Santé reproductive masculine : l’urologue à vos côtés
En 2024, il y a eu 663 000 naissances en France, soit 2,2 % de moins qu’en 2023 et 21,5 % de moins qu’en 2010, année du dernier pic de natalité. Cette baisse fait de la fertilité un enjeu de santé publique. Dans environ la moitié des cas d’infertilité de couple, un facteur masculin est impliqué (OMS). Les urologues sont en première ligne pour informer, prévenir et aider les hommes à évaluer leur fertilité. Le docteur Nadja Stivalet, urologue spécialisée en andrologie, nous explique comment et pourquoi.
Chez les hommes, il existe un examen de référence qui permet d’évaluer la quantité et la qualité du sperme : c’est le spermogramme. Dans ce contexte de baisse importante de la fertilité, devrait-il être systématisé pour repérer le plus tôt possible tout problème de fertilité masculine ?
Nadja Stivalet : Le spermogramme est un examen essentiel, mais le proposer de façon systématique à tous les hommes n’aurait pas de sens. Les résultats peuvent varier : un test anormal peut être redevenu normal quelques semaines plus tard. On risquerait d’inquiéter inutilement beaucoup d’hommes.
Ce qui manque surtout, c’est une consultation de prévention destinée aux jeunes hommes, au moment du début de leur vie sexuelle. Les jeunes filles, dès la puberté, ont affaire aux gynécologues. Elles reçoivent des informations sur leur santé reproductive et suivent ensuite un parcours médical structuré tout au long de leur vie : contraception, suivi de grossesse, dépistages, mammographies… Les garçons, eux, n’ont rien de comparable : ils ne consultent pas spontanément un urologue et n’ont aucun rendez-vous de prévention organisé.
Une telle consultation permettrait de mettre en avant la protection de la fertilité au quotidien, en insistant sur l’importance du mode de vie – une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, l’absence de tabac, la prévention du surpoids… -, et en rappelant que certaines infections sexuellement transmissibles peuvent aussi l’altérer.
Dans ce cadre, le spermogramme aurait toute sa place, mais de façon ciblée pour les jeunes hommes ayant eu un cancer traité par chimiothérapie, un retard de puberté ou une puberté pathologique, ou encore certaines maladies de l’enfance susceptibles d’avoir compromis leur fertilité. Plus largement, il pourrait être proposé à ceux qui présentent des antécédents connus comme facteurs de risque.
Un spermogramme anormal signifie-t-il une infertilité masculine ?
Nadja Stivalet : Non, pas du tout. Un seul spermogramme ne suffit jamais pour conclure à une infertilité. Les résultats peuvent fluctuer pour différentes raisons (fièvre récente, prostatite, hygiène de vie…) et un examen anormal peut redevenir normal quelques semaines plus tard. C’est pourquoi on répète toujours le spermogramme au moins deux fois, souvent à trois mois d’intervalle, car c’est le temps nécessaire au renouvellement complet des spermatozoïdes.
Si le résultat est normal, on le dit et on en profite pour rappeler les règles de prévention. Quand le résultat est anormal, il faut l’annoncer avec beaucoup de précautions. Pour un homme, apprendre que son sperme est de mauvaise qualité peut être très angoissant. Cela peut remettre en cause sa masculinité et même avoir un impact sur sa sexualité. Il est donc essentiel de rassurer, d’expliquer que ce n’est pas définitif et qu’il existe de nombreuses possibilités d’action. L’amélioration de l’hygiène de vie et, si nécessaire, des traitements médicaux peuvent être proposés. Si besoin, on peut recourir à la procréation médicalement assistée.
L’essentiel est que l’homme comprenne que ce n’est pas une fatalité et qu’il n’est pas démuni face à ce type de résultat.
Pourquoi se tourner vers un urologue pour préserver sa fertilité ou pour faire prendre en charge une infertilité ?
Nadja Stivalet : Lorsqu’un couple a des difficultés pour concevoir, on pense souvent d’abord à la femme et elle réalise de nombreux examens. Historiquement, la fertilité a surtout été prise en charge du côté féminin, par les gynécologues.
Pourtant, dans près d’un cas sur deux, la cause vient de l’homme. L’urologue est le spécialiste de référence pour évaluer la fertilité masculine, réaliser un bilan adapté et proposer des solutions. Il est essentiel que les hommes aient leur propre interlocuteur médical. L’urologue peut les informer, les conseiller et les accompagner dès qu’une anomalie est suspectée. C’est d’autant plus important que beaucoup de jeunes aujourd’hui s’informent sur les réseaux sociaux ou Internet, avec une vision parfois incomplète ou biaisée de la fertilité.
Pierre Derrouch
Aller plus loin :
- Recommandations de l’Association française d’urologie (AFU) et de la Société d’Andrologie de Langue Française (SALF) concernant l’évaluation de l’homme infertile (2021) : https://www.urofrance.org/recommandation/recommandations-de-lafu-et-de-la-salf-concernant-levaluation-de-lhomme-infertile
- Infertilité, OMS (2020) : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/infertility
- Rapport sur les causes d’infertilité, ministère de la Santé (2022) : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sur_les_causes_d_infertilite.pdf
- Fertilité masculine : Y a-t-il péril en la demeure ? INSERM (2023) : https://www.inserm.fr/actualite/fertilite-masculine-y-a-t-il-peril-en-la-demeure/
- Bilan démographique 2024 – INSEE (2025) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8327319