Épidémiologie du cancer de la prostate en Guyane française – Données préliminaires

14 juin 2020

Auteurs : O. Tean, C. Bras Da Silva, P. Vega Toro, P. Barre, V. Molinie, V. Ravery
Référence : Prog Urol, 2020, 8, 30, 456-462
Introduction

L’épidémiologie du cancer de prostate (CaP) en Guyane française (GF) n’est pas bien documentée. Elle diffère de celle relevée aux Antilles en raison d’une population plus jeune, moins exposée aux pesticides agricoles mais ayant une plus grande difficulté d’accès aux soins et à l’information médicale.

Matériel

Les taux d’incidence et de mortalité disponibles dans le registre des cancers du département sont étudiés et rapportés pour la période 2010–2014. Les caractéristiques des 242 séries de biopsies prostatiques réalisées entre janvier 2017 et octobre 2019 à Kourou pour suspicion clinique et/ou biologique (PSA>4ng/mL) de CaP sont décrites.

Résultats

L’incidence du CaP en GF est de 94,4°/°°°° et la mortalité spécifique de 16,9°/°°°°. Parmi les biopsies, 77,7 % (188/242) sont positives avec un PSA moyen de 72,6ng/mL (1–4000) à un âge moyen de 66 ans (50–89), 34 % (64/188) avec un TR anormal, 12,3 % (23/188) avec un PSA>50ng/mL et 28,2 % (53/188) avec un score de Gleason8.

Conclusion

Malgré une population jeune, une exposition moins forte qu’aux Antilles aux facteurs de risque environnementaux et un taux de métissage important, le diagnostic précoce du CaP en GF est encore un défi à relever. Les taux d’incidence et de mortalité observés suggèrent à la fois une sous déclaration des cas et une prise en charge trop tardive ce qui est confirmé par les caractéristiques anatomopathologiques défavorables des cancers diagnostiqués et par les taux élevés de PSA au moment du diagnostic.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


La Guyane française (GF) est une région et un département d’outre-mer français situé en Amérique du Sud à un peu plus de 7000 kilomètres de sa métropole. Elle est frontalière du Brésil au sud-est et du Suriname à l’ouest.


C’est le plus grand département français avec 86 504km2 (1/6° de la France) : l’activité du Centre spatial guyanais représente 1/5e de son PIB et la forêt amazonienne couvre encore environ 95 % du territoire. La population guyanaise comptait en 2015, 259 865 habitants dont 66 % de noirs et créoles (Figure 1). Si les métropolitains représentent actuellement environ 12 % de la population , les autres populations sont nombreuses et variées : Chinois, Libanais, Brésiliens, Haïtiens, Surinamais, Guyaniens, Hindustanis, Javanais du Suriname, Laotiens, Saint-Luciens, etc. [1]. Kourou est la 4e commune du département avec une population de 25 868 habitants en 2014. Elle est la quatrième commune la plus peuplée, derrière Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni et Matoury et abrite le seul service d’urologie structuré du département. La situation sociale et sanitaire en GF présente quelques particularités. Il y a une clandestinité importante : sur les 12 000 demandes d’asile déposées en moins de 3 ans, dont 88 % proviennent de Haïtiens, moins de 3 % d’entre elles en 2016 ont été acceptées. Du coup, les déboutés finissent leur course dans les bidonvilles de Cayenne, dans des abris de fortune sans eau potable et ni électricité [2]. De plus certains équipements médicaux de base qui paraissent appartenir au prérequis nécessaire à la bonne qualité des soins manquent : pas de radiothérapie, ni de scintigraphie osseuse disponibles sur le département. Par contre, 4 appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM) sont accessibles.


Figure 1
Figure 1. 

Répartition de la population guyanaise sur le territoire et dans les communes (données personnelles 2017 – D’après Jacques Leclerc).




Si l’épidémiologie du cancer prostatique (CaP) aux Antilles est bien connue (incidence standardisée de 193°/°°°° versus 98°/°°°° en métropole), la situation en Guyane française n’est pas encore bien documentée [3, 4]. Nous faisons une évaluation préliminaire de l’épidémiologie du cancer de prostate en Guyane en rapportant les éléments disponibles dans le registre déclaratif des cancers dans le département [5] et en étudiant les caractéristiques des patients au moment du diagnostic de cancer prostatique.


Matériel et méthodes


Le premier temps de l’étude a consisté à examiner les données disponibles du registre des cancers de GF, colligeant les cas de la population du département et dont les auteurs se font les rapporteurs, pour y isoler entre 2010 et 2014 (dernières données disponibles) les taux standardisés d’incidence et de mortalité dans le département. Ces taux ont été calculés en utilisant la population mondiale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 1960 comme population de référence. Ils correspondent aux taux d’incidence et de mortalité que l’on observerait dans cette population type, si elle était soumise à la force d’incidence et de mortalité observée. Ils sont exprimés pour 100 000 personnes-années. Pour la Guyane, les données d’incidence proviennent des registres de cancers, et couvrent la période 2010–2014. Les données de mortalité proviennent du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) et couvrent la période 2007–2014. Trois indicateurs médico-administratifs ont été testés, issus des affections de longue durée, des données d’hospitalisations du PMSI ou du croisement individuel de ces deux sources afin de déterminer celui fournissant les meilleures prédictions d’incidence. Tous les cas sont donc confirmés sur le plan anatomopathologique. Aucune information épidémiologique se basant sur l’origine ethnique n’a été spécifiée.


Le 2e temps de l’étude a consisté à étudier prospectivement les 242 dernières séries de biopsies prostatiques réalisées entre janvier 2017 et octobre 2019 au centre hospitalier de Kourou pour suspicion clinique de CaP (toucher rectal anormal) et/ou pour PSA élevé>4ng/mL. Douze biopsies ont été réalisées de principe à tous les patients. Lorsqu’un patient avait une anomalie du TR ou sur l’IRM, 2 biopsies ciblées supplémentaires étaient effectuées. Les biopsies étaient effectuées par trois urologues seniors (VR, CBS, PVT) par voie transrectale sous contrôle échographique à l’aide d’une aiguille 18 Gauge et après anesthésie locale par injection péri-prostatique de lidocaïne à 1 % et antibioprophylaxie. Les biopsies ont toutes été faites en externe.


Tous les prélèvements biopsiques ont été transmis au laboratoire d’anatomopathologie du CHU de Fort-de-France en Martinique et relu par un uro-pathologiste (VM) expérimenté. L’âge des patients, le nombre de patients créoles, bushinengue , métropolitains …, les données du TR, le PSA au moment des biopsies, le résultat de celles-ci avec le score de Gleason, le pourcentage d’envahissement du tissu biopsique et celui des biopsies positives sont rapportés. Une analyse des caractéristiques cliniques et anatomopathologiques des 188 malades en fonction du taux de PSA a été faite.


Sont également rapportés :

•
les données du bilan d’extension réalisé lorsque le PSA est≥10ng/mL et consistant en une IRM squelettique «Â corps entier » (la scintigraphie osseuse n’étant pas disponible en GF) et en un scanner thoraco-abdomino-pelvien ;
•
le traitement réalisé tel que proposé en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) dans le programme personnalisé de soins (PPS).


Résultats


Selon le registre déclaratif des cancers en GF, le taux d’incidence standardisé sur la population mondiale (TSM) est de 94,4°/°°°°, soit en moyenne 78 nouveaux cas observés chaque année sur la période 2010–2014. Ce cancer représente 17 % des cas de cancers incidents en GF et 32 % chez l’homme.


Sur la période 2007–2014, le nombre annuel de décès par CaP observé en GF est en moyenne de 12, ce qui correspond à un taux de mortalité standardisé sur la population mondiale de 16,9°/°°°°.


La situation de la Guyane par rapport à la France hexagonale, à la Guadeloupe et à la Martinique est présentée dans le Tableau 1 concernant le nombre annuel de nouveaux cas et de décès, le taux d’incidence et de mortalité standardisés (TSM), les rapports standardisés d’incidence et de mortalité (SIR, SMR), accompagnés des intervalles de confiance à 95 % (IC).


Concernant les 242 hommes biopsiés pour PSA anormal et/ou TR anormal, leur moyenne d’âge était de 65,6 ans (42–89) et leur PSA moyen de 67,8ng/mL (1–4000). Il y avait parmi eux 149 créoles (61,6 %), 13 bushinengue (5,4 %), 25 brésiliens (10,3 %), 49 métropolitains (20,2 %), 5 asiatiques (2,2 %) et 1 maghrébin (0,4 %).


Cent quatre-vingt-huit adénocarcinomes ont été diagnostiqués (77,7 %) avec un PSA moyen de 72,6ng/mL (1–4000), un PSA médian à 11ng/mL, à un âge moyen de 66 ans (50–89). Trente-quatre pour cent d’entre eux avaient un TR anormal ; 12,3 % (23/188) avaient un PSA>50ng/mL dont 10 avec un PSA>100ng/mL ; 28,2 % (53/188) avaient un score de Gleason supérieur ou égal à 8. Parmi les scores de Gleason 7, 70 % avaient un grade 4 prédominant (Tableau 2). Aucun de ces cancers n’a été décrit comme ductal.


Le Tableau 3 expose les caractéristiques cliniques et anatomopathologiques des 188 cancers de prostate diagnostiqués en fonction du taux de PSA.


Parmi les patients malades, 30 (16 %) étaient d’emblée métastatiques osseux et/ou viscéral soit 27 % des 111 malades ayant eu un bilan d’extension pour un PSA>10ng/mL.


Le Tableau 4 expose les différents traitements réalisés ou proposés aux malades. Le traitement ou le programme personnalisé de soins (PPS) est connu pour 160 patients, 10 étant perdus de vue et 18 étant encore en attente de PPS.


Discussion


Si l’épidémiologie du CaP aux Antilles est bien connue (incidence standardisée de 193°/°°°° versus 98°/°°°° en métropole), la situation en Guyane française n’est pas encore bien documentée. Il était donc urgent de donner les premiers éléments épidémiologiques permettant de juger de la pertinence de la politique de Santé Publique mise en place vis-à-vis de l’information aux populations et du diagnostic [3, 4]. En métropole, la couverture des registres des cancers mis en place dans les années 1970 est d’environ 20 % de la population. Dans les territoires français ultramarins, plusieurs registres existent, notamment en Guadeloupe, Guyane et Martinique. Pour cerner les attentes des agences régionales de santé (ARS) en matière d’informations épidémiologiques sur le cancer, Santé publique France a réalisé une enquête en 2015 [6] qui a révélé leur besoin d’information pour principalement sept cancers, les plus fréquents, dont le CaP. Ce résultat, associé au contexte des Projets régionaux de santé 2018–2022 des ARS, a incité le partenariat Francim-HCL-SpFrance-INCa à proposer pour la première fois en France, des profils régionaux présentant l’incidence et la mortalité des cancers dans chaque région et département métropolitain ainsi qu’en Guadeloupe, Guyane et Martinique.


Avec une incidence standardisée sur la population mondiale de 94,4°/°°°°, le CaP apparaît moins fréquent en Guyane qu’aux Antilles et aussi fréquent qu’en France métropolitaine. Cela représente en moyenne 78 nouveaux cas observés chaque année sur la période 2010–2014 [5]. Ce cancer représente 17 % des cas de cancers incidents en GF et 32 % chez l’homme.


Une surmortalité significative par cancer de la prostate est en revanche observée en Guyane par rapport à l’Hexagone (SMR : 1,70 [1,38–2,07]) qui partage pourtant avec elle le même taux d’incidence standardisée (98°/°°°°). Sur la période 2007–2014, le nombre annuel de décès par cancer de la prostate observés en GF est en moyenne de 12. Mais ce taux est aussi plus faible que celui observé aux Antilles. Il aurait sans doute été particulièrement informatif de proposer une analyse graphique des taux d’incidence et de mortalité par tranche d’âge de façon comparative en Guyane, aux Antilles et peut-être dans la région du Para au Brésil, proche géographiquement de la GF, mais ces données par tranches d’âge ne sont pas encore disponibles en GF pour ce qui concerne le CaP. Cette analyse pourra être proposée lorsque ces données seront disponibles. De plus, une présentation plus détaillée des cas incidents en GF, incluant PSA et score de Gleason sera faite prochainement de façon prospective maintenant qu’un service d’urologie centralisant tous ces paramètres est en train de se structurer pour apporter une offre de recherche clinique et épidémiologique exhaustive de qualité. C’est tout l’objet de la deuxième partie de notre étude qui jette les bases de cette évaluation.


Il y a un décalage temporel entre les données du Registre des cancers et l’étude biopsique. Les données postérieures à 2014 ne sont pas encore accessibles dans le Registre et l’homogénéisation tardive de la lecture anatomopathologique des biopsies prostatiques en Guyane n’a pas permis leur analyse exhaustive avant 2017.


La population noire guyanaise est de 66 % et répartie en créoles guyanais et antillais, en noirs marrons dits bushinengue (Djukas, Saramacas, Bonis …) descendants d’esclaves évadés du Surinam voisin et en nombreux métisses, mulâtres et issus de mariages mixtes avec amérindiens, brésiliens et hispaniques.


Il n’y a, en première analyse, aucune raison expliquant que la population noire guyanaise soit différente à ce point de la même population aux Antilles ou même des populations noires vivant en métropole. Une analyse plus fine permet cependant d’ébaucher certaines explications qui pourront à terme orienter les actions à mener pour améliorer la situation sanitaire de ce territoire immense. Prospectivement, les données de l’étude sur les diagnostics de CaP établis à Kourou et rapportés dans l’étude s’ajouteront à la base de données du Registre des cancers guyanais dont la partie accessible s’arrête en 2014.


D’autre part, les données cliniques des patients diagnostiqués de cancer de prostate (CaP) à Kourou évoquent la possibilité d’un diagnostic trop tardif et/ou d’une prise en charge insuffisante ou tardive et/ou d’un défaut d’information à la population cible.


Les spécificités pouvant influer sur les données épidémiologiques observées du cancer de prostate (CaP) en GF sont les suivantes :

•
la population de GF est jeune : l’indice de fécondité en Guyane est de 3,82 enfants/femme en 2016 [6]. L’âge médian des hommes est de 29,6 ans et celui des femmes de 27,4 ans. Trente-quatre pour cent de la population a moins de 14 ans, 44 % moins de 20 ans et les plus de 65 ans ne représentent que 5 % de la population. Sur ce seul constat on pourrait dire que l’urgence n’est pas au diagnostic précoce du cancer de la prostate puisque la population cible n’est pas nombreuse ;
Pourtant, de nombreux problèmes plus spécifiques à la GF rendent cette problématique d’actualité.
•
les populations noires de GF sont hétérogènes, caractérisées par un multiculturalisme qui gêne l’acceptation par certains des conseils de prise en charge, des traitements et a fortiori des déplacements hors département pour bénéficier de techniques absentes du territoire, telle la radiothérapie. Si les créoles antillais sont bien informés de leur risque intrinsèque de développer la maladie, les créoles guyanais pensent à tort et paradoxalement être préservés de ce risque en raison de l’absence d’utilisation du chloredecone en Guyane : des actions d’information vis-à-vis des facteurs de risque du CaP sont initiées. Enfin, le métissage très profond et ancien de la population guyanaise créole modifie indiscutablement le risque alors qu’a contrario, les noirs marrons bushinengue très peu métissés [2] car vivant dans les régions souvent les plus reculées de GF ont sans doute, encore que ceci demande une confirmation par une étude spécifique, un risque de CaP se rapprochant de celui observé chez les noirs africains [7, 8] ;
•
la GF est un territoire gigantesque qui comporte encore des zones très enclavées rendant l’organisation des soins particulièrement compliquée et gênant la transmission des messages d’information vis-à-vis de la prévention et du diagnostic précoce. En outre, on suspecte, compte tenu de l’organisation du réseau de santé en Guyane, territoire vaste comme 1/6e du territoire métropolitain dont certaines régions ne sont accessibles que par voie aérienne ou fluviale, que l’état déclaratif des cas incidents de cancer de la prostate est imparfait et que l’organisation du diagnostic précoce est à optimiser au moins dans les communes de l’intérieur plus difficiles d’accès et habitées par des populations moins sensibles socialement, culturellement et ethnologiquement aux campagnes d’informations médicales. Il existe 16 centres délocalisés de dépistage et de santé (CDPS) répartis sur le territoire guyanais et qui assurent un maillage médical certes imparfait mais servant de socle aux actions de Santé Publique mises en place par l’ARS de GF et ce grâce au dévouement de soignants motivés.


L’âge médian au diagnostic en métropole s’est abaissé entre 1995 et 2002 de 72 ans à 65 ans alors que l’âge moyen au diagnostic se situe encore entre 71 et 72 ans et le PSA de 18ng/mL à 7ng/mL (80 % stades localisés) [9, 10].


En Guyane française, en 2019 l’âge moyen au diagnostic est de 66 ans et le PSA moyen au moment du diagnostic est à 72,6ng/mL dans notre étude prospective de 242 séries de biopsies prostatiques réalisées entre 2017 et 2019. L’âge au diagnostic est trop tardif compte tenu des données que l’on connaît chez les populations noires nord-américaines et/ou européennes qui sont plus jeunes que les caucasiens au moment de la découverte du CaP [11, 12, 13]. En effet, plusieurs autres études récentes chez des afro-américains confirment qu’en comparaison avec une population caucasienne apparentée, l’âge, le PSA et l’agressivité tumorale (nombre de biopsies positives, données IRM et score de Gleason) sont significativement en défaveur des patients noirs [18, 14, 15, 16, 17]. L’âge moyen au diagnostic (66 ans versus 71 ans en métropole) dans notre étude semble indiquer que le CaP survient en GF à un âge plus précoce et que depuis au moins 2017, la politique volontariste que l’équipe d’urologie de Kourou a mise en place et qui propose un diagnostic systématisé aussi précoce et large que possible du CaP commence à porter ses fruits. Néanmoins, ce satisfecit est à pondérer à l’aune du PSA moyen au diagnostic qui reste dix fois plus élevé dans notre étude que la moyenne en métropole. Les 10 patients de la série rapportée dans le présent article et qui ont un PSA au-dessus de 100ng/mL (et jusqu’à 4000ng/mL) font certes s’élever anormalement cette moyenne, mais paradoxalement jette un coup de projecteur sur le diagnostic trop tardif du CaP chez les noirs marrons du Haut Maroni puisque ces 10 hommes sont issus de cette communauté et de cette région.


Conclusion


À la lumière de ces observations, un vaste chantier de sensibilisation de la population guyanaise à la problématique du diagnostic précoce du CaP se met en place. Les actions qui débutent ou sont envisagées pour améliorer la situation sont les suivantes :

•
sensibilisation au problème du diagnostic du CaP en communes éloignées via le personnel soignant des CDPS : EPU organisés pour les médecins et infirmiers partant en communes et consultations d’urologie délocalisées en CDPS ;
•
campagnes de communication par les médias institutionnels (chaîne télévisée d’informations locales : «Â Guyane la 1re ») pour mieux informer la population guyanaise du littoral ayant accès aux médias d’information par des émissions de radio, de télévision ou d’articles de presse ;
•
organisation en réseau des soins urologiques urgents et programmés au sein du département selon un plan présenté aux instances du groupement hospitalier de territoire (GHT) avec à partir d’un centre urologique de référence à Kourou, des consultations spécialisées, de la chirurgie ambulatoire et des actes diagnostiques, telles les biopsies prostatiques qui vont être organisées dans les deux plus grandes agglomérations du département, Cayenne et Saint-Laurent du Maroni.


La tâche reste immense et les actions mises en place ne trouveront leur justification que dans la meilleure connaissance de l’épidémiologie du CaP en GF qui doit encore être affinée. Des résultats plus aboutis seront proposés lorsque les données issues du Registre des cancers en Guyane seront plus étoffées et rendues disponibles et que l’interprétation des IRM prostatiques multiparamétriques réalisées en GF sera optimisée afin d’inclure leur résultat dans un prochain rapport.


Déclaration de liens d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.




Tableau 1 - Cancer de prostate, la situation de la Guyane par rapport à la France hexagonale, à la Guadeloupe et à la Martinique : nombre annuel de nouveaux cas et de décès, taux d’incidence et de mortalité standardisés (TSM), rapports standardisés d’incidence et de mortalité (SIR, SMR), accompagnés des intervalles de confiance à 95 % (IC).
  Incidencea 
Mortalité 2007–2014 
  Nouveaux cas [IC]  TSM [IC]b  SIR [IC]c  Décès [IC]  TSM [IC]b  SMR [IC]c 
Guadeloupe  542 [525;560]  173,0 [167,4;178,9]  1,91 [1,85;1,97]  99 [92;106]  23,1 [21,5;25,0]  2,28 [2,13;2,45] 
Martinique  530 [514;546]  164,5 [159,4;169,8]  1,79 [1,73;1,84]  109 [102;117]  23,2 [21,5;25,2]  2,37 [2,20;2,54] 
Guyane  78 [70;86]  94,4 [85,0;104,6]  1,04 [0,94;1,15]  12 [10;15]  16,9 [13,7;20,7]  1,70 [1,38;2,07] 
France hexagonale  51 024 [50 387;51 672]  88,8 [87,7;90,0]    8787 [8723;8853]  10,0 [9,9;10,1]   



[a] 
Incidence France hexagonale : 2007–2016 ; Guadeloupe : 2008–2014 ; Martinique : 2007–2014 ; Guyane : 2010–2014.
[b] 
Taux standardisé monde : les taux sont standardisés sur la structure d’âge de la population mondiale. Ils sont exprimés pour 100 000 personnes-années.
[c] 
Rapports standardisés sur la France hexagonale.


Tableau 2 - Caractéristiques des 188 cancers de prostate diagnostiqués.
  Nombre 
TR      
Normal  115  67,6 
T2a  2,4 
T2b  30  17,6 
T2c  4,7 
T3  13  7,7 
PSA (ng/mL)      
<10  77  41 
10–19  60  32 
20–50  28  14,9 
>50  23  12,1 
Score de Gleason      
G 6  47  25,6 
G 7  84  45,8 
G 8  28  15,3 
G 9  24  13,2 
G 10  0,1 
% moyen Bx pos     46,6 (10–100) 
% moyen TB pos     23,9 (1–100) 



Légende :
TR : toucher rectal (18 non faits) ; % moyen Bx pos : pourcentage moyen de biopsies positives ; % moyen TB pos : pourcentage moyen de tissu biopsique tumoral.



Tableau 3 - Caractéristiques cliniques et anatomopathologiques des 188 cancers de prostate diagnostiqués en fonction du taux de PSA.
  PSA (ng/mL) 
  <10  10–19  20–50  >50 
Nombre CaP (%)   77/99 (82,8)  60/81 (74,1)  28/37 (75,7)  23/25 (92) 
TR (%)          
Normal  41 (53,2)  32 (53,3)  21 (75)  21 (91,4) 
T2a  4 (5,2) 
T2b  18 (23,4)  10 (16,7)  2 (7,1) 
T2c  2 (2,6)  5 (8,3)  1 (4,3) 
T3  4 (5,2)  4 (6,7)  4 (14,3)  1 (4,3) 
NF  8 (10,4)  9 (15)  1 (3,6) 
Score de Gleason (%)          
19 (24,7)  18 (30)  6 (21,4)  4 (17,4) 
42 (54,5)  24 (40)  12 (42,8)  6 (26,1) 
3 (3,9)  12 (20)  5 (17,9)  8 (34,8) 
11 (14,3)  5 (8,3)  3 (10,7)  5 (21,7) 
10  1 (1,7) 
NC  2 (2,6)  2 (7,2) 



Légende :
CaP : cancer de prostate ; TR : toucher rectal ; NF : non fait ; NC : non connu.



Tableau 4 - Traitements proposés ou effectués chez 160 patients (10 perdus de vue et 18 en attente de programme personnalisé de soins).
Traitements  Nombre 
Hormonothérapie  23  14,4 
Hormonothérapie+chimiothérapie  4,4 
Radiothérapie+hormonothérapie  25  15,6 
Surveillance active  10  6,2 
Curiethérapie  0,6 
Prostatectomie totale  38  23,8 
Radiothérapie radicale  5,6 
Prostatectomie totale+curage ganglionnaire  47  29,4 




Références



Baert X. Poursuite de la transition démographique en Guyane – Légère inflexion de la natalité. Insee Analyses Guyane no 12. 1908375.
DROM-COM. Présentation de la Guyane française. Le portail du droit Outre-Mer. presentation-de-la-guyane-francaise-1.htm.
Multigner L., Brureau L., Blanchet P. Le cancer de la prostate aux Antilles françaises : état des lieux BEH 2016 ;  39–40 : 730-735
Ravery V., Javerliat I., Toublanc M., Boccon-Gibod L.Delmas V., Boccon-Gibod L. Caractéristiques des cancers prostatiques chez les Français d’origine afro-antillaise Prog Urol 2000 ;  10 : 231-236
Sophie Belliardo S, Carvalho L, Andrieu A, Cariou M, Billot-Grasset A, Chatignoux E, et al. Estimations régionales et départementales d’incidence et de mortalité par cancers en France (Guyane), 2007–2016. geodes.santepubliquefrance.fr/, lesdonnees.e-cancer.fr/, www.santepubliquefrance.fr/, www.e-cancer.fr/.
Indicateur conjoncturel de fécondité en 2018. Comparaisons régionales et départementales. 2012734.
Dewar M., Kaestner L., Zikhali Q., Jehle K., Sinha S., Lazarus J. Investigating racial differences in clinical and pathological features of prostate cancer in South African men S Afr J Surg 2018 ;  56 (2) : 54-58 [cross-ref]
Alexis O., Worsley A. An integrative review exploring black men of African and Caribbean backgrounds, their fears of prostate cancer and their attitudes towards screening Health Educ Res 2018 ;  33 (2) : 155-166 [cross-ref]
Ferlay J., Steliarova-Foucher E., Lortet-Tieulent J., Rosso S., Coebergh J.W., Comber H., et al. Cancer incidence and mortality patterns in Europe: estimates for 40 countries in 2012 Eur J Cancer 2013 ;  49 (6) : 1374-1403 [cross-ref]
Rozet F., Hennequin C., Beauval J.B., Beuzeboc P., Cormier L., Fromont-Hankard G., et al. French ccAFU guidelines – Update 2018–2020: prostate cancer Prog Urol 2018 ;  28 (Suppl. 1) : R81-R132
Mahal B.A., Berman R.A., Taplin M.E., Huang F.W. Prostate cancer-specific mortality across Gleason scores in black vs nonblack men JAMA 2018 ;  320 (23) : 2479-2481 [cross-ref]
McGinley K.F., Tay K.J., Moul J.W. Prostate cancer in men of African origin Nat Rev Urol 2016 ;  13 (2) : 99-107 [cross-ref]
Preston M.A., Gerke T., Carlsson S.V., Signorello L., Sjoberg D.D., Markt S.C., et al. Baseline prostate specific antigen level in midlife and aggressive prostate cancer in black men Eur Urol 2019 ;  75 (3) : 399-407 [cross-ref]
Kaur D., Ulloa-Pérez E., Gulati R., Etzioni R. Racial disparities in prostate cancer survival in a screened population: reality versus artifact Cancer 2018 ;  124 (8) : 1752-1759 [cross-ref]
Ellis L., Canchola A.J., Spiegel D., Ladabaum U., Haile R., Gomez S.L. Racial and ethnic disparities in cancer survival: the contribution of tumor, sociodemographic, institutional, and neighborhood characteristics J Clin Oncol 2018 ;  36 (1) : 25-33 [cross-ref]
Xin H. Racial disparity in localized prostate cancer mortality J Natl Med Assoc 2017 ;  109 (2) : 86-92 [cross-ref]
Tsodikov A., Gulati R., de Carvalho T.M., Heijnsdijk E.A.M., Hunter-Merrill R.A., Mariotto A.B., et al. Is prostate cancer different in black men? Answers from 3 natural history models Cancer 2017 ;  123 (12) : 2312-2319 [cross-ref]
Verges D.P., Dani H., Sterling W.A., Weedon J., Atallah W., Mehta K., et al. The relationship of baseline prostate specific antigen and risk of future prostate cancer and its variance by race J Natl Med Assoc 2017 ;  109 (1) : 49-54 [cross-ref]






© 2020 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.