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L’immunothérapie : un nouvel espoir dans les cancers urologiques

Très innovants, les traitements d’immunothérapie sont prescrits dans certains cancers, notamment urologiques. Moins toxiques et mieux tolérés que les chimiothérapies, ils représentent un véritable espoir pour les patients. Leurs indications répondent néanmoins à des critères très spécifiques.

Les molécules d’immunothérapie proposées aux patients atteints de certaines formes de cancers contribuent à renforcer leur système immunitaire en levant les mécanismes d’inhibition du système immunitaire induits par la tumeur. « Le principe de l’immunothérapie est de permettre à l’organisme de reconnaître la cellule tumorale comme un élément qui agresse l’organisme et de la détruire », explique le Pr Pierre Bigot, urologue au CHU d’Angers et responsable du sous-comité rein au sein du comité de cancérologie de l’AFU. Les cellules tumorales disposent de mécanismes d’échappement qui sont contrés par le renforcement du système immunitaire. Il existe trois types de molécules : les anti-PD1, les anti-PDL1 et les anti-CTLA4. « Ces anticorps monoclonaux vont agir directement sur la cellule tumorale (anti PD1 et anti PDL1) ou sur la cellule présentatrice d’antigène (les anti CTLA4) », précise le spécialiste. Ces molécules sont administrées à des rythmes différents en fonction du traitement décidé par le praticien (tous les 15 jours, toutes les 3 ou 6 semaines, tous les mois…). Elles vont avoir un effet rémanent. En effet, une fois le produit injecté par voie intraveineuse, sans risque d’altération du capital veineux, le système immunitaire est stimulé sur la durée. Cela, a contrario des chimiothérapies, dont les agents vont détruire la cellule tumorale, empêcher la réplication cellulaire, mais qui ont une efficacité s’estompant à distance de l’injection et avec la disparition du produit dans le sang.

 

Les cancers réceptifs à l’immunothérapie

Le choix entre un traitement par chimiothérapie ou par immunothérapie ne dépend pas de ces caractéristiques, mais bien du type de cancer. Utilisées initialement dans le mélanome, les cancers ORL et du poumon, les molécules d’immunothérapie sont depuis 2017 prescrites dans certains cancers urologiques. Elles sont validées et, contrairement à la chimiothérapie, ont démontré leur intérêt dans le cancer du rein métastatique. Les molécules d’immunothérapie sont ici devenues le traitement de référence et de première intention. Elles permettent en effet d’augmenter le taux de contrôle de la maladie de façon très significative, et dans 8 à 16 % des cas d’obtenir une disparition complète du cancer. Les molécules peuvent être utilisées en combinaison entre elles (anti-PD1 associé à un anti-CTLA4), ou associées à une thérapie angiogénique. Dans le cancer de la vessie métastatique, après échec d’un traitement par chimiothérapie, les immunothérapies assurent également un gain en termes de contrôle de la maladie. Associées à la chimiothérapie dans les tumeurs de vessie infiltrant le muscle et donc à haut risque de métastases, elles accroissent les probabilités de survie sans maladie. Des essais sont en cours dans les cancers de vessie superficiels n’infiltrant pas le muscle. Ainsi, en fonction des indications, le spécialiste va opter pour la chimiothérapie, l’immunothérapie, l’association des deux ou l’association de l’immunothérapie et d’un autre traitement. « Cependant, il existe des cancers pour lesquels l’immunothérapie n’est pas indiquée car son intérêt n’a pas été prouvé, prévient le Pr Bigot. C’est le cas du cancer de la prostate pour lequel l’hormonothérapie et la chimiothérapie par Taxotere prennent le pas sur l’immunothérapie ».

Quels effets secondaires pour l’immunothérapie ?

Moins toxiques que les chimiothérapies, les immunothérapies s’accompagnent malgré tout de possibles effets secondaires. Ceux liés aux chimiothérapies surviennent rapidement après la cure mais s’amenuisent à mesure que l’on s’éloigne de l’injection du produit. En revanche, en stimulant le système immunitaire sur la durée, la toxicité des molécules d’immunothérapie peut se prolonger dans le temps. « Avec la stimulation du système immunitaire, un effet secondaire peut survenir à tout moment et même longtemps après l’injection de la molécule, met en garde le Pr Bigot. Cela explique pourquoi les effets secondaires de l’immunothérapie sont parfois difficiles à traiter ». C’est un fonctionnement un peu sournois car, en boostant le système immunitaire, il peut se retourner contre n’importe quel organe. Réactions cutanées, manifestations endocriniennes (hyperthyroïdie, hypothyroïdie), problèmes digestifs (diarrhées), arthralgies, myocardies ou problèmes neurologiques rares font partie de la litanie d’effets indésirables possibles. « Il peut y avoir des effets secondaires très sévères. Mais, la plupart du temps les immunothérapies sont très bien tolérées et mieux que la chimiothérapie, rassure le Pr Bigot. Pris à temps, il n’y a pas d’effets secondaires de l’immunothérapie que l’on ne sait pas traiter. Le patient doit être à l’écoute de son corps et alerter le corps médical dès qu’il ressent un symptôme ». Les corticoïdes sont beaucoup utilisés pour freiner le système immunitaire et pallier les effets secondaires des immunothérapies. Les chimiothérapies s’accompagnent aussi d’effets indésirables bien connus et malheureusement fréquents : les nausées, la toxicité hématologique avec une leucopénie (chute des globules blancs), la toxicité rénale, l’atteinte de la moelle osseuse, l’anémie, la perte de cheveux. « Il s’agit d’effets secondaires très différents avec un profil de toxicité propre à chacun des deux types de traitement, explique le Pr Bigot. Le délai de survenue de la toxicité et la façon de la traiter sont très différents ». Malgré tout, les immunothérapies représentent un véritable espoir thérapeutique pour les patients.

Vanessa Avrillon

Crédit photo : AdobeStock_297011800

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