Complications urinaires après réimplantation urétérovésicale selon la technique du « one-stitch » en transplantation rénale

25 janvier 2012

Auteurs : N. Bardonnaud, P. Pillot, G. Guichard, J. Lillaz, G. Delorme, Y. Nguyen-Huu, E. Chabannes, S. Bernardini, H. Bittard, F. Kleinclauss
Référence : Prog Urol, 2012, 1, 22, 22-29




 




Introduction


La transplantation rénale est le traitement de référence de l’insuffisance rénale terminale [1]. Malgré l’évolution des techniques chirurgicales et des traitements immunosuppresseurs, les complications chirurgicales demeurent fréquentes. Parmi elles, 50 % sont d’origine urinaire et sont responsables d’une augmentation de la morbidité, d’hospitalisations prolongées et de surcoût.


L’anastomose urétérovésicale a prouvé sa supériorité comme méthode d’implantation de l’uretère du greffon. Les anastomoses urétéro-urétérales et pyélo-urétérales s’avèrent plus fastidieuses, avec de moins bons résultats [2]. Les techniques de réimplantation urétérovésicale extravésicale ont permis d’obtenir un moindre taux de complication que la technique intravésicale de Leadbetter-Politano, avec un temps opératoire diminué, une moindre dissection vésicale et la possibilité d’utiliser un segment urétéral plus court [3, 4, 5, 6]. La technique de Lich-Gregoir est actuellement la plus répandue en transplantation rénale.


La technique de « one-stitch » est une technique de réimplantation urétérovésicale extravésicale moins connue dont le principal avantage est la simplicité et le gain de temps au cours de sa réalisation tout en respectant le principe d’un trajet urétéral sous-muqueux antireflux.


L’objectif de ce travail était d’analyser le taux de complications urinaires liées à la technique de réimplantation urétérale « one-stitch », utilisée dans notre centre depuis plus de dix ans et de le comparer aux données de la littérature. Nous avons également étudié les facteurs influençant la survenue de complications urinaires et leurs impacts sur la survie des transplants.


Patients et méthodes


Nous avons mené une étude rétrospective sur la survenue de complications urinaires chez 202 transplantations rénales effectuées dans notre centre entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2008. Deux patients ayant eu une double greffe de foie et rein associé ont été exclus de l’étude dans un souci d’homogénéité. Toutes les transplantations rénales ont été réalisées ou supervisées par cinq chirurgiens seniors expérimentés en transplantation.


Les complications urinaires étudiées étaient : l’hématurie compliquée, la fistule urétérale, la sténose urétérale, le reflux vésico-urétéral symptomatique et la survenue de calcul urétéral. Nous avons utilisé la classification de Clavien-Dindo, reposant sur le type de traitement utilisé pour la prise en charge de complications, pour hiérarchiser la sévérité de celles-ci [7].


L’hématurie compliquée était définie comme une hématurie macroscopique nécessitant soit le recours à un lavage continu sur sonde vésicale à double courant et décaillotage à la seringue, soit un décaillotage ou une électrocoagulation endoscopique, ou encore une reprise chirurgicale pour hémostase. Le diagnostic de sténose urétérale reposait sur une dilatation des cavités pyélocalicielles à l’imagerie associée à une élévation de la créatininémie plasmatique. Le reflux urétérovésical et les calculs urétéraux n’étant pas dépistés de manière systématique dans les suites de la transplantation rénale, n’étaient retenus que les reflux symptomatiques, nécessitant une réimplantation et les calculs pour lesquels un traitement s’avérait nécessaire.


Les différents traitements utilisés pour la prise en charge de ces complications ont été relevés.


L’âge, le sexe, l’index de masse corporelle des donneurs et receveurs, le nombre de transplantation(s) antérieure(s), le type de transplants (donneur vivant apparenté ou rein cadavérique), le côté (droit ou gauche), le centre de prélèvement, la durée d’ischémie froide, la durée d’hospitalisation, une reprise retardée de la fonction du transplant rénal (définie par la nécessiter de dialyser le patient dans la première semaine postopératoire), la survenue d’un rejet aigu, la survie à long terme du transplant (l’événement retenu étant le retour à la dialyse ou une retransplantation) et la survie du patient (l’événement retenu étant alors le décès du patient) ont été relevés et analysés.


Toutes les anastomoses urinaires ont été réalisées selon la technique de réimplantation urétérovésicale extravésicale du « one-stitch », aussi appelée « U-stitch », Shanfield, ou Minnesota. Cette technique d’urétéronéocystostomie fut décrite, en 1972, par Shanfield [8]. Cette méthode diffère de celle de Lich-Gregoir par le mode de fixation de l’uretère à la vessie. En effet, la préparation de l’uretère et de la vessie s’effectue de la même façon dans les deux techniques : distension vésicale au sérum physiologique par la sonde vésicale, dissection du détrusor sur 2cm pour permettre la protusion de la muqueuse vésicale. L’uretère est préparé en recoupant l’excès de longueur, en effectuant une hémostase soigneuse de la trompe urétérale afin de prévenir le risque d’hématurie postopératoire et en spatulant son extrémité postérieure distale sur 0,5cm. La muqueuse vésicale est alors incisée et le sérum physiologique aspiré. Tandis que la technique de Lich-Gregoir réalise une anastomose entre la muqueuse vésicale et l’uretère du greffon par un surjet de fil résorbable 4–0, la technique du « one-stitch » ne requiert qu’un point unique. Un point en U de fil résorbable 3–0, double aiguillé, est passé à la face antérieure de la trompe urétérale. Chaque bras du point est passé à travers la paroi vésicale à 2cm en avant de l’ouverture muqueuse. La trompe urétérale est ensuite larguée dans la vessie et le point en U noué, accolant ainsi la partie distale de l’uretère à la muqueuse du dôme vésical. Le détrusor, tout comme dans la technique de Lich-Gregoir est alors refermé, par des points séparés de fil résorbable 3–0, par-dessus l’anastomose muqueuse, créant ainsi par ce tunnel sous-muqueux un mécanisme antireflux. Dans notre série, une sonde urétérale de type double J, charrière 6/14cm était systématiquement mise en place lors de la réalisation de l’anastomose. Cette sonde était enlevée habituellement après six à huit semaines, en l’absence de complications urinaires ou de lymphocèle compressive. Enfin, une sonde vésicale siliconée était maintenue en fin d’intervention et durant au moins les sept premiers jours postopératoires.


L’analyse statistique a été réalisée avec les logiciels Prism software (GraphPad, San Diego, CA, États-Unis) et XLstat software (Addinsoft, Brooklyn, NY, États-Unis). Les variables quantitatives ont été analysées avec le test paramétrique t de Student et non paramétrique de Mann Whitney, alors que les variables qualitatives ont été analysées par les tests paramétriques du Chi2 et de Fisher. En analyse univariée, p <0,05 a été considéré comme le seuil de significativité. L’analyse multivariée a été réalisée à l’aide d’une régression logistique.


Les courbes des survies des transplants et des patients ont été construites selon le modèle de Kaplan-Meier. Les survies au sein des différents groupes ont été comparées à l’aide des tests de Wilcoxon et Log-rank.


Résultats


Durant la période de l’étude, 202 transplantations rénales ont été réalisées sur 202 patients. Nous avons exclu deux patients en raison d’une double greffe foie-rein. Les caractéristiques des donneurs et des transplants sont résumées dans le Tableau 1. Quatre-vingt-dix-sept pour cent des transplants étaient d’origine cadavérique (n =194). Pour une grande majorité des patients, il s’agissait d’une première transplantation rénale (85,5 %) (Tableau 2). Les caractéristiques des receveurs, pré- et post-transplantation figurent dans le Tableau 2. La durée d’hospitalisation moyenne était de 16,39jours pour l’ensemble des patients.


Cinquante-cinq complications urinaires ont été dénombrées chez 51 patients (25,5 %). Vingt et une (38 %) de ces complications, nécessitant une reprise chirurgicale, étaient classées Clavien-Dindo grade III. Les 34 (62 %) autres complications ont pu être prise en charge de façon non chirurgicale (grade II de Clavien-Dindo).


Trente-six patients ont eu une hématurie macroscopique compliquée soit un taux global de 18 %. Cette hématurie survenait dans les premiers jours suivant la transplantation. Un lavage vésical par la sonde vésicale a été utilisé en première intention dans tous les cas (Clavien-Dindo grade II).


Quatre patients, soit 2 %, ont nécessité un décaillotage endoscopique seul (deux) ou associé à l’électrocoagulation d’une artériole du moignon urétéral (deux) (Clavien-Dindo grade III). Aucune reprise chirurgicale par voie ouverte n’a été nécessaire.


Nous avons observé deux cas de fistule urétérale (1 %). L’une est survenue à 20jours de la transplantation et une reprise chirurgicale s’est imposée, avec réimplantation urétérovésicale selon la technique de Lich-Gregoir (Clavien-Dindo grade III). L’autre cas de fistule constaté six semaines après l’intervention a pu être traité par la simple mise en place d’une sonde vésicale temporaire (Clavien-Dindo grade II).


Un patient (0,5 %) a eu un reflux urétérovésical symptomatique, se traduisant par des épisodes répétés de pyélonéphrites aiguës sur greffon. Une reprise chirurgicale a été réalisée, avec réalisation d’une anastomose urétéropyélique à partir de l’uretère natif homolatéral au transplant (Clavien-Dindo grade III). Le transplant est resté fonctionnel tout au long du suivi.


Un seul cas de calcul urétéral a été mis en évidence (0,5 %). Découvert fortuitement au décours d’une échographie systématique, le calcul, juxtaméatique mesurait 8mm. Le traitement a consisté en une alcalinisation, permettant une dissolution complète du calcul (Clavien-Dindo grade II).


Quinze patients (7,5 %) ont eu une sténose urétérale (Clavien-Dindo grade III), dont trois d’origine compressive extrinsèque (deux lymphocèle et une hématome de la loge). Ces deux premiers cas ont nécessité une dérivation urinaire première (sonde JJ et néphrostomie percutanée), avant prise en charge chirurgicale de la lymphocèle (marsupialisation par voie cœlioscopique). L’hématome postopératoire précoce a été évacué et le drainage par sonde JJ maintenu deux mois. Des 12 sténoses d’origine non compressive, 11 étaient localisées à la jonction urétérovésicale et une pyélourétérale. Trois patients ont eu une dérivation urinaire temporaire, d’un à trois mois, (néphrostomie percutanée pour tous et pour l’un conversion par la suite par voie antérograde en sonde JJ) permettant un traitement anti-inflammatoire et/ou un calibrage urétéral et de traiter ainsi la sténose. Trois sténoses ont été traitées par résection endoscopique de la palette urétérale ischémique et mise en place d’une sonde JJ temporaire (deux mois) permettant la correction définitive de ces sténoses. Nous avons procédé à sept reprises chirurgicales, quatre réimplantations urétérovésicales, selon la technique de Lich-Gregoir et trois anastomoses urétéropyéliques à partir de l’uretère natif homolatéral au transplant.


Nous avons recherché les facteurs pouvant influencer la survenue de complications urologiques dans notre série. Les caractéristiques démographiques et les comorbidités des receveurs et donneurs, ainsi que les données relatives aux transplants des patients avec complications ou sans complications urinaires ont donc été comparées (Tableau 3). Dans notre étude, aucun facteur lié au donneur, au receveur ou à la transplantation n’était corrélé à la survenue d’une complication urinaire. Le sexe masculin (100 vs 34, p =0,95), l’âge (46,78±14,17ans vs 48,06±14,19ans, p =0,58), l’IMC (24,14±5,04 vs 24,28±4,83, p =0,86) et les antécédents de transplantation rénale chez le receveur (16±3 % vs 10±3 %, p =0,27) ainsi que la durée d’ischémie froide des transplants (17,08±7,07heures vs 16,9±8,95heures, p =0,71) n’étaient pas significativement différents dans les groupes sans complications urologiques et avec complications urologiques. De même, les caractéristiques du donneur n’influençaient pas la survenue de complications urinaires.


La médiane des durées d’hospitalisation était similaire dans les deux groupes (14 vs 12, p =0,37).


La survie à cinq ans des transplants n’était pas altérée par l’existence d’une complication urologique (91,9 % vs 89,9 %, HR 1,21, CI 95 % [0,37–3,3], p =0,83) (Figure 1A) de même que la survie à cinq ans des patients (94,8 % vs 92,15 %, HR 0,52 CI 95 % [0,13–2,07], p =0,85) (Figure 1B).


Figure 1
Figure 1. 

Survie des transplants (A) et des patients (B) selon la présence (ligne pointillée) ou l’absence (ligne continue) de complications urinaires.




En revanche, la fréquence de survenue d’une reprise de fonction retardée du transplant était plus importante chez les patients avec une complication urinaire, tendant vers la significativité (27,4±6 % vs 15,7±3 %, p =0,06). Cependant, l’analyse de la qualité des transplants retrouvait des différences tendant vers la significativité entre les deux groupes. Ainsi, les patients présentant des complications urinaires ont reçu plus de transplants marginaux, définis selon les critères de la conférence de consensus de Crystal City [9] (35,8±6 % vs 25,7±3 %, p =0,16) et de transplants avec une fonction rénale altérée (clairance de la créatinine inférieure à 60ml/minute) au moment du prélèvement (35,0±8 % vs 20,1±4 %, p =0,07).


En analyse multivariée, la présence d’une complication urologique n’était pas un facteur de risque indépendant de reprise de fonction retardée du greffon (OR 1,375, CI 95 % [0,526–3,59], p =0,516).


Discussion


Les complications urinaires restent une cause majeure de morbidité et parfois même de mortalité en transplantation rénale, malgré une diminution de leur incidence au cours des 30 dernières années. Un grand nombre de techniques de drainage urinaire a été décrit pour limiter ces complications. La première transplantation rénale, réalisée par Muray et al. en 1954, utilisait la technique de Leadbetter-Politano (LP) pour réimplanter l’uretère. Cette technique intravésicale nécessite une cystostomie pour accéder à l’intérieur de la vessie et une autre cystostomie pour recréer un orifice urétéral dans une position anatomique normale. L’uretère est alors tunnelisé sous le détrusor pour prévenir le reflux [10]. Cette technique a, par la suite, été très largement utilisée au cours des années 1960. Toutefois, la morbidité de cette méthode, liée à la réalisation de deux cystostomies, favorisant le risque de survenue de fistule urinaire, a fait naître de nouvelles techniques.


L’urétéronéocystostomie de Lich-Gregoir, décrite en 1961, évite la réalisation de deux cystostomies, tout en assurant toujours un trajet antireflux. De nombreuses variations à cette technique sont, par la suite, décrites. Shanfield, en 1972, décrit la technique du « one-stitch », anastomose urétérovésicale par voie extravésicale, avec trajet antireflux et sans anastomose urothéliale [8]. En supprimant le temps d’anastomose urothéliale, de l’extrémité distale de l’uretère à la muqueuse vésicale, cette technique de « one-stitch » a démontré une diminution du temps opératoire par rapport à la technique de Lich-Gregoir. Lee et al. ont montré que le temps opératoire diminuait, passant de 29minutes avec la méthode de Lich-Gregoir à 14,2minutes avec le « one-stitch » [11] et dans une autre étude, Zargar et al. rapportaient une diminution de 24,6 à 10,2minutes [12].


Le caractère rétrospectif de notre étude n’a pas permis, faute de données, de relever la durée de chaque intervention et tout particulièrement le temps opératoire du rétablissement de continuité urinaire.


La principale complication urinaire retrouvée, dans cette série, était la survenue d’hématurie macroscopique compliquée. Trente-six patients (18 %) ont eu un lavage vésical dans les suites de la transplantation. La revue de la littérature dénombre un taux d’hématurie très variable allant de 0,3 à 34 % (Tableau 4). Le taux relativement important d’hématurie, dans notre étude, peut être en partie due à notre définition de l’hématurie compliquée. En effet, dans certaines études, les hématuries nécessitant un lavage continu ou un décaillotage au lit du patient n’étaient pas considérées comme complication [13, 14]. Pleass et al. démontraient, en 1995, un taux d’hématurie supérieur avec la technique de LP par rapport au Lich-Gregoir [6]. Cette différence était attribuée à la présence, dans la seconde méthode, d’une cystostomie unique et de plus petite taille. Les études comparant les taux d’hématurie selon les techniques du « one-stitch » et de Lich-Gregoir présentent des résultats contradictoires. Deux études retrouvaient une incidence similaire d’hématurie [4, 12], alors que quatre autres études rétrospectives rapportaient une proportion plus élevée d’hématurie avec la méthode du « one-stitch » [11, 13, 14, 15]. Dans la plupart des cas, l’hématurie provenait de la trompe urétérale intravésicale et nécessitait fréquemment l’utilisation d’un lavage vésical pendant quelques jours. Dans notre expérience, le premier temps de prise en charge d’une hématurie était la mise en place d’un lavage vésical pendant une durée moyenne de 3,25jours (un à 15jours). Quatre patients ont nécessité le recours à un geste endoscopique pour décaillotage et/ou électrocoagulation d’une artériole de la trompe urétérale. Secin et al. ont suggéré que la manipulation de l’extrémité distale de l’uretère lors de sa prise pour le larguer dans la vessie pouvait induire des microtraumatismes des vaisseaux péri-urétéraux provoquant leur saignement [14]. Pour Veale et al., l’existence d’une hématurie persistante malgré une hémostase soigneuse de la trompe urétérale pouvait s’expliquer par le fait que cette portion urétérale libre dans la vessie était au contact direct des urines [13]. L’urokinase, contenue dans les urines, favoriserait ainsi la dissolution de clou hémostatique des vaisseaux péri-urétéraux et donc l’hématurie.


Bien que cette complication soit considérée comme relativement mineure, n’ayant pas provoquée de perte de transplant, elle a, toutefois, nécessité le recours à quatre interventions endo-urologiques.


Dans notre série, un seul patient (0,5 %) a présenté un reflux urétérovésical symptomatique, avec cette méthode. Cette faible incidence est présente dans les données de la littérature. Les études ayant recherché l’existence d’un reflux sur les transplants rénaux, par une urétrocystographie rétrograde et mictionnelle dans les cas d’infections urinaires récurrentes, ne rapportent que de 0 à 2 % de reflux urétérovésical symptomatique après anastomose selon « one stitch » [11, 14, 16] (Tableau 4).


Dans l’étude, seuls deux patients (1 %) ont eu une fistule urétérale. Ce faible taux est en accord avec six des études comparant les techniques de « one-stitch » et de Lich-Gregoir retrouvant un taux de 0 à 8,2 % [4, 11, 12, 14, 15, 16] (Tableau 4). Seule l’étude de Veale et al. rapportait un taux de fistule plus élevé avec la technique de « one-stitch » (5,7 % vs 2,2 %) [13]. Cette différence pouvait s’expliquer par le manque d’expérience des chirurgiens de cette équipe, plutôt habitués à la technique de Lich-Gregoir. En comparaison avec les anastomoses intravésicales, la supériorité des méthodes extravésicales a été établie par Hooghe et al., rapportant cette différence au nombre d’ouvertures vésicales [17].


Dans la littérature, le taux de sténose urétérale après réimplantation selon « one-stitch » varie de 0 à 8,3 % (Tableau 4). Dans notre série, le taux était de 7,5 %, concordant aux données de la littérature. Si Thrasher et al. ont retrouvé une proportion de sténoses urétérales supérieure avec la technique de LP comparée à celle de Lich-Gregoir (5,6 % vs 1,3 %) [18], la plupart des études comparant le Lich-Gregoir au « one-stitch » n’ont pas retrouvé de différence de taux de sténoses urétérales [4, 11, 12, 14, 15, 16]. Seule une étude a recensé plus de sténoses avec la technique du « one-stitch » (3,1 % vs 0,3 %) [13]. Ces différences pouvaient, toutefois, s’expliquer par le manque d’expérience de cette technique du « one-stitch » des deux chirurgiens ayant pratiqué les transplantations.


Bien que certaines sténoses soient d’origine compressive (lymphocèle, hématome, adhérences, adénomégalies, tumeurs, ligament rond ou cordon spermatique), la majorité reste d’origine ischémique ou secondaire à un rejet [19].


La durée d’hospitalisation était légèrement supérieure chez les patients ayant eu une complication urinaire dans les suites de la transplantation rénale. La durée médiane d’hospitalisation était de 14jours [8–68] en cas de complications urologiques versus 12jours [6–136] en absence de complication (p =0,37).


Les transplants des patients compliqués dévoilaient une reprise de fonction retardée du transplant, se traduisant par un recours à l’hémodialyse dans les sept jours suivant la transplantation (15,4 % vs 27,5 % ; p =0,06). L’importance de fréquence de reprise retardée de fonction du transplant retrouvée chez les patients présentant une complication urologique a été mise en rapport avec la qualité du transplant (transplants marginaux) et non avec la présence de la complication urinaire. L’hypothèse que l’altération de la qualité du transplants (phénomène ischémique) puisse contribuer à la survenue de la complication urologique a même été proposée [20].


Un des points intéressant à noter est l’absence d’impact des complications urinaires sur la survie à long terme des transplants et des patients. En effet, dans notre étude, aucune différence de survie des transplants et des patients n’a été relevée selon la présence d’une complication urologique. Quelques études ont déjà évalué l’impact de la survenue de complications urologiques sur la survie des greffons, concluant à l’absence de significativité de cet événement. Ainsi, Figueiredo et al., après analyse des facteurs de risque de complications urétérales sur 1000 transplants rénaux, ne mettaient pas en évidence de différence significative de survie des greffons à un, trois, cinq et dix ans [21]. Van Roijen et al. concluaient également, sur l’étude de 695 transplantations rénales, que les complications urologiques traitées n’étaient pas un facteur péjoratif sur la survie des transplants et des patients [22]. L’équipe hollandaise avance même l’hypothèse que les patients ayant une complication urologique auraient, a priori, une chance de survie prolongée du transplant, du fait d’un transplant fonctionnel, révélant la complication urinaire. Ainsi, une complication urinaire, diagnostiquée précocement et prise en charge de façon optimum, n’influence pas la survie prolongée du transplant rénal.


Les caractères monocentrique et non comparatif de la série constituent des limites à notre étude. Il s’agit, néanmoins, de l’une des plus grosses séries publiées rapportant les complications de la technique de réimplantation urétérale de « one-stitch ». De plus, la grande expérience de notre équipe entraînée à la pratique de cette technique depuis plus de 15 ans permet aux résultats de refléter au plus juste la réalité. Dans d’autre études comparant les méthodes de Lich-Gregoir et de « one-stitch », les équipes chirurgicales ne possédaient qu’une faible expérience de la technique du « one-stitch ». Cette inexpérience a pu introduire un biais dans les résultats et donc augmenter artificiellement la morbidité de la technique du « one-stitch » [10, 13, 15]. Notre étude est aussi la seule à avoir classé les complications selon les critères de sévérité actuelle à l’aide de la classification de Clavien Dindo.


Conclusion


Bien que rapide et aisée à réaliser, la technique de « one-stitch » pour la réimplantation urétérovésicale en transplantation rénale, comporte un risque significativement supérieur de complication urologique. Cependant, dans la majorité des cas, il s’agissait d’hématurie macroscopique pouvant être traité simplement par lavage vésical. Le taux des sténoses urétérale et fistule urétérale était identique à ceux publiés des autres techniques de réimplantation urétérovésicale intravésicale.


Malgré une fréquence plus élevée des complications urologiques, notamment de grade II de Clavien, les résultats fonctionnels de la technique du « one-stitch » étaient excellents et la survenue d’une complication urologique n’altèrait ni la survie des transplants ni la survie des patients.


Pour comparer de manière plus précise les résultats de la technique du « one-stitch » à ceux de la technique de Lich-Gregoir, nous avons débuté une étude comparative prospective.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs n’ont pas transmis de déclaration de conflits d’intérêts.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques des donneurs et des transplants.
Paramètres étudiés  n  
Sexe donneur (masculin/féminin)  122/78  61/39 
 
Âge moyen donneur (ans)  27,1±14,4  – 
 
IMC moyen donneur (kg/m2 25,0±4,6  – 
 
Coté du transplant (droit/gauche)  92/108  46/54 
 
Prélèvement (local/non local)  85/115  42,5/47,5 
 
Origine (cadavérique/donneur vivant)  194/6  97/3 
 
Durée moyenne d’ischémie froide (heures)  17,1±7,1  – 





Tableau 2 - Caractéristiques des receveurs pré- et post-transplantation.
Paramètres étudiés  n  
Sexe receveur (masculin/féminin)  134/66  67/33 
 
Âge moyen receveur (ans)  47,1±14,2  – 
 
IMC moyen receveur (kg/m2 24,2±5,0  – 
 
Nombre de transplantations (unique/multiple)  171/29  85,5/14,5 
 
Reprise de fonction retardée  37  18,5 
 
Patients avec complications urinaires  51  25,5 
 
Durée hospitalisation (jours)  16,4±14,7  – 





Tableau 3 - Analyse univariée des facteurs prédictifs de complications urinaires liées à la technique de « one-stitch ».
Paramètres étudiés  Patients sans complication urinaire  Patients avec complications urinaires  p  
Sexe masculin donneur  89 (59,5 %)  33 (64,7 %)  0,51 
 
Âge moyen donneur (ans)  46,9±1,24  49,7±1,92  0,24 
 
IMC moyen donneur (kg/m2 24,7±0,38  25,9±0,63  0,10 
 
Donneur vivant  5 (3,3 %)  1 (2,0 %)  0,62 
 
Sexe masculin receveur  100 (59,5 %)  34 (64,7 %)  0,95 
 
Âge moyen receveur (ans)  46,8±1,16  48,1±2,0  0,58 
 
IMC moyen receveur (kg/m2 24,1±0,41  24,3±0,67  0,86 
 
Rang de la transplantation (≥2)  24 (16,1 %)  5 (9,8 %)  0,27 
 
Médiane de durée d’hospitalisation (jours)  17,3±1,53  17,0±1,7  0,37 





Tableau 4 - Complications urinaires dans la littérature.
Auteurs  Année de publication  Type d’anastomose  Nombre de patients  Sonde JJ peropératoire  Fistule (%)  Sténose (%)  Hématurie (%)  Reflux (%) 
Hakim et al. [4 1994  Lich-Gregoir  295  1,4  1,0  0,3  NR 
« One-stitch »  481  0,004  4,6  1,3  NR 
Leadbetter-Politano  410  1,7  4,0  1,7  NR 
 
Pleassa et al. [6 1995  Lich-Gregoir  150  50  3,3  3,3  1,3b  NR 
Leadbetter-Politano  150  50  5,3  5,3  14,7  NR 
 
Thrasher et al. [7 1990  Lich-Gregoir  160  NR  1,3  1,3b  NR  NR 
Leadbetter-Politano  160  NR  1,3  5,6  NR  NR 
 
Moreira et al. [15 2007  Lich-Gregoir  217  NR  2,8  1,4  NR 
« One-stitch »  60  NR  3,3  1,7  NR 
 
Lee et al. [10 2007  Lich-Gregoir  238  14  2,5  2,1  1,3b  0,8 
« One-stitch »  73  17  8,2  4,1  8,2  1,4 
 
Secin et al. [12 2002  Lich-Gregoir  416  36  5,3  5,5  1,4b  1,9 
« One-stitch »  159  72b  6,9  4,4  3,1 
 
Zargara et al. [11 2005  Lich-Gregoir  100  100  1,0  2,0  1,0  NR 
« One-stitch »  44  100  2,2  6,8  NR 
 
Tzimas et al. [14 2003  Lich-Gregoir  148  73  3,4  7,4  3,4b  NR 
« One-stitch »  64  83  3,1  34  NR 
 
Veale et al. [13 2007  Lich-Gregoir  360  20  2,2b  0,3b  1,4b  NR 
« One-stitch »  353  24  5,7  3,1  5,9  NR 
 
Notre série  2011  « One-stitch »  200  100  7,5  18  0,5 



[a] 
Étude prospective.
[b] 
Différence significative entre deux groupes d’une même étude (p =0,05).


Références



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