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IRM et biopsies ciblées : impact sur le surdiagnostic et le surtraitement du cancer de la prostate

L’imagerie par résonnance magnétique, l’IRM, est un examen d’imagerie très précis qui a changé la prise en charge du cancer localisé de la prostate.  En effet, grâce à sa précision, elle a cette double capacité : la détection des zones suspectes d’être cancéreuses qui vont nécessiter des explorations complémentaires, voire un traitement, tout en permettant d’éviter jusqu’à 20 % de biopsies inutiles en cas d’absence d’image suspecte. Le Dr Guillaume Ploussard et le Pr Raphaële Renard-Penna font le point.

Aujourd’hui, il est recommandé de réaliser une IRM de la prostate avant toute biopsie (ponction à l’aiguille) en cas de suspicion clinique de cancer de prostate (1). Cette suspicion peut porter sur une augmentation du taux de PSA sur la prise de sang ou sur la présence d’un nodule lors de la réalisation d’un toucher rectal par l’urologue. L’IRM ainsi réalisée va permettre de mieux détecter et de mieux caractériser les potentielles lésions prostatiques, d’évaluer leur volume, leur localisation et leur rapport avec la surface de la glande. De plus, l’IRM a amélioré le taux de détection des cancers situés sur la face antérieure de la prostate, habituellement plus difficile d’accès aux biopsies. Ainsi guidé, l’urologue pourra réaliser des biopsies dites « ciblées » c’est à dire intéressant spécifiquement les zones décrites comme suspectes à l’IRM. Ce couplage de l’IRM avec les biopsies permet d’accroître le rendement des biopsies, le diagnostic du cancer étant fait avec moins de carottes biopsiques, ce qui diminue le risque d’infection et l’inconfort du patient. « Cet examen permet de prédire l’absence de cancer nécessitant un traitement dans un lobe ou dans toute la glande et par conséquent de diminuer la détection des cancers ne nécessitant pas de traitement et du risque de sur-diagnostic et de sur-traitement associé ». En effet, si aucune lésion suspecte n’est décrite à l’examen, les chances qu’il n’y ait pas de cancer sont de 90 % (2). Ainsi, en cas d’examen rassurant associé à des données cliniques qui le sont également, il est alors possible de surseoir aux prélèvements biopsiques.

L’IRM permet par ailleurs, d’apprécier l’extension du cancer au sein de la prostate, aux organes autour de la prostate et aux ganglions. Ces données sont indispensables pour la prise en charge des patients et le choix du traitement le plus adapté. L’IRM a ouvert la voie aux options de traitement partiel ou focal de la prostate.  L’objectif est de traiter uniquement les zones tumorales détectées par l’IRM et les biopsies ciblées en épargnant le reste de la glande. En effet, cela permet d’éviter les troubles sexuels et urinaires associés aux traitements chirurgicaux et à la radiothérapie. D’autres options se sont également ouvertes comme la surveillance active, la prostatectomie avec préservation nerveuse ciblée, afin d’arriver au meilleur choix thérapeutique adapté pour chaque patient.

Références :
(1)   F. Rozet, C. Hennequin, J.-B. Beauval, P. Beuzeboc, L. Cormier, G. Fromont-Hankard, P. Mongiat-Artus, G. Ploussard, R. Mathieu, L. Brureau, A. Ouzzane, D. Azria, I. Brenot-Rossi, G. Cancel-Tassin, O. Cussenot, X. Rebillard, T. Lebret, M. Soulié, R. Renard Penna, A. Méjean Référence : Prog Urol, 2018, 28, R81, suppl. S1
(2)   H.U. Ahmed, A. Freeman, A. Kirkham, M. Sahu, R. Scott, C. Allen, et al. Focal therapy for localized prostate cancer: a phase I/II trial . J Urol., 185 (4) (2011 Apr), pp. 1246-1254
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