Incontinence urinaire d'effort et obésité

25 septembre 2008

Auteurs : S. Bart, C. Ciangura, F. Thibault, V. Cardot, F. Richard, A. Basdevant, E. Chartier-Kastler
Référence : Prog Urol, 2008, 8, 18, 493-498

La prévalence de l’incontinence urinaire (IU) chez la femme, tous types confondus, est de l’ordre de 44 % en France. L’obésité, définie par un index de masse corporelle (IMC) supérieur à 30kg/m2, est un facteur de risque reconnu d’incontinence urinaire d’effort (IUE). L’odds ratio (OR) varie entre 1,7 et 2,4, selon les études. Chez ces patientes, l’IU peut être également liée à des urgenturies (IUU) ou être mixte (IUM). L’épidémiologie de l’IUE chez les obèses est mal connue. La perte de poids, par mesures diététiques et d’activité physique ou par chirurgie bariatrique, améliore nettement les symptômes d’IUE, d’IUU ou d’IUM. Les résultats fonctionnels des traitements chirurgicaux de l’IUE ne paraissent pas influencés par l’obésité. En particulier, les résultats fonctionnels et la morbidité liés à la bandelette tension-free vaginal tape (TVT) ne semblent pas varier du fait de l’IMC.




 




Introduction


L'incontinence urinaire (IU) chez la femme est un signe fonctionnel urologique extrêmement fréquent. En France, la prévalence a été estimée à 44 % chez les femmes de plus de 18 ans sur une étude européenne [1]. Selon les grandes études, elle varie entre 20 et 44 % [2, 3, 4, 5, 6, 7], avec des extrêmes retrouvés à 5 et 69 % [8, 9] en fonction des pays et de la répartition en âges des femmes interrogées.

L'incontinence urinaire d'effort (IUE) isolée touche 31 % d'entre elles. Une seconde étude observationnelle européenne retrouve un taux d'IUE de 29 % chez les femmes incontinentes consultant leur urologue, avec 47 % des patientes l'évaluant comme sévère à très sévère selon l'échelle de Sandvik [10, 11]. L'IUE se définit par l'existence de fuites involontaires d'urines lors d'un effort physique, de la toux et d'éternuements [12]. De nombreux facteurs de risque ont été mis en évidence : âge, multiparité, accouchements par voie vaginale, antécédents d'hystérectomie, ménopause, tabagisme actif, l'existence de comorbidités médicales [13, 14, 15, 16, 17, 18]. L'obésité a également été mise en cause [14, 15, 19, 20]. L'arbre décisionnel diagnostique et l'algorithme thérapeutique ne sont pas modifiés par l'existence d'une obésité. La mise en œuvre des traitements peut, en revanche, en être fortement influencée [21].


Définition de l'obésité


L'obésité est une maladie chronique définie par un excès de masse grasse ayant des conséquences pour la santé [22, 23]. La mesure de la masse grasse étant difficile en pratique courante, on utilise l'indice de masse corporelle (IMC). Cette mesure a été mise au point par Lambert Adolphe Jacques Quételet mathématicien et statisticien Belge au xixe siècle. Cet indicateur a été utilisé en pratique courante à partir des années 1960 afin d'évaluer l'évolution de la corpulence dans les pays industrialisés [24]. Cet indice tient compte à la fois du poids et de la taille d'un individu. Cet indicateur de corpulence est bien corrélé au niveau de la masse grasse à l'échelle épidémiologique. L'IMC est égal à la masse (exprimée en kilogrammes) divisée par le carré de la taille de la personne (en mètre carré). Un IMC entre 18,5 et 25kg/m2 est considéré comme normal chez un adulte. Entre 25 à 30kg/m2, on parle de surpoids (surcharge pondérale). Au-delà de 30kg/m2, on parle d'obésité. De 35 à 40kg/m2, l'obésité est dite sévère et, au-delà de 40kg/m2, massive ou morbide (Tableau 1). Les déterminants de cette inflation du tissu adipeux sont multiples : évolution des comportements dans un environnement favorisant la sédentarité et une forte disponibilité alimentaire, déterminants psychologiques, en interaction avec des facteurs génétiques et neuro-hormonaux.


Épidémiologie de l'obésité en France en 2006


Selon les dernières données épidémiologiques françaises de 2006 (étude Obepi, laboratoires Roche), la prévalence de l'obésité est de 12,4 % chez les adultes, celle du surpoids de 29,2 % [25]. La prévalence de l'obésité augmente régulièrement. L'augmentation de l'obésité massive (IMC>40kg/m2) est particulièrement importante, puisqu'elle est passée de 0,3 % de la population en 1997 à 0,8 % en 2006. La prévalence de l'obésité varie en fonction de facteurs géographiques (gradient Nord–Sud : 18 % versus 12 %) et du niveau socioéconomique (19 % dans les foyers aux revenus les plus faibles contre 5 % dans les familles aux revenus les plus élevés). Si l'on s'intéresse aux caractéristiques de l'obésité en fonction du sexe, on observe que la prévalence de l'obésité est sensiblement identique (13 % des femmes, 11,8 % des hommes), mais que la progression et la prévalence des formes sévères sont plus importantes chez les femmes (respectivement 2,7 % d'obésité sévère et 1,1 % d'obésité massive chez les femmes contre 1,7 et 0,5 % chez les hommes). La progression de l'augmentation du tour de taille est également plus importante chez la femme. La répartition du surpoids et de l'obésité chez la femme en fonction des tranches d'âge, en France en 2006, est résumée dans la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Répartition de la population féminine en fonction de l'IMC et de l'âge (100 % pour chaque tranche d'âge), étude Obepi Roche 2006.




Par extrapolation de ces données sur l'ensemble de la population française de plus de 15 ans, il y aurait près de 14 millions de personnes en surpoids et six millions de personnes obèses dont environ 3,2 millions de femmes (Tableau 2).

L'objectif de cette étude est d'analyser l'épidémiologie de l'IUE chez les femmes en surpoids et obèses, les résultats, ainsi que la morbidité des différents types de traitements de l'IUE.


Matériel et méthodes


Une recherche bibliographique a été réalisée en utilisant les mots clés : urinary incontinence , stress urinary incontinence et obesity à l'aide du moteur de recherche Pubmed entre les années 1964 et 2007.

Nous avons restreint la recherche aux articles originaux en français et en anglais.

Ont été retrouvés, 193 articles avec obesity and urinary incontinence , 90 avec obesity and stress urinary incontinence . Seuls, les enquêtes définissant un rapport relatif estimé entre obésité et IU, entre obésité et IUE, et les articles étudiant les traitements d'IUE chez des patientes obèses ont été retenus.


Résultats


Obésité : facteur de risque d'IU et d'IUE


La définition de l'IU varie au travers des différentes études épidémiologiques sélectionnées. Elle est systématiquement fondée sur la gêne rapportée par les patientes et évaluée par autoquestionnaires. Ces études ne sont pas fondées sur les données de l'examen clinique et/ou urodynamique.

En dehors de rares études [17], l'obésité est établie comme facteur de risque d'IU [14, 15, 16, 19]. Une étude prospective américaine (2500 femmes) montre, pour l'IU, un odds ratio (OR) de 1,22 en cas de surpoids et de 2,39 en cas d'obésité [16]. Une relation entre obésité et sévérité de l'IU, évaluée par l'échelle de sévérité de Sandvik, est retrouvée avec un OR de 1,77 [11, 16]. Hannestad et al. retrouvent cette relation (lien linéaire avec un OR qui passe de 2,8 pour l'obésité à 4,2 pour l'obésité morbide) [15]. Ce risque existe chez les femmes de plus de 60 ans avec un OR de 1,9 en cas d'IMC supérieur à 30kg/m2 [14].

L'obésité est également établie comme facteur de risque d'IUE [1, 15, 19, 20, 26] et de son degré de sévérité, selon des échelles validées [8, 11, 20, 27] (Tableau 3).

L'étude épidémiologique anglaise de Mc Grother et al. sur plus de 12 000 femmes (âge supérieur à 40 ans) retrouve pour l'IUE un OR de 1,4 en cas de surpoids et de 2,3 en cas d'obésité [19]. L'IUE touche 33 % de la population quel que soit l'âge, l'IUU 13 % et l'IU mixte 50 %.

Une étude danoise sur 742 femmes entre 40 et 60 ans retrouve une relation linéaire entre l'intensité des troubles et le surpoids, l'OR évolue de 1,4 pour des fuites urinaires à l'effort chaque semaine à 4,2 pour des fuites quotidiennes [20].

Certaines études montrent une augmentation de l'OR d'IUU chez les patientes en surpoids et obèses [15, 19, 28]. Ce risque est de l'ordre de 1,24 à 1,3 chez les patientes en surpoids. Il est de 1,2 à 1,8 chez les patientes obèses. Un nombre non négligeable de patientes présentent une symptomatologie mixte.

L'élévation de l'IMC semble augmenter tous les types d'IU [15].


Traitement médical et rééducatif


Tout d'abord, en l'absence de traitement chirurgical spécifique de l'IUE, la perte de poids semble améliorer la symptomatologie [29, 30, 31, 32]. Une étude prospective randomisée américaine, en 2005, a comparé l'évolution de l'IUE sur un groupe de patientes traitées par régime hypocalorique pendant trois mois en comparaison à un groupe de patientes non traitées. L'impact de l'IUE hebdomadaire sur la qualité de vie était évalué par les questionnaires Incontinence Impact Questionnaire, Urogenital Distress Inventory, Short Form 36. Il n'y avait pas d'exploration systématique par examen urodynamique. Ce paramètre était amélioré chez 60 % des patientes suivant un régime par rapport au groupe témoin [29]. La perte de poids moyenne dans ce groupe était de 16kg, soit une perte de poids de 5 à 10 %. L'IMC moyen des patientes traitées était passé de 35 à 28kg/m2. Dans cet article, la fréquence de l'IUU est également diminuée par la perte de poids.

L'effet de la chirurgie bariatrique sur l'IU a été récemment évalué par une équipe américaine [31]. Cent une patientes d'un IMC moyen à 48,9kg/m2 ont bénéficié d'un bypass gastrique laparoscopique. À un an, l'IMC moyen était de 30,2kg/m2. L'IU qui touchait 66,7 % des patientes en pré-opératoire, ne concernait plus que 37 % des patientes à un an (p <0,01). Cette amélioration était notée quel que soit le type d'IU : sur les 92 patientes évaluées à un an, 31,5 % présentaient une IUE, 15,2 % une IUU et 9,9 % une IUM, contre respectivement 59, 35,9 et 31,6 % en pré-opératoire (p <0,01). Cette amélioration était significativement associée à l'amplitude de la perte de poids.

Aucune étude spécifique évaluant l'effet de la rééducation dans le traitement de l'IUE chez les patientes obèses n'a été retrouvée.


Traitement chirurgical spécifique de l'IUE (hors bandelettes prothétiques sous-urétrales) chez la patiente obèse


Il existe de nombreuses évaluations des traitements chirurgicaux de l'IUE à moyen et long termes. Les auteurs des articles détaillés ci-dessous ont émis l'hypothèse de l'implication de l'obésité dans l'échec d'une chirurgie d'IUE. Quelle que soit la technique chirurgicale, la patiente obèse leur semblait plus difficile à traiter techniquement avec un risque de complications plus important.

Une première étude de Cummings et al., en 1998, analyse l'efficacité du traitement de l'IUE chez 16 patientes obèses sans évaluation de l'IMC. Deux techniques chirurgicales ont été utilisées : suspension du col vésical par voie transvaginale ou bandelette aponévrotique cervicale. Les conclusions sont les suivantes : la chirurgie semble plus difficile et plus longue, deux échecs sont notés à 18 mois dans la série suspension du col vésical [33].

Une deuxième étude, rétrospective de Clemens et al. [34], de chirurgie d'IUE évaluant les techniques chirurgicales, Stamey needle et Marshall Marchetti (MM), ne retrouve pas d'influence du surpoids (IMC > à 25kg/m2) sur les résultats à 15 ans. Le taux de guérison de ces techniques à 15 ans est évalué à environ 44 % pour Stamey et 33 % pour MM, quel que soit l'IMC [34]. Aucune information n'est rapportée concernant une morbidité propre ou des difficultés liées au surpoids lors de l'intervention ou en post-opératoire. Les résultats fonctionnels de cette étude sont inférieurs aux données de la littérature qui retrouvent des taux de guérison entre 57 et 87 % mais avec des suivis moyens entre deux ans et demi et six ans [35, 36, 37, 38, 39].

Une troisième étude, rétrospective de Zivkovic et al. [40], évaluant trois techniques chirurgicales différentes, l'intervention de Burch, la colposuspension antérieure et la colposuspension antérieure à l'aiguille, ne retrouve pas de lien statistiquement significatif entre IMC (surpoids ou obésité) et l'échec à cinq ans. La continence à cinq ans est de 58 % pour la colposuspension antérieure, 51 % pour la colposuspension antérieure à l'aiguille et 86 % pour l'intervention de Burch. Le taux de continence, pour les femmes ayant un IMC entre 20 et 25, est respectivement de 63, 44 et 79 % selon les techniques précédemment citées. Il n'y a également pas d'éléments évoquant une morbidité per- ou post-opératoire liée à l'IMC [40].

Dans le cadre de la morbidité per- et post-opératoire, une seule étude prospective et multicentrique a évalué le temps de chirurgie, la perte sanguine, les complications chez 250 patientes ayant bénéficié d'une chirurgie d'IUE selon plusieurs modalités (urétropexie rétropubienne) [41]. Parmi elles, 79 (32 %) présentaient un IMC supérieur à 30kg/m2. Les conclusions sont les suivantes :

la durée opératoire et la perte sanguine sont significativement plus importantes chez les patientes obèses ;
le taux de complications per- ou post-opératoires n'est pas significativement différent entre les deux groupes de patientes ;
la durée d'hospitalisation est la même.

En résumé ces études, pour la plupart rétrospectives et sur de petites populations, ne semblent pas mettre en évidence un plus grand nombre d'échecs fonctionnels liés à l'IMC. De la même manière, la morbidité spécifique à la chirurgie d'IU ne semble pas plus élévée du fait de l'IMC.


Chirurgie d'IUE par bandelettes sous-urétrales (BSU) chez la patiente obèse


L'apparition des BSU a donné lieu à une littérature abondante parmi laquelle certaines études évaluent des sous-groupes de patientes en surpoids ou obèses. Ces études se sont surtout intéressées à la technique de tension-free vaginal tape (TVT).

Mukherjee et Constantine, en 2001, étudient rétrospectivement une population de 242 patientes, dont 87 obèses et 98 en surpoids. Ils ne retrouvent pas de différence significative en termes de résultats à six mois, ni de corrélation statistiquement significative entre morbidité et surpoids ou obésité [42].

Lovatsis et al., en 2003, évaluent rétrospectivement le traitement par TVT chez 35 patientes, d'un IMC supérieur à 35kg/m2, appariées à des patientes en surpoids. Cette étude ne retrouve pas de différence significative en termes de succès entre les deux populations (88,6 % chez les obèses versus 91,4 % dans le second groupe) [43]. Il existe une morbidité spécifique (par perforation vésicale) liée à la chirurgie statistiquement significative chez les patientes non obèses. Cette étude présente de nombreux problèmes méthodologiques, notamment dans le choix des populations.

Pour Rafii et al., l'obésité n'est pas un facteur de risque d'échec du TVT [44]. Il n'existe pas de corrélation statistiquement significative entre les complications per- et post-opératoires précoces et IMC. Les résultats fonctionnels, à 27 mois en suivi moyen, retrouvent des résultats presque identiques entre les trois populations (poids normal, surpoids et obèse). Le taux de guérison est à 74 % en cas de poids normal, 72 % en cas de surpoids, 71 % en cas d'obésité. Le taux d'échec est supérieur chez les patientes obèses (15,3 %) par rapport aux patientes en surpoids (9,3 %) et aux patientes dont l'IMC est inférieur à 25kg/m2 (4,9 %), mais non significatif. La seule donnée statistiquement significative est l'apparition d'une IUU dont le taux est de 17,9 % dans la population obèse comparativement à 3,4 et 6,4 % dans les deux autres populations (une évaluation urodynamique préopératoire est disponible). En évaluation pré-opératoire, il existe dans la population obèse une IUM plus importante, 43,5 % contre 27 et 23 % dans les autres populations.

Une dernière étude de Skriapas et al., en 2006 [49], évaluant 31 femmes avec une obésité massive (IMC > 40kg/m2) appariées à un groupe de 52 patientes non obèses (IMC < à 30kg/m2) n'a pas retrouvé de différence statistiquement significative en termes de complications per-opératoires entre les deux populations. En revanche, il existe une augmentation significative des complications médicales post-opératoires de type thrombo-emboliques (thrombose veineuse profonde des membres inférieurs : 6,4 %), cardiovasculaires (ischémie myocardique : 3,2 %) et pulmonaires (pneumopathie : 3,2 %) chez les patientes obèses, contrairement aux complications spécifiques de l'intervention d'IUE qui sont moins élevées dans cette même population. Le taux de guérison, à 18 mois de suivi moyen, est globalement le même avec 86,9 % chez les obèses morbides et 92 % dans l'autre groupe. L'apparition d'impériosités de novo n'est pas statistiquement différente entre les deux populations.

Des conclusions similaires, écartant l'obésité comme facteur de risque de complications urologiques spécifiques post-opératoires, ont récemment été retrouvées pour d'autres procédures chirurgicales [45]. Cependant, il existe un taux de complications infectieuses pariétales statistiquement significatif en cas de chirurgie ouverte.

Le seul article relatant la technique de BSU par voie trans-obturatrice est une série de cas cliniques sur les perforations vésicales chez trois patientes dont l'une présente un IMC à 37kg/m2. Aucune étude rétrospective ou prospective évaluant cette procédure chez la patiente obèse n'est disponible dans la littérature.

Une étude de revue de Muller et al., en 2007, résume l'ensemble des données sur la chirurgie d'IUE par BSU chez les patientes obèses [46], reprenant les trois articles précédement cités : Rafii et al. [44], Lovatsis et al. [43], Skriapas et al., en 2006.


Conclusion


L'obésité est un facteur de risque d'IU quel que soit le type. L'IUE a une prévalence importante dans cette population. Une relation linéaire entre IMC et IU semble exister.

La perte de poids, par régime hypocalorique ou chirurgie bariatrique, permet une amélioration très nette des symptômes urinaires quel que soit le type d'IU [29, 31]. Ces études rejoignent les récentes publications sur l'amélioration de nombreuses comorbidités de l'obésité (diabète, hypertension artérielle, hypertriglycéridémie, hyperuricémie) par la perte de poids et l'effet positif sur la survie à long terme [47, 48]. Ces données récentes nous invitent à réévaluer les indications de cure chirurgicale d'IUE.

Peu d'études se sont intéressées à la chirurgie d'IUE chez les patientes obèses, dont la plupart de manière rétrospective. Cette chirurgie ne semble pas influencée en termes de résultats fonctionnels par l'IMC, lors de suivi inférieur à cinq ans. Le geste opératoire est réputé plus difficile, le risque de complications urologiques per- ou post-opératoires ne semble pas majoré par l'obésité. Une seule étude rétrospective retrouve des complications générales, d'ordre thrombo-emboliques, cardiovasculaires ou pulmonaires plus fréquentes. Il serait intéressant de réaliser une étude prospective sur une large population de patientes obèses afin de confirmer cette tendance et de définir les mesures de prévention péri-opératoire adaptées à cette population. En cas d'IUE typique, la bandelette sous-urétrale TVT donne d'excellents résultats, lors d'un suivi inférieur à cinq ans. Il existerait une tendance accrue à l'apparition d'urgenturie de novo. D'autres études, prospectives, semblent nécessaires pour confirmer ces premiers résultats.




Tableau 1 - Classification en fonction de l'IMC (surpoids, obésité, obésité sévère et massive).
IMC (kg/m2 Classification (adulte, homme ou femme) 
<18,5  Maigreur 
18,5–24,9  Poids de référence 
25–29,9  Surpoids 
30  Obésité 
35–39,9  Obésité sévère 
40  Obésité massive 





Tableau 2 - Extrapolation à la population féminine française en pourcentage et en chiffres en 2006 (24 797 141 femmes de plus de 15 ans).
Surpoids (IMC 25–29,9kg/m2 23,3 %  5 585 172 femmes 
Obésité (IMC30kg/m2 13 %  3 223 628 femmes 
Obésité sévère (IMC 35–39,9kg/m2 2,7 %  669 522 femmes 
Obésité massive (IMC40kg/m2 1,1 %  272 768 femmes 



Légende :
Étude Obepi Roche 2006.



Tableau 3 - Estimation de l'OR de l'IUE en fonction de l'IMC.
Auteur, année  OR de l'IUE 
Brown et al. [14], 1996 
IMC>30kg/m2  1,9 
 
Brown et al., 1999 
IMC>25kg/m2  1,13 
 
Peyrat et al. [17], 2000 
IMC>25kg/m2  Pas de différence statistiquement significative 
 
Hannestad et al. [15]a, 2003 
IMC=25–29,9  1,4 
IMC=30–34,9  1,7 
IMC=35–39,9 
IMC>40kg/m2  2,4 
 
Dallosso et al. [28], 2003 
IMC=25–29,9  1,25 
IMC>30kg/m2  1,74 
 
Mc Grother et al. [19], 2006 
IMC=25–29,9  1,4 
IMC>30kg/m2  2,3 



[a] 
Relation linéaire retrouvée entre la sévérité de l'IUE et l'augmentation de l'IMC.


Références



Luber K.M. The definition, prevalence, and risk factors for stress urinary incontinence Rev Urol 2004 ;  6 (Suppl. 3) : S3-S9
Thomas T.M., Plymat K.R., Blannin J., Meade T.W. Prevalence of urinary incontinence Br Med J 1980 ;  281 : 1243-1245 [cross-ref]
Yarnell J.W., Voyle G.J., Richards C.J., Stephenson T.P. The prevalence and severity of urinary incontinence in women J Epidemiol Community Health 1981 ;  35 : 71-74 [cross-ref]
Holst K., Wilson P.D. The prevalence of female urinary incontinence and reasons for not seeking treatment N Z Med J 1988 ;  101 : 756-758
Lara C., Nacey J. Ethnic differences between Maori. Pacific island and European New Zealand women in prevalence and attitudes to urinary incontinence N Z Med J 1994 ;  107 : 374-376
Hagglund D., Olsson H., Leppert J. Urinary incontinence: an unexpected large problem among young females. Results from a population-based study Fam Pract 1999 ;  16 : 506-509 [cross-ref]
Hannestad Y.S., Rortveit G., Sandvik H., Hunskaar S. A community-based epidemiological survey of female urinary incontinence: the Norwegian EPINCONT study. Epidemiology of incontinence in the county of Nord-Trondelag J Clin Epidemiol 2000 ;  53 : 1150-1157 [cross-ref]
Jackson S., Donovan J., Brookes S., Eckford S., Swithinbank L., Abrams P. The Bristol female lower urinary tract symptoms questionnaire: development and psychometric testing Br J Urol 1996 ;  77 : 805-812
Van Oyen H., Van Oyen P. Urinary incontinence in Belgium; prevalence, correlates and psychosocial consequences Acta Clin Belg 2002 ;  57 : 207-218
Monz B., Chartier-Kastler E., Hampel C., Samsioe G., Hunskaar S., Espuna-Pons M., et al. Patient characteristics associated with quality of life in European women seeking treatment for urinary incontinence: results from PURE Eur Urol 2007 ;  51 : 1073-1081discussion 1081-2.
 [cross-ref]
Sandvik H., Seim A., Vanvik A., Hunskaar S. A severity index for epidemiological surveys of female urinary incontinence: comparison with 48-hour pad-weighing tests Neurourol Urodyn 2000 ;  19 : 137-145 [cross-ref]
Haab F., Amarenco G., Coloby P., Grise P., Jacquetin B., Labat J.J., et al. Terminology of lower urinary tract dysfunction: French adaptation of the terminology of the International Continence Society Prog Urol 2004 ;  14 : 1103-1111
Altman D., Granath F., Cnattingius S., Falconer C. Hysterectomy and risk of stress urinary incontinence surgery: nationwide cohort study Lancet 2007 ;  370 : 1494-1499 [cross-ref]
Brown J.S., Seeley D.G., Fong J., Black D.M., Ensrud K.E., Grady D. Urinary incontinence in older women: who is at risk? Study of osteoporotic fractures research group Obstet Gynecol 1996 ;  87 : 715-721 [cross-ref]
Hannestad Y.S., Rortveit G., Daltveit A.K., Hunskaar S. Are smoking and other lifestyle factors associated with female urinary incontinence? The Norwegian EPINCONT study BJOG 2003 ;  110 : 247-254 [cross-ref]
Melville J.L., Katon W., Delaney K., Newton K. Urinary incontinence in US women: a population-based study Arch Intern Med 2005 ;  165 : 537-542 [cross-ref]
Peyrat L., Haillot O., Bruyere F., Boutin J.M., Bertrand P., Lanson Y. Prevalence and risk factors of urinary incontinence in young women Prog Urol 2002 ;  12 : 52-59
Rortveit G., Hannestad Y.S., Daltveit A.K., Hunskaar S. Age- and type-dependent effects of parity on urinary incontinence: the Norwegian EPINCONT study Obstet Gynecol 2001 ;  98 : 1004-1010 [cross-ref]
McGrother C.W., Donaldson M.M., Hayward T., Matthews R., Dallosso H.M., Hyde C. Urinary storage symptoms and comorbidities: a prospective population cohort study in middle-aged and older women Age Ageing 2006 ;  35 : 16-24 [cross-ref]
Moller L.M., Lose G., Jorgensen T. Risk factors of lower urinary tract symptoms in women aged 40–60 years Ugeskr Laeger 2001 ;  163 : 6598-6601
Abrams P, Cardozo L, Khoury S, Wein A. Incontinence 2005.p. 790.
Czernichow S, Ciangura C, Oppert JM. Obésité de l'adulte. La Revue du Praticien 2006;56:2275–81.
OCDE: L'OCDE en chiffres (statistiques sur les états membres) : OCDE L'observateur, 2005.
WHO Expert Committee: Physical Status: The use and interpretation of anthropometry, World Health Organization Technical report series, 1995.
Charles MA and Basdevant A: Enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l'obésité : rapport Obepi Roche 2006, 2006.
Mydlo J.H. The impact of obesity in urology Urol Clin North Am 2004 ;  31 : 275-287 [cross-ref]
Richter H.E., Burgio K.L., Brubaker L., Moalli P.A., Markland A.D., Mallet V., et al. Factors associated with incontinence frequency in a surgical cohort of stress incontinent women Am J Obstet Gynecol 2005 ;  193 : 2088-2093
Dallosso H.M., McGrother C.W., Matthews R.J., Donaldson M.M. The association of diet and other lifestyle factors with overactive bladder and stress incontinence: a longitudinal study in women BJU Int 2003 ;  92 : 69-77 [cross-ref]
Subak L.L., Whitcomb E., Shen H., Saxton J., Vittinghoff E., Brown J.S. Weight loss: a novel and effective treatment for urinary incontinence J Urol 2005 ;  174 : 190-195 [cross-ref]
Bump R.C., Sugerman H.J., Fantl J.A., McClish D.K. Obesity and lower urinary tract function in women: effect of surgically induced weight loss Am J Obstet Gynecol 1992 ;  167 : 392-397[discussion 397–9].
Burgio K.L., Richter H.E., Clements R.H., Redden D.T., Goode P.S. Changes in urinary and fecal incontinence symptoms with weight loss surgery in morbidly obese women Obstet Gynecol 2007 ;  110 : 1034-1040
Deitel M., Stone E., Kassam H.A., Wilk E.J., Sutherland D.J. Gynecologic-obstetric changes after loss of massive excess weight following bariatric surgery J Am Coll Nutr 1988 ;  7 : 147-153
Cummings J.M., Boullier J.A., Parra R.O. Surgical correction of stress incontinence in morbidly obese women J Urol 1998 ;  160 : 754-755 [cross-ref]
Clemens J.Q., Stern J.A., Bushman W.A., Schaeffer A.J. Long-term results of the Stamey bladder neck suspension: direct comparison with the Marshall-Marchetti-Krantz procedure J Urol 1998 ;  160 : 372-376 [cross-ref]
Spencer J.R., O'Conor V.J., Schaeffer A.J. A comparison of endoscopic suspension of the vesical neck with suprapubic vesicourethropexy for treatment of stress urinary incontinence J Urol 1987 ;  137 : 411-415
Green D.F., McGuire E.J., Lytton B. A comparison of endoscopic suspension of the vesical neck versus anterior urethropexy for the treatment of stress urinary incontinence J Urol 1986 ;  136 : 1205-1207 [cross-ref]
Fowler J.E. Experience with suprapubic vesicourethral suspension and endoscopic suspension of the vesical neck for stress urinary incontinence in females Surg Gynecol Obstet 1986 ;  162 : 437-441 [cross-ref]
Kil P.J., Hoekstra J.W., van der Meijden A.P., Smans A.J., Theeuwes A.G., Schreinemachers L.M. Transvaginal ultrasonography and urodynamic evaluation after suspension operations: comparison among the Gittes, Stamey and Burch suspensions J Urol 1991 ;  146 : 132-136
Pow-Sang J.M., Lockhart J.L., Suarez A., Lansman H., Politano V.A. Female urinary incontinence: preoperative selection, surgical complications and results J Urol 1986 ;  136 : 831-833
Zivkovic F., Tamussino K., Pieber D., Haas J. Body mass index and outcome of incontinence surgery Obstet Gynecol 1999 ;  93 : 753-756 [cross-ref]
Rogers R.G., Lebkuchner U., Kammerer-Doak D.N., Thompson P.K., Walters M.D., Nygaard I.E. Obesity and retropubic surgery for stress incontinence: is there really an increased risk of intraoperative complications? Am J Obstet Gynecol 2006 ;  195 : 1794-1798 [cross-ref]
Mukherjee K., Constantine G. Urinary stress incontinence in obese women: tension-free vaginal tape is the answer BJU Int 2001 ;  88 : 881-883 [cross-ref]
Lovatsis D., Gupta C., Dean E., Lee F. Tension-free vaginal tape procedure is an ideal treatment for obese patients Am J Obstet Gynecol 2003 ;  189 : 1601-1604[discussion 1604–5].
 [cross-ref]
Rafii A., Darai E., Haab F., Samain E., Levardon M., Deval B. Body mass index and outcome of tension-free vaginal tape Eur Urol 2003 ;  43 : 288-292 [cross-ref]
Dindo D., Muller M.K., Weber M., Clavien P.A. Obesity in general elective surgery Lancet 2003 ;  361 : 2032-2035 [cross-ref]
Muller M., Koebele A., Deval B. Determinants of success and recurrence after suburetral free tape procedure for female urinary incontinence J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris) 2007 ;  36 : 19-29 [cross-ref]
Sjostrom L., Lindroos A.K., Peltonen M., Torgerson J., Bouchard C., Carlsson B., et al. Lifestyle, diabetes, and cardiovascular risk factors 10 years after bariatric surgery N Engl J Med 2004 ;  351 : 2683-2693 [cross-ref]
Sjostrom L., Narbro K., Sjostrom C.D., Karason K., Larsson B., Wedel H., et al. Effects of bariatric surgery on mortality in Swedish obese subjects N Engl J Med 2007 ;  357 : 741-752 [cross-ref]
Skriapas K., Poulakis V., Dillenburg W., et al. Tension-free vaginal tape (TVT) in morbidly obese patients with severe urodynamic stress incontinence as last option treatment Eur Urol 2006 ;  49 (3) : 544-550 [cross-ref]






© 2008 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.