Évaluation de l’effet antilithiasique, oxalo-calcique et phospho-ammoniaco-magnésien d’extrait aqueux d’ Erica multiflora L.

25 décembre 2017

Auteurs : C. Sadki, F. Atmani
Référence : Prog Urol, 2017, 16, 27, 1058-1067
Objectif

Au Maroc, comme dans beaucoup de pays, un grand nombre de malades utilisent les plantes médicinales dans le traitement de leurs maladies dont la lithiase urinaire. Le but de la présente étude est de tester l’effet antilithiasique de l’extrait aqueux d’Erica multiflora , réputée antilithiasique dans la région orientale du Maroc.

Méthodes

L’extrait aqueux d’E.  multiflora a été étudié dans deux modèles oxalo-calciques de rats rendus expérimentalement lithiasiques. Les paramètres biochimiques urinaires ont été mesurés et les coupes histologiques des reins ont été analysées. L’effet de l’extrait a été également testé dans un modèle de cristallisation de phospho-ammoniaco-magnésien in vitro. Le nombre de cristaux et leur taille en présence et absence d’extrait ont été comparés.

Résultats

E.  multiflora n’a pas inhibé le développement des calcifications parenchymateuses et papillaires et par conséquent elle n’a pas d’effet sur la prévention de développement des cristaux d’oxalate de calcium rénaux. Même s’il y a une augmentation du pH urinaire et une diurèse remarquable, l’extrait de la plante n’a pas présenté d’activité inhibitrice significativement importante sur la cristallisation de l’oxalate de calcium. Par contre, l’extrait de la plante s’est montrée plus efficace contre la lithiase phospho-ammoniaco-magnésienne en inhibant la formation des cristaux de struvite par diminution de leur taille et de leur nombre ainsi que leur agrégation.

Conclusion

L’extrait d’E.  multiflora doit être utilisé dans l’inhibition et l’élimination des cristaux de type phospho-ammoniaco-magnésien plutôt que ceux d’oxalate de calcium.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


La lithiase urinaire constitue un problème de santé publique. Elle a un impact économique et sanitaire négatif sur la population car elle affecte préférentiellement une population active [1, 2]. Environ 10 % des patients lithiasiques ont des formes multirécidivantes de lithiase responsable d'une morbidité importante et pouvant aboutir aux formes les plus graves telle une altération de la fonction rénale ou même une insuffisance rénale terminale [3]. Selon une étude conduite dans la région de Rabat-Salé entre 2008 et 2013 [4], 66,6 % des lithiases rénales sont des lithiases oxalo-calciques, 18,1 % d'acides uriques, 7,9 % carbapatite, 4,4 % de struvite et 0,6 % de cystine. De même, d'autres études faites dans différentes régions du Maroc, en se basant sur l'analyse des calculs urinaires, ont montré des similitudes avec les pays industrialisés avec une prépondérance de la lithiase oxalo-calcique [5, 6]. De nombreux patients ont recours à la lithotritie extracorporelle ou à des méthodes endoscopiques pour éliminer les calculs urinaires, mais ne préviennent pas la formation de nouveaux calculs [7] avec en plus des effets secondaires non négligeables [8]. Plusieurs traitements médicamenteux ont été proposés mais leur efficacité scientifique est moins convaincante [9, 10]. Ainsi, les limites des thérapies du traitement de la lithiase ont poussé des chercheurs à découvrir d'autres thérapies alternatives. L'utilisation des plantes ou de leurs extraits pourrait constituer un excellent moyen de choix. Dans ce contexte, de nombreux travaux ont été menés pour évaluer l'activité in vitro et in vivo de nombreuses plantes [11, 12]. Nous nous intéressons ici à une plante médicinale, Erica multiflora de la famille des Ericacées, connue pour ses vertus thérapeutiques par le biais de ses fleurs utilisées en décoction comme antiseptiques des voies urinaires et diurétiques [13]. Dans cette étude, notre principal but est donc de rechercher l'efficacité d'E. multiflora dans le traitement de la lithiase urinaire dans un modèle de cristallisation oxalo-calcique in vivo d'une part et dans un modèle de cristallisation phospho-ammoniaco-magnésien in vitro d'autre part.


Matériel et méthodes


Matériel végétal et préparation de l'extrait aqueux


Les échantillons d'E. multiflora ont été récoltés à Tafoghalt (région d'Oujda, nord-est du Maroc) durant la période mars-avril et séchés à l'étuve à 45°C pendant toute une nuit. Un échantillon végétal authentique a été déposé à l'herbier de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat (numéro d'herbier 13009).


L'extrait aqueux a été préparé par décoction en faisant bouillir 10g de plante sèche (fleurs et feuilles) dans 200mL d'eau distillée pour une durée de 10min. On laisse refroidir à température ambiante pendant 15min, ensuite l'extrait aqueux a été filtré sur papier. Le filtrat est évaporé à l'étuve à 45°C pendant toute la nuit. Le rendement de cette procédure en quantité de substance végétale extraite est de 18 %.


Expérimentation sur les animaux


L'étude est menée sur des rats mâles blancs de souche Wistar pesant 180 à 250g. L'apport hydrique est permanent (eau de robinet). Les animaux vivent dans une animalerie conditionnée à une température moyenne de 22±2°C. La photopériode a été réglée à 12 heures. Les rats ont été mis dans des cages métaboliques individuelles dans lesquelles ils ont séjourné pendant 24heures qui correspondent à une période d'adaptation. Ensuite la mesure des paramètres métaboliques a été réalisée juste après cette période. Toutes les expériences ont été conduites en accordance avec les procédures internationales standards acceptées relatives à l'utilisation des animaux dans les laboratoires.


Modèle de cristallisation oxalo-calcique in vivo


La méthodologie utilisée est analogue à celle des travaux antérieurs sur l'étude de la plante Herniaria hirsuta [14, 15]. Nous avons utilisé l'éthylène glycol (EG) à 0,75 % comme précurseur d'oxalate, qui est fourni dans l'eau de boisson, pour induire la formation des cristaux d'oxalate de calcium au niveau des reins. Deux protocoles ont été utilisés comme schématisés dans la Figure 1 : le protocole préventif et le protocole curatif. Dans le premier protocole, l'extrait de plante est administré aux rats par gavage à raison de 50mg/mL/rat/jour. Le traitement par l'EG à 0,75 % et par l'extrait de la plante commence en même temps et le même jour. Nos investigations ont porté sur deux groupes : le premier comprend six rats recevant seulement l'EG, et gavés par 1 mL d'eau distillée par jour, le second comprend également six rats recevant EG et gavé par 1mL d'extrait de la plante par jour. L'expérience dure trois semaines. Aux jours j0, j1, j7, j14 et j21, les rats ont été placés dans des cages métaboliques individuelles afin de collecter les urines de 24 heures. Des cristaux de thymol ont été ajoutés pour éviter la prolifération bactérienne.


Figure 1
Figure 1. 

Description schématique des deux protocoles expérimentaux préventif et curatif utilisés dans cette étude.




Dans le protocole curatif, les rats sont tout d'abord rendus lithiasiques suite au traitement par l'EG 0,75 % associé au chlorure d'ammonium 1 % pendant trois jours pour accélérer la formation des cristaux, puis avec l'EG seul pendant trois semaines. Après ce temps et toujours sous traitement par l'EG, les rats ont été séparés en un groupe lithiasique non traité (n =6) recevant 1mL d'eau distillée par jour et un groupe lithiasique (n =6) traité par 1mL d'extrait aqueux de la plante par jour. L'expérience a duré pendant deux semaines. La collecte des urines est faite aux jours j0, j1, j3, j7 et j14.


Après traitement, les rats sont sacrifiés et les reins sont pesés et sectionnés transversalement, puis immergés dans une solution de formaline 4 % qui ne dissout pas les cristaux d'oxalate de calcium. On a réalisé des coupes de 5 à 10μm d'épaisseur, puis colorées avec l'hématoxyline et l'éosine. L'observation morphologique des coupes histologiques du rein est réalisée à l'aide de microscope optique en lumière blanche et polarisée.


Les paramètres mesurés


Après chaque collecte, on mesure les paramètres suivants : le pH urinaire, le volume d'eau consommée, la diurèse de 24heures, le poids corporel, l'oxalate, le calcium, le magnésium, le sodium et le potassium. La cristallurie a été analysée par microscopie photonique.


Modèle de cristallisation de la struvite in vitro


Le protocole de cristallisation in vitro que nous avons utilisé est similaire à celui décrit antérieurement par Kaloustian et ses collaborateurs [16] avec quelques modifications mineures. La solution A de potassium dihydrogène phosphate (KH2 PO4 ) 0,1M. La solution B est composée de chlorure de magnésium (41g), chlorure d'ammonium (50 g), 20mL d'hydroxide d'ammonium complétée jusqu'à 50mL avec de l'eau bi-distillée, puis diluée 10 fois. Un mL de la solution A a été distribué dans des tubes en verre, ensuite on ajoute 62,5μL d'extrait de plante à différentes concentrations pour avoir des concentrations finales de 0,0625 à 1mg/mL. Les tubes témoins contiennent 62,5μL d'eau distillée à la place de l'extrait. Un mL de la solution B a été ajouté et les tubes ont été incubés à 37°C pendant 30 min. À la fin de l'expérience, les cristaux de chaque tube sont analysés au microscope photonique.


Analyse statistique des résultats


Nous avons employé un test statistique paramétrique par le biais du test t de Student en vue de comparer les moyennes tout en vérifiant les critères de normalité. Les résultats ont été exprimés en moyennes plus ou moins l'erreur standard moyenne. Pour les résultats où cette condition n'était pas remplie, nous avons opté pour le test non paramétrique U de Mann-Whitney qui concerne la comparaison des médianes. Les résultats ont été exprimés en médiane plus ou moins l'erreur standard.


Dans tous les cas, les différences dont les valeurs de p inférieures à la valeur 0,05 sont considérées comme statistiquement significatives. L'ensemble des analyses a été réalisé à l'aide du logiciel Sigmaplot (version 9.0).


Résultats


Dans le protocole préventif, l'effet de l'extrait aqueux d'E. multiflora montre qu'il y a une légère augmentation de la masse corporelle chez le groupe lithiasique traité en comparaison avec le groupe lithiasique non traité, mais sans différence significative (Tableau 1). La prise hydrique exprimée en mL/24h augmente de manière significative chez le groupe de rats lithiasiques traités par E. multiflora à j14 lorsqu'elle est comparée à celle trouvée chez les rats lithiasiques non traités. Les valeurs de diurèse augmentent d'une manière proportionnelle avec les valeurs de la prise hydrique notamment chez le groupe de rats lithiasiques traités par E. multiflora et deviennent significative à j21. Le pH urinaire des groupes de rats expérimentaux est légèrement basique avant le traitement. Après l'introduction de l'éthylène glycol dans l'eau de boisson, on note une diminution progressive du pH urinaire, les urines deviennent acides à partir de j14.


Le Tableau 2 montre que la concentration de l'oxalate urinaire augmente durant toute la période de l'expérimentation chez les deux groupes de rats. Cependant, cette augmentation n'atteint pas la limite de significativité. De même, on n'a pas noté de différences significatives entre les deux groupes de rats concernant le calcium, le magnésium et le sodium urinaire. Le traitement induit une augmentation de la kaliurèse qui est significative à j7 et j21.


Le suivi de la cristallurie chez les rats non traités durant l'expérimentation nous montre l'existence de cristaux d'oxalate de calcium monohydratés (COM) de grande taille et quelques cristaux d'oxalate de calcium dihydratés (COD). Chez les rats lithiasiques traités par l'extrait aqueux d'E. multiflora , la cristallurie est caractérisée par une prédominance des cristaux de COD, les COM sont moins abondants.


L'examen des coupes histologiques des reins gauches des rats lithiasiques sous l'effet de l'EG montre la présence des cristaux d'oxalate de calcium aussi bien dans la zone cortico-médullaire que dans la zone papillaire. Le traitement par l'extrait aqueux d'E. multiflora à une dose de 50mg/mL n'exerce pas d'effet marqué. La déposition des cristaux dans la zone cortico-médullaire et la papille est maintenue (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Coupes histologiques à différents niveaux d'un rein de rat lithiasique non traité (a, b et c) et traité par l'extrait d'E. multiflora (a', b' et c') vu au microscope photonique émanant du protocole préventif ; a et a' : cortex ; b et b' : médullaire ; c et c' : papille. Barre : 200μm.




Concernant le protocole curatif, aucun effet de l'extrait aqueux sur la masse corporelle est noté (Tableau 3). La prise hydrique et la diurèse augmentent significativement chez les rats lithiasiques traités à j3 et j7. Chez les rats traités par E. multiflora , le pH augmente progressivement pour atteindre une valeur significative à j14.


Le traitement par l'extrait d'E. multiflora induit une augmentation de l'oxalurie de façon significative à j3 (Tableau 4). Les valeurs de la calciurie ne montrent pas de différences significatives entre les deux groupes. La concentration du magnésium urinaire tend à diminuer chez les rats lithiasiques témoins pendant les trois premiers jours, puis elle augmente légèrement. Cependant, chez les animaux traités par l'extrait d'E. multiflora , la magnésiurie augmente d'une manière statistiquement significative à j3. La concentration du sodium urinaire est pratiquement stable chez les rats lithiasiques témoins, par contre chez les rats traités, une augmentation significative est produite à j3 et j14. L'administration par voie orale de l'extrait aqueux d'E. multiflora entraîne une augmentation significative de la kaliurèse à j7 et j14.


Avant le traitement par l'extrait, des cristaux de COM et COD sont observés chez les deux groupes de rats. À j14 du traitement, la cristallurie est dominée par des cristaux de COM chez les deux groupes de rats traités et non traités.


Après traitement par E. multiflora , les différentes parties du rein présentent des amas de cristaux grossiers de COM visibles en lumière polarisée. Cependant, la différence n'est pas significative entre les deux groupes de rats (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Coupes histologiques à différents niveaux d'un rein de rat lithiasique non traité (a, b et c) et traité par l'extrait d'E. multiflora (a', b' et c') vu au microscope photonique émanant du protocole curatif ; a et a' : cortex ; b et b' : médullaire ; c et c' : papille. Barre : 200μm.




La Figure 4 illustre l'effet de l'extrait d'E . multiflora sur le nombre et la taille des cristaux de struvite in vitro. On remarque que plus la concentration de l'extrait augmente plus le nombre de cristaux diminue (Figure 4A). De même, on observe une diminution de la taille maximale des cristaux de struvite (Figure 4B). Dans les tubes témoins, les cristaux de struvite sont de grande taille avec des agrégats cristallins (Figure 5a). Une fois en présence d'extrait, les agrégats disparaissent et diminuent de taille (Figure 5b-e). En présence de la dose maximale de l'extrait (1mg/mL), le nombre de cristaux formés a été réduit de 40 % comparativement aux cristaux dans le tube témoin. De même, la taille a diminué de moitié comme le montre la Figure 5.


Figure 4
Figure 4. 

Effets de l'extrait aqueux d'E. multiflora in vitro sur les paramètres de la cristallurie. Statistique : test t de Student (** : p <0,01 ; *** : p <0,001 par comparaison aux valeurs témoins).




Figure 5
Figure 5. 

Cristaux formés en absence (a) et en présence de l'extrait aqueux d'E. multiflora à une concentration de 0,0625 (b) ; 0,125 (c) ; 0,25 (d) ; 0,5 (e) et 1 mg/mL (f) vu au microscope photonique. Barre : 20μm.





Discussion


Dans le protocole préventif, les rats sont rendus lithiasiques par administration de l'EG additionné à l'eau de boisson en même temps que le traitement par l'extrait aqueux de la plante, pour vérifier son pouvoir inhibiteur vis-à-vis de la cristallisation de l'oxalate de calcium dans les reins. Dans ce protocole, notamment dès le début de l'expérience, on a pu noter une augmentation de la prise hydrique chez le groupe de rats traités par la plante. Les valeurs de diurèse augmentent en parallèle avec les valeurs de la prise hydrique. La plante possède une activité diurétique qui reste visible malgré l'effet de l'EG, responsable d'une élévation de la diurèse par un effet osmotique conduisant à une polyurie. Ceci confirme nos résultats déjà obtenus concernant l'effet diurétique de la plante [17]. Le pH urinaire ne montre pas de différence significative chez les deux groupes de rats. L'oxalurie augmente chez les rats traités par rapport aux rats non traités mais de manière non significative entre les deux groupes expérimentaux. À cet égard, des études précédentes ont conclu que les plantes médicinales ont peu d'effet sur la chimie urinaire des urolithiases [18, 19]. La cristallurie montre davantage des cristaux de COD par rapport au COM suite au traitement avec l'extrait d'E. multiflora mais à moindre degrés en comparaison avec l'effet observé lors de l'utilisation d'Herniaria hirsuta [14, 15], une plante très réputée pour son activité antilithiasique au Maroc. L'observation microscopique en lumière polarisée des coupes histologiques rénales des rats néphrolithiasiques montre des dépôts cristallins intra-tubulaires et interstitiels. Ces dépôts ont été répartis à tous les niveaux du rein avec une légère diminution non significative chez les rats traités. Ces résultats démontrent que la plante ne possède pas une capacité de prévenir le développement des calcifications parenchymateuses et papillaires et par conséquent il n'y a pas d'effet sur la prévention de développement des calculs rénaux malgré son effet diurétique.


Dans le protocole curatif, nous avons étudié l'effet de l'extrait aqueux sur le dépôt des cristaux d'oxalate de calcium déjà formé dans les reins des rats. Les cristaux d'oxalate de calcium se forment en effet préférentiellement à pH acide, entre 6,3 et 6,7. Même s'il y a une augmentation du pH urinaire et une diurèse remarquable, la plante ne présente pas d'activité inhibitrice de la cristallisation aussi bien dans le parenchyme rénal que dans la papille.


Il faut rappeler que le processus de la lithiase urinaire est un processus métabolique qui se développe au cours d'un temps plus ou moins long. Ainsi, les deux protocoles expérimentaux de lithiase utilisés, même validés par plusieurs chercheurs, sont limités de point vu la transposition de ces résultats à l'échelle humaine.


Nos tests de cristallisation phospho-ammoniaco-magnésien in vitro montrent que l'incubation avec des concentrations de plus en plus élevées d'extrait aqueux d'E. multiflora a induit une inhibition de la croissance des cristaux de struvite avec une diminution du nombre et de la taille des cristaux. En présence d'une dose de 1mg/mL, le nombre de cristaux formés a été réduit de 40 % comparativement aux cristaux formés en absence d'extrait. De même, la taille a diminué de moitié. Par conséquent, les cristaux peuvent ainsi s'évacuer plus facilement dans l'urine en suite de l'augmentation de la diurèse. Ses essais in vitro montrent que l'extrait aqueux est efficace dans l'inhibition de l'agrégation des cristaux de struvite confirmant ainsi son utilisation dans le traitement des cystites infectieuses, des prostatites, des lithiases rénales et d'autres [13]. L'agrégation des cristaux est une étape déterminante dans la formation et la progression des calculs urinaires [20]. La prévention contre la formation des calculs rénaux repose principalement sur l'inhibition de la croissance et/ou l'agrégation cristalline. Ainsi, ces résultats laissent suggérer que la plante contient des substances efficaces dans l'inhibition de la croissante et l'agrégation des cristaux de struvite.


La lithiase phospho-ammoniaco-magnésienne connue sous le nom minéralogique struvite est plus fréquente chez la femme que chez l'homme et diffère des lithiases métaboliques par sa physiopathologie unique où l'infection urinaire par des microorganismes uréasiques qui peuvent décomposer l'urée urinaire et rendre l'urine plus ou moins alcalin [22, 21].


Conclusion


L'efficacité de l'extrait aqueux d'E. multiflora est négligeable vis-à-vis de la cristallisation oxalo-calcique mais joue un rôle essentiel dans l'inhibition de la formation des cristaux de struvite. Il nous paraît donc important dans des futures recherches d'étudier l'effet de l'extrait aqueux d'E. multiflora dans le traitement de la struvite in vivo chez des rats. Des fractionnements bio-guidés seront effectués en vue de connaître la nature des molécules que contient cette plante et qui peuvent être responsables de son activité biologique.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.


Remerciements


Cette étude a été subventionnée en partie par le Centre national pour la recherche scientifique et technique, Maroc, Projet D14/29 et « Programme P3 de la Coopération universitaire Mohammed Premier-Commission universitaire de développement (CUD, Belgique) ».




Tableau 1 - Effet de l'administration de l'extrait aqueux d'E. multiflora sur le poids corporel, l'eau consommée, le volume et le pH urinaire chez les rats lithiasiques dans le protocole préventif. Les valeurs représentent la moyenne±SEM. Statistique : test t de Student.
Jour de traitement  Poids corporel (g) 
Eau consommée (mL/24h) 
Volume urinaire (mL/24h) 
pH urinaire 
  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité 
j0  217,1±8,7  225,1±16,3  10,0±0,5  10,3±0,9  6,8±0,7  7,3±1,5  7,3±0,2  7,5±0,3 
j1  228,9±8,6  238,7±14,6  35,0±2,2  38,4±0,7  8,1±0,9  9,0±0,7  7,8±0,3  8,0±0,3 
j7  252,4±10,9  256,5±12,0  17,5 ±3,6  22,2±3,7  24,3±2,4  28,8±3,3  7,2±0,1  7,1±0,1 
j14  253,3±11,2  259,0±11,2  12,0±2,0  30,0±3,1**
p =0,0013 
20,5±3,7  29,0±3,9  6,4±0,1  6,6±0,1 
j21  262,4±10,1  282,5±10,6  15,5±2,5  31,0±3,6**
p =0,006 
18,0±1,7  33,0±3,4**
p =0,003 
6,3±0,1  6,3±0,1 



Légende :
** : p <0,01 par rapport aux rats lithiasiques témoins.



Tableau 2 - Effet de l'administration de l'extrait aqueux d'E. multiflora sur les paramètres urinaires chez les rats lithiasiques dans le protocole préventif. Les valeurs représentent la moyenne±SEM. Statistique : test t de Student.
Jour de traitement  Oxalate (mg/24h) 
Calcium (mg/24h) 
Magnésium (mg/24h) 
Sodium (mg/24h) 
Potassium (mg/24h) 
  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité 
j0  0,09±0,01  0,12±0,02  0,12±0,01  0,09±0,01  1,45±0,08  1,15±0,14  7,50±0,65  6,54±0,67  134,93±11,25  130,19±20,43 
j1  0,110±0,009  0,13±0,02  2,22±0,23  2,27±0,15  9,71±0,74  8,25±0,93  11,10±2,78  10,77±1,91  129,15±10,79  117,57±9,05 
j7  0,180±0,004  0,19±0,04  3,39±0,74  4,19±0,67  7,43±0,74  7,28±0,85  35,35±4,13  45,21±5,05  147,28±5,70  166,96±5,62*
p =0,049 
j14  0,19±0,03  0,26±0,04  1,18±0,38  0,64±0,10  7,91±0,58  8,39±0,90  18,22±2,91  28,39±6,75  133,68±10,66  135,97±9,62 
j21  0,26±0,03  0,27±0,03  0,92±0,29  0,71±0,12  5,13±0,77  6,65±0,73  14,38±2,28  15,36±1,81  64,76±4,24  96,48±5,35**
p =0,0016 



Légende :
* : p <0,05 ; ** : p <0,01 par rapport aux rats lithiasiques témoins.



Tableau 3 - Effet de l'administration de l'extrait aqueux d'E. multiflora sur le poids corporel, l'eau consommée, le volume et le pH urinaire chez les rats lithiasiques dans le protocole curatif. Les valeurs représentent la moyenne±SEM. Statistique : test t de Student.
Jour de traitement  Poids corporel (g) 
Eau consommée (mL/24h) 
Volume urinaire (mL/24h) 
pH urinaire 
  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité 
j0  232,5±7,6  234,6±5,4  11,4±1,8  11,4±1,9  16,2±2,1  16,6±2,2  6,1±0,1  6,3±0,1 
j1  226,2±7,3  234,2±6,6  12,4±2,3  12,6±2,0  14,3±1,6  16,5±2,1  6,0±0,2  6,3±0,2 
j3  223,9±7,3  215,1±12,3  9,6±1,3  28,8±7,7*
p =0,035 
12,8±0,7  22,5±3,3*
p =0,016 
6,5±0,2  6,8±0,3 
j7  220,9±8,2  216,9±11,9  15,6±3,2  32,7±7,2*
p =0,03 
16,3±2,5  28,0±4,1*
p =0,04 
6,1±0,2  6,3±0,2 
j14  217,0±11,6  230,9±12,1  33,8±4,6*
p =0,012 
17,3±2,7  20,8±2,6  22,8±2,2  5,8±0,1  7,0±0,2**
p =0,0028 



Légende :
* : p <0,05 ; ** : p <0,01 par rapport aux rats lithiasiques témoins.



Tableau 4 - Effet de l'administration de l'extrait aqueux d'E. multiflora sur les paramètres urinaires chez les rats lithiasiques dans le protocole curatif. Les valeurs représentent la moyenne±SE. Statistique : test t de Student et test U de Mann-Whitney.
Jour de traitement  Oxalate (mg/24h) 
Calcium (mg/24h) 
Magnésium (mg/24h) 
Sodium (mg/24h) 
Potassium (mg/24h) 
  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité  Témoin  Traité 
j0  0,45±0,04  0,52±0,06  2,44±0,57  1,79±0,36  6,57±1,15  8,41±0,92  66,93±3,8  61,36±11,80  70,15±8,06  72,94±8,51 
j1  0,49±0,07  0,38±0,04  1,64±0,14  1,29±0,15  5,10±0,76  6,51±1,31  64,53±10,42  85,79±8,97  57,05±8,96  45,47±5,54 
j3  0,30±0,03  0,64±0,13*
p =0,031 
0,83±0,18  1,39±0,37  3,13±0,32  7,05±0,96**
p =0,003 
53,66±9,96  96,50±13,14*
p =0,047 
85,79±10,75  108,53±19,29 
j7  0,36±0,05  0,81±0,12**
p =0,005 
1,56±0,37  1,44±0,18  5,59±0,64  7,25±0,98  55,50±6,16  68,99±4,39  60,01±6,80  98,13±6,61**
p =0,002 
j14  0,50±0,08  0,65±0,06  2,43±0,76  3,06±0,51  4,86±0,50  6,30±0,66  60,21±6,87  79,16±4,30*
p =0,041 
40,18±4,56  77,37±8,96*
p =0,01 



Légende :
* : p <0,05 ; ** : p <0,01 par rapport aux rats lithiasiques témoins.


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