Aspect évolutif des lésions anatomo-cliniques des fistules urogénitales (FUG) dans le service d’urologie du CHU de Cocody de 1990 à 2011

25 juin 2015

Auteurs : P.G. Konan, A.H. Dekou, E.E. Gowé, C.C. Vodi, A. Fofana, N. Kramo, F.A. Diomandé, L. Nigue, G.A. Ouegnin, K. Manzan
Référence : Prog Urol, 2015, 8, 25, 474-481
But

Le but de cette étude était de comparer le profil anatomo-clinique des FUG dans le même service entre deux décennies : 1990 à 1999 et 2000 à 2011 afin de dégager la tendance évolutive.

Matériel et méthodes

Cette étude est rétrospective et porte sur une période de 22ans (janvier 1990 à décembre 2011) colligeant 190 dossiers de patientes hospitalisées dans le service d’urologie du CHU de Cocody pour FUG, dont 140 cas de 1990 à 1999 et 50 cas de 2000 à 2011. Les caractéristiques anatomo-cliniques des fistules avaient été déterminées à partir de l’examen clinique et à la demande, d’examens paracliniques, notamment l’urographie intraveineuse. La classification des fistules adoptée avait été celle de Camey.

Résultats

De 1990 à 1999, toutes les fistules étaient complexes et se répartissaient en 20 fistules vésico-utérines (14,29 %), 16 fistules urétéro-vaginales (11,43 %) et 104 fistules vésico-vaginales (74,29 %) dont : 80 FUG isolées et 24 FUG associées à une fistule recto-vaginale. Parmi ces 104 FUG : 22 (21,15 %) étaient cervicales, 46 trigonales (44,23 %), 14 urétrales (1 3,46 %) et 22 destructions sphinctériennes, soit 21,15 % des fistules vésico-vaginales et 15,71 % des FUG. Cent vingt-six (90 %) étaient uniques et seulement 10 % (14 cas) étaient mixtes. Elles étaient primitives dans 85,71 % des cas (120/140), récidivantes dans 7 cas (7,86 %) et multirécidivantes (>3 réinterventions) dans 9 cas (6,43 %). Le diamètre moyen des fistules était de 3cm [extrêmes : 1 et 12cm]. Dans 22 cas, soit 15,71 %, le diamètre était supérieur à 10cm. Il s’agissait de destruction cervico-sphinctérienne. De 2000 à 2011, il n’y avait pas eu de fistule vésico-utérine, mais, 6 (13,95 %) fistules urétéro-vaginales isolées et 6 (13,95 %) fistules mixtes, urétéro-vaginales associées à une fistule vésico-vaginale, 31 (62 %) fistules vésico-vaginales dont 20 (64,52 %) trigonales, 6 (19,34 %) rétro-trigonales et 2 (6,45 %) urétrales et 3 (9,68 %) de fistules recto-vaginales associées. Aucune fistule recto-vaginale ni de destruction sphinctériennes n’avaient été observées. Le diamètre moyen des fistules était de 2cm. Ces fistules étaient uniques dans 40 cas (80 %) et mixtes (FVV+F. urétéro-vaginale) dans 10 cas (20 %). Elles étaient primitives dans 35 cas (70 %) et récidivantes dans 10 cas (20 %) dont 5 (10 %) multirécidivantes. Ces fistules étaient simples dans 14 cas (28 %) et complexes dans 36 cas (72 %).

Conclusion

Les FUG demeurent relativement fréquentes au CHU de Cocody, mais les lésions ont évolué favorablement dans les dix dernières années où l’on note une augmentation des fistules simples au détriment des fistules complexes.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Les fistules urogénitales se définissent comme une communication anormale entre l'appareil urinaire et l'appareil génital féminin [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10]. Leur étiologie est variée. Elle peut être traumatique, infectieuse, parasitaire, tumorale ou obstétricale. Les FUG obstétricales prédominent dans les pays sous médicalisés où les soins obstétricaux d'urgences sont insuffisants ou de mauvaises qualités [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17]. Les FUG obstétricales sont donc des indicateurs de l'insuffisance des infrastructures sanitaires dans un pays [5]. Ces fistules, surviennent chez des femmes jeunes, le plus souvent primipares et pauvres [1, 2, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 12, 15, 16, 18]. Elles sont rarement simples. En effet, elles sont parfois multi-opérées et comportent souvent de nombreuses lésions associées et de larges pertes de substances. Elles posent des problèmes complexes de réparation [4, 5, 6, 7, 8, 9]. Leur prise en charge repose donc sur un bilan lésionnel précis (c'est-à-dire un recueil exhaustif des données anatomo-cliniques), gage du succès thérapeutique. Le but de cette étude était de comparer le profil anatomo-clinique des FUG dans le même service entre deux décennies : 1990 à 1999 et 2000 à 2011 afin de dégager la tendance évolutive.


Matériel et méthodes


Cette étude est rétrospective et porte sur une période de 22ans (janvier 1990 à décembre 2011) colligeant 190 dossiers de patientes hospitalisées dans le service d'urologie du CHU de Cocody pour FUG dont 140 cas de 1990 à 1999 et 50 cas de 2000 à 2011. Tous ces dossiers avaient été inclus dans l'étude car ils comportaient les variables anatomo-cliniques suivantes des fistules : le siège, le diamètre, le nombre, le caractère primitif ou récidivant (multi-opéré), la classification et les lésions associées. Tous les dossiers incomplets avaient été exclus. Le recueil des données avait été réalisé à l'aide d'une fiche d'enquête individuelle. L'analyse statistique des résultats avait été effectuée par le test Chi2 ou le test exact de Fisher avec un seuil de signification (p ) à 0,05.


Les caractéristiques anatomo-cliniques des fistules avaient été déterminées à partir de l'examen clinique et à la demande, d'examens paracliniques, notamment l'urographie intraveineuse ou la tomodensitométrie. Il existe de nombreuses classifications des FUG à travers la littérature [5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14]. Elles sont parfois complexes et ne sont pas d'usage courant. Nous avons adopté celle simplifiée de Camey [4] qui tient compte du siège, de la taille de la fistule, des lésions associées et des possibilités thérapeutiques. Elle distingue 6 types de FUG dont les fistules vésicales basses ou fistules vésico-vaginales (FVV) classées en 3 types (les fistules vésicales simples, les fistules vésicales complexes et les fistules vésicales graves ou transections), les fistules hautes, les fistules rectales, les fistules vésicales et rectales associées.


Type 1 : FVV simples


Elles siègent sur la face postérieure de la vessie, à distance du col et en tissu souple. Leur taille est modérée (inférieur à 3cm). Leur traitement chirurgical est en règle simple, sans interposition tissulaire et couronné de succès. Les toutes petites fistules trigonales entrent également dans ce groupe qui correspond au groupe 1 de Falandry, également au type I de Waaldijk et au type III de Benchekroun. Lorsqu'une fistule rétrotrigonale même en tissu relativement souple nécessite une interposition, parce qu'elle est récidivée ou que la brèche est trop large, elle entre dans le cadre des fistules complexes et dans le groupe 2 de Falandry.


Type 2 : FVV complexes


Ce sont les brèches étendues de la paroi postérieure et celles qui intéressent la région trigono-cervico-urétrale en respectant la continuité de la paroi antérieure de la vessie avec la paroi supérieure du col et de l'urètre. La sclérose et la perte de substance peuvent être importantes. La taille de l'orifice est variable, des petites fistules inférieures à 2cm aux fistules géantes de 5 à 6cm, voire plus. La fermeture simple de la fistule comporte un risque de mauvaise cicatrisation et/ou d'incontinence résiduelle et justifie un geste complémentaire, interposition en particulier. Ces fistules appartiennent au groupe 2 de Falandry. Elles sont classées type 2a (sans lésion circonférentielle) par Waaldijk. Les fistules urétrales pures, lorsqu'elles sont petites et en tissu souple pourront être traitées par simple dédoublement suture. Lorsqu'elles sont larges et ou atteignent le col, elles méritent une interposition tissulaire et se classent dans les fistules complexes. La destruction de la paroi inférieure, voire des parois latérales de l'urètre, peut être totale, réduisant l'urètre à une bandelette, recouverte néanmoins de muqueuse urinaire ainsi que la région du col qui précède le trou de la fistule. Les lésions rectales, quand elles sont associées, sont le plus souvent au niveau du sphincter.


Type 3 : Fistules FVV graves (transections)


Dans les transections, la destruction traverse la filière vésico-cervico-urétrale (type 2b de Waaldijk) et intéresse, outre la paroi postérieure des organes, la paroi antérieure de la vessie sur une zone plus ou moins étendue, le col sur toute sa circonférence. L'urètre est parfois sectionné juste au raz du col et dans ce cas, il est normalement utilisable. Plus souvent l'urètre est partiellement détruit dans sa partie proximale avec un orifice postérieur volontiers obturé. Le bord inférieur de la symphyse n'est plus recouvert que par un néo épithélium vaginal. La destruction peut être très étendue. La destruction peut être totale : au-dessous d'éventuels vestiges méatiques, un néo épithélium vaginal sans aucune structure musculaire recouvre la symphyse et son bord inférieur, que l'on palpe bien avant de s'enfoncer dans la fistule. La sclérose et la perte de substance sont souvent majeures, rendant l'abord et la dissection extrêmement difficile. Au stade ultime, le vagin n'est représenté que par un défilé scléreux au fond duquel se trouve un moignon vésical. Les lésions rectales associées sont le plus souvent de grands délabrements intéressant le sphincter. Toutes les transections ne s'accompagnent pas de lésions aussi dramatiques. Certaines ne concernent que le col vésical avec une fistule débordant peu sur le trigone, un urètre assez bien conservé avec une sclérose modérée. Néanmoins, elles ont en commun une lésion circulaire au minimum au niveau du col, où le bord inférieur du pubis est dénudé. Reconstruire simplement la voie urinaire au-dessous de cette perte de substance comporterait un risque important d'incontinence secondaire.


Tous les auteurs ont insisté sur la gravité des lésions circonférentielles. Chassar Moir [13] les considère comme particulièrement difficiles. Elles nécessitent une réparation circonférentielle [18]. Ces fistules posent, bien évidemment, les problèmes techniques les plus difficiles. Elles appartiennent parfois au groupe 2, plus souvent au groupe 3 de Falandry et au type I de Benchekroun.


En dehors des FVV, la classification permet également de distinguer les fistules vésicales hautes, les fistules rectales, les fistules rectales et vésicales associées.


Type 4 : Les fistules hautes [2Kaboré F.A., Kambou T., Ouattara A., Zango B., Yameogo C., Kirakoya B., et al. Aspect épidémiologique, étiologique et impact psychosocial des fistules urogénitales dans une cohorte de 170 patientes consécutives, prises en charge dans trois centres du Burkina Faso de 2010 à 2012 Prog Urol 2014 ; 24 : 526-532Cliquez ici pour aller à la section Références]


Il peut s'agir d'une fistule simple haute sur la paroi postérieure. Bien plus souvent, le col ou l'isthme utérin sont concernés, en règle dans les suites d'une manÅ“uvre obstétricale surajoutée.


Fistule vésico-cervico-utérine


Elles sont volontiers secondaires à un forceps sur col incomplètement dilaté.


Fistules vésico-utérines


Elles sont le plus souvent secondaires à une césarienne.


Ces fistules hautes secondaires à un traumatisme obstétrical peuvent être associées à une fistule urétéro-vaginale.


Ces fistules hautes appartiennent au type III de Benchekroun.


Type 5 : Les fistules rectales [2Kaboré F.A., Kambou T., Ouattara A., Zango B., Yameogo C., Kirakoya B., et al. Aspect épidémiologique, étiologique et impact psychosocial des fistules urogénitales dans une cohorte de 170 patientes consécutives, prises en charge dans trois centres du Burkina Faso de 2010 à 2012 Prog Urol 2014 ; 24 : 526-532Cliquez ici pour aller à la section Références]


Elles peuvent être classées en deux catégories :

les fistules rectales hautes, qui restent à distance du sphincter anal ;
les fistules rectales basses.


Elles intéressent directement ou indirectement le sphincter.


Il existe des cas où la fistule, souvent aggravée par une manÅ“uvre obstétricale, intéresse les deux zones.


Type 6 : les fistules vésicales et rectales associées [2Kaboré F.A., Kambou T., Ouattara A., Zango B., Yameogo C., Kirakoya B., et al. Aspect épidémiologique, étiologique et impact psychosocial des fistules urogénitales dans une cohorte de 170 patientes consécutives, prises en charge dans trois centres du Burkina Faso de 2010 à 2012 Prog Urol 2014 ; 24 : 526-532Cliquez ici pour aller à la section Références]


Elles ne sont pas rares. Elles aggravent le pronostic et les difficultés du traitement. Elles posent un problème de séparation parfois nécessaire des temps opératoires et en particulier d'une dérivation colique préalable.


Résultats


Siège des fistules


De 1990 à 1999, toutes les fistules étaient complexes et se répartissaient en fistules vésico-utérines, urétéro-vaginales et vésico-vaginales. Les fistules vésico-vaginales étaient isolées ou associées à une fistule recto-vaginale. Elles siégeaient par ordre de fréquence au niveau du trigone, du col vésical et de l'urètre avec destruction sphinctérienne dans la moitié des cas.


De 2000 à 2011, il n'y avait pas eu de fistule vésico-utérine, mais des fistules urétéro-vaginales isolées et des fistules urétéro-vaginales associées à une fistule vésico-vaginale. Les fistules vésico-vaginales étaient respectivement trigonales, rétro-trigonales et urétrales (Tableau 1).


Diamètre, nombre et caractère primitif ou récidivante (multi-opéré) des fistules


De 1990 à 1999, le diamètre moyen des fistules était de 3cm [extrêmes : 1 et 12cm] (Tableau 2).


Dans 22 cas, soit 15,71 %, le diamètre était supérieur à 10cm. Il s'agissait de destruction cervico-sphinctérienne. Cent vingt-six (90 %) étaient uniques (existence d'un seul orifice fistuleux) et seulement 10 % (14 cas) étaient doubles (coexistence de 2 orifices fistuleux) (Tableau 2). Elles étaient primitives dans 85,71 % des cas (120/140), récidivantes dans 7 cas (7,86 %) et multirécidivantes (>3 réinterventions) dans 9 cas (6,43 %).


De 2000 à 2011, le diamètre moyen des fistules était de 2cm [extrêmes : 1,5 et 5cm]. Ces fistules étaient uniques dans 40 cas (80 %) et mixtes (FVV+F. urétéro-vaginale) dans 10 cas (20 %) (Tableau 2). Elles étaient primitives dans 35 cas (70 %) et récidivantes dans 10 cas (20 %) et multirécidivantes dans 5 cas (10 %). Aucune fistule recto-vaginale ni de destruction sphinctériennes n'avaient été observées.


Lésions associées aux FUG


Elles étaient génitales, digestives, dermatologiques, neurologiques et urinaires (retentissement vésico-rénale des FUG du fait de la fibrose ou du siège de la fistule) (Tableau 3, Tableau 4). Elles étaient avant 2000 essentiellement dermatologiques dans 80 % des cas, en rapport avec l'irritation cutanéo-muqueuse par les urines et l'hygiène défectueuse, suivi dans 17,14 % des cas par les fistules rectales et dans 10 % de troubles neurologiques au niveau des membres inférieurs. Après 2000, seules des lésions dermatologiques (11,90 %) et urologiques (04) avaient été notées. Les complications urologiques étaient liées en partie aux fistules urétéro-vaginales vues tardivement (urétérohydronéphroses) et à la fibrose (microvessie).


Classification des fistules


Toutes les fistules étaient complexes de 1990 à 1999, aucune fistule simple n'avait été répertoriée (Tableau 5). Par contre, à partir de 2000 on avait noté 28 % de fistules simples et 72 % de fistules complexes. Aucune fistule grave n'avait été observée dans notre série.


Discussion


Notre étude comporte des limites. Il s'agit d'une étude hospitalière monocentrique réalisée en milieu urbain. Nos résultats ne reflètent donc pas la situation globale des fistules en Cote d'Ivoire. En effet, jusqu'en 2000, la prise en charge des fistules étaient gratuites en Cote d'Ivoire et le centre de référence était le service d'urologie du CHU de Cocody. Le nombre de patientes répertoriées à cette période serait proche de la réalité. À partir de 2000, la situation sociopolitique dans le pays a mis fin aux soins gratuits. Les fistules d'origine obstétricale peuvent être considérées comme un excellent indicateur socioéconomique et sanitaire d'un pays. Alors qu'on assiste à une éradication de cette pathologie dans les pays occidentaux grâce à une prise en charge médicale efficace des grossesses et des accouchements, cette pathologie demeure très fréquente dans la majorité des pays en voie de développement à infrastructure sanitaire limitée et continue à représenter un véritable problème de santé publique [6, 13]. Cependant, la collecte de données statistiques fiables concernant l'ampleur de cette affection est difficile, ce qui rend relative toute estimation de leur incidence [5]. La tendance évolutive à la baisse des fistules au CHU de Cocody pourrait être le fait d'une baisse du taux de fréquentation de l'établissement pour des raisons financières. Selon la revue de la littérature, la majorité des patientes porteuses de fistules obstétricales vivent en milieu rural et la plupart d'entre elles ont des difficultés d'accès aux soins de qualités tant pour le suivi des grossesses que pour la prise en charge des fistules lorsqu'elles surviennent [1, 2, 3, 4, 5, 7, 8]. Le nombre de cas répertoriés concerne essentiellement des patientes demandeuses de soins. Elle ne tient pas compte de celles nombreuses qui se cachent ou qui ignorent l'existence des possibilités de soins et également celles qui n'ont pas accès aux soins par manque de moyens financier.


La complexité des lésions dans les FUG détermine l'étiologie et le mécanisme lésionnel. En effet, il est classique d'opposer les FUG observées dans les pays médicalisés, souvent isolées, secondaire à la chirurgie pelvienne et de traitement aisé, aux fistules observées dans les pays sous médicalisés associant des lésions multiples périnéales, urinaires, digestives et sphinctériennes, le plus souvent secondaires à des dystocies et de traitement beaucoup plus difficile [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17]. Le type anatomique prédominant dans ces cas est la fistule vésico-vaginale [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8]. Dans notre étude, les fistules vésico-vaginales étaient prédominantes. Elles représentaient respectivement 74 % des FUG entre 1990 et 1999 et 76 % entre 2000 et 2011. Elle était de 62 % dans la série de Séfrioui et al. [5], de 70 % dans celle de Bouya et al. [1], de 79,8 % dans celle de Ganda et al. [7], de 82 % dans celle de Kaboré et al. [2] et 88 % dans celle de Singh et al. [14]. Les fistules hautes, vésico-utérines et urétéro-vaginales étaient respectivement de 14,29 % et de 11,43 % dans notre série avant 2000. Après 2000, les fistules hautes étaient essentiellement des fistules urétéro-vaginales dans 12 % des cas. Singh et al. [14] n'ont observé dans leur série que 2,4 % de fistules urétéro-vaginales. Aucune fistule vésico-utérine n'avait été observée au cours de cette période. Si la prévalence des FVV dans notre étude était comparable entre les deux décennies, le siège, le diamètre et l'étendue des lésions différaient totalement. Avant 2000, le siège des fistules étaient essentiellement cervico-urétral (41,42 %) avec 15,71 % de destruction sphinctérienne et trigonale (32,86 %) et un diamètre moyen de 3cm ; après 2000, il était le plus souvent rétrotrigonale (40 %), trigonale (28 %) loin du système sphinctérien et urétral dans 8 % des cas avec un diamètre moyen de 2cm. Moudouni et al. [12] ont rapporté dans leur étude des lésions presque identique aux nôtres à savoir, 39,96 % de lésions urétro-vaginales, 11,40 % de lésions cervico-vaginales. Par contre, les lésions urétrales étaient seulement de 9,5 % dans la série de Singh et al. [14]. Le profil anatomique des FUG dans notre série a évolué vers des lésions de moins en moins importantes au fil du temps. Il en était de même pour les lésions associées. De 1990 à 1999, 25,71 % d'hystérectomie avaient été réalisées uniquement que pour des ruptures utérines en relation avec la dystocie. À partir de 2000, 10 % d'hystérectomie avaient été effectué pour fibrome (6 %) et pour hémorragie de la délivrance (4 %). Les lésions vaginales et dermatologiques en rapport avec la mauvaise hygiène corporelle et l'irritation des urines étaient respectivement de 35 % avant 2000 et de 8 % après 2000 pour la fibrose vaginale et de 60 % avant 2000 et 11,90 % après pour les lésions dermatologiques de siège vulvaire dans 35,71 % dans la première décennie et 11,90 % dans la seconde. Si les lésions neurologiques dans notre série étaient peu importante en nombre (14 cas) entre 1990 et 1999 et en gravité, dans celle de Ganda [7] au Niger, il s'agit de 16,4 % de paralysie des membres inférieurs dues aux lésions des nerfs sciatiques et péroniers. Selon le même auteur [7], le taux de paralysie des membres inférieurs serait de 14 à 20 % au Nigéria et en Éthiopie. Selon la classification de Camey [4], les FUG de notre série étaient toutes complexes entre 1990 et 1999 et étaient constituées de 56 % de fistules cervico-urétrales dont 15,71 % de destruction sphinctérienne, 32 % de fistules trigonales. Elles étaient associées à 17,14 % de fistules recto-vaginales. Il n'y avait pas de fistules simples. De 2000 à 2011, 28 % des FUG étaient simples et 72 % complexes reparties en 40 % de FVV trigonale, 20 % de fistules urétéro-vaginales et 8 % de fistules urétrales. Malgré une tendance à la baisse et à l'amélioration de la gravité des lésions dans notre étude, nos résultats sont nettement inférieurs à ceux de Sefrioui et al. [5] qui retrouvaient 75 % de fistules simples et 25 % de fistules complexes. Il en est de même pour Bouya et al. qui rapportaient 14 fistules simples, 7 fistules complexes et 5 fistules compliquées. Ganda et al. [7] au Niger faisait état de 14,7 % d'association fistule recto-vaginale et vésico-vaginale. Dans nos séries respectives, aucune fistule grave n'avait été observée.


Le plus souvent secondaire à un accouchement dystocique, la FUG rencontrée en Afrique est une affection grave, qui constitue un véritable drame social et psychologique. Les techniques de réparations sont nombreuses. Le traitement de chaque cas est particulier et est fonction du siège, de la taille, de la souplesse des tissus environnants, de la facilité de son exposition, des tentatives antérieures de réparation, ainsi que l'existence de lésions associées [4, 5, 11]. La reconnaissance et l'évaluation exacte des lésions conditionnent les modalités opératoires [4]. Les FUG obstétricale peuvent revêtir 2 aspects différents. Certaines, peu nombreuses, sont identiques aux fistules rencontrées dans les pays développés. Elles guérissent sans séquelles. La plupart, par contre, sont des lésions monstrueuses, conséquence du milieu social des patientes [4]. En effet, ces lésions sont d'abord secondaires à l'ischémie intra-pelvienne et également à la macération prolongée des téguments de la vulve et des cuisses dans l'urine [4, 5, 7]. Ces mécanismes seraient à l'origine de sclérose, soit limitée, périfistulaire ou étendue au vagin, à la cloison recto-vaginale et à la vessie [4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13]. Les échecs des tentatives antérieures de réparation constituent des éléments de gravité. Chaque échec fait gravir un degré sur l'échelle des difficultés opératoires et une succession d'échecs conduit inévitablement à l'abandon de toute thérapeutique conservatrice et à la dérivation [4, 5, 6, 12].


Conclusion


Les FUG demeurent relativement fréquentes au CHU de Cocody, mais les lésions ont évolué favorablement dans les dix dernières années où l'on note une augmentation des fistules simples au détriment des fistules complexes.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Siège des fistules.
Type de FUG  Période 
Statistique (p
  1990-1999  2000-2011   
Fistule Vésico-utérine   20 (14,29 %)  00  <0,001 
Fistules Urétéro-vaginales (FUV)   16 (11,43 %)  06 (12 %)  0,91 
Fistules mixtes (FUV + FVV)   00  06 (12 %)  <0,001 
Fistule Vésico-vaginale (FVV)   104 (74,28 %)  38 (76 %)  0,81 
Fistule col vésical isolée  22 (15,71 %)  00  <0,001 
Fistule col vésical avec destruction sphinctérienne  22 (15,71 %)  00  <0,001 
Fistules trigonales  46 (32,86 %)  20 (40 %)  0,61 
Fistules rétro-trigonales  00  14 (28 %)  <0,001 
Fistules urétrales  14 (10,00 %)  04 (08 %)  0,32 
Total   140 (100 %)  50 (100 %)   





Tableau 2 - Taille et nombre des fistules.
Taille et nombres de FUG par patiente  Période 
Statistique (p
  1990-1999  2000-2011   
Diamètre en cm        
Moyen  3cm  2cm  0,01 
Extrêmes  1-12cm  1,5-5cm   
Nombre de fistules        
Unique  126 (90 %)  40 (80 %)  0,51 
Double  14 (10 %)  00  0,02 
Mixtes (FUV+FVV)  00  10 (20 %)  <0,001 





Tableau 3 - Lésions génitales associées aux fistules.
Lésions génitales  Période 
Statistique
(p
  1990-1999
(n =140) 
2000-2011
(n =50) 
 
Hystérectomies   36 (25,71 %)  5 (10 %)  0,03 
Cause       
Ruptures utérines  36 (25,71 %)  00  <0,001 
Fibromes  00  03 (06 %)  <0,001 
Hémorragies de la délivrance  00  02 (04 %)  0,01 
Terrain       
Nullipares  20 (14,29 %)  00  0,04 
Âge moyen  18ans  40ans   
Lésions vaginales   50 (35,71 %)  04 (08 %)  <0,001 
Fibroses  30 (21,43 %)  02 (04 %)  0,1 
Brides  12 (08,57 %)  00  0,56 
Vaginites scléro-inflammatoires  08 (05,75 %)  02 (04 %)  0,15 





Tableau 4 - Autres lésions associées.
Autres lésions associées  Période 
Statistique (p
  1990-1999  2000-2011   
Lésions digestives   24 (17,14 %)  00  <0,001 
Fistules recto-vaginales (FRV)  24 (17,14 %)  00  <0,001 
FRV hautes  20 (14,29 %)  00  <0,001 
FRV basses avec lésion du sphincter anal  4 (2,86 %)  00  <0,001 
Lésions dermatologiques irritatives   84 (60 %)  5 (11,90 %)  0,053 
Siège       
Vulve  50 (35,71 %)  5 (11,90 %)  0,31 
Fesses  20 (14,29 %)  00  0,24 
Face interne des cuisses  14 (10 %)  00 
Aspect lésionnel       
Dermatoses papuleuses  56 (40 %)  5 (11,90 %)  0,17 
Dermatose pustuleuses  21 (15 %)  00  0,33 
Dermatoses avec lithiases vulvaires pilosébacées  07 (5 %)  00 
Troubles neurologiques des membres inférieures   14 (10 %)  00  0,02 
Steppages  3 (02,14 %)  00  0,02 
Paraparésies  8 (05,72 %)  00  0,02 
Douleurs à la marche  3 (02,14 %)  00  0,02 
Lésions des voies urinaires  00  08 (16 %)  <0,001 
Microvessies  00  6 (12 %)  <0001 
Urétérohydronéphroses avec IRC modérée  00  2 (04 %)  <0,001 





Tableau 5 - Classification des fistules selon Camey.
Classification des FUG (Camey)  Période 
Statistique
(p
  1990-1999
(n =140) 
2000-2011
(n =50) 
 
FUG simples   00  14 (28 %)  ≤0,001 
FVV rétrotrigonale  00  14 (28 %)  <0,001 
FUG complexes   140 (100 %)  36 (72 %)  ≤0,001 
Fistules vésicale hautes  36 (25,71 %)  12 (24 %)  0,81 
Fistules vésico-cervico-utérines  00  00   
Fistules vésico-utérines  20 (14,28 %)  00  <0,001 
Fistules urétéro-vaginales  16 (11,43 %)  06 (12 %)  0,73 
Fistules mixtes (FUV+FVV)  00  06 (12 %)  <0,001 
Fistules vésicales basses (FVV)  104 (74,29 %)  24 (48 %)  <0,001 
Fistule col vésical isolée  22 (15,71 %)  00  0,01 
Fistule col vésical avec destruction sphinctérienne  22 (15,71 %)  00  0,01 
Fistules trigonales  46 (32,86 %)  20 (40 %)  0,74 
Fistules urétrales  14 (10 %)  4 (08 %)  <0,001 
Fistules rectales associées  24 (17,14 %)  00  <0,001 
Fistules rectales hautes  20 (14,29 %)  00  <0,001 
Fistules rectales basses  4 (2,86 %)  00  <0,001 
Fistules graves   00  00   




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