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L’incontinence urinaire chez la femme : sortir du silence pour guérir

Incontinence urinaire de la femme

Vous êtes une femme et vous souffrez d’incontinence urinaire ? La plupart du temps bénin, ce symptôme peut facilement être traité. Parlez-en à votre urologue rapidement, une solution est très souvent envisageable. L’éclairage du Pr Véronique Phé, responsable du comité de neuro-urologie de l’AFU et urologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

 

Urofrance : Pouvez-vous nous décrire les situations qui mènent à l’incontinence ?

Pr Véronique Phé : Il est important de préciser qu’il existe différents types d’incontinence urinaire. Plusieurs mécanismes mènent à ce symptôme et plusieurs causes en constituent des facteurs de risque.  Il faut distinguer l’incontinence urinaire à l’effort de l’incontinence urinaire sur des envies pressantes. L’incontinence urinaire d’effort peut survenir lorsqu’on tousse, qu’on marche, qu’on fait du sport, quand on se lève, quand on se baisse ou que l’on porte des charges lourdes. L’incontinence sur envies pressantes correspond à un besoin impérieux, irrépressible d’aller uriner et que l’on ne peut différer. On parle de vessie hyperactive. Les deux types d’incontinence peuvent s’associer, c’est ce que l’on appelle l’incontinence urinaire mixte. L’incontinence urinaire à l’effort touche principalement des femmes qui ont eu plusieurs grossesses, des accouchements difficiles (forceps), des bébés au poids de naissance important, des femmes qui n’ont pas fait de rééducation périnéale après l’accouchement… Mais d’autres facteurs comme le surpoids, l’obésité, les chirurgies pelviennes, les sports à risques peuvent induire une incontinence urinaire d’effort. Dans la majorité des cas d’incontinence urinaire sur envie pressante, il n’y a pas de cause et cela peut toucher toutes les femmes à n’importe quel âge. La vessie hyperactive, c’est aussi fréquent que la migraine mais plus handicapant que le diabète.

 

Urofrance : Que propose l’urologue lorsqu’une patiente se présente à son cabinet avec un problème d’incontinence ?

Pr V. Phé : Il est d’abord nécessaire de vérifier l’éventuelle présence d’une maladie grave qui serait à l’origine de l’incontinence. Dans le cas de la vessie hyperactive, l’urologue peut détecter une maladie neurologique, des tumeurs de vessie, des calculs vésicaux ou des infections urinaires. Le but du bilan initial qui est assez simple, est d’écarter une pathologie grave. Le médecin interroge la patiente sur les circonstances de la découverte des fuites urinaires et évalue le retentissement sur sa vie quotidienne. Il lui propose de réaliser un agenda de ses mictions. En effet, ce calendrier mictionnel consiste à reporter à chaque fois que l’on urine : l’heure des mictions, le volume et les éventuelles fuites. Cela permet d’avoir une première approche sur le fonctionnement de la vessie et du sphincter. L’urologue demande également à la patiente de remplir un questionnaire sur la qualité de vie pour connaître le retentissement des fuites sur sa vie quotidienne. Puis un examen clinique détaillé est indispensable pour déterminer le mécanisme des fuites urinaires avant de réaliser d’éventuels examens complémentaires au cas par cas.

 

Urofrance : Une fois le bilan réalisé, y a-t-il un traitement et si oui est-il adapté à chaque cause ?

Pr V. Phé : Il existe en effet un traitement adapté à chaque cause. Si on est dans le cadre de l’incontinence urinaire à l’effort, on commence par la rééducation périnéale et on évite tous les facteurs favorisants. En cas d’obésité par exemple, le traitement au long cours est principalement la perte de poids. On peut bien souvent proposer une chirurgie. Le principe des interventions consiste à renforcer le périnée ou le sphincter par différentes chirurgies utilisant soit des moyens naturels soit des renforts prothétiques. Ces chirurgies sont à discuter au cas par cas. Pour l’incontinence urinaire sur envies pressantes, cela passe toujours par la rééducation périnéale et la modification du mode de vie. Une grande buveuse de thé ou de café va devoir réduire sa consommation car ces boissons sont des substances excitantes pour la vessie donc, des facteurs de risques. Des médicaments peuvent être associés à la kinésithérapie. Ces traitements oraux visent à relâcher la vessie ou à différer les sensations de besoin d’uriner, diminuer la fréquence des mictions, réduire les envies pressantes. On peut également proposer de la stimulation électrique dont le principe consiste à délivrer des petits courants électriques au nerf de la vessie afin de restaurer sa fonction normale. En troisième lieu, il est également possible d’injecter des médicaments dans la vessie directement pour la calmer. Il y a un grand panel de traitements possibles que l’on adapte par étape.

 

Crédit photo Adobe Stock : Par Евгений Фисенко

 

Propos recueillis par Vanessa Avrillon

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