Commentaire : J. Hubert, CHU de Nancy, Urologie, Nancy.
Les manifestations cliniques du syndrome de réabsorption lors des résections trans-uréthrales de prostate (TURP syndrome) sont peu fréquentes car le plus souvent le passage intraveineux du liquide de lavage n'entraîne que des manifestations biologiques comme l'hyponatrémie; mais le TURP syndrome est parfois source de complications graves, car la réabsorption peut être supérieure à 10 litres
Dans le but de prévenir ce TURP syndrome, les auteurs ont développé un appareil de pesée destiné à mesurer les modifications de poids du patient. Ceci a été rendu possible par la mise en place de jauges de contrainte placées sous les pieds de la table d'opération, et capables d'apprécier une modification de ± 50 g.
Ce type d'appareil est dans la lignée d'autres systèmes qui ont été mis au point pour dépister une réabsorption, comme l'adjonction au liquide de lavage d'isotopes (mesure par gamma caméra), d'alcool (mesuré dans l'air expiré par éthylomètre), ou par pesée des entrées et sorties, ou encore monitorage continu de la PVC ou de la natrémie.
Ces différents moyens permettent de diagnostiquer l'apparition du TURP syndrome mais se situent en fait en aval du problème. En effet, ils se comportent comme de simples alarmes, avertissant l'urologue de la présence d'une réabsorption et de la nécessité d'interrompre la procédure pour éviter des complications plus graves.
De plus, ces méthodes ne sont pas absolues, car on ne peut être certain d'éviter un TURP syndrome, son apparition pouvant être indépendante du volume absorbé.
Une méthode agissant en amont en permettant d'éviter à la réabsorption de se produire serait plus intéressante. Pour cela, différents modèles d'appareillages développés pour autoriser un travail à basse pression intra-vésicale (c'est à dire inférieure à la pression veineuse dans les plexus pelviens) sont plus séduisants car ils évitent la réabsorption et le TURP syndrome tout en permettant à l'urologue de terminer son intervention. Malheureusement leur mise au point est complexe et ils ne sont pas encore utilisés de façon courante.
Dans le modèle décrit, les auteurs laissent entendre que l'appareil n'a pas encore une fiabilité satisfaisante: la mesure précise des modifications de poids est soumise à des problèmes d'artefacts comme l'augmentation brutale de poids liée à un appui intempestif de l'opérateur (ou de l'anesthésiste...) sur la table ou comme les modifications cycliques dues aux remplissage et vidange vésicales. Un modèle à intercaler entre le malade et la table est à l'étude. Par ailleurs, sur le plan théorique, la mesure exclusive des modifications de poids du patient ne peut prétendre permettre de mesurer les échanges liquidiens ("fluid balance") avec la précision annoncée sans tenir compte ni du saignement, ni des apports intraveineux: la variation de poids est fonction des apports (lavage, perfusions) et des pertes (saignement).
Sur le plan des résultats, les données exposées concernant 5 patients sont très succinctes et montrent certes des modifications de poids du patient, mais qui n'ont pas été corrélées à d'autres marqueurs biologiques ou cliniques, ni aux pertes sanguines.
Ce travail a donc essentiellement une valeur expérimentale, préliminaire, à propos d'une nouvelle méthode de prévention du TURP syndrome basée sur la mesure des modifications de poids de l'opéré, mais dont la fiabilité et l'interprétation des résultats doivent encore être validés en pratique.