Intégration sociale des femmes opérées de fistule urogénitale obstétricale

25 octobre 2013

Auteurs : A. Diarra, A. Tembely, H.J.G. Berthe, M.L. Diakité, B. Traoré, K. Ouattara
Référence : Prog Urol, 2013, 12, 23, 1000-1003
Objectif

Étudier l’intégration sociale des femmes prises en charge dans le service d’urologie du CHU du Point G pour une fistule urogénitale obstétricale.

Patientes et méthode

Étude prospective effectuée sur une période de 13 mois allant de juin 2008 à juin 2009 dans le service d’urologie au CHU du Point G. L’étude a concerné toutes les patientes ayant été opérées au moins deux fois pour fistule uro-génitale obstétricale. Les registres du bloc opératoire, les dossiers médicaux et les fiches techniques de suivi de chaque patiente ont été les supports de base des données.

Résultats

Situation avant traitement : avant le traitement chirurgical, 76,92 % des patientes étaient rejetées par leurs conjoints. La famille a assisté la patiente dans 84,62 % des cas. Situation après traitement : après le traitement, 90,31 % des femmes fistuleuses vivaient dans le foyer conjugal ou en famille. La reprise d’activité professionnelle avait été annoncée par 11,2 % des patientes. Dans 93,7 % des cas, les patientes participaient aux travaux ménagers. Le nombre d’intervention réalisée par patiente allait de deux à cinq. La guérison (fistule fermée et absence de troubles sphinctériens) était complète dans 50 % des cas. Parmi les femmes, 11,54 % ont eu des troubles sphinctériens après fermeture de la fistule, ce qui fait un total de fistule fermée de plus de 61 % après au moins deux tentatives.

Conclusion

Les fistules uro-génitales ne représentent pas une maladie mortelle mais constituent un véritable handicap pour les femmes qui en souffrent pour mener une vie socioculturelle et économique normale. Généralement exclues des activités courantes de la société, ces femmes étaient de plus en plus intégrées après le traitement chirurgical réussi de la fistule.




 




Introduction


Les fistules urogénitales sont des communications anormales entre l'appareil urinaire (uretère, vessie et/ou son col, urètre) et l'appareil génital chez la femme (utérus, vagin) entraînant une perte involontaire et permanente des urines par le vagin. Elles surviennent le plus souvent au décours d'un accouchement [1].


L'accès aux soins en raison des difficultés économiques, géographiques et structurelles est limité pour les femmes affectées par la fistule urogénitale obstétricale (FUGO).


C'est pour cela que certaines femmes pouvaient rester en moyenne dix ans avec leurs fistules sans aucune prise en charge préalable [2].


Même opérée et la fistule fermée, la guérison totale n'est pas forcement acquise (pertes urinaire vaginale résiduelle, vie sexuelle limitée, procréation compromise).


Peu d'études se sont intéressées à l'intégration sociale de ces femmes victimes de FUGO.


Nous avons ainsi initié ce travail pour étudier l'intégration sociale des femmes victimes de fistule urogénitale après leur prise en charge chirurgicale dans le service d'urologie du CHU du Point G à Bamako/Mali.


Patientes et méthodes


Notre étude a été réalisée dans le service d'urologie du CHU du point G et dans son unité de prise en charge de la fistule vésico-vaginale (centre Oasis), réservée à l'accueil et l'hébergement des patientes atteintes de FUGO en pré- et postopératoire.


Il s'agit d'une étude prospective qui a été effectuée sur une période de 13 mois allant de juin 2008 à juin 2009.


L'étude a porté sur toutes les patientes ayant été opérées au moins deux fois pour FUGO pendant la période d'étude.


Au total, 52 patientes ont été répertoriées sur les critères d'inclusion suivants :

patiente avec FUGO d'au moins de deuxième main pendant la période d'étude au centre Oasis ;
nous avons considéré comme guéries, toutes patientes opérées dont la fistule a été fermée (patiente sèche) et ne présentant pas de troubles sphinctériens avec par exemple une incontinence urinaire.


La collecte des données a été effectuée à partir des registres du bloc opératoire, des dossiers médicaux et des fiches techniques de suivi de chaque patiente.


Plusieurs variables ont été collectées à savoir : les variables sociodémographiques, les variables en rapport avec les antécédents obstétricaux, gynécologiques, urologiques, cliniques, paraclinique, la sexualité, la procréation, les activités génératrices de revenues, les résultats du traitement.


Résultats


Description des femmes fistuleuses avant l'intervention chirurgicale


Sur un total de 52 patientes recrutées pendant la période d'étude, 17,31 % avaient un âge compris entre 40 et 44ans.


La fistule était survenue après le premier accouchement (primipare) chez 75,6 % de nos patientes.


Parmi les femmes, 33,6 % avaient une fistule évoluant depuis moins de deux ans avant leur admission au centre Oasis.


La famille a assisté la patiente avant le traitement dans 84,62 % des cas (Tableau 1).


Dans 76,92 % des cas, la patiente était rejetée par son conjoint avant le traitement chirurgical (Tableau 1).


La plupart des patientes (76,92 % des cas) ne menaient aucune activité professionnelle ou économique avant la survenue de la fistule.


Dans 86,54 % des cas, les patientes participaient aux travaux ménagers.


Plus de la moitié des patientes, soit 51,92 %, n'avait pas d'activité sexuelle régulière avant le traitement chirurgical.


Dans 53,85 % des cas, les femmes fistuleuses participaient à l'ensemble des fêtes communautaires.


Parmi les femmes fistuleuses, 17,31 % avaient eu une grossesse avant le traitement, 13,46 % en cours du traitement contre 69,23 % qui n'avaient pas eu de grossesse ni avant ni après le traitement chirurgical de la fistule.


Résultats sur la fistule et sur la continence


Le nombre d'intervention réalisée par patiente allait de deux à cinq.


La guérison (fistule fermée et absence de troubles sphinctériens) était complète dans 50 % des cas (Tableau 2).


Parmi les femmes, 11,54 % ont présenté des troubles sphinctériens après fermeture de la fistule, ce qui fait un total de fistule fermée de plus de 61 % après au moins deux tentatives (Tableau 2).


Intégration sociale après traitement chirurgical de la fistule


Parmi les patientes, 90,31 % vivaient dans le foyer conjugal ou en famille (Tableau 3).


La reprise d'activité professionnelle avait été annoncée par 11,2 % des patientes.


La reprise des travaux ménagers avait été constatée chez 93,7 % des patientes.


Dans plus de la moitié des cas (61,54 %), les patientes n'avaient pas des rapports sexuels.


Les patientes participaient à l'ensemble des fêtes communautaires dans l'ordre de 54,2 % des cas.


Parmi les patientes, 13,46 % avaient eu une grossesse en cours du traitement chirurgical de la fistule.


Près de 60 % de nos patientes ne désiraient plus avoir d'enfant. La raison évoquée chez 32 % de ces femmes était le fait qu'elles avaient déjà des enfants.


Discussion


Après traitement chirurgical des fistules obstétricales, l'intégration sociale des patientes a été améliorée et a porté sur les points suivants qui seront discutés.


La vie au sein du foyer conjugal


Dans deux études distinctes, le divorce et l'abandon par les tiers ont été rapportés à des fréquences allant de 40 à 57,5 % [3, 4]. Nos résultats sont bien meilleurs avec après, traitement de la fistule, 90,31 % des patientes qui vivaient dans le foyer conjugal.


Cette différence de résultat pourrait s'expliquer par l'effort de sensibilisation des différentes ONG qui accompagnent le plus souvent la patiente jusque dans sa famille après traitement pour une meilleure intégration.


Participation aux fêtes communautaires


Dans notre étude, 53,85 % contre 54,2 % des femmes atteintes de la fistule participaient aux fêtes : baptême, mariage et autres fêtes de la communauté respectivement avant et après le traitement.


Cette faible amélioration de la participation aux fêtes signifie que la femme fistuleuse acceptait de vivre avec sa maladie au sein de la communauté. Cet aspect est très important car il s'agit là aussi d'un signe d'intégration des fistuleuses dans la vie sociale avant même le traitement.


Intégration économique


Avant la survenue de la fistule, seulement 23,08 % des femmes avaient une activité professionnelle, aucune femme fistuleuse n'avait une activité professionnelle et l'odeur d'urine a été évoquée par 41,627 % comme gêne à la reprise de leur activité professionnelle et économique.


La reprise d'activité professionnelle avait été annoncée par 11,2 % des patientes.


Après l'analyse de la situation, nous pensons qu'une meilleure politique devrait être mise en réflexion pour soutenir économiquement ces fistuleuses très souvent désÅ“uvrées.


La sexualité


Plus de la moitié des patientes, soit 51,92 %, n'avait pas d'activité sexuelle régulière avant le traitement chirurgical.


L'absence des rapports sexuels avait été constatée chez 61,54 % des patientes après le début du traitement chirurgical. Pour celles qui avaient des relations sexuelles, seulement 32,69 % éprouvaient une satisfaction et 48,08 % avaient des rapports sexuels réguliers. Cette satisfaction dans la relation sexuelle pouvait dépendre de plusieurs facteurs notamment une dysfonction érectile du conjoint.


Delavierre et Poisson ont récemment publié une étude sur l'attitude des femmes vis-à-vis de la dysfonction érectile masculine. Vingt-neuf pour cent des partenaires des hommes soufrant de dysfonction érectile étaient déçu, 27 % étaient contrariées, 17 % frustrées et 15 % résignées [5]. Harouna et al. [6] avaient retrouvé dans leur étude que 38,4 % des femmes avaient des rapports sexuels occasionnels.


La fertilité


Au vu de nos résultats, nous avons constaté que le taux de procréation chez nos patientes avait été fortement affecté par la survenue de la fistule, en effet 17,31 % des femmes fistuleuses avaient eu une grossesse avant le traitement, 13,46 % en cours du traitement contre 69,23 % qui n'avaient pas eu de grossesse ni avant ni après le traitement chirurgical de la fistule.


Parmi les patientes, 13,46 % avaient eu une grossesse en cours du traitement chirurgical de la fistule.


Ce résultat était similaire à celui de Harouna et al. [6] pour qui 77 % des femmes n'avaient pas eu d'enfant ni avant ni en cours du traitement. Nos résultats à ce niveau avaient corroboré aussi avec celui de Falandry [7].


Dans notre étude pour celles qui avaient eu le désir de procréer, l'absence d'enfant vivant avait été la raison évoquée par 26,92 % d'entre elles.


Près de 60 % de nos patientes ne désiraient plus avoir d'enfant. La raison évoquée chez 32 % de ces femmes était le fait qu'elles avaient déjà des enfants.


Conclusion


Les fistules urogénitales ne représentent pas un danger pour la vie mais constituent un véritable handicap pour les femmes qui en souffrent. Des facteurs sociaux, culturels et économiques bien implantés contribuent ensemble à la survenue de cette affection chez les femmes.


Ces affections sont encore dans nos régions une grande cause de morbidité maternelle et posent un grand problème de santé publique. Leurs répercussions psychosociales sont considérables. En effet, ces femmes exclues plus ou moins du cercle familial ou communautaire en raison de l'odeur insupportable des urines sont aussi souvent exposées à une précarité et une pauvreté qui font d'elles des personnes plus vulnérables. La chirurgie de la fistule réussie permet une réintégration de la femme au sein de la société.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



☆  Niveau preuve : 3.





Tableau 1 - Répartition en fonction de l'attitude des proches avant le début du traitement chirurgical.
Attitude  Rejet 
Assistance 
Indifférence 
  Effectif  Effectif  Effectif 
Conjoint  40  76,92  10  19,23  3,85 
Famille  9,62  44  84,62  5,77 





Tableau 2 - Répartition en fonction du résultat du traitement chirurgical.
Résultats du traitement  Effectif  Pourcentage 
Guérison  26  50,00 
Troubles sphinctériens  11,54 
Fistule résiduelle  20  38,46 
Total  52  100,00 





Tableau 3 - Répartition en fonction de l'intégration sociale des patientes après le traitement chirurgical.
Intégration sociale  Effectif  Pourcentage 
Vit seule  9,62 
Vit en famille  17  32,62 
Vit dans son foyer  30  57,69 
Total  52  100,00 




Références



Camey M. Les fistules obstétricales  : Progrès en urologie 7 (1998). Bd, 4e trimestre, 328 p.
Niang L., Gueye S.M., Labou I., Jalloh M., Ndoye M., Diaw J. La fistule obstétricale en guinée bissau : aspects cliniques et thérapeutiques Prog Urol 2011 ;  21 : 740-744
Ouattara K., Traore M.L., Cisse C. Quelques aspects statistiques de la fistule vésico-vaginale en République du Mali. À propos de 134 cas Med Afr Noire 1991 ;  38 (12) : 856-860
Qi Li Y.A., Ouattara Z., Ouattara K. Traitement des fistules vésico-vaginales à l'hôpital de Kati. À propos de 34 cas Med Afr Noire 2000 ;  47 (3) : 165-168
Delavierre D., Poisson E. La femme face à la dysfonction érectile de son partenaire. À propos de 137 patients Prog Urol 2011 ;  21 : 59-66 [cross-ref]
Harouna Y.D., Seibou A., Maikano S., Djambeidou J., Sangaré A., Bilane S.S., et al. La fistule vésico-vaginale de cause obstétricale : enquête auprès de 52 femmes admises au village des fistuleuses Med Afr Noire 2001 ;  4802 : 55
Falandry L. La fistule vésico vaginale en Afrique, 230 observations Presse Med 1992 ;  25 (6.) :






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