Urofrance.org : le site de l'Association Française d'Urologie

Accueil > Vasectomie : quand les hommes prennent le relais de la contraception féminine

Vasectomie : quand les hommes prennent le relais de la contraception féminine

Longtemps marginale en France, la vasectomie connaît une progression rapide depuis une dizaine d’années. Le recours à cette méthode de contraception masculine, destinée aux hommes qui ne souhaitent pas ou plus avoir d’enfant, a été multiplié par quinze entre 2010 et 2022, passant d’environ 2 000 à plus de 30 000 interventions par an¹.

 

Pour être mélangés aux sécrétions produites par les vésicules séminales et la prostate, les spermatozoïdes fabriqués en continu dans les testicules doivent rejoindre l’urètre, le canal commun à l’urine et au sperme. Ils empruntent pour cela deux conduits appelés canaux déférents, du latin deferens, « qui transporte ». Le principe de la vasectomie est simple : interrompre ces canaux afin d’empêcher les spermatozoïdes d’atteindre le sperme. Ceux-ci continuent d’être fabriqués, mais ils sont ensuite dégradés dans l’épididyme, petit organe accolé au testicule, et dans le canal déférent en amont de la ligature, avant d’être naturellement réabsorbés par l’organisme.

La vasectomie ne modifie ni l’érection, ni l’orgasme, ni l’éjaculation2,3. L’aspect du sperme reste inchangé, les spermatozoïdes n’en représentant qu’une faible part2. Elle ne modifie pas la fonction hormonale des testicules ni la production de testostérone3. Ce n’est pas une castration, mais une méthode de contraception permanente2,3.

 

Comment se déroule l’intervention ?

La vasectomie est le plus souvent réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locale ; le patient rentre chez lui le jour même.

Deux voies d’abord des canaux déférents existent. La plus ancienne repose sur de petites incisions du scrotum. La technique dite « sans bistouri », développée en Chine dans les années 1970, passe par une micro-ouverture de quelques millimètres, suffisante pour atteindre les canaux déférents, sans incision classique ni point de suture2.

Selon une revue systématique Cochrane, cette approche réduit les risques d’hématome, d’infection et de douleurs post-opératoires, avec la même efficacité contraceptive4.

Une fois les canaux déférents atteints, le chirurgien les interrompt puis empêche leurs deux extrémités de se rejoindre. L’objectif est d’éviter une recanalisation, c’est-à-dire la reformation spontanée d’un passage pour les spermatozoïdes. Les recommandations de l’AFU privilégient les techniques qui limitent ce risque2.

 

Une efficacité parmi les plus élevées

La vasectomie figure parmi les méthodes contraceptives les plus efficaces, avec seulement 1 à 2 grossesses pour 1 000 couples5. Cette efficacité n’est cependant pas immédiate. Après l’intervention, des spermatozoïdes peuvent persister dans les voies génitales situées en aval de la zone opérée. Une autre méthode de contraception doit être maintenue jusqu’au spermogramme de contrôle2 : préservatif, pilule, stérilet ou autre méthode utilisée par le couple.

Les recommandations de l’AFU préconisent un spermogramme environ trois mois après l’intervention et après au moins 30 éjaculations. Le succès de l’intervention est confirmé par l’absence de spermatozoïdes, appelée azoospermie, ou par la présence de très rares spermatozoïdes immobiles2.

 

Une intervention encadrée

En France, la vasectomie est réservée aux personnes majeures. Elle est autorisée depuis la loi du 4 juillet 2001 relative à la contraception6. La législation impose une information médicale préalable sur ses conséquences, puis un délai de réflexion de quatre mois entre la première consultation et l’intervention. Ce temps de réflexion est essentiel : la vasectomie doit être considérée comme une méthode de contraception permanente, même si une réparation chirurgicale est parfois possible.2.

Les recommandations de l’AFU invitent toutefois à une vigilance particulière chez les hommes de moins de 30 ans, sans enfant, célibataires, divorcés ou séparés, ces situations étant associées à un risque plus élevé de regret ultérieur2.

 

Y a-t-il des complications ?

La vasectomie est considérée comme une intervention sûre. Mais, comme tout geste chirurgical, elle peut toutefois entraîner des effets indésirables. Selon les données nationales d’Epi-Phare, fondées sur 109 544 vasectomies réalisées en France entre 2010 et 2022, les complications détectables dans les bases de l’Assurance maladie dans l’année suivant l’intervention sont rares ; elles concernent environ un homme sur cent¹.

Le rapport identifie notamment 0,2 % d’hématomes locaux, 0,4 % d’infections locales et 0,2 % de kystes spermatique ou d’hydrocèles¹.

Les recommandations de l’AFU évoquent également de possibles granulomes spermatiques – petites réactions inflammatoires liées à une fuite de spermatozoïdes –, et des douleurs ou gêne transitoire du scrotum2.

La question la plus discutée concerne les douleurs chroniques post-vasectomie. Une méta-analyse publiée en 2020 estime que 15 % des hommes rapportent une douleur persistante, d’intensité très variable7. Les formes ayant un véritable retentissement sur la qualité de vie concerneraient environ 1 à 2 % des patients3. Ce risque doit être expliqué avant l’intervention.

Un risque de cancer de la prostate est parfois évoqué. Mais une méta-analyse de 2022 incluant près de 17 millions d’hommes conclut qu’aucune relation causale solide n’est démontrée⁸. Une étude génétique, portant sur près d’un demi-million d’hommes et publiée en 2024, n’a retrouvé aucun lien causal entre vasectomie et cancer de la prostate⁹.

À ce jour, les sociétés savantes ne considèrent pas la vasectomie comme un facteur de risque établi de cancer de la prostate.

 

La place croissante des hommes dans la contraception

La progression du nombre d’interventions observée depuis dix ans a modifié la place de la vasectomie parmi les méthodes de contraception définitive en France, au point qu’en 2021 et 2022, les stérilisations masculines ont dépassé les stérilisations féminines¹.

La France rejoint progressivement des pays où la vasectomie est entrée depuis longtemps dans les pratiques contraceptives, comme le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande1. Cet essor accompagne une implication croissante des hommes dans les choix contraceptifs du couple.

Selon Epi-Phare, les hommes ayant recours à une vasectomie en France ont en moyenne 42 ans¹.

À ce jour, la vasectomie reste la seule méthode contraceptive masculine proposée en pratique clinique. Des méthodes réversibles sont en cours d’évaluation clinique, mais aucune n’est encore disponible10,11.

 

Texte et bibliographie par Pierre Derrouch, avec le Dr Ludovic Ferretti, membre du Comité d’andrologie et de médecine sexuelle (CAMS) de l’AFU

 

Notes et références

1 Epi-Phare (ANSM-Cnam). État des lieux de la pratique de la vasectomie en France entre 2010 et 2022. Février 2024

2 Hupertan V, Graziana JP, Schoentgen N, Boulenger de Hauteclocque A, Chaumel M, Ferretti L, Methorst C, Huyghe E. Recommandations du Comité d’Andrologie et de Médecine Sexuelle de l’AFU concernant la prise en charge de la vasectomie. Progrès en Urologie. 2023;33(5):223-236. doi:10.1016/j.purol.2022.12.014.

3 Yang L, Guo K, Li S et al. Review of Vasectomy Complications and Safety Concerns. World Journal of Men’s Health. 2021 ; doi : 10.5534/wjmh.200073.

4 Cook LA, Pun A, Gallo MF et al. Scalpel versus no-scalpel incision for vasectomy. Cochrane Database Syst Rev. 2014 ; doi : 10.1002/14651858.CD004112.pub4.

5 Organisation mondiale de la santé, Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. Family Planning: A Global Handbook for Providers. 2022 update. Geneva/Baltimore: WHO/JHU; 2022.

6 Loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, art. 26 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000222631

7 Auyeung AB, Almejally A, Alsaggar F, Doyle F. Incidence of Post-Vasectomy Pain: Systematic Review and Meta-Analysis. Int J Environ Res Public Health. 2020 ; doi : 10.3390/ijerph17051788.

8 Baboudjian M et al. Vasectomy and Risk of Prostate Cancer: A Systematic Review and Meta-analysis. Eur Urol Open Sci. 2022 ; doi : 10.1016/j.euros.2022.04.012.

9 Di Y et al. Vasectomy and Risk of Prostate Cancer: A Mendelian Randomization Study and Confounder Analysis. The Prostate. 2024 ; doi : 10.1002/pros.24646.

10 Louwagie EJ, Quinn GFL, Pond KL, Hansen KA. Male contraception: narrative review of ongoing research. Basic and Clinical Andrology. 2023;33:30. doi:10.1186/s12610-023-00204-z.

11 Kroopnick JM, Lee MS, Blithe DL. Development of new hormonal male contraception for the couple. Andrology. 2024;12:1506-1511. doi:10.1111/andr.13654.