Impact des cures de prolapsus pelviens par promontofixation laparoscopique sur la sexualité du couple

25 mars 2014

Auteurs : O. Lam Van Ba, L. Wagner, F. Letois, N. Siegler, L. Soustelle, M. Boukaram, K. Ben Naoum, S. Droupy, P. Costa
Référence : Prog Urol, 2014, 4, 24, 247-255
But

Évaluer l’impact du traitement chirurgical des prolapsus pelviens par promontofixation sur la sexualité du couple mesurée par des auto-questionnaires.

Patientes

Étude prospective, monocentrique de patientes consécutives traitées par promontofixation. Les patientes, dont le prolapsus était évalué à chaque visite avec la classification POPQ, et leurs conjoints étaient invités à remplir des questionnaires de qualité de vie et de qualité de vie sexuelle en pré- et post-chirurgie (6mois) (auto-questionnaires PISQ12, PFDI-20 chez les patientes, antécédents médicaux, IIEF, PISQ12 modifié chez les conjoints).

Résultats

De mai à décembre 2010, 25 couples ont été évalués. Les taux de correction anatomique (POPQ<2) aux étages moyen, antérieur et postérieur étaient respectivement de 100,0 %, 95,4 % et 66,7 %. Six mois après la chirurgie, 65,2 % (n =15) des couples avaient une activité sexuelle au moins hebdomadaire contre 54,2 % (n =13) en préopératoire (p <0,001). Deux cas de diminution de l’activité sexuelle en postopératoire ont été rapportés mais semblaient indépendants de la chirurgie (absence de partenaire et dysfonction érectile). Chez la femme, il existait une diminution significative de la gêne en rapport avec le prolapsus (pesanteur pelvienne et symptomatologie urinaire) et de la dyspareunie ; une amélioration de la qualité de vie sexuelle (p =0,08). Chez l’homme, on notait une amélioration non significative de la sexualité (autoquestionnaire IIEF) portant sur la fonction érectile et la satisfaction liée aux rapports sexuels.

Conclusions

Les cures de prolapsus pelvien par promontofixation n’ont pas d’impact négatif sur la sexualité du couple et pourraient même l’améliorer. L’évaluation du conjoint apporte des informations importantes pour l’interprétation des résultats.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Les prolapsus urogénitaux féminins sont une affection fréquente. Ainsi, dans une étude réalisée aux États-Unis chez des femmes âgées de plus de 20ans, la moitié des femmes ayant accouché présenterait des degrés divers, symptomatiques ou non, de prolapsus [1, 2].


En raison de leur retentissement fonctionnel qu'ils soient digestifs, urinaires ou sexuels les prolapsus urogénitaux pourraient être responsables d'une altération significative de la qualité de vie des patientes, notamment sexuelle [3, 4, 5, 6]. En effet, les prolapsus pelviens peuvent altérer la fonction sexuelle par le biais d'un inconfort, d'une dyspareunie ou d'une incontinence urinaire lors des rapports. Aussi, de multiples techniques chirurgicales ont été développées afin de corriger ces troubles de la statique [1]. Actuellement, la promontofixation par voie cÅ“lioscopie constitue le traitement de référence des prolapsus urogénitaux de la femme jeune [7]. Cette technique bien que plus invasive que la chirurgie par voie vaginale présenterait un risque iatrogénique sexuel moindre [8].


Cependant, si les résultats anatomiques et la satisfaction globale des patientes sont excellents (92 % et 94 % respectivement), les résultats fonctionnels postopératoires évalués en termes de qualité de vie sont plus contrastés [7]. Ainsi, les cures de prolapsus ne permettent pas systématiquement un recouvrement de la sexualité préopératoire et pourraient même être délétères [7, 9]. À ce jour, l'impact de la cure des prolapsus pelviens par promontofixation cÅ“lioscopique n'a été évalué que du point de vue de la femme et non du couple [10]. Pourtant, le vécu sexuel du prolapsus génital et de son traitement chirurgical, la modification éventuelle des sensations et les appréhensions du partenaire constituent des éléments déterminant de la qualité de vie sexuelle du couple. De même, l'existence dans cette catégorie d'âge de dysfonctions sexuelles chez l'homme n'est pas exceptionnelle et peut participer à une altération de la qualité de vie sexuelle dans le couple. L'amélioration des connaissances sur ce sujet semble donc indispensable pour évaluer de façon satisfaisante l'impact de la chirurgie par promontofixation sur la sexualité du couple.


L'objectif de notre étude était d'évaluer l'impact des prolapsus urogénitaux et de leur prise en charge chirurgicale par promontofixation sur la sexualité du couple estimé grâce à des auto-questionnaires.


Patientes et méthodes


Étude et objectifs


Il s'agissait d'une étude pilote mono-centrique observationnelle et prospective. Son objectif principal était d'évaluer l'impact des prolapsus urogénitaux et de leur prise en charge chirurgicale par promontofixation sur la sexualité du couple estimée en termes de fréquence de rapports sexuels. Son objectif secondaire était l'évaluation de l'impact des prolapsus pelviens et de leur traitement sur la qualité de vie sexuelle chez l'homme et chez la femme.


Patientes et conjoints


Toutes les patientes opérées consécutivement d'une cure de prolapsus pelvien par promontofixation de mai à décembre 2010, étaient éligibles pour cette étude. Les critères d'exclusion étaient :

barrière de la langue (langue française non maîtrisée) ;
absence de conjoint ;
troubles des fonctions supérieures ou adultes protégés ;
réalisation d'une colpopérinéorraphie postérieure associée en peropératoire en raison du risque de dyspareunie potentiel, inhérent au geste ;
refus de participer à l'étude.


Cette étude a été réalisée en accord avec les règles de bonne pratique en matière de recherche en santé (accords comité consultatif pour le traitement de l'information en matière de recherche dans le domaine de la santé et de la commission nationale de l'informatique et des libertés). Les patientes et leurs conjoints (contactés indirectement par l'intermédiaire des patientes) ont rempli un formulaire de consentement.


Schéma de l'étude


L'étude s'est déroulée de la façon suivante.


Évaluation préopératoire



Chez les patientes


Lors de la consultation préopératoire, celles-ci ont bénéficié d'une évaluation de leur prolapsus d'un point de vue anatomique, via la « pelvic organ prolapse quantification classification » (POP-Q) et fonctionnelle via les questionnaires validés en français Pelvic Floor Distress Inventory-20 (PFDI-20) et ses sous-scores CRADI-8, UDI-6, POPDI-6 pour évaluer la sévérité des symptômes liés au prolapsus et le Pelvic Organ Prolapse Urinary Incontinence Sexual Questionnaire-12 (PISQ-12) pour évaluer la fonction sexuelle, la dyspareunie (Question 5) et la gêne occasionnée [11, 12, 13].


Chez les conjoints


L'évaluation de la qualité de vie sexuelle a été réalisée à l'aide de trois auto-questionnaires une fois leur accord obtenu par l'intermédiaire leur conjointe et le consentement signé :

auto-questionnaire d'antécédents médicaux : recueil des caractéristiques démographiques, des antécédents médicaux/chirurgicaux et des traitements à la recherche de sources potentielles de dysfonction sexuelle ;
international index of erectile function (IIEF) : auto-questionnaire évaluant les différents domaines de la fonction sexuelle masculine : fonction érectile, fonction orgasmique, désir sexuel, satisfaction lors des rapports sexuels, satisfaction globale [14] ;
PISQ 12 modifié : il s'agit du PISQ12 utilisé chez les femmes et transformé à l'attention de leur conjoint pour évaluer le ressenti de l'impact du prolapsus dans la vie sexuelle du couple et de recueillir ainsi l'opinion des deux conjoints sur les signes fonctionnels associés (fuite d'urines, perte fécales) ou la douleur lors des rapports sexuels. Ce questionnaire modifié n'a pas fait l'objet d'une procédure de validation (Annexe A).


Intervention chirurgicale


Toutes les patientes ont bénéficié d'une sacrocolpopexie par voie laparoscopique avec conservation utérine selon la technique décrite par Wagner et al. [7]. Les gestes complémentaires seuls ou en association suivants étaient réalisés si nécessaires :

pose de bandelettes sous-uréthrale de type tension-free vaginal tape (TVT) ou transobturator tape (TOT) en cas d'incontinence urinaire d'effort patente à l'examen clinique préopératoire lors de manÅ“uvre de réduction du prolapsus avec valves ;
ligature tubaire, à la demande de la patiente à visée contraceptive après information et signature du consentement.


Il était recommandé aux patientes d'observer une abstinence sexuelle au cours des 4semaines suivant l'intervention.


Évaluation postopératoire


Les patientes ont bénéficié de deux consultations postopératoires à 3 et 6mois. Lors de cette dernière visite, des évaluations fonctionnelle et anatomique, identiques à celles réalisées lors de la consultation préopératoire ont été réalisées et les questionnaires de qualité de vie sexuelle étaient remis à l'attention du conjoint.


Critères de jugement


Le critère de jugement principal était la comparaison de la fréquence des rapports sexuels (au moins hebdomadaire vs moins d'une fois par semaine) déclarés par le couple en pré- et postopératoire (6mois). La fréquence des rapports sexuels a été évaluée chez la femme lors de la consultation et chez l'homme par l'intermédiaire du questionnaire PISQ-12 modifié. Les critères de jugement secondaires étaient la comparaison de l'évolution globale et particulière (par question) des scores de qualité de vie générale liée au prolapsus (PFDI20, CRADI-8, UDI-6, POPDI-6) et sexuelle (PISQ12, PISQ12 modifié, IIEF) chez l'homme et chez la femme.


Analyses statistiques


Les variables continues ont été présentées avec leur moyenne et leurs valeurs extrêmes (minimale/maximale), les variables qualitatives sous forme de pourcentage.


Pour un couple donné, l'évolution de la fréquence des rapports sexuels déclarée par au moins un des deux conjoints a été évaluée de façon qualitative (augmentation, diminution, stabilité de la fréquence des rapports sexuels au moins hebdomadaires ou non). En cas de discordance de réponse entre conjoints les données du couple étaient exclues de l'analyse principale. La comparaison de la fréquence des rapports sexuels avant et après intervention a été estimée à l'aide d'un test de Fisher. L'évolution des scores pré- et postopératoire des questionnaires de qualité de vie PDFI-20 et de ses sous-scores, PISQ-12 féminin, PISQ-12 modifié, IIEF ont été comparées à l'aide du test non paramétrique apparié de Wilcoxon. Un p inférieur ou égal à 5 % était considéré comme statistiquement significatif.


Résultats


De mai à novembre 2010, 39 patientes ont bénéficié d'une cure de prolapsus génito-urinaire par promontofixation dont 25 vivaient en couple (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme de l'étude.




Caractéristiques des patientes et de leurs conjoints


Les principales caractéristiques des 25 patientes ayant accepté de participer et répondant aux critères de sélection sont présentées dans le Tableau 1. Dans 68,0 % des cas (n =17), le prolapsus était classé en stade 2 POP-Q et dans 32,0 % des cas (n =8) en stade 3. Dix-huit conjoints ont rempli les questionnaires préopératoires. Leurs principales caractéristiques sont présentées dans le Tableau 2.


Description de la chirurgie par promontofixation laparoscopique


L'ensemble des patientes a bénéficié d'un geste de promontofixation par voie laparoscopique, dont 36,0 % (n =9) robot-assisté. Par ailleurs, 28,0 % (n =7) des patientes ont bénéficié de la pose d'une bandelette antérieure ; 62,0 % (n =18) ont bénéficié de la pose de bandelettes antérieure et postérieure. Chez la moitié des patientes (12/25), une cure d'incontinence urinaire d'effort concomitante a été réalisée par mise en place d'une bandelette sous-urétrale. Enfin, deux ligatures tubaires ont aussi été pratiquées.


Résultats anatomiques de la chirurgie


Aucune patiente ne présentait à 6mois d'aggravation de son prolapsus, à quel qu'étage que ce soit. Tous les prolapsus de l'étage moyen ont été corrigés (n =22) avec un stade POPQ postopératoire à 0. Seul 1 prolapsus antérieur sur 22 n'a pas été corrigé (stade POPQ postopératoire=2). Cinq prolapsus postérieurs sur 15 présentaient en postopératoire un stade POPQ=2. Le taux de correction anatomique (POPQ<2) aux étages moyen, antérieur et postérieur étaient respectivement de 100 %, 95,4 % et 66,7 %.


Impact de la chirurgie sur la sexualité


Vingt-quatre patientes et 11 conjoints ont décrit la fréquence des rapports sexuels et leur évolution au sein du couple. Leurs réponses étaient toutes concordantes. La fréquence des rapports sexuels est décrite dans le Tableau 3. Six mois après la cure de prolapsus, 17,4 % (n =4) des couples avaient augmenté la fréquence de leurs rapports sexuels, 73,9 % (n =17) n'avaient rien modifié et 8,7 % (n =2) avaient moins de rapports sexuels. Deux-tiers des couples (15/23) avaient des rapports sexuels au moins hebdomadaires en postopératoire contre 54,2 % (13/24) en préopératoire (p <0,001). Chez les deux couples qui ont présenté une diminution de la fréquence des rapports, dans un cas cette baisse est concomitante d'une séparation du couple et dans l'autre à l'apparition d'une dysfonction sexuelle (dysfonction érectile et diminution de la libido) du conjoint. Parmi les couples sans rapport sexuel pré- et postopératoires (n =3) dans au moins 2 cas, le conjoint présentait une prostatectomie ou une hypertrophie bénigne de prostate avec de multiples facteurs de risque et traitements cardiovasculaires.


Dans le groupe des patientes avec incontinence urinaire d'effort préopératoire (n =12), la proportion de patientes ayant une activité sexuelle au moins hebdomadaire (critère principal de jugement) était significativement augmentée en postopératoire par rapport à en préopératoire (50,0 % vs 41,7 %, respectivement p =0,015).


Dans le groupe des patientes sans incontinence urinaire d'effort préopératoire (n =11), la proportion de patientes ayant une activité sexuelle au moins hebdomadaire était augmentée, à la limite du seuil de significativité, en postopératoire par rapport à en préopératoire (81,8 % vs 72,7 % respectivement, p =0,055).


Résultats fonctionnels féminins


Il existait une amélioration à la limite de la significativité de la qualité de vie sexuelle après cure de prolapsus (p =0,08) (Tableau 4). La gêne fonctionnelle en rapport avec le prolapsus et la gêne liée à la symptomatologie urinaire et à la pesanteur pelvienne étaient significativement améliorées. La fréquence des dyspareunies était significativement diminuée (e.g., question 5 du PISQ-12). Aucune dyspareunie de novo n'a été constatée. Du point de vue urinaire, il existait en postopératoire une diminution de la dysurie, de l'incontinence urinaire d'effort et par urgenturie et des urgenturies (Tableau 5).


Évolution de sexualité du conjoint


La fonction sexuelle de l'homme était améliorée de façon globale (IIEF total 47,8 avant et 53,7 après) avec une amélioration liée essentiellement à l'amélioration de la fonction érectile et à la satisfaction liée aux rapport sexuels (Tableau 6). Cependant, cette différence n'atteignait pas le seuil de significativité.


Discussion


Dans cette étude pilote, les cures de prolapsus pelviens par promontofixation cÅ“lioscopique n'avaient pas d'impact négatif sur la sexualité du couple et pourraient même l'améliorer. Ils permettaient une bonne correction anatomique et diminuaient la gêne globale en rapport avec le prolapsus, dont le handicap lié à la symptomatologie urinaire et à la pesanteur pelvienne.


L'objectif de cette étude était d'évaluer l'impact sur la sexualité du couple des cures de prolapsus par promontofixation. En effet, une telle évaluation n'avait à notre connaissance jamais été réalisée avec cette technique chirurgicale. Deux études ont évalué la sexualité chez les hommes et les femmes après cure de prolapsus par voie vaginale avec ou sans prothèse et retrouvaient des améliorations dans certains domaines de la vie sexuelle [10, 15]. Cependant, outre la technique chirurgicale différente, ces études n'ont pas étudié la sexualité du couple du point de vue de la fréquence des rapports sexuels et n'ont pas utilisé de questionnaire de qualité vie spécifique au prolapsus (PISQ). Nous avons noté une augmentation significative postopératoire du nombre de couple ayant une fréquence de rapports sexuels au moins hebdomadaire (65,2 % vs 54,2 %). Cette amélioration est présente que la patiente présente ou non une incontinence urinaire d'effort préopératoire bien que l'impact semble plus important et que le seuil de significativité ne soit atteint que dans le sous-groupe des patientes avec une incontinence urinaire d'effort préopératoire. De plus, il existait une amélioration de la satisfaction sexuelle globale (score total IIEF) principalement via une amélioration de la fonction érectile et de la satisfaction liée aux rapports sexuels. Il semble donc y avoir un impact positif de la cure de prolapsus par promontofixation cÅ“lioscopique sur la sexualité, mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence compte tenu des effectifs de cette étude pilote. En tout état de cause, il n'y a pas d'impact négatif sur la sexualité.


En termes de qualité de vie sexuelle, évaluée à partir de questionnaires de qualité de vie sexuelle, la comparaison des questionnaires PISQ, avant/après chirurgie retrouvait chez les patientes une amélioration modeste et non significative des scores de qualité de vie sexuelle (+9,0 %, 3,1/34,5). On ne peut donc exclure un effet bénéfique de la chirurgie sur cette dimension de la qualité de vie, l'absence de significativité pouvant être liée à un manque de puissance statistique. Des études de plus grande taille sont donc nécessaires pour estimer plus précisément la relation entre cette chirurgie et l'évolution de la qualité de vie sexuelle du couple.


Notre travail présente un certain nombre de forces et de faiblesses qu'il convient de souligner. Notre étude est mono-centrique avec un recrutement de petite taille (25 patientes). Cependant, il s'agit d'une étude pilote et son recrutement a été effectué de façon prospective et consécutive. L'amélioration significative de la symptomatologie fonctionnelle non sexuelle liée au prolapsus et les taux de correction anatomique retrouvés sont conformes aux résultats rapportés dans la littérature [7]. Les récidives au niveau de l'étage postérieur correspondent à des rectocèles basses, survenues entre les jambages de la prothèse, probablement en rapport avec une implantation trop haute de celle-ci. Depuis, la technique du service a été modifiée avec implantation de bandelettes moins échancrées et fixées plus basses dans la région du canal anal.


Le taux de participation réel des conjoints peut sembler modeste (72,0 % en préopératoire, 52,0 % en postopératoire) mais il est supérieur à celui de l'étude de Vollebregt et al. (57 % en préopératoire) [15]. Il est inférieur à celui rapporté par Kuhn et al. (76 %). Cependant, dans cette dernière étude :

les hommes à risque élevé de dysfonction érectile (e.g., chirurgie prostatique ou génitale), moins enclins à participer, étaient exclus ;
le taux de perdus de vue masculins postopératoire n'était pas précisé [10].


Nous avons préféré ne pas avoir de critères d'exclusion du point de vue du conjoint afin d'avoir une population la plus représentative possible des couples dont la conjointe présente un prolapsus pelvien. De plus, afin d'être le moins intrusif possible, nous avons préféré ne pas contacter directement les conjoints. Il convient de souligner que la réalisation de gestes complémentaires concomitants à la chirurgie telle la pose de bandelettes sous-urétrales (n =12) peut constituer un facteur de confusion potentiel dans l'interprétation des résultats [12]. Enfin, notre durée de suivi (6mois) ne permet pas d'évaluer la fréquence des rétractions ou des expositions prothétiques dont la survenue est généralement plus tardive et peut influer sur la qualité de vie sexuelle [12].


Les réponses fournies par les conjoints étaient particulièrement importantes pour l'interprétation des résultats. Ainsi, il apparaît que les diminutions postopératoires de la fréquence des rapports étaient en réalité potentiellement attribuables au conjoint et non à la chirurgie. De même, dans 2 cas sur 3, l'absence de rapport préopératoire pourrait être liée au conjoint (chirurgie, traitement médicamenteux) [16]. Notre évaluation était globale et les trois questionnaires utilisés chez le conjoint apportaient des réponses complémentaires : l'IIEF et le questionnaire d'antécédents médicaux ont permis d'évaluer la part potentielle attribuable au conjoint dans la dysfonction sexuelle du couple, tandis que le PISQ 12 modifié a évalué le retentissement du prolapsus de la conjointe sur la fonction sexuelle masculine. Il convient de préciser que ce dernier questionnaire n'est actuellement pas validé.


Conclusion


En conclusion, notre étude pilote retrouve que la chirurgie de cure de prolapsus par promontofixation laparoscopique n'a pas d'impact négatif sur la sexualité du couple et pourrait l'améliorer. L'évaluation du conjoint apporte des informations importantes pour l'interprétation des résultats sur la sexualité. Ainsi, nos résultats suggèrent que toute étude souhaitant évaluer l'impact d'une chirurgie de prolapsus sur la sexualité de la femme devrait nécessairement recueillir les informations relatives à la sexualité du conjoint. Ceci constitue un des intérêts principaux de l'évaluation globale de la sexualité du point de vue du couple.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Annexe A. Matériel complémentaire


(27 Ko)
  




Tableau 1 - Principales caractéristiques des patientes de l'étude.
Caractéristiques  Valeur 
Nombre, n   25 
 
Âge, moyenne [valeurs extrêmes]   61,0 [38-78] 
 
Indice de masse corporelle, moyenne [valeurs extrêmes]   25,0 [19-29] 
 
Activité sexuelle préopératoire déclarée, % (n/N a)   80,0 (20/25) 
 
Caractéristiques du prolapsus en préopératoire  
Prolapsus antérieur POPQ≥2, % (n /N*)  88,0 (22/25) 
Stade POPQ=2, % (n /Na 64,0 (16/25) 
Stade POPQ=3, % (n /Na 24,0 (6/25) 
Stade POPQ=4, % (n /Na 0,0 (0/25) 
 
Prolapsus moyen, POPQ ≥ 2, % (n/N*)   88,0 (22/25) 
Stade POPQ=2, % (n /N*)  80,0 (20/25) 
Stade POPQ=3, % (n /N*)  8,0 (2/25) 
Stade POPQ=4, % (n /N*)  0,0 (0/25) 
 
Prolapsus postérieur, POPQ ≥ 2, % (n/N a)   60,0 (15/25) 
Stade POPQ=2, % (n /Na 52,0 (13/25) 
Stade POPQ=3, % (n /Na 8,0 (2/25) 
Stade POPQ=4, % (n /Na 0,0 (0/25) 
 
Antécédents gynéco-obstétricaux  
Ménopause, % (n /Na 84,0 (21/25) 
Parité≥1, % (n /Na 100,0 (25/25) 
Accouchement par voie basse (N≥1), % (n /Na 100,0 (21/21) 
 
Antécédents chirurgicaux  
Chirurgie pelvienne, % (n /Na 20,8 (5/24) 
Cure de prolapsus, % (n /Na 4,2 (1/24) 
Hystérectomie totale, % (n /Na 4,2 (1/24) 
Hystérectomie subtotale, % (n /Na 4,2 (1/24) 
Chirurgie pour incontinence urinaire, % (n /Na 8,3 (2/24) 



[a] 
Les variations du dénominateur correspondent à la présence d'éventuelles données manquantes.


Tableau 2 - Principales caractéristiques des conjoints de l'étude.
Caractéristiques  Valeur 
Nombre, n   18a 
 
Âge, moyenne [valeurs extrêmes]   60,8 [39-76] 
 
Activité sexuelle préopératoire déclarée, % (n/N)   77,8 (14/18) 
 
Antécédents urologiques  
Prostatectomie radicale, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Résection trans-urétral prostatique, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Posthectomie, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Hypertrophie bénigne de prostate, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Dysfonction érectile, % (n /N)  5,6 (1/18) 
 
Facteurs de risque cardiovasculaires  
HTA, % (n /N)  27,8 (5/18) 
Diabète, % (n /N)  11,1 (2/18) 
Dyslipidémie, % (n /N)  22,2 (4/18) 
Au moins un facteur de risque, % (n /N)  44,4 (8/18) 
 
Autres antécédents notables  
Maladie de Parkinson, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Dépression, % (n /N)  5,6 (1/18) 
 
Médicaments impactant sur la fonction sexuelle  
Bêtabloquants, % (n /N)  11,1 (2/18) 
Diurétiques thiazidiques, % (n /N)  11,1 (2/18) 
Neuroleptiques, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Anxiolytiques, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Antihistaminiques, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Injection intra-caverneuse de prostaglandine, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Alpha-bloquant, % (n /N)  5,6 (1/18) 
Hypolipémiants, % (n /N)  22,2 (4/18) 



[a] 
Sept conjoints n'ont pas répondu au questionnaire.


Tableau 3 - Fréquence des rapports sexuels au sein du couple avant et après cure de prolapsus.
Fréquence activité sexuelle  Préopératoire
n =24 
Postopératoire
n =23 
Δ 
Au moins hebdomadaire, % (n 54,2 % (13)  65,2 % (15)  +11,0 %* 
Aucune, % (n 25,0 % (6)  21,7 % (5)  −3,3 % 
Mensuelle, % (n 20,8 % (5)  13,0 % (3)  −7,8 % 
Hebdomadaire, % (n 54,2 % (13)  60,9 % (14)  +6,7 % 
Quotidienne, % (n 0 % (0)  4,3 % (1)  +4,3 % 



Légende :
*p ≤0,05. Parmi les 25 patientes éligibles, 1 n'a pas répondu à la question sur la fréquence de ses rapports sexuels aussi bien en pré- qu'en postopératoire.



Tableau 4 - Évolution de la qualité de vie sexuelle et de la symptomatologie pelvienne chez les patientes après cure de prolapsus pelvien laparoscopique.
Dimension fonctionnelle évaluée  Questionnaire  Score moyen préopératoire  Score moyen postopératoire  Variation moyenne  p  
Retentissement du prolapsus sur la qualité de vie sexuelle  PISQ- 12  34,5 (17)  37,6 (17)  +3,1  0,08 
Dyspareunie  PISQ- No 2,6 (18)  3,3 (19)  +0,7  <0,05 
Gêne globale en rapport avec le prolapsus  PDFI-20  23,5 (22)  10,6 (20)  −12,9  <0,01 
Gêne liée à la symptomatologie urinaire  UDI-6  8,2 (22)  2,8 (21)  −5,4  <0,01 
Gêne liée à la symptomatologie colorectale  CRADI-8  5,8 (22)  5,2 (21)  −0,6  0,8 
Gêne liée à la pesanteur pelvienne  POPDI-6  8,7 (22)  2,2 (21)  −6,5  <0,001 



Légende :
Le nombre de patientes éligibles pour le questionnaire était de 25 patientes. Les chiffres entre parenthèses dans le tableau correspondent au nombre de réponse pour un questionnaire donné.



Tableau 5 - Évolution de la symptomatologie urinaire.
SF urinaires  Préopératoire  Postopératoire  De novo 
Dysurie  16,0 % (4/25)  8,0 % (2/25)  4,0 % (1/25) 
IU d'effort  48,0 % (12/25)  16,0 % (4/25)*  4,0 % (1/25) 
IU par urgenturie  20,0 % (5/25)  8,0 % (2/25)  4,0 % (1/25) 
Urgenturies  24,0 % (6/25)  20,0 % (5/25)  16,0 % (4/25) 



Légende :
*Valeur de p (préopératoire vs postopératoire)≤0,05.



Tableau 6 - Évolution de la sexualité du conjoint après cure de prolapsus pelvien laparoscopique.
Dimension sexuelle  Questionnaires  Score moyen préopératoire  Score moyen postopératoire  Variation moyenne  p  
Fonction érectile  IIEF- Fonction érectile  18,9 (18)  21,5 (13)  +2,6  0,2 
Désir sexuel  IIEF- Désir sexuel  6,9 (17)  6,9 (12)  +0,0  0,9 
Fonction orgasmique  IIEF- Fonction orgasmique  6,9 (17)  8,0 (12)  +1,1  0,3 
Satisfaction sexuelle  IIEF- Satisfaction Qualité des RS  7,1 (17)  9,2 (12)  +2,1  0,2 
Satisfaction globale  IIEF- Satisfaction globale  8,0 (14)  8,1 (11)  +0,1  0,5 
Fonction sexuelle globale  IIEF- Total  47,8 (17)  53,7 (12)  +5,9  0,2 
Qualité de vie sexuelle  PISQ-12 modifié  37,7 (14)  37,8 (10)  +0,1  1,0 
Dyspareunie conjointe  Q5 PISQ-12 modifié  3 (15)  2,6 (10)  −0,4  0,5 



Légende :
RS : rapport sexuel. Le nombre de conjoints éligibles pour le questionnaire était de 25. Les chiffres entre parenthèses dans le tableau correspondent au nombre de réponse pour un questionnaire donné.


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