nettement au-dessus du seuil de l’IRC de 60mL/min par 1,73m2. De plus, la différence était à la limite de la significativité statistique pour le groupe de tumeurs supérieur ou égal à 4cm (p =0,048). Enfin, la répartition entre les trois groupes prédéfinis de DFG n’était pas différente entre NP et NE. Une autre limite est que nous ne disposions pas des données pour évaluer le taux de dialyse postopératoire et de protéinurie dans chaque sous-groupe. Cela aurait pu avoir un intérêt pour étayer nos résultats concernant la diminution de la fonction rénale post NP et NE. Cependant, on peut imaginer que très peu de patients sont concernés par la dialyse postopératoire sur la durée de notre étude. En effet, le taux de patient ayant un DFG inférieur à 30mL/min est relativement faible dans chaque sous-groupe (0 à 3,6 %), donc a priori des taux de dialyse faibles voire nuls, peu accessibles à une comparaison statistique.


Conclusion


Notre travail a montré que le bénéfice de la NP élective sur la NE pour préserver la fonction rénale est conservé lorsqu’on élargit ses indications aux tumeurs de plus de 4cm dans des cas sélectionnés. Le recours à la NE, ainsi que le DFG préopératoire faible, l’âge et le score ASA élevés sont apparus comme des facteurs prédictifs indépendants d’altération de la fonction rénale post-néphrectomie. La NP doit donc être systématiquement discutée pour les tumeurs supérieures à 4cm en cas de DFG préopératoire faible, d’âge et de score ASA élevés si la NP est oncologiquement et techniquement faisable (faible score de PADUA). Il est assez probable enfin que pour les petites tumeurs, la NP sera de plus en plus en compétition avec la surveillance active et les techniques ablatives alors que l’indication chirurgicale de NP demeurera et s’élargira pour les tumeurs T1b.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques clinicopathologiques et biologiques de la population en fonction du type de chirurgie (néphrectomie partielle versus élargie) et de la taille tumorale.
  Néphrectomies pour tumeurs4cm 
Néphrectomies pour tumeurs>4cm 
Variables  Partielle  Élargie  p   Partielle  Élargie  p  
Nombre de patients  316  55    68  291   
 
Âge moyen (ans)  58,0±12,6  62,4±10,1  0,014  55,8±13,2  60,2±13,1  0,01 
 
Sexe masculin  200 (63,3 %)  33 (60 %)  0,64  35 (51,5 %)  180 (61,9 %)  0,12 
 
Score ASA3 (n =518)  33 (15,5 %)  4 (8,0 %)  0,20  9 (20,5 %)  13 (6,2 %)  0,002 
 
Taille tumorale moyenne (cm)  2,5±0,8  3,3±0,6  0,0001  6,0±1,68  8,8±3,8  0,0001 
 
Tumeurs malignes (n =634)  252 (79,7 %)  54 (98,2 %)  0,001  44 (64,7 %)  284 (97,6 %)  0,0001 
 
Stade pT (n =634)             
Stades pT1-T2  244 (96,4 %)  51 (94,4 %)  0,49  40 (90,9 %)  163 (57,4 %)  0,0001 
Stades pT3-T4  9 (3,6 %)  3 (5,6 %)    4 (9,1 %)  121 (42,6 %)   
 
Invasion ganglionnaire, N1 (n =634)  0 (0 %)  1 (1,9 %)  0,03  1 (2,3 %)  36 (12,7 %)  0,049 
 
Extension métastatique, M1 (n =634)  0 (0 %)  9 (16,7 %)  0,0001  1 (2,2 %)  66 (23,3 %)  0,0001 
 
Grade de Fuhrman (n =634)             
Grades G1–G2  203 (80,6 %)  34 (63,0 %)  0,005  36 (81,8 %)  87 (30,6 %)  0,0001 
Grades G3–G4  49 (19,4 %)  20 (37,0 %)    8 (18,2 %)  19,7 (69,4 %)   
 
Suivi moyen (mois)  31,4±29,3  31,5±24,4  0,98  23,9±22,5  29,5±31,9  0,18 
 
DFG préop. (mL/min par 1,73m2            
Moyen  77,7±16,8  71,5±16,2  0,010  76,2±15,7  71,8±16,6  0,048 
DFG<60  49 (15,5 %)  10 (18,2 %)  0,62  11 (16,2 %)  70 (24,1 %)  0,16 
Par groupes :      0,14      0,24 
Groupe 1 :60  267 (84,5 %)  45 (81,8 %)    57 (83,8 %)  221 (75,9 %)   
Groupe 2 : 45–59  47 (14,9 %)  8 (14,5 %)    11 (16,2 %)  63 (21,6 %)   
Groupe 3 : 30–44  2 (0,6 %)  2 (3,6 %)    7 (2,4 %)   





Tableau 2 - Comparaison de la fonction rénale postopératoire en fonction du type de chirurgie et de la taille tumorale.
  Tumeurs4cm 
Tumeurs>4cm 
Variables  NP  NE  p   NP  NE  p  
DFG postopératoire
(mL/min/1 par 73m2) 
           
Moyen  73,9±17,9  54,7±12,8  0,0001  73,2±15,8  62,8±18,4  0,0001 
DFG<60  63 (19,9 %)  39 (70,9 %)  0,0001  14 (20,6 %)  150 (51,5 %)  0,0001 
Par groupes :      0,0001      0,0001 
Groupe 1 :60  253 (80,1 %)  16 (29,1 %)    54 (79,4 %)  141 (48,5 %)   
Groupe 2 : 45–59  54 (17,1 %)  32 (58,2 %)    11 (16,2 %)  114 (39,2 %)   
Groupe 3 : 30–44  8 (2,5 %)  5 (9,1 %)    3 (4,4 %)  33 (11,3 %)   
Groupe 4 :<30  1 (0,3 %)  2 (3,6 %)    0 (0 %)  3 (1,0 %)   
 
Patients avec diminution significative du DFG  36 (11,4 %)  31 (56,4 %)  0,0001  10 (14,7 %)  118 (40,5 %)  0,0001 
 
Diminution moyenne du DFG  1 (0,3 %)           
En mL/min par 1,73m2  9,9±7,5  17,3±14,5  0,0001  8,6±6,5  13,1±12,2  0,0001 
En % du DFG préopératoire  11,3±9,0  22,8±16,1  0,0001  10,1±8,0  15,8±15,2  0,0001 





Tableau 3 - Facteurs prédictifs de diminution significative du débit de filtration glomérulaire après néphrectomie pour tumeur rénale en analyse multivariée.
Variables  Hazard ratios (95 % IC)  p  
Score ASA     
ASA<  
ASA 1,70 (1,19–2,43)  0,004 
 
DFG préopératoire     
60mL/min par 1,73 m2   
<60mL/min par 1,73 m2  1,90 (1,19–3,02)  0,006 
 
Âge au diagnostic     
<60ans   
60ans  2,24 (1,58–3,17)  0,001 
 
Type de chirurgie     
Néphrectomie partielle   
Néphrectomie élargie  2,73 (1,54–4,83)  0,001 




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