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L’hypertrophie bénigne de la prostate aujourd’hui : une prise en charge chirurgicale personnalisée
Vous avez des difficultés pour uriner ? Un jet faible ? Des envies fréquentes ou urgentes, y compris la nuit ? Une sensation de vidange incomplète de la vessie ? Ces symptômes ont une répercussion sur votre qualité de vie ? Si vous avez été diagnostiqué pour une hypertrophie bénigne de la prostate, votre urologue peut dans certains cas vous proposer une intervention chirurgicale, pour améliorer votre confort urinaire.
Il existe de nombreuses techniques possibles, adaptées à votre état de santé, à la sévérité de vos symptômes et à vos attentes. Laquelle choisir parmi celles qui existent aujourd’hui ? Voici une synthèse pour vous aider à y voir plus clair et pour mieux comprendre les recommandations de votre urologue.
Toutes les hypertrophies bénignes de la prostate ne nécessitent pas une intervention chirurgicale. Celle-ci s’impose lorsque les médicaments ne suffisent plus pour soulager vos symptômes ou s’ils sont mal tolérés. Elle l’est également en cas de complications sur la vessie ou sur les reins.
Des progrès techniques au service d’une prise en charge personnalisée
Il y a encore vingt ans, le choix des options était limité. Pour les prostates de taille modérée, on pratiquait une résection transurétrale (RTUP, intervention par les voies naturelles). Pour les très grosses prostates, on ouvrait le ventre (adénomectomie en chirurgie ouverte). « À l’époque, la seule question que l’on se posait était le volume de la prostate », explique le Pr Souhil Lebdai.
Aujourd’hui, avec les progrès techniques, on dispose d’un large éventail d’approches permettant de s’adapter à la situation particulière de chaque patient, tout en limitant les risques de complications. Lasers, robotique, implants, vapeur d’eau, embolisation… Les nouvelles recommandations 2025 de l’Association française d’urologie recensent une dizaine d’interventions validées scientifiquement pour le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate. Cette diversité offre la possibilité d’une prise en charge vraiment personnalisée.
Les solutions disponibles aujourd’hui
– Les lasers
Les techniques d’énucléation ou de vaporisation au laser ont transformé la prise en charge chirurgicale moderne d’un adénome de la prostate, ce tissu bénin qui se développe et comprime l’urètre. « L’énucléation au laser améliore les symptômes et diminue les complications par rapport à la résection endoscopique monopolaire et à la chirurgie ouverte. La vaporisation au laser présente également une sécurité hémostatique élevée, particulièrement adaptée aux patients présentant des facteurs de risque importants de saignement ».
Ces interventions réalisées par les voies naturelles se traduisent par moins de saignements et un risque de transfusion réduit. Elles permettent également une sortie plus rapide de l’hôpital, voire une prise en charge en ambulatoire. Enfin, la sonde urinaire est souvent retirée le lendemain de l’intervention.
Contrairement à une idée reçue, le laser peut traiter toutes les tailles de prostate, même au-delà de 200 cc, y compris chez les patients de plus de 80 ans. Il existe de nombreux types, comme l’holmium, le Greenlight et le thulium.
– La résection classique au courant bipolaire (RTUP)
La RTUP bipolaire présente un profil de tolérance meilleur que la RTUP monopolaire qu’elle a aujourd’hui supplantée. Elle reste un standard pour les prostates de 30 à 80 cc. Pratiquée par les voies naturelles, elle utilise un courant électrique qui découpe le tissu en excès. Cette technique bénéficie de plusieurs décennies de recul et de résultats bien établis.
– L’adénomectomie (chirurgie ouverte ou mini-invasive)
L’adénomectomie par chirurgie ouverte traditionnelle est une option pour les prostates de très gros volumes mais elle est de moins en moins pratiquée au profit des énucléations au laser. « La chirurgie ouverte est en effet plus lourde et présente des taux de complications importants, notamment chez les patients âgés et fragiles », rappelle le Dr Julien Anract. Elle reste indiquée pour des situations particulières, et peut alors être réalisée de façon moins invasive par abord cœlioscopique. La version robot-assistée, plus récente, permet également une réduction des saignements et de la durée d’hospitalisation tout en offrant les mêmes résultats.
– Les autres techniques mini-invasives
L’Urolift (de petits implants qui écartent la prostate), le Rezum (injection de vapeur d’eau qui détruit le tissu en excès) et l’embolisation des artères prostatiques (occlusion des vaisseaux sanguins qui irriguent la prostate) visent une récupération rapide avec très peu de complications, tout en préservant la fonction sexuelle, notamment l’éjaculation. Elles présentent cependant une efficacité et une durabilité des résultats fonctionnels moindres que les lasers, l’adénomectomie et la résection. « Un patient sur dix environ devra être réopéré dans les années suivantes », observe le Dr Julien Anract.
Comment votre urologue va-t-il vous aider à choisir une option ?
Le volume de votre prostate reste un critère, mais il n’est plus le seul. Votre urologue prendra en compte :
- Votre état de santé général. Si vous êtes fragile ou que vous êtes sous anticoagulants, les techniques laser et les approches mini-invasives sont particulièrement indiquées.
- Votre souhait de préservation des éjaculations, tout en acceptant une amélioration moins importante de vos difficultés urinaires, et une moindre durabilité. Dans ce cas, l’option mini-invasive est adaptée.
- Votre souhait d’avoir des résultats durables avec une amélioration importante de vos troubles urinaires. Les lasers (quelle que soit la taille de la prostate), la résection (prostate de moins de 80 cc) et l’adénomectomie cœlioscopique (prostate de volume important) sont d’excellentes solutions.
Contrairement à ce que vous pourriez craindre, la multiplication des techniques n’est pas un problème mais une chance : elle permet d’adapter vraiment le traitement à votre situation. « Chaque patient peut aujourd’hui bénéficier d’une prise en charge personnalisée », insiste le Pr Souhil Lebdai.
L’important est d’en discuter ouvertement avec votre urologue. N’hésitez pas à lui faire part de vos préoccupations, qu’il s’agisse de votre sexualité, de vos craintes liées à l’opération ou de votre souhait de récupération rapide.
Rédigé par Pierre Derrouch, en collaboration avec le Dr Julien Anract et le Pr Souhil Lebdai.
Pour aller plus loin :
consultez les recommandations officielles 2025 du Comité des troubles mictionnels de l’homme (CTMH) sur le site de l’Association française d’urologie :