Conséquences urologiques de la grossesse et de l’accouchement chez les patientes porteuses d’une vessie neurologique par anomalie congénitale médullaire

25 octobre 2017

Auteurs : Q. Manach, M. Dommergues, P. Denys, K. Loiseau, B. Idiard-Chamois, E. Chartier-Kastler, V. Phé
Référence : Prog Urol, 2017, 12, 27, 618-625
Introduction

Peu de données existent concernant le retentissement de la grossesse et de l’accouchement sur l’équilibre vésico-sphinctérien chez les femmes ayant une vessie neurologique par anomalie congénitale médullaire.

Objectif

Décrire les résultats du suivi obstétrical et urologique des patientes ayant une vessie neurologique secondaire à une anomalie congénitale médullaire.

Méthode

Une étude multicentrique rétrospective a inclus des patientes ayant une anomalie congénitale médullaire et ayant accouché entre janvier 2005 et décembre 2014. Les caractéristiques de la maladie neurologique et neuro-urologique, les complications pendant la grossesse, les conséquences obstétricales et les résultats néonataux ainsi que les modifications des symptômes urologiques ont été rapportés.

Résultats

Seize femmes, d’âge médian 29,4 ans (IQR 22–36), ayant eu au total 20 grossesses et 21 naissances (15 césariennes, 5 voies basses) ont été incluses. Avant le début de leur première grossesse, 12 patientes réalisaient des auto-sondages (75 %). Des infections urinaires symptomatiques, dont 4 pyélonéphrites aiguës, ont été rapportées chez 11 patientes enceintes. L’incontinence urinaire d’effort s’est aggravée pour 4 patientes avec une résolution spontanée en post-partum. Des auto-sondages ont été débutés pour 3 patientes et poursuivis en post-partum. Pour 3 grossesses, un traitement anticholinergique a dû être débuté ou augmenté pour une incontinence urinaire par urgenturie aggravée, puis maintenu en post-partum. La durée médiane de gestation a été de 39,0 SA (IQR 37,8–39,5). Sur les 15 césariennes réalisées, 9 étaient indiquées pour prévenir l’aggravation des symptômes neuro-urologiques. Aucune dégradation de la continence urinaire n’a été décrite parmi les 5 patientes ayant eu un accouchement par voie vaginale.

Conclusion

La grossesse des femmes ayant une vessie neurologique secondaire à une anomalie congénitale médullaire est possible avec des résultats obstétricaux satisfaisants, sous réserve de la gestion d’un risque accru d’infections urinaires, d’accouchement par césarienne et parfois de dégradation de la continence urinaire.

Niveau de preuve

5.




 




Introduction


Les progrès réalisés dans la prise en charge neurochirurgicale et urologique des enfants nés avec une anomalie congénitale médullaire durant les 50 dernières années ont permis une amélioration de leur espérance de vie [1]. Le retentissement des anomalies congénitales de la moelle sur l'équilibre vésico-sphinctérien est polymorphe, dépendant du type d'anomalie, de sa localisation, de son étendue et d'une éventuelle autre malformation associée du système nerveux central. Ces troubles urinaires nécessitent une prise en charge spécialisée et multidisciplinaire, afin de prévenir au mieux l'apparition des complications rénales. Actuellement, les patientes atteignant l'âge adulte posent de nouvelles problématiques concernant la prise en charge de leur désir de grossesse [2].


Peu de données existent concernant le retentissement de la grossesse et des accouchements sur l'équilibre vésico-sphinctérien chez les femmes ayant une vessie neurologique par anomalie congénitale médullaire [3, 4, 5, 6, 7]. Les rares séries de cas, s'intéressant au suivi des grossesses chez des femmes ayant une anomalie congénitale de la moelle, décrivent plusieurs facteurs de risques de complications liés à leur pathologie : cyphoscoliose et trouble respiratoire, anomalie osseuse du petit bassin, antécédents neurochirugicaux et prise en compte d'une dérivation ventriculo-péritonéale, antécédents de chirurgie abdominale à visée digestive et urologique, dysfonction variable de l'arbre urinaire avec une colonisation bactérienne [4, 7, 8]. Ces grossesses à risque nécessitent une consultation dans un centre de référence avant tout désir de grossesse afin de dépister et d'anticiper de futures complications durant le déroulement de celle-ci [7]. Notre objectif était de décrire, au sein de réseaux d'équipes multidisciplinaires organisées, les résultats du suivi obstétrical et urologique des patientes ayant une vessie neurologique secondaire à une anomalie congénitale médullaire.


Méthode


Une étude multicentrique rétrospective a inclus des patientes ayant une vessie neurologique secondaire à une anomalie congénitale médullaire et ayant accouché entre janvier 2005 et décembre 2014. Toutes ces patientes avaient consulté avant leur grossesse dans un service de médecine physique et de réadaptation spécialisé en neuro-urologie. Les données suivantes ont été recueillies : type d'anomalie congénitale de la moelle et type de lésion, niveau lésionnel, antécédents neurochirurgicaux, déficits neurologiques connus et le résultat de la dernière imagerie médullaire.


Les données concernant l'évaluation du statut urologique et neuro-urologique avant, pendant et après la grossesse regroupaient : les traitements médicaux et chirurgicaux urologiques, le mode de drainage vésical (auto-sondage, miction spontanée), l'évaluation de la continence urinaire ou fécale, la présence d'infection urinaire du haut et du bas appareil urinaire, la prescription d'un antibiocycle, la fonction rénale et les données du bilan urodynamique. Le diagnostic d'infection urinaire du bas appareil reposait sur l'association de signes cliniques évocateurs (urines troubles, fuites urinaires ou mictions impérieuses, brûlures et douleurs à la miction, pollakiurie) et d'un examen cytobactériologique positif avec leucocyturie (≥104/mL) et bactériurie (≥103 ou 104UFC/mL selon le germe identifié) significatives.


Les données concernant la grossesse et la période du post-partum immédiat incluaient l'âge, la gestité et la parité de la mère, le déroulement et les complications de la grossesse et du post-partum. Les données concernant l'accouchement incluaient le terme de la grossesse, le mode d'accouchement, le type d'anesthésie utilisé, le poids de naissance de l'enfant, le score d'Apgar, la durée d'un éventuel séjour en réanimation néonatale, la présence d'une anomalie congénitale et le mode d'allaitement à la sortie de la maternité.


Le test exact de Fisher a été utilisé pour la comparaison de la distribution des différentes variables qualitatives. Un p <0,05 indiquait un résultat statistiquement significatif.


Résultats


Caractéristiques générales


Seize femmes, d'âge médian 29,4 ans (IQR 22-36), ayant eu au total 20 grossesses et 21 naissances ont été incluses. Le Tableau 1 présente les antécédents neurologiques, obstétricaux et le statut neuro-urologique avant la grossesse. Dix femmes avaient un suivi neuro-urologique régulier (dernière consultation inférieure à 2 ans) avant leur première grossesse (63 %). Un bilan urodynamique récent (6 mois avant le début de la grossesse) était disponible pour 11 grossesses (55 %). Cinq femmes (25 %) étaient sous traitement anticholinergique avant leur début de grossesse.


Complications pendant la grossesse


Le Tableau 2 présente la fréquence des infections urinaires (IU), les différentes complications neuro-urologiques et les modifications thérapeutiques effectuées durant la grossesse.


Cinq femmes ont eu des IU à répétition avant le début de leur grossesse. Onze patientes enceintes ont eu des infections urinaires symptomatiques, dont 4 pyélonéphrites aiguës (55 %). La prise en charge des pyélonéphrites aiguës a nécessité une hospitalisation et un traitement antibiotique intraveineux dans 3 cas. Une pyélonéphrite aiguë a été associée à un accouchement prématuré à 34 semaines d'aménorrhée (SA). Un antibiocycle a été réalisé pour 13 des grossesses (65 %). La prescription d'un antibiocycle n'était pas associée à une diminution significative de la fréquence des infections urinaires (46,1 % versus 71,4 %, p =0,37). Des auto-sondages propres intermittents (ASPI) ont été débutés pour 3 patientes et poursuivis en post-partum. Les indications de la mise en route des ASPI étaient la présence d'infection urinaire à répétition dans 2 cas et un trouble de la vidange vésicale dans 1 cas. La difficulté d'accès au périnée durant la grossesse a entraîné un arrêt des ASPI chez une autre patiente à 14 SA. L'utilisation des ASPI n'était pas associée à une diminution significative de l'incidence des infections urinaires (43,7 % versus 100 %, p =0,094). L'absence de suivi neuro-urologique régulier avant le début de la grossesse n'était pas associée à une augmentation significative de l'incidence des infections urinaires (71,4 % versus 46,1 %, p =0,66).


L'incontinence urinaire d'effort s'est aggravée pour 4 patientes avec un retour à la normale en post-partum.


Pour 3 grossesses, un traitement anticholinergique par oxybutynine a dû être débuté ou augmenté pour une incontinence urinaire par urgenturie aggravée, puis maintenu en post-partum.


Quatre grossesses ont été marquées par l'apparition, ou l'aggravation, d'un déficit neurologique. Trois cas de déficits sensitifs associés à des paresthésies (deux situés aux membres inférieurs et un au membre supérieur) ont été d'évolution spontanément favorable. Une patiente a eu un déficit neurologique moteur des membres inférieurs d'apparition brutale à 35 SA. L'IRM réalisée en urgence n'a pas retrouvé de modification de la moelle épinière, avec une stabilité de la syringomyélie déjà connue. Ce déficit moteur a disparu après la réalisation d'une césarienne en urgence.


Deux cas d'escarres sacrés ont été rapportés chez 2 patientes durant leur grossesse, d'évolution favorable après l'accouchement. Une patiente, qui marchait avec aide avant sa grossesse, a dû utiliser un fauteuil roulant à partir de 30 SA, sans qu'un déficit moteur soit mis en évidence.


Aucune hypertension gestationnelle ni syndrome pré-éclamptique n'a été reporté. Un diabète gestationnel s'est déclaré à 27 SA.


Accouchement


La durée médiane de gestation a été de 39,0 SA (IQR 37,8-39,5) avec 15 accouchements par césarienne et 5 par voie basse. Trois patientes ont présenté une menace d'accouchement prématuré dans un contexte d'infection urinaire, entraînant 2 accouchements prématurés à 34 et 35 SA.


Le Tableau 3 présente les principaux paramètres obstétricaux et néonataux. Sur 15 césariennes, 9 étaient indiquées pour prévenir l'aggravation des symptômes neuro-urologiques. L'anesthésie générale a été choisie pour 14 accouchements, soit par impossibilité technique (arthrodèse, malformation rachidienne au point de ponction), soit par crainte de complication. La seule complication chirurgicale rapportée en peropératoire a été une déchirure vaginale simple lors d'un accouchement par voie basse.


Sur les 21 naissances, 3 se sont déroulées avant 37 SA, dont 2 ont nécessité un séjour de courte durée en néonatologie. L'absence de suivi neuro-urologique régulier avant le début de la grossesse n'était pas associée à une augmentation significative du taux de prématurité (33 % versus 9,1 %, p =0,27).


Le poids médian de naissance était de 3200g (IQR 2770-3680). Aucune anomalie médullaire n'a été détectée chez les nouveau-nés. Une dilatation ventriculaire isolée a été dépistée, sans autre anomalie associée.


Un allaitement maternel a été débuté pour 18 des nouveau-nés.


Post-partum


Aucune complication chirurgicale n'a été décrite durant l'hospitalisation en post-partum.


Deux infections urinaires en post-partum ont été rapportées durant l'hospitalisation, d'évolution favorable sous antibiothérapie.


Aucune dégradation de l'état neurologique n'a été notée en post-partum, avec une résolution de tous les déficits moteurs et sensitifs apparus durant la grossesse.


Aucune dégradation de la continence urinaire, ou fécale, n'a été décrite en post-partum, notamment parmi les 5 patientes ayant eu un accouchement par voie vaginale.


Les modifications thérapeutiques initiées durant l'accouchement (traitement anticholinergique, ASPI) ont été poursuivies en post-partum.


Aucune modification significative du bilan urodynamique disponible en pré- et post-partum pour 7 patientes n'a été rapportée.


Discussion


À notre connaissance, nous rapportons la série française la plus importante de grossesses chez des femmes ayant une vessie neurologique secondaire à une anomalie congénitale de la moelle. Toutes ces grossesses ont été prise en charge multidisciplinaire au sein de centres experts. La réalisation de cette étude a permis de réintégrer certaines patientes dans un suivi neuro-urologique régulier afin de poursuivre le recueil de données de manière prospective. Actuellement, il n'existe aucune recommandation spécifique pour la prise en charge de ces grossesses à risque. Pourtant, les avancées récentes de la chirurgie de réparation in utero des myéloméningocèles font penser que cette population à risque va croître dans les prochaines décennies [9, 10].


Le Tableau 4 présente les principaux résultats obstétricaux et néonataux des précédentes séries rapportant des grossesses chez les femmes ayant une anomalie congénitale de la moelle [3, 4, 5, 6]. On peut noter l'évolution de la prise en charge neuro-urologique de ces patientes, notamment à travers l'apparition de l'ASPI, associée à une diminution des taux de complication obstétricale et des taux de prématurité. Les résultats obstétricaux et néonataux de notre série sont favorables à la vue de ces données [3, 4, 5, 6] (Tableau 4). Le taux de prématurité était de 15 %, soit supérieur à la population générale, mais inférieur aux taux précédemment décrits, entre 20 et 55 % [3, 4]. De même, l'absence de complication chirurgicale en per- et postopératoire, notamment en cas de césarienne, est en contradiction avec les précédentes séries qui décrivent des taux de complications post-césarienne pouvant atteindre 83 % [5]. Ce taux important de complication était notamment expliqué par des antécédents chirurgicaux importants, notamment dans les cas de dérivation urinaire.


Dans notre série, le taux de césariennes réalisé était de 75 %, réalisée préférentiellement sous anesthésie générale (70 %). Le choix de la césarienne se justifiait le plus souvent pour des raisons maternelles, dans une optique de prévention d'une éventuelle aggravation des symptômes neuro-urologiques provoquée par un accouchement par voie basse. L'impact réel d'un accouchement par voie basse sur l'équilibre vésico-sphinctérien dans la population générale est largement débattu, avec un risque d'incontinence urinaire d'effort qui semble être augmenté en cas d'accouchement par voie basse versus un accouchement par césarienne (OR=1,85 [IC95 % : 1,56-2,19]) [11, 12]. L'impact d'un accouchement par voie basse sur l'équilibre vésico-sphinctérien dans une population de femmes atteintes d'une anomalie congénitale de la moelle n'a jamais été étudié. Dans une population de 273 patientes atteintes de sclérose en plaques ayant une vessie neurologique, l'incidence d'incontinence urinaire en post-partum n'était pas influencée par le mode d'accouchement (OR=0,72 [IC95 % : 0,21-2,50]) [13]. Dans notre série, aucun accouchement par voie basse ne s'est compliqué d'aggravation de l'équilibre vésico-sphinctérien. À la vue de ces données, la réalisation d'une césarienne chez une patiente neurologique devrait préférentiellement être motivée par des raisons obstétricales. Concernant la réalisation d'une anesthésie générale, aucune recommandation spécifique pour l'analgésie obstétricale chez ces patientes n'est disponible. La lésion neurologique est le plus souvent située entre L5 et S1, soit en dessous du niveau classique d'injection des anesthésiques locaux. Cependant, il a été décrit, chez des patientes porteuses d'un spina bifida, des cas de diffusion anormale de l'anesthésique local en raison d'une altération des structures de l'espace péridural pouvant être responsable d'une diffusion excessive en céphalique ou insuffisante en caudal [14, 15]. De plus, la présence d'une moelle attachée basse peut modifier les rapports anatomiques avec une partie terminale de la moelle épinière classiquement située à un niveau vertébral plus bas que dans la population générale [16]. La présence d'une syringomyélie est rare mais engendre des précautions particulières. Il est recommandé d'éviter toute augmentation de la pression intracrânienne, qui pourrait entraîner une extension du syrinx [17]. Dans ce contexte, l'accouchement est le plus souvent réalisé par césarienne sous anesthésie générale [18]. Au final, la réalisation d'une anesthésie locorégionale est le plus souvent techniquement réalisable en cas d'anomalie congénitale de la moelle. Cependant, elle doit être anticipée, avec un bilan radiologique récent comprenant une IRM médullaire, et réalisée au sein d'une équipe expérimentée.


La forte prévalence d'IU (55 %), leurs répercussions (2 accouchements prématurés) et les changements de prise en charge neuro-urologique durant la grossesse (mode mictionnel, traitement anticholinergiques, antibiocycle) justifient la nécessité d'une surveillance spécifique durant leur grossesse. Durant la grossesse, la présence d'une bactériurie asymptomatique peut se compliquer en l'absence de traitement antibiotique, dans 30 % des cas en pyélonéphrite aiguë entraînant des complications maternelles et fÅ“tales (fausse couche, menace d'accouchement prématuré, pré-éclampsie et faible poids de naissance) [19]. Le dépistage et le traitement systématiques des bactériuries asymptomatiques durant la grossesse permettent de réduire ces risques [20]. Dans le cas d'une population neurologique, la pratique de l'ASPI est associée à une bactériurie asymptomatique dans 80 % des cas [21]. La prise en charge de cette colonisation bactérienne constitue un challenge thérapeutique. Dans ce contexte, plusieurs études ont démontré le bénéfice d'un antibiocycle durant la grossesse de femmes neurologiques [8, 22, 23]. Le protocole le plus souvent utilisé est la prescription d'une dose unique hebdomadaire d'un antibiotique A en alternance avec une dose unique hebdomadaire d'un antibiotique B [22]. Dans une population de 15 femmes blessées médullaires, l'usage d'un antibiocycle durant la grossesse était associé à une diminution de la fréquence des infections urinaires (0 % versus 100 %, p =0,001) et à une réduction du nombre de menaces d'accouchements prématurés (0 % versus 61 %, p =0,001) [23]. Dans une autre série de 30 femmes réalisant des ASPI durant leur grossesse, la prescription d'un antibiocycle était associée à une diminution de la fréquence des infections urinaires (76,5 % versus 23,1 %, p =0,009), mais également à une augmentation de la fréquence des bactériuries asymptomatiques (46,2 % versus 5,8 %, p =0,025) [8]. Dans notre série, la prescription d'un antibiocycle n'était pas associée à une diminution significative de la fréquence des infections urinaires (46,1 % versus 71,4 %, p =0,37). Concernant la pratique de l'ASPI, sa faisabilité durant la grossesse a déjà été étudiée chez les patientes blessées médullaires. Celui-ci est généralement réalisable jusqu'au terme, avec cependant des difficultés d'accès au périnée en fin de grossesse [23, 24]. La réalisation d'un catalogue mictionnel est nécessaire pour s'assurer de la bonne réalisation de l'ASPI, notamment lors de la grossesse durant laquelle l'apparition d'une pollakiurie physiologique (secondaire à l'augmentation du volume fÅ“tal ainsi qu'à une hyperdiurèse) peut nécessiter une augmentation de la fréquence des ASPI [23]. Dans notre série, l'utilisation de l'ASPI n'était pas associée à une diminution significative de l'incidence des infections urinaires (43,7 % versus 100 %, p =0,094).


La prise en charge de ces grossesses à risques requiert une collaboration étroite entre différentes spécialités (médecine physique et de réadaptation, urologique, obstétricale et neurochirurgicale), grandement facilitée par l'existence d'un réseau multidisciplinaire. Dans cette population spécifique, l'expression d'un désir de grossesse doit être l'occasion de réaliser un bilan clinique et paraclinique complet afin de dépister et de traiter les éventuels facteurs de risque de complication (trouble de la vidange vésicale, infections urinaires à répétitions, syringomyélie). Dans notre série, l'absence de suivi neuro-urologique régulier avant le début de la grossesse n'était pas associée à une augmentation significative de l'incidence des infections urinaires (71,4 % versus 46,1 %, p =0,66) ou du taux de prématurité (33 % versus 9,1 %, p =0,27).


Conclusion


Les femmes porteuses d'une anomalie congénitale médullaire peuvent avoir des grossesses avec des résultats obstétricaux satisfaisants. Cependant, ces grossesses sont associées à un risque accru d'infections urinaires, d'accouchement par césarienne et parfois de dégradation transitoire de la continence urinaire. Une prise en charge multidisciplinaire est nécessaire pour anticiper, dépister et traiter les éventuelles complications.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques des patientes avant les grossesses (n =16).
16 patientes incluses au total : 11 spinalipomes ; 5 myéloméningocèles  Nombre de femmes (%) 
Âge médian (IQR), ans   30,5 (26-34) 
 
Motricité    
Marche (avec ou sans aide)  14 (88) 
Fauteuils roulants  2 (12,5) 
 
Déficit neurologique sensitif   11 (69) 
 
Antécédent d'intervention neurochirurgicale   13 (81) 
 
Dérivation ventriculo-péritonéale   1 (6) 
 
Statut neuro-urologique    
Mode de miction   
Spontané  4 (25) 
Auto-sondages propres intermittents  12 (75) 
Continence   
Continence totale  9 (56) 
Incontinence légère à modérée  7 (44) 
Port de protection  6 (38) 
Antécédents de chirurgie urologique   
Entérocystoplastie d'agrandissement  3 (19) 
Injection intradétrusorienne de toxine botulique A  2 (13) 
Neuromodulation sacrée  1 (6) 
Paramètres urodynamiques   
Capacité cystomanométrique maximale moyenne (mL)  436 (305-600) 
Résidu post-mictionel moyen (mL)  180 (20-400) 
Pression de clôture urétrale maximale moyenne (cm H2 O)  51,2 (12-135) 
Activité détrusorienne   
Hyperactivité  2 (13) 
Hypoactivité  2 (13) 
Trouble de la compliance vésicale  1 (6) 
 
Incontinence fécale   3 (19) 
 
Antécédents obstétriques    
Gestité   
G0  8 (50) 
G1  4 (27) 
G2  4 (27) 
Parité   
P0  11 (69) 
P1  4 (27) 
P2  1 (6) 
Antécédent de fausse couche  2 (13) 
Antécédent de césarienne  1 (6) 





Tableau 2 - Complications neuro-urologiques durant la grossesse et prise en charge (n =20).
  Nombre de grossesses (%) 
Infections urinaires    
Fréquence des IU   
Au moins une IU  11 (55) 
IU récurrentes  8 (40) 
Pyélonéphrite  4 (20) 
Bactériurie asymptomatique  2 (10) 
Incidence des IU durant la grossesse   
Selon le mode de miction   
ASPI (n =16)  7 (44) 
Miction spontanée (n =4)  4 (100) 
Selon la prescription d'un antibiocycle   
Antibiocycle (n =13)  6 (46) 
Absence d'antibiocycle (n =7)  5 (71) 
 
Aggravation de l'incontinence    
Urinaire  4 (20) 
Fécale  0 (0) 
 
Aggravation du déficit neurologique    
Moteur  1 (5) 
Sensitif  3 (15) 
 
Modification du traitement urologique    
Introduction ASPI  3 (15) 
Arrêt ASPI  1 (5) 
Modification du traitement anticholinergique  3 (15) 





Tableau 3 - Résultats obstétricaux et néonataux (n =20).
  Nombre de grossesses (%) 
Âge moyen gestationnel, SA   38,6 (34-40) 
 
Modalité d'accouchement    
Césarienne  15 (75) 
Voie basse  5 (25) 
 
Modalité d'anesthésie    
Générale  14 (70) 
Anesthésie péridurale  6 (30) 
 
Naissance vivante    
n =21 : 10 filles, 11 garçons, 1 grossesse gémellaire   
Accouchement à terme  17 (85) 
Prématurité (34-36 semaines)  3 (15) 
Poids de naissance<2500 1 (5) 
Enfant né avec une anomalie médullaire congénitale  0 (0) 





Tableau 4 - Résultats obstétricaux des principales séries de patientes porteuses d'un spina bifida.
Auteur, Année  Nombre de grossesses  Nombre de patientes  Âge moyen  Mode mictionnel (%)  Infections urinaires (%)  Complications obstétricales  Autres complications  Accouchement prématuré (avant 37 SA) (%)  Accouchement par césarienne (%) 
Richmond et al., 1988 [3 26  2 mictions spontanées (50)
1 Bricker (25)
1 uréterostomie cutanée (25) 
4 (100)      1 (20)  4 (100) 
Rietbierg et al., 1993 [4 20  18  23        2 lithiases urinaires  11 (55)  8 (40) 
Arata et al., 2000 [5 23  17  25  4 mictions spontanées (23)
1 ASPI (6)
12 Bricker (71) 
18 (78)  5 MAP
6 HTA 
1 escarre
2 mobilités réduites
9 sciatiques
14 complications en post-partum : après césarienne (10) : perforation intestinale, infection de cicatrice (2), infection urinaire (2), endométrite, infection pulmonaire, sciatique, HTA, mastite ; après voie basse (4) : endométrite, HTA, escarre, lâchage de suture d'épisiotomie 
8 (35)  12 (52) 
Sterling et al., 2012 [6 37  32    17 mictions spontanées (46)
20 ASPI (54) 
25 (68)  7 MAP
2 HTA 
1 lithiase biliaire  9 (24)  23 (62) 
Série actuelle  20  16  29  4 mictions spontanées (25)
12 ASPI (75) 
11 (55)  3 MAP  4 aggravations de déficit neurologique
2 escarres
1 mobilité réduite 
3 (15)  15 (75) 



Légende :
HTA : hypertension artérielle ; MAP : menace d'accouchement prématuré.


Références



Gamé X., Grima F., Chartier-Kastler E., Ruffion A. Vesicosphincteric and sexual disorders associated with spina bifida and myelomeningocele Prog Urol 2007 ;  17 : 352-357
Sawyer S.M., Roberts K.V. Sexual and reproductive health in young people with spina bifida Dev Med Child Neurol 1999 ;  4 : 671-675 [cross-ref]
Richmond D., Zaharievski I., Bond A. Management of pregnancy in mothers with spina bifida Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 1987 ;  25 : 341-345 [cross-ref]
Rietberg C.C., Lindhout D. Adult patients with spina bifida cystica: genetic counselling, pregnancy and delivery Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 1993 ;  52 : 63-70 [cross-ref]
Arata M., Grover S., Dunne K., Bryan D. Pregnancy outcome and complications in women with spina bifida J Reprod Med 2000 ;  45 : 743-748
Sterling L., Keunen J., Wigdor E., Sermer M., Maxwell C. Pregnancy outcomes in women with spinal cord lesions J Obstet Gynaecol Can 2013 ;  35 : 39-43 [cross-ref]
Blasi I., Ferrari A., Comitini G., Vinci V., Abrate M., La Sala G.B. Myelomeningocele and pregnancy: a case report and review of the literature J Matern Fetal Neonatal Med 2012 ;  25 : 1176-1178 [cross-ref]
Michau A., Dinh A., Denys P., Levy J., Chartier-Kastler E., Bernard L., et al. Control cross sectional study evaluating an antibiotic prevention strategy in 30 pregnancies under clean intermittent self-catheterization and review of literature Urology 2016 ;  91 : 58-63 [inter-ref]
Adzick N.S., Thom E.A., Spong C.Y., Brock J.W., Burrows P.K., Johnson M.P., et al. A randomized trial of prenatal versus postnatal repair of myelomeningocele N Engl J Med 2011 ;  364 : 993-1004 [cross-ref]
Brock J.W., Carr M.C., Adzick N.S., Burrows P.K., Thomas J.C., Thom E.A., et al. Bladder function after fetal surgery for myelomeningocele Pediatrics 2015 ;  136 : e906-e913
Thom D.H., Rortveit G. Prevalence of post-partum urinary incontinence: a systematic review Acta Obstet Gynecol Scand 2010 ;  89 : 1511-1522 [cross-ref]
Tähtinen R.M., Cartwright R., Tsui J.F., Aaltonen R.L., Aoki Y., Cárdenas J.L., et al. Long-term impact of mode of delivery on stress urinary incontinence and urgency urinary incontinence: a systematic review and meta-analysis Eur Urol 2016 ;  70 : 148-158
Durufle A., Petrilli S., Nicolas B., Robineau S., Guillé F., Edan G., et al. Effects of pregnancy and child birth on urinary symptoms and urodynamics in women with multiple sclerosis Int Urogynecol J Pelvic Floor Dysfunct 2006 ;  17 : 352-355 [cross-ref]
Altamimi Y., Pavy T.J.G. Epidural analgesia for labour in a patient with a neural tube defect Anaesth Intensive Care 2006 ;  34 : 816-819
Tidmarsh M.D., May A.E. Epidural anaesthesia and neural tube defects Int J Obstet Anesth 1998 ;  7 : 111-114 [cross-ref]
Yokoyama T., Sadahiro T., Sluka K.A., Yamashita K., Tokoroyama H., Manabe M. Tethered cord syndrome discovered in preoperative examination J Anesth 2007 ;  21 : 270-272 [cross-ref]
Nielsen J.L., Bejjani G.K., Vallejo M.C. Cesarean delivery in a parturient with syringomyelia and worsening neurological symptoms J Clin Anesth 2011 ;  23 : 653-656 [inter-ref]
Hönemann C., Moormann S., Hagemann O., Doll D. Spinal anesthesia for cesarean delivery in a patient with syringomyelia Int J Gynaecol Obstet 2014 ;  125 : 172-174
Smaill F.M., Vazquez J.C. Antibiotics for asymptomatic bacteriuria in pregnancy Cochrane Database Syst Rev 2015 ;  8 : CD000490
Glaser A.P., Schaeffer A.J. Urinary tract infection and bacteriuria in pregnancy Urol Clin North Am 2015 ;  42 : 547-560 [inter-ref]
Nicolle L.E., Bradley S., Colgan R., Rice J.C., Schaeffer A., Hooton T.M., et al. Infectious Diseases Society of America guidelines for the diagnosis and treatment of asymptomatic bacteriuria in adults Clin Infect Dis 2005 ;  40 : 643-654 [cross-ref]
Salomon J., Schnitzler A., Ville Y., Laffont I., Perronne C., Denys P., et al. Prevention of urinary tract infection in six spinal cord-injured pregnant women who gave birth to seven children under a weekly oral cyclic antibiotic program Int J Infec Dis 2009 ;  13 : 399-402 [cross-ref]
Galusca N., Charvier K., Courtois F., Rode G., Rudigoz R.C., Ruffion A. Antibioprophylaxy and urological management of women with spinal cord injury during pregnancy Prog Urol 2015 ;  25 : 489-496 [inter-ref]
Feyi-Waboso P.A. An audit of five years' experience of pregnancy in spinal cord damaged women. A regional unit's experience and a review of the literature Paraplegia 1992 ;  30 : 631-635 [cross-ref]






© 2017 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.