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Bouger contre le cancer, les bienfaits de l’activité physique dans le parcours de soins

L’activité physique joue un rôle dans la prévention et la prise en charge du cancer. De nombreuses études scientifiques le montrent. Elle agit sur l’inflammation, le système immunitaire, le métabolisme du glucose et les régulations hormonales. Autant de leviers susceptibles d’influencer l’évolution d’une tumeur, la réponse aux traitements et le risque de rechute. L’activité physique contribue aussi à réduire la fatigue et à limiter la fonte musculaire ; elle aide également à mieux tolérer certains traitements, notamment l’hormonothérapie, et agit sur la qualité du sommeil, la stabilité de l’humeur et la perception globale de la santé.

 

De nombreux travaux scientifiques soutiennent l’intérêt d’intégrer l’activité physique, modérée et soutenue, dans les parcours de soins des personnes atteintes d’un cancer. Une revue systématique publiée en juin 2025 par Avancini et al., fondée sur l’analyse de lignes directrices émises entre 2008 et 2024 par des sociétés savantes en oncologie et en rééducation, met en évidence un consensus solide sur les bienfaits de l’activité physique chez les patients atteints de cancer. La plupart des recommandations retiennent un seuil minimal de 150 minutes hebdomadaires d’activité modérée ou 75 minutes d’activité intense, auxquelles s’ajoutent deux séances de renforcement musculaire par semaine. L’Association française d’urologie encourage une pratique accompagnée et adaptée à l’état du patient et intégrée dès les premières étapes du traitement, voire en amont, notamment pour les cancers de la prostate, du rein et de la vessie.

 

Cancer de la prostate

Les travaux de recherche de Falz et al. (2023) portant sur un programme d’exercices simples à domicile, combinant renforcement musculaire et endurance, des patients opérés pour des cancers du sein, de la prostate ou du côlon ont amélioré leur forme physique. En moyenne, leur capacité à utiliser l’oxygène pendant l’effort (le VO₂max) a augmenté de 1,8 ml/kg/min dans le groupe d’intervention, reflétant un cœur et des muscles qui travaillent plus efficacement. Bien que ces résultats soient statistiquement significatifs, ils n’ont pas entraîné de bénéfice notable sur l’état général après six mois de pratique.

Faire du sport de façon régulière peut aussi être efficace après un diagnostic de cancer. Selon la méta-analyse de Friedenreich et al. (2019) portant sur 136 études, l’activité physique post-diagnostic était associée à une réduction significative de la mortalité pour au moins 11 types de cancer. Pour le cancer de la prostate spécifiquement, les patients qui pratiquaient une activité physique soutenue après leur diagnostic avaient environ 30 à 45 % de risques en moins de mourir de leur cancer, et 30 à 50 % de risques en moins de mourir toutes causes confondues. Ces effets protecteurs sont particulièrement marqués chez les personnes les plus actives, avec des gains optimaux observés à partir d’environ 2 h 30 d’activité physique modérée par semaine.

Des résultats proches avaient déjà été observés dans la cohorte de Kenfield et al. (2011), qui portait sur plus de 2 700 hommes avec un cancer de la prostate non métastatique. Une activité physique intense d’au moins trois heures par semaine (natation, course, vélo, tennis) était associée à une baisse de 49 % de la mortalité globale et de 61 % du risque de décès lié à la maladie. Les gains étaient plus nets chez ceux qui étaient déjà actifs avant leur diagnostic. Cette étude a servi de base à plusieurs recommandations internationales.

Autre exemple, un essai prospectif (Maughan et al., 2025) qui a testé un programme contrôlé de douze semaines auprès de 119 patients sous traitement pour un cancer de la prostate avancé. Le dispositif incluait des séances hebdomadaires supervisées d’endurance et de renforcement musculaire, sur place ou en ligne. Les auteurs rapportent une diminution cliniquement significative de la fatigue (réduction de 5,1 points sur l’échelle PROMIS) et une amélioration de la capacité aérobie maximale (gain de 3,1 ml/kg/min). Ces données confirment qu’un programme d’exercice adapté est réalisable et profitable même chez des patients sous traitements lourds comme la thérapie de privation androgénique.

Citons également les recherches de Jones et al. publiées en juillet 2024. Cet essai clinique de phase 1a non randomisé a testé six niveaux de volume d’exercice hebdomadaire (de 90 à 450 minutes de marche sur tapis roulant) chez 53 hommes ayant un cancer de la prostate localisé avant intervention chirurgicale. Tous les niveaux étaient faisables et bien tolérés, sans effets indésirables graves. Les données révèlent des tendances encourageantes sur les marqueurs biologiques tumoraux, notamment une diminution de la prolifération cellulaire (Ki67) et des niveaux de PSA pour certaines durées d’exercice, notamment 225 minutes par semaine. Cette recommandation a d’ailleurs été sélectionnée pour les futurs essais de phase 2. Bien que ces résultats soient prometteurs, ils nécessitent confirmation dans des études de plus grande envergure. Ces travaux illustrent néanmoins le potentiel d’un programme d’exercice préopératoire supervisé comme outil de préhabilitation pour préparer les patients avant une intervention chirurgicale.

 

Cancer du rein

La méta-analyse de Behrens et Leitzmann (2013), qui regroupe près de 11 000 cas, montre que les personnes les plus actives ont un risque de cancer du rein réduit de 12 % par rapport aux plus sédentaires. Cette protection semble liée à une réduction de la masse grasse, une meilleure régulation du glucose et de l’insuline, ainsi qu’à une baisse de l’inflammation chronique qui sont autant de facteurs de risque de développer une tumeur.

Chez les patients opérés pour un cancer du rein localisé, l’activité physique pourrait être bénéfique. Une investigation menée par Vrieling et al. (2024) sur 341 patients montre qu’une pratique de près de sept heures par semaine à 3 mois post-chirurgie est associée à une meilleure qualité de vie globale, moins de fatigue et de meilleurs scores sur les plans physique, social et professionnel. Bien que ces données soient encourageantes et cohérentes avec les avantages connus de l’activité physique en oncologie, des études longitudinales permettraient de mieux comprendre les mécanismes impliqués.

 

Cancer de la vessie

L’étude suédoise de Porserud et al. (2024) a évalué un programme d’exercices contrôlés de douze semaines chez 90 patients ayant subi une cystectomie radicale. Répartis en deux groupes, les patients suivaient soit des séances supervisées dans des centres de santé de proximité, soit un programme simple à domicile. Après quatre mois, bien qu’aucune différence significative n’ait été observée sur le test de marche de 6 minutes (objectif principal de l’étude), le groupe encadré affichait une activité quotidienne plus importante, moins de fatigue, et une perception plus positive de leur santé. Ce protocole postopératoire pourrait s’intégrer aux parcours de réhabilitation fonctionnelle.

Une revue de la littérature (Briggs et al., 2024), basée sur 24 essais randomisés, confirme l’intérêt des programmes de préhabilitation (avant traitement) et de réhabilitation (après traitement) pour optimiser l’état physique et psychologique des patients, favoriser leur récupération et réduire les complications. Les effets positifs (forme physique, fatigue, anxiété) sont observables dans 71 % des cas. Parmi les différentes approches testées (exercice physique, soutien psychologique, interventions éducatives…), l’activité physique adaptée est l’une des composantes les plus efficaces. Les auteurs insistent sur la nécessité d’une personnalisation des programmes.

L’ensemble de ces études souligne les bénéfices d’une activité physique encadrée pour les personnes atteintes d’un cancer de la prostate, du rein ou de la vessie. N’hésitez pas à en discuter avec votre urologue. 

L’activité physique adaptée sur prescription

Le dispositif Sport sur ordonnance permet d’intégrer l’activité physique au parcours de soins, avec une prescription médicale et des séances supervisées par des professionnels diplômés en activité physique adaptée ou des professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens…). Ces séances ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie, mais peuvent l’être partiellement ou totalement par certaines collectivités territoriales et/ou mutuelles. Pour en savoir plus, rapprochez-vous de la maison sport-santé la plus proche :

https://www.sports.gouv.fr/decouvrez-les-maisons-sport-sante-les-plus-proches-de-chez-vous-389

Dossier réalisé par Pierre Derrouch, avec le concours du Dr Benjamin Pradère et du Dr François Rozet, de l’Association française d’urologie.