Étude algérienne des effets bénéfiques de la triptoréline sur les symptômes du bas appareil urinaire chez les patients atteints d’un cancer de la prostate non localisé

25 juin 2018

Auteurs : K. Hachi, K. Boualga, K. Chettibi, M. Harouni, M. Ounnoughene, N. Bekkat-Berkani, P. Maisonobe, M.J. Yousfi
Référence : Prog Urol, 2018, 8, 28, 450-459
Introduction

Le but de cette étude est d’évaluer l’efficacité de la triptoréline sur les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) en pratique quotidienne chez des patients atteints du cancer de la prostate non localisé.

Matériels

Cette étude réalisée en Algérie est prospective, non-interventionelle, et multicentrique. Les patients inclus présentaient un cancer de la prostate localement avancé ou métastatique traité avec la triptoréline 11,25mg toutes les 12 semaines. Les patients ont été suivis pendant 48 semaines après le début du traitement et les SBAU évalués avec le questionnaire « International Prostate Symptom Score  » (IPSS). Un IPSS>7 indique des symptômes modérés à sévères. L’objectif principal était de déterminer la distribution de l’IPSS à la semaine 48.

Résultats

Cette étude a recruté 193 patients (21 centres). L’IPSS avant traitement et durant le suivi était disponible pour 144 participants (136 avec SBAU modérés à sévères et huit avec symptômes légers, avant traitement). À la semaine 48, parmi les 116 patients avec IPSS disponible et présentant des SBAU modérés à sévères avant traitement, 94 (81,0 %) avaient des SBAU modérés à sévères et 22 (19,0 %) des symptômes légers. Les huit patients avec des symptômes légers avant traitement sont restés dans cette catégorie. La proportion de patients avec des SBAU sévères a diminué de 53,7 % avant traitement à 12,1 % après 48 semaines. 22,9 % des participants ont rapporté des évènements indésirables.

Conclusion

Une réduction des SBAU est observée chez des patients avec un cancer de la prostate localement avancé ou métastatique recevant la triptoréline. Ceci est en accord avec les études observationnelles conduites dans d’autres pays.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


L'effet de la déprivation androgénique obtenue avec les agonistes de la « gonadotropin-releasing hormone » (GnRH) dans le traitement du cancer de la prostate à un stade avancé est largement documenté mais au moment où cette étude a été initiée, un petit nombre d'études s'était focalisé sur les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) [1, 2].


Les SBAU apparaissent lorsque la tumeur envahit ou comprime l'urètre prostatique, la vessie ou les bandelettes neurovasculaires ou en cas d'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) associée [3, 4, 5]. Environ 40 % des patients atteints d'un cancer de la prostate sont affectés par des SBAU modérés à sévères [6]. Les SBAU ont un impact significatif sur la qualité de vie (QdV) du patient [7]. L'impact de ces symptômes augmente avec leur intensité [7].


La triptoréline est un agoniste de la GnRH efficace largement utilisé pour la castration médicale chez les patients présentant un cancer de la prostate [1, 8, 9, 10]. Plusieurs études non-interventionnelles ont éte initiées en pratique quotidienne afin d'évaluer l'effet de la triptoréline sur ces symptômes. Cette étude fait partie d'une méta-analyse regroupant les résultats obtenus dans sept pays différents (Algérie, Australie, Belgique, Chine, Hongrie, Roumanie, Corée du Sud) avec au total 2701 patients évaluant l'effet de la triptoréline sur les SBAU chez les patients atteints d'un cancer de la prostate de stade avancé [11, 12, 13, 14].


Le but de cette étude est d'évaluer l'efficacité de la triptoréline en pratique quotidienne sur les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) chez des patients atteints du cancer de la prostate non localisé.


Matériel et méthodes


Cette étude prospective, non-interventionelle et multicentrique a été réalisée en Algérie. Cette étude a évalué l'efficacité potentielle de la triptoréline administrée en routine sur les symptômes du bas appareil urinaire chez des patients présentant un cancer de la prostate non localisé.


Participants de l'étude


Les patients inclus présentaient un cancer de la prostate localement avancé (stade ≥T3) ou métastatique, devaient avoir la capacité physique et mentale de compléter un questionnaire, et devaient fournir leur consentement éclairé.


Les patients avec une hypersensibilité connue à la triptoréline ou un de ses excipients, les patients traités avec un autre médicament expérimental jusqu'à trois mois avant inclusion, les patients traités avec un agoniste de la GnRH jusqu'à six mois avant l'inclusion dans l'essai et les patients avec une espérance de vie <12 mois n'ont pas été inclus dans l'étude.


Interventions


Le traitement était la triptoréline 11,25mg administrée toutes les 12 semaines. Le site d'injection intramusculaire était déterminé par l'investigateur selon la pratique du centre. Les patients étaient traités par la triptoréline dans le cadre de leur prise en charge standard. Le choix du traitement a été pris avant et indépendamment de la décision d'inclure le patient dans l'étude. Un anti-androgène non-stéroïdien a été administré oralement à chaque patient pendant les trois semaines suivant la première injection de triptoréline pour prévenir l'effet du pic de testostérone en début de traitement.


Les variables étudiées au cours de l'étude sont détaillées dans le Tableau 1. Les SBAU ont été évalués avec l'échelle IPSS. La sévérité des symptômes était classifiée comme suit : absence de SBAU (IPSS=0) ; SBAU légers (IPSS≤7) ; SBAU modérés (IPSS compris entre 8 et 19) et SBAU sévères (IPSS≥20). L'évaluation de la réponse tumorale était basée sur le taux plasmatique de ‘prostate specific antigen' (PSA) (ng/ml). La QdV liée aux SBAU était évaluée avec la huitième question du questionnaire IPSS : « Si vous deviez passer le reste de votre vie avec votre problème urinaire tel qu'il est maintenant, quel effet cela vous ferait-il ? ». Les sujets répondaient avec une échelle de 0 (enchanté) à 6 (horrible). Les évènements indésirables analysés étaient ceux causés par le traitement. Les données ont été recueillies à la visite initiale, soit avant la première injection de triptoréline, puis à la 24e semaine et à la 48e semaine de traitement par triptoréline.


Critères de jugement principaux et secondaires


Le premier critère de jugement principal était la prévalence (nombre et pourcentage) de SBAU chez les patients de l'étude, présentant un cancer de la prostate localement avancé ou métastatique avant traitement. Le deuxième critère principal était l'efficacité en pratique quotidienne de la triptoréline sur les SBAU chez les patients avec IPSS >7 avant traitement (SBAU modérés à sévères) par l'analyse de la distribution des scores IPSS de la semaine 48.


La distribution des catégories d'IPSS à chaque visite en utilisant la classification définie précédemment, l'IPSS total ainsi que les scores relatifs au symptôme de stockage et à l'obstruction, le taux de PSA à chaque visite de l'étude, la corrélation entre le changement d'IPSS et de PSA à chaque visite de l'étude, et l'évaluation de la QdV avant traitement et à chaque visite de l'étude faisaient partie des critères de jugement secondaires.


Statistiques


Cette étude prévoyait de recruter 200 patients dans 30 centres d'urologie et oncologie en Algérie sur la base du nombre de sujets traités et de la faisabilité des questionnaires dans les centres.


Différentes populations ont été étudiées pour l'analyse des résultats. La population de l'étude était définie comme tous les sujets ayant donné leur consentement éclairé avec un IPSS avant traitement. La population analysée pour l'efficacité incluait tous les sujets de la population de l'étude ayant reçu une injection de triptoréline et avec au moins un IPSS après traitement. Les patients avec un IPSS >7 avant traitement constituaient un sous-groupe de cette population. La population per-protocole incluait tous les sujets dans la population analysée pour l'efficacité sans déviations majeures de protocole. La population soumise à l'analyse d'innocuité incluait tous les sujets ayant reçu au moins une dose de triptoréline.


La prévalence de SBAU avant traitement a été étudiée sur la population de l'étude. L'analyse d'efficacité a été réalisée avec le sous-groupe de patients présentant un IPSS >7 avant traitement ainsi que la population globale analysée pour l'efficacité et la population per-protocole.


Les critères secondaires ont été analysés dans le sous-groupe de la population analysée pour l'efficacité présentant un IPSS >7 avant traitement et dans la population globale analysée pour l'efficacité.


Résultats


Caractéristiques de la population à l'entrée de l'étude


Cette étude a été réalisée dans 21 centres algériens entre le 28 octobre 2008 et le 30 août 2010. Le nombre de patients recrutés pour l'étude était de 193. La population retenue pour l'analyse d'innocuité comptait 192 patients car un patient n'a pas reçu de triptoréline. La répartition des patients et les différentes populations étudiées sont détaillées dans la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Disposition des patients de l'étude.




Les caractéristiques de la population étudiée sont détaillées dans le Tableau 2. La moyenne d'âge (±écart-type [ET]) des patients retenus pour l'analyse d'innocuité était de 73,0 (±7,7) ans et le temps moyen (±ET) d'entrée dans l'étude à compter du diagnostic était de 95,6 (±226,1) jours. La majorité des patients (97,9 %) présentait une tumeur primitive à un stade T3 ou T4. Plus d'un quart des patients (26,0 %) avait une tumeur métastatique. La moyenne du score de Gleason (±ET) était de 6,9 (±1,3). Une minorité de patients avait reçu un traitement antérieur pour leur cancer de la prostate. Un participant avait subi une prostatectomie totale, 3 (1,6 %) avaient subi une prostatectomie transurétrale, 6 (3,1 %) avaient été traités par radiothérapie, 2 (1,0 %) avaient été traités avec un analogue de la « Luteinizing hormone-releasing hormone » (LH-RH) dont la dernière administration datait de plus de 6 mois avant l'inclusion, 3 (1,6 %) avait reçu un anti-androgène non stéroïdien et 10 (5,2 %) avaient reçu un anti-androgène stéroïdien. Il est à noter que 20,6 % des patients prenaient des alpha-bloquants comme traitement antérieur ou concomitant.


Critères de jugement principaux


Prévalence des symptômes du bas appareil urinaire à l'entrée de l'étude


Dans la population de patients étudiée, 163 patients avaient un score IPSS>7 (SBAU modérés à sévères) correspondant à 95,3 % des sujets (intervalles de confiance [IC] à 95 % : 90,9 ; 97,8) et huit patients avaient un score IPSS ≤7 (SBAU légers) correspondant à 4,7 % des sujets (IC à 95 % : 2,2 ; 9,1). Les proportions de patients dans chaque catégorie d'IPSS sont récapitulées dans le Tableau 3.


Proportion de sujets avec des symptômes du bas appareil urinaire au cours de l'étude


La valeur moyenne de l'IPSS (±ET) à la visite initiale avant traitement par triptoréline était de 20,4 (±7,1) dans la population étudiée. Dans la population globale analysée pour l'efficacité (n =144), la proportion de patients avec SBAU modérés à sévères est passée de 94,4 % (IC à 95 % : 89,3 ; 97,3) soit 136 patients avant traitement à 75,8 % (IC à 95 % : 67,5 ; 82,5) soit 94 patients à semaine 48 du traitement et 76,4 % (IC à 95 % : 68,8 ; 82,6) soit 110 patients à la dernière visite. La dernière visite correspond à celle avec les dernières données disponibles pour chaque patient. La proportion de patient passant de IPSS>7 à IPSS≤7 était significativement plus élevée que la proportion de patients passant de IPSS≤7 à IPSS >7 à chaque visite de l'étude en comparaison avec la visite initiale (test apparié de McNemar, p <0,0001) (Tableau 4).


Des résultats similaires ont été obtenus en restreignant l'analyse aux patients avec des SBAU modérés à sévères avant traitement (Figure 2) et dans l'analyse per-protocole.


Figure 2
Figure 2. 

Catégories d'IPSS à chaque période de l'étude - patients de la population étudiée pour l'efficacité avec un IPSS avant traitement >7 (n =136).




Critères de jugement secondaires


Distribution des patients en fonction de l'intensité des symptômes au cours de l'étude


Avant traitement, 63 patients (46,3 %) et 73 patients (53,7 %) avaient des SBAU modérés et sévères, respectivement. La proportion de patients avec SBAU sévères a diminué et s'est stabilisée à 11,8 % à la fin de l'étude. La proportion de patients avec SBAU modérés a augmenté et s'est stabilisée à 69,1 % à la fin de l'étude. La proportion de patients avec SBAU légers a augmenté et s'est stabilisée à 19,1 % à la fin de l'étude (Figure 2). La proportion de patients présentant une amélioration était significativement plus élevée que la proportion de patients présentant une dégradation à chaque temps de l'étude, en comparaison avec la période initiale (test de Bhapkar, p <0,0001).


Le changement de l'IPSS total au cours de l'étude est illustré dans la Figure 3. Les patients avec SBAU modérés à sévères avant traitement par triptoréline (n =136) avaient un score moyen IPSS (±ET) de 20,9 (±6,2) lors de la première visite. Ce score a diminué jusqu'à 13,6 (±6,5) à semaine 24 et 12,5 (±6,4) à semaine 48. L'IPSS total était de 12,3 (±6,3) à la dernière visite disponible.


Figure 3
Figure 3. 

Valeurs moyenne (±écart-type) de l'IPSS durant la durée de l'étude et changement par rapport à la visite initiale-patients de la population étudiée pour l'efficacité avec un score avant traitement >7 (n =136).




La moyenne du score relatif à l'obstruction a diminué de 11,7 (±3,9) avant traitement à 6,7 (±3,8) à la dernière visite disponible. La moyenne du score relatif au symptôme de stockage a diminué de 9,2 (±2,8) avant traitement à 5,6 (±2,8) à la dernière visite disponible. Des résultats semblables ont été obtenus avec la population analysée pour l'efficacité globale.


Concentration de PSA et corrélation avec intensité des symptômes


La médiane des taux de PSA a diminué de 54ng/ml avant traitement à 1ng/ml à semaine 24. Cette valeur a été maintenue à semaine 48 et à la dernière visite disponible. À la fin de l'étude, la majorité des patients (71 % à semaine 48 et 64 % à la dernière visite) avait un taux de PSA <4ng/ml.


Aucune corrélation forte entre les catégories d'IPSS et les taux de PSA n'a été observée (coefficient de Pearson=0,240 ; 0,320 ; 0,312 à semaine 24, semaine 48 et dernière visite en comparaison à la visite initiale).


Qualité de vie liée aux symptômes du bas appareil urinaire


Avant traitement, le score à la huitième question du questionnaire IPSS était de 4,1 (±1,2). La diminution moyenne du score de QdV à la dernière visite par rapport à la visite initiale était de −1,9 (±1,5) indiquant un impact plutôt favorable du traitement de la triptoréline sur la QdV liée aux SBAU. L'évolution de la QdV liée à ces symptômes est résumée à la Figure 4.


Figure 4
Figure 4. 

Valeurs moyennes (±écart-type) de l'IPSS et du score QdV durant la durée de l'étude et changements par rapport à la visite initiale - patients de la population étudiée pour l'efficacité avec un IPSS avant traitement >7.




Des résultats semblables ont été obtenus avec la population analysée pour l'efficacité globale.


Profil d'innocuité


Dans cette étude, 44 patients (22,9 %) ont rapporté au moins un évènement indésirable, soit 57 évènements. Parmi ces patients, 14 (7,3 %) ont rapporté au moins un effet indésirable causé par le traitement selon l'investigateur, soit 20 évènements. Un total de 16 patients (8,3 %) a signalé un évènement indésirable grave. Bien que 14 patients (7,3 %) soient décédés durant l'étude en raison d'un évènement indésirable, le traitement n'a pas été mis en cause par l'investigateur. Le traitement a été interrompu chez 4 patients (2,1 %) en raison d'un événement indésirable (réaction allergique d'intensité modérée au site d'injection [1 patient], bouffées de chaleur [2 patients], test de fonction hépatique anormal [1 patient]). Ces évènements indésirables étaient d'évolution favorable après l'arrêt du traitement.


La nature des évènements indésirables causés par le traitement est présentée dans le Tableau 5. Les évènements indésirables causés par le traitement les plus fréquents étaient les bouffées de chaleur affectant 10 patients (5,2 %) et l'asthénie affectant 3 patients (1,6 %).


Discussion


L'objectif principal de cette étude était d'estimer la prévalence de SBAU et l'efficacité de la triptoréline (11,25mg) dans une population Algérienne de patients avec un cancer de la prostate localement avancé ou métastatique. La proportion de patients présentant des SBAU sévères avant traitement a diminué au cours de l'étude reproduisant les résultats décrits dans d'autres études non-interventionnelles après injection de triptoréline [12, 13] ainsi qu'avec les résultats intermédiaires et finaux de la méta-analyse de Gil et collègues évaluant l'effet de la triptoréline sur les SBAU chez les patients atteints d'un cancer de la prostate de stade avancé [11, 14]. La proportion de patients présentant des SBAU modérés à sévères à la semaine 48 de l'étude Australienne était de 69,6 % [13], plus faible que celle observée dans la présente étude (81,1 %). Il est important de noter que l'étude australienne a recruté un faible nombre de participants (n =39) [13]. Également, l'étude RESULT a rapporté une proportion plus faible de patients avec SBAU modérés à sévères à la semaine 48 (66,4 %) que notre étude [12]. Les patients inclus dans l'étude RESULT présentaient un cancer de la prostate à un stade précoce ou avancé tandis que les patients inclus dans notre étude présentaient un cancer à un stade plus avancé [12]. Au départ, notre étude présentait une plus grande proportion de patients avec des symptômes sévères (53,7 %) que l'étude RESULT (12,8 %) ou l'étude Australienne (20,5 %) [12, 13]. L'amélioration des SBAU concomitamment à des injections de triptoréline a été accompagnée d'une réduction des taux de PSA médians passant de 54ng/ml avant traitement à 1ng/ml à la fin de l'étude. Ce résultat est également cohérent avec les observations d'autres études avec une conception similaire et de la méta-analyse de Gil et collègues [11, 12, 13, 14]. Ces changements ont été également accompagnés par un impact plutôt favorable sur le score de la QdV liée aux symptômes urinaires, comme dans les autres études [12, 13, 15]. Le profil d'innocuité observé dans cette étude correspond à celui rapporté dans d'autres études avec les bouffées de chaleur comme évènement indésirable le plus fréquent [8, 16].


L'étude présente a été réalisée sur une période de 48 semaines alors que la plupart des autres études avec la goséreline duraient généralement 12 semaines [17, 18]. La réduction moyenne du score IPSS (8,6 points à semaine 48) a été au moins aussi grande que celle observée avec la goséreline dans d'autres études : réduction moyenne de 0,5-3,5 points avec la goséreline administrée comme traitement néo-adjuvant [16] ou réduction moyenne de 4,5-9,6 points avec la goséreline administrée chez des patients à un stade plus avancé [18]. Notre étude ainsi que l'étude RESULT de Peltier et collègues et la méta-analyse de Gil et collègues mettent en évidence la durabilité de l'effet de la triptoréline sur les SBAU pendant au moins les 48 semaines de l'étude [11, 12].


Les SBAU sont généralement causés lorsque la tumeur envahit l'urètre prostatique, la vessie ou les paquets vasculonerveux [3, 5]. L'amélioration des SBAU avec la triptoréline pourrait, en partie, être liée à une réduction du volume de la prostate, similaire à celle observée dans l'hypertrophie bénigne de la prostate, plutôt qu'à une réduction du volume de la tumeur [19, 17]. Le bénéfice potentiel de l'amélioration des SBAU pourrait résider dans la prévention des rétentions vésicales chez les patients avec un cancer de la prostate ou la possibilité de différer le recours à un geste urologique de désobstruction chez des patients présentant d'emblée avec rétention vésicale aiguë ou incomplète. Il est à noter que score relatif à l'obstruction a diminué au cours de l'étude. Cette étude, étant surtout basée sur questionnaire IPSS, elle ne permet cependant pas de tirer des conclusions précises sur le mécanisme d'action de la triptoréline ou le bénéfice réel de l'amélioration des SBAU.


Les principaux avantages de cette étude sont d'avoir été réalisée en pratique quotidienne, l'inclusion d'un nombre de patients relativement important comparé à l'étude australienne, et la durée de l'étude (48 semaines) plus longue que les études réalisées avec la goséreline [13, 18]. Le volume de la prostate n'a pas été mesuré dans cette étude ne permettant pas de proposer avec certitude un mécanisme expliquant la réduction des SBAU. De plus, la conception non-interventionnelle de cette étude ne permet pas un contrôle adéquat des facteurs de confusion potentiels tels que la prise concomitante d'alpha-bloquants, les traitements antérieurs du cancer de la prostate ou la présence d'une HBP non-diagnostiquée. L'utilisation du questionnaire IPSS dépend de la capacité du patient à se souvenir de ses symptômes et à remplir le formulaire au fur et à mesure. L'IPSS est cependant un outil largement utilisé pour les SBAU ce qui permet la comparaison avec d'autres études. L'impact du traitement sur la QdV reste néanmoins difficile à évaluer car la QdV est un paramètre composite faisant intervenir le vécu de la maladie, le profil d'innocuité du traitement, et la sévérité des SBAU.


Conclusion


Dans cette étude observationnelle réalisée en pratique quotidienne, une réduction des SBAU est observée chez les patients atteints d'un cancer de la prostate à un stade localement avancé ou métastatique recevant la triptoréline. L'amélioration de ces symptômes est accompagnée d'un impact favorable sur le score de la QdV. L'amélioration des symptômes et l'influence positive sur le score de la QdV ont été maintenus pendant la durée de l'étude (48 semaines). Le traitement par triptoréline a été bien toléré tout au long de l'étude. La réduction des SBAU observée dans cette étude suggère qu'il serait possible de différer ou d'éviter un recours immédiat au traitement conventionnel chez les patients symptomatiques.


Source de financement de l'étude


Cette étude et cette analyse ont été financées par Ipsen.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens liens d'intérêts.



Remerciements


Les auteurs souhaitent remercier tous les centres participants en Algérie et tous les investigateurs qui ont recueilli les données pour cette analyse. L'assistance à la rédaction de l'article a été fournie par Dr. Thierry Deltheil (ESP Bioscience, Crowthorne Royaume-Uni) et financée par Ipsen.




Tableau 1 - Paramètres évalués au cours de l'étude.
  Visite d'inclusion (visite initiale)  Visite intermédiaire
(semaine 24) 
Visite finale
(semaine 48) 
Historique médical/de la maladie     
Examen clinique 
Critères d'inclusion/exclusion     
Consentement éclairé     
Traitements préalables/concomitants 
Diagnostic SBAU 
Questionnaire IPSS/score total 
Taux de PSA plasmatique total 
Evènement indésirable   
Injection de triptoréline 11,25mg   
Traitement anti-androgène orala     



Légende :
IPSS : International Prostate Symptom Score ; PSA : prostate specific antigen ; SBAU : symptômes du bas appareil urinaire.

[a] 
Le médecin traitant avait le choix de l'anti-androgène.


Tableau 2 - Caractéristiques de la population étudiée pour l'innocuité (n =192).
Âge (année)  
Moyenne (ET)  73,0 (7,7) 
Médiane (étendue)  74 (51 ; 90) 
PSA (ng/mL) lors de la visite initialea   
Moyenne (ET)  83,1 (87,7) 
Médiane (étendue)  54 (2 ; 634) 
IC à 95 %  62,2 ; 98 
Région d'Algérie n (%)  
Centre  83 (43,2 %) 
Est  70 (36,5 %) 
Ouest  38 (19,8 %) 
Autre  1 (0,5 %) 
Antécedents médicaux
Terme préféré 
Nombre de patients (%) 
Antécédents médicaux et chirurgicaux n (%)   15 (7,8) 
Pathologie prostatique n (%)   8 (4,2) 
Hyperplasie bénigne de la prostate  6 (3,1) 
Prostatisme  1 (0,5) 
Néoplasie prostatique intraépithéliale  1 (0,5) 
Affections de l'arbre urinaire n (%)   5 (2,6) 
Anurie  1 (0,5) 
Calcul vésical  1 (0,5) 
Sténose urétrale  1 (0,5) 
Dysurie  1 (0,5) 
Masse vésicale  1 (0,5) 
Procédures chirurgicales n (%)   3 (1,6) 
Néphrectomie  1 (0,5) 
Mise en place de cathéter  1 (0,5) 
Prostatectomie  1 (0,5) 
Tumeurs de la vessie (incluant kystes et polypes) n (%)   1 (0,5) 
Néoplasmes de la vessie  1 (0,5) 



Légende :
Les sujets avec plus d'un terme préféré à l'intérieur d'un système de classe d'organe primaire ne sont comptés qu'une seule fois à l'intérieur du système de classe d'organe primaire. Les pourcentages sont calculés sur le nombre de sujets dans la population étudiée pour l'innocuité. ET : écart-type ; IC : intervalles de confiance.

[a] 
Données disponibles pour les patients de la population étudiée pour l'efficacité avec un IPSS avant traitement >7 (n =136).


Tableau 3 - IPSS avant traitement (visite initiale) dans la population étudiée (n =171).
  Nombre de patients (%) 
Patients avec SBAU modérés à sévères (IPSS > 7)   163 (95,3 %) 
IC à 95 %  90,9 ; 97,8 
Patients avec SBAU légers (IPSS ≤ 7)   8 (4,7 %) 
IC à 95 %  2,2 ; 9,1 % 
Patients par catégories d'IPSS    
Symptômes légers (IPSS≤7)  8 (4,7 %) 
Symptômes modérés (7<IPSS≤19)  75 (43,9 %) 
Symptômes sévères (20<IPSS≤35)  88 (51,4 %) 
IPSS    
Moyenne (ET)  20,4 (7,1) 
Médiane (étendue)  20 (3 ; 35) 
IC à 95 %  19,3 ; 21,4 



Légende :
ET : écart-type ; IC : intervalles de confiance ; IPSS : international prostate score ; SBAU : symptômes du bas appareil urinaire.



Tableau 4 - Proportion de patients avec des symptômes du bas appareil urinaire modérés à sévères pour chaque visite de l'étude-patients de la population globale étudiée pour l'efficacité (n =144).
  IPSS >7 à la visite initiale
n =136 
IPSS ≤7 à la visite initiale
n =
Tous les patients n =144 
Visite initiale  
Symptômes modérés à sévères (IPSS>7)  136 (100,0 %)  136 (94,4 %) 
IC à 95 %  89,3 ; 97,3    89,3 ; 97,3 
Symptômes légers (IPSS≤7)  8 (100,0 %)  8 (5,6 %) 
IC à 95 %    2,2 ; 9,1  2,2 ; 9,1 
Semaine 24 a 
Symptômes modérés à sévères (IPSS>7)  116 (85,9 %)  1 (12,5 %)  117 (81,8 %) 
IC à 95 %  79,0 ; 90,9  0,1 ; 49,2  74,6 ; 87,3 
Symptômes légers (IPSS≤7)  19 (14,1 %)  7 (87,5 %)  26 (18,2 %) 
IC à 95 %  9,1 ; 21,0  0,8 ; 99,9  12,7 ; 25,4 
p (test de Mc Nemar)      p <0,0001 
Semaine 48 b 
Symptômes modérés à sévères (IPSS>7)  94 (81,0 %)  94 (75,8 %) 
IC à 95 %  72,9 ; 87,2    67,5 ; 82,5 
Symptômes légers (IPSS≤7)  22 (19,0 %)  8 (100,0 %)  30 (24,2 %) 
IC à 95 %  12,8 ; 27,1    17,5 ; 32,5 
p (test de Mc Nemar)      p <0,0001 
Dernière visite  
Symptômes modérés à sévères (IPSS>7)  110 (80,9 %)  110 (76,4 %) 
IC à 95 %  73,4 ; 86,7    68,8 ; 82,6 % 
Symptômes légers (IPSS ≤7)  26 (19,1 %)  8 (100,0 %)  34 (23,6 %) 
IC à 95 %  13,3 ; 26,6    17,4 ; 31,2 
p (test de Mc Nemar)      p <0,0001 



Légende :
Test de McNemar : les pourcentages sont calculés avec le nombre de patients avec des réponses disponibles. IC : intervalles de confiance ; IPSS : International Prostate Symptom Score .

[a] 
Données manquantes pour 1 patient.
[b] 
Données manquantes pour 20 patients.


Tableau 5 - Nombre de patients présentant un évènement indésirable lié au traitement selon l'investigateur dans la population étudiée pour l'innocuité.
Terme préféré  Nombre de patients (%) 
≥ 1 événement indésirable lié au traitement   14 (7,3) 
Troubles vasculaires   10 (5,2) 
Bouffées de chaleur  10 (5,2) 
Troubles généraux et au site d'administration   4 (2,1) 
Asthénie  3 (1,6) 
Réaction au site d'injection  1 (0,5) 
Troubles musculo-squelettiques et du tissu conjonctif   2 (1,0) 
Spasmes musculaires  1 (0,5) 
Arthralgie  1 (0,5) 
Troubles de la peau et sous-cutané   1 (0,5) 
Hyperhidrose  1 (0,5) 
Trouble du système reproducteur et de la poitrine   1 (0,5) 
Douleur de poitrine  1 (0,5) 
Gynécomastie  1 (0,5) 
Troubles du système nerveux   1 (0,5) 
Mal de tête  1 (0,5) 



Légende :
Si un patient a rapporté plus d'un évènement indésirable dans une catégorie, le patient a été compté seulement une fois dans cette catégorie.


Références



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