LES INJECTIONS DE PROSTAGLANDINES E1 DANS LE TRAITEMENT DE L'IMPUISSANCE

Olivier BOUCHOT

La prostaglandine E1 est dérivée de l'acide dihomo-gamma-linolenique, un analogue de l'acide arachidonique. Sur le système vasculaire, la PGE1 diminue les résistances artériolaires périphériques, et augmente la vasoconstriction dans le système veineux. Son rôle myorelaxant potentiel sur le tissu du corps caverneux a été démontré par Adaikan en 1979, cet auteur rapportant les premiers résultats d'auto-injection pénienne en 1986 dans le traitement de l'impuissance.

En 1996, de larges études concernant l'utilisation de la PGE1 ont été publiées. La dose injectée permettant d'obtenir une rigidité =70% et une durée =10 minutes, contrôlée par Régiscan, a été comprise entre 3 et 5 µg, fonction de l'étiologie de la dysérection (3 µg pour les psychogènes; 4 µg pour les neurologiques; 4,5 µg pour les étiologies mixtes; et 5 µg pour les vasculaires) [4]. Pourtant en pratique courante, les doses utilisées sont plus importantes, le plus souvent comprises entre 10 et 20 µg ( 70% des patients sont répondeurs à 10 µg, et 30% à 20 µg pour Porst dans une étude portant sur 4577 patients entre 1988 et 1995 [6]). De même, les doses ont tendance à augmenter avec le temps (passant de 17,7 µg à 20.7 µg à 6 mois pour Linet [4]). Le pourcentage de satisfaction pour le patient a été de 87%, et de 86% pour la partenaire [4].

Les problèmes concernant l'injection intracaverneuse de PGE1 ont été:

• Douleurs à l'injection : il s'agit manifestement du problème majeur occasionné par la PGE1, mais celle-ci a été diversement appréciée dans la littérature, passant de 1,3% (4577 patients pour Porst [6] à 50% (683 patients pour Linet [4]). Les essais d'injection combinée de PGE1 plus procaïne [1,7], plus alcalinisation [3,5], n'ont pas amélioré les résultats sur la douleur. Il est actuellement simplement conseillé aux patients d'effectuer des injections intra-caverneuses lentes.

• Hématome au point d'injection : le pourcentage a été évalué à entre 6 et 8%, moins fréquent qu'en cas d'utilisation de papavérine ou association papavérine-phentolamine [4,6].

• Nodules : leur apparition est sporadique et prévisible [2].

• Priapisme : il s'agit de la complication la plus redoutée après injection intra-caverneuse, fréquemment observée après injection IC de papavérine (7%) et association papavérine-phentolamine (7,8%). La fréquence du priapisme a été considérablement diminuée par l'utilisation de la PGE1 ( 1% pour Linet [4]). Des érections prolongées (comprises entre 4 et 6 heures) ont néanmoins été observée dans 5% des cas [4], ce qui nous impose le maintien d'une surveillance au cours des programmes d'auto-injections.

Il se confirme que la prostaglandine E1 occupe une place de choix dans le traitement de la dysérection. Certaines formulations (Lipo-PGE1) sont actuellement testées pour améliorer la tolérance, sans diminution de l'efficacité. L'apparition prochaine de traitements oraux diminuera certainement le nombre d'injection de PGE1 prescrite dans certaines indications, mais il est raisonnable de penser que l'avenir sera aux associations medicamenteuses.

Références

1. Chen J, Godschalk MF, Katz PG et al: Incidence of penile pain after injection of a new formulation of prostaglandin E1. J. Urol. 1995; 154: 77-79.

2. Chen RN, Lakin MM, Montague DK et al: Penile scarring with intracavernous injection therapy using prostaglandin E1: e risk factor analysis. J. Urol. 1996; 155: 138-140.

3. Godschalk M, Gheorghiu D, Katz PG et al: Alkalinization does nor alleviate penile pain induced by intracavernous injection of prostaglandin E1. J. Urol. 1996; 156: 999-1000

4. Linet OI, Ogring FG: Efficacy and safety of intracavernosal alprostadil in men with erectile dysfunction. N. Eng. J. Med. 1996; 334: 873-877

5. Moriel EZ, Rajfer J: Sodium bicarbonate alleviates penile pain induced by intracavernous injections for erectile dysfunction. J. Urol. 1993; 149: 1299-1301.

6. Porst H: The rationale for prostaglandin E1 in erectile failure: a survey of worlwide experience. J. Urol. 1996; 155: 802-815.

7. Schramek P, Glas EG, Hübner WA et al: Intracavernous injection of prostaglandin E1 plus procaine in the treatment of erectile dysfunction. J. Urol. 1994; 152: 1108-1110.