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De la MST au cancer : les dangers de l’HPV

Il existe plus d’une centaine de virus HPV (Human Papillomavirus). Parmi tous ces virus, le condylome représente la première MST au monde. On estime qu’à partir d’un seul rapport sexuel dans sa vie, on a 100 % de chances de rencontrer un HPV. Parce que certains d’entre eux sont cancérigènes, cette infection en apparence banale doit être prise au sérieux.

L’HPV est un virus ubiquitaire (présent chez différentes espèces animales) que l’on trouve chez l’homme mais aussi chez l’animal. Ce virus a deux tropismes : les muqueuses et la peau. L’HPV à tropisme cutané se caractérise par des verrues plantaires comme celles que l’on attrape à la piscine. L’HPV à tropisme muqueux entraine le développement de condylomes sur les parties génitales. « C’est un virus aussi ancien que l’humanité, raconte le Dr Charlotte Methorst, urologue au Centre Hospitalier des Quatre Villes à Saint-Cloud et membre du comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’AFU. Dans l’antiquité, on brûlait les verrues au fer rouge !». Certains HPV étant oncogènes, il est nécessaire d’en faire le diagnostic et de proposer une prise en charge adaptée. Cependant, tous les HPV n’étant pas visibles à l’œil nu, cela en complexifie le dépistage.

 

Les HPV non oncogènes

« La contamination à un HPV non oncogène se caractérise par l’apparition de petites papules rosées ressemblant à des crètes de coq, situées chez l’homme sous le prépuce et au niveau de la vulve chez la femme. On les retrouve également sur le pubis. Ces lésions ne sont pas graves d’un point de vue de la santé physique car, elles ne sont pas à l’origine de cancers, rassure le Dr Methorst, mais elles peuvent avoir de graves conséquences sur la santé sexuelle et psychologique ». Être porteur d’un HPV peut être extrêmement stigmatisant. « Les hommes qui développent des condylomes voient l’ensemble des paramètres de leur santé sexuelle perturbés (désir, érection, éjaculation, orgasme), avec un impact psychologique conséquent en termes d’anxiété », fait remarquer la spécialiste. Les condylomes sont fortement transmissibles et le préservatif est insuffisant pour éviter la contagion. La durée de vie moyenne du virus dans l’organisme se situe entre un et trois ans, de telle sorte que les patients s’en débarrassent généralement spontanément dans les trois ans. Mais la récurrence est importante : 30 % des patients récidivent malgré le traitement médical local à base de crème (immunomodulateurs) ou de cryothérapie (comme pour les verrues plantaires). « On ne s’immunise pas contre l’HPV, il n’y a pas d’immunité humorale avec la production d’anticorps car il s’agit d’un virus qui reste au niveau local. Une fois infecté on peut se réinfester. Il y a certainement un aspect génétique qui joue sur la sensibilité à ce virus et l’éventuelle recontamination. Les personnes immunodéprimées, les greffés principalement, les personnes atteintes de VIH ou consommant du tabac sont plus à risque. Et la mauvaise hygiène en favorise le développement », nous explique l’urologue. Sans compter qu’entre la contamination à l’HPV et l’apparition des crètes de coq, il se passe entre un et trois mois. Ainsi, l’individu porteur du virus contamine ses partenaires sans le savoir et parfois sans connaître l’origine de sa propre contamination qui peut avoir eu lieu des années auparavant.

 

Plusieurs types de cancers associés

Plus embêtants, les HPV oncogènes vont entrainer des lésions de dysplasie ou des cancers. Les HPV 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 sont les principaux virus oncogènes. « Certains individus vont intégrer l’HPV oncogène dans leur ADN cellulaire. Le virus va se répliquer et induire des lésions de dysplasie au niveau du col de l’utérus chez la femme. Chez l’homme, il engendre des lésions précancéreuses également (maladie de Bowen et papulose Bowénoïde). Ces lésions plus graves peuvent évoluer vers des cancers du pénis », précise le Dr Methorst qui ajoute que les HPV oncogènes sont impliqués dans plusieurs types de cancers. Chez la femme, ils sont à l’origine de 95 % des cancers du col de l’utérus (3 à 4 000 femmes par an en France dont 1 000 décès). Tous sexes confondus, l’HPV oncogène est impliqué dans 100 % des cancers du canal anal et 50 % des cancers de la sphère ORL, difficiles à diagnostiquer car très peu symptomatiques et très difficiles à traiter, avec une morbidité importante. En Europe on estime à 1 000 par an le nombre de cancers du pénis induits par l’HPV, alors que 3 400 cancers de la vulve et du vagin sont comptabilisés. Pour le cancer du canal anal, c’est 1 600 hommes et 2 600 femmes concernés chaque année, alors que 1 000 hommes et 2 000 femmes développent un cancer ORL et 23 000 femmes, un cancer du col de l’utérus. Chaque année en Europe, les condylomes touchent environ 330 000 hommes et 300 000 femmes.

 

Dépister…

Il n’existe pas de test sanguin pour dépister l’HPV dont la contamination est parfois invisible et peu symptomatique. En présence d’une lésion visible, il est possible de réaliser une PCR HPV de la lésion. Jusqu’ici, le cancer du col se dépistait par un frotti parfois sujet à faux positifs et faux négatifs. Depuis un an environ, le dépistage se fait en premier lieu sur une PCR HPV. Si elle a été contaminée, la patiente se voit remettre un diagnostic de portage d’un HPV. « On ne réalise plus en première intention de frotti d’histologie, explique le Dr Methorst, on n’étudie plus les cellules, mais on regarde s’il y a un portage d’HPV et notamment d’un HPV oncogène. Si c’est le cas, on propose un frotti, des biopsies et une colposcopie ». En conséquence, des hommes viennent consulter pour le portage d’un HPV oncogène par leur partenaire dépistée à l’occasion d’une PCR HPV. Ces patients doivent être examinés afin de vérifier la présence d’éventuelles lésions. S’ils ont été contaminés, ils seront traités et éviteront les rapports sexuels. A noter que dans la plupart des cas, la patiente porteuse d’une lésion cancéreuse a été infectée plusieurs années avant l’apparition du cancer et n’est donc plus contaminante. « Dans le cas d’un homme qui viendrait consulter car sa femme a une lésion de dysplasie sur le col de l’utérus ou un cancer du col, le partenaire peut être rassuré », confirme le Dr Methorst.

 

… et vacciner

 « Un seul rapport, même s’il est non pénétrant, peut engendrer une contamination. Dans la population des jeunes adolescents par exemple, la caresse suffit à contaminer l’autre », alerte le Dr Methorst. On comprend ainsi que la protection vaccinale dès l’adolescence joue un rôle essentiel puisqu’elle protège à plus de 99 % des HPV oncogènes. La recommandation est donc de vacciner tout nouveau patient avec le Gardasil, vaccin non avalant. Chez les adolescents – filles et garçons – entre 11 et 14 ans, c’est un schéma à deux doses à mois 0 et mois 6 qui est conseillé. Au-delà de 14 ans, le schéma est en 3 doses. Chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, dans le cadre de l’AMM il est possible de proposer la vaccination jusqu’à 26 ans. « La plus grande expérience de vaccination non genrée et sans limite d’âge a été menée en Australie. Grace à cette large campagne de vaccination, nous disposons d’un recul d’une vingtaine d’années sur ce vaccin qui n’a aucun effet secondaire », expose le Dr Methorst, fervente défenseuse de la couverture vaccinale contre les HPV oncogènes. Car, au-delà de la protection contre les cancers, la vaccination permet également d’éviter une contamination par condylomes. On compte en Australie une réduction de 85 % des consultations et des hospitalisations liées au traitement des verrues génitales, une disparition du cancer du pénis, une diminution des cancers du col de l’utérus et des cancers ORL. Les chiffres sont édifiants : en Australie, l’incidence des cancers de l’utérus était de 18 pour 100 000 avant la vaccination. Elle est aujourd’hui d’1,8 pour 100 000.

 

Vanessa Avrillon

Crédit photo : AdobeStock_315240853

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